‹ Question médico-légale de l'identité [electronic resource]Chapitre 8 sur 10 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

choix d’observations particulières

Je compléterai cette étude par quelques exemples don la relation eût interrompu l’exposé qui précède, mais qui ne seront pas sans intérêt, et qui viendront à l’appui des considérations doctrinales que l’étude attentive des faits m’a suggérées.

— Je citerai en première ligne une discussion intéressante qui eut lieu, au sein de la Société de chirurgie, le 21 septembre 1859, et qui avait été provoquée par une observation communiquée dans une précédente séance par M. Adolphe Richard.

M. Ilipp. Larrey, à l’occasion du procès-verbal, communique un exemple d’hermaphrodisme qui lui semble offrir de l’intérêt, en se rattachant à la discussion de la séance précédente, et il expose ainsi le résumé de cette observation :

« L’un de nos honorables confrères, M. le docteur Ledeschault, me présenta un jour, c’était dans le courant de mars 1845, une personne ayant la mise d’une femme de la classe ouvrière, âgée de vingt et un ans, née à Paris en 1823, et inscrite aux registres de l’état civil sous les noms

d’Alexandrine-Hortense i\I , comme appartenant au

sexe féminin, d’après la conformation anormale de ses organes génitaux.

« En effet, l’état rudimentaire d’un pénis imperforé simulant le clitoris, l’absence extérieure des testicules retenus encore dans l’abdomen, la disposition bilobée du

scrotum, dépourvu d ailleurs de raphe, ayant l’apparence de la vulve, le méat urinaire situe enfin à la base du pénis et formant un liypospadias très-ouvert, qui semblait être l’orifice du vagin, tous ces signes expliquaient la méprise.

« Mais la manifestation des organes mâles apparut vers l’âge de quinze ans, quoique d’une manière incomplète, et lorsque, six ans plus tard, j’examinai cet individu avec M. Ledeschault, voici dans quel état nous trouvâmes les parties :

«. Le pénis avait acquis le développement qu’il a d’ordinaire chez un garçon de douze à quatorze ans; le gland était imperforé, mais sa couronne bien distincte et le prépuce se prolongeaient sur les côtés par deux replis, en forme de nymphes, vers les lobes du scrotum, ressemblant aux grandes lèvres.

« Au milieu et en bas, on découvrait le méat urinaire, dont la membrane muqueuse se confondait avec la peau rouge et amincie de ce sillon vulviforme. Une sonde de femme introduite dans cette ouverture se dirigeait naturellement en arrière, pénétrait sans peine dans la vessie sans dévier autre part, et donnait issue à l’urine.

« L’exploration du rectum ne nous sembla pas nécessaire.

a Les testicules n’ayant pas subi leur migration se trouvaient encore arrêtés à l’orifice des anneaux; celui de gauche était seul distinct, et celui de droite en partie atrophié par une hernie. L’issue tardive et incomplète de ces organes avait ainsi frayé passage d’un côté à une anse intestinale, d’ailleurs facilement réductible. J’essayai, d’après cette disposition, de faire descendre les testicules dans le scrotum, et j’y parvins plus vite que nous ne pouvions le supposer. Il ne s’agissait plus que d’appliquer un bandage bien fait, non-seulement pour fixer ces organes en place, mais aussi pour maintenir la hernie réduite.

choix d'observations particulières.

« Quant à la conformation générale du sujet, c’était tout à fait celle de l’homme. Le bassin peu évasé, la poitrine large, les seins peu développés, la barbe apparente et la voix grave. Ses goûts et ses penchants dénotaient aussi un éloignement instinctif pour les occupations des filles, et de l’entraînement pour les jeux et les exercices des garçons, mais sans propension sexuelle reconnue ou appréciable.

« L’ensemble de tous ces caractères ne nous laissait aucun doute sur le sexe masculin d’Hortense M..., mais la conformation anormale de ses organes génitaux externes, et particulièrement l’hypospadias, en l’obligeant à l’attitude de la femme pour uriner, l’aurait gêné beaucoup sous des habits d’homme et devenait d’ailleurs pour le service militaire un cas prévu de réforme.

« Notre éminent confrère, M. Isidore-Geoffroy Saint- Ililaire, confirma cette opinion, que nous avons formulée dans une déclaration écrite par M. Ledeschault.

« M. le professeur Moreau, enfin, et deux ou trois autres confrères établirent avec nous l’attestation nécessaire au changement à inscrire sur le registre de l’état civil.

« La Société peut, sur un dessin aussi exact que bien fait, par M. J. Sarrazin, apprécier la disposition des organes avec le refoulement des testicules dans les replis cutanés devenus les bourses. »

M. Larrey ajoute quelques mots à sa communication en rappelant des faits analogues cités par Arnaud de Ronsil (1), et d’autres rapportés par Isidore-Geoffroy Saint Hilaire (2).

11 a eu lui-même occasion de voir quelquefois dans les conseils de révision ou dans les hôpitaux des jeunes gens

(1) Arnaud de Ronsil, Traité sur les hermaphrodites, traduit de l’anglais. Paris, 17G5.

(2) Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière des anomalies de l’organisation chez T homme. Paris, I832-I83G.

Tardieu, Identité.

qui présentaient certaines apparences des organes sexuels de la femme, et il est très-disposé à admettre la prédominance ordinaire du sexe mâle; mais à cet égard il croit que l’opinion soutenue par M. Richard est trop absolue ou trop exclusive.

« M. Houel partage l’opinion émise parM. Richard sur le véritable sexe des individus présentant des anomalies dans les organes de la génération. Son opinion est fondée sur l’examen qu’il a fait des pièces du Musée Dupuytren, dont beaucoup sont décrites par Isidore-Geoffroy Saint- Hilaire (1). Il a toujours trouvé les organes mâles chez les hermaphrodites, même lorsqu’il rencontrait le vagin et l’utérus.

« M. Giraldès rappelle que la duplicité du sexe, savoir la présence d’un testicule et d’un ovaire, a été rencontrée chez les animaux : il ne saurait dire si cette disposition rare a été trouvée chez l’homme.

L’histoire rapportée par Isidore-Geoffroy Saint-Hilaire d’un moine qui donna dans son couvent des preuves irrécusables qu’il était du sexe féminin, lui fait mettre une certaine réserve à affirmer que tous les hermaphrodites sont mâles. Si la chose est ainsi dans la généralité des cas, elle n’est pas cependant une règle absolue.

M. le docteur Giraldès rapporte le cas d’un individu qui présentait, pendant la vie, les attributs et les parties extérieures d’une femme bien conformée, grandes et petites lèvres, vestibule, méat urinaire, fente vulvaire, clitoris un peu long, vagin rudimentaire de 9 centimètres de profondeur, mamelles développées, qui ressentait une certaine ardeur pour les rapports sexuels avec les hommes (2), et chez lequel une dissection attentive fit reconnaître la présence des testicules retenus dans les anneaux,

(1) Is. Geoffroy Saint-Hilaire, ibid.

(2) Giraldès, Huit, de la Société anatomique , tome XIV, p. 2G0.

CHOIX d’observations PARTICULIÈRES. 51

et de canaux séminifères, témoins certains du sexe masculin, malgré toutes les apparences de la femme.

Ce fait n’est pas le seul qu’il connaisse.

M. Ad. Richard , sans prendre en considération le cas observé par M. Debout, sans s’arrêter à la possibilité de la duplicité des organes qu’il admet, rappelle en quelques mots la description qu’il a déjà faite des anomalies des parties génitales externes, et qui constitue pour lui, sauf quelques irrégularités, le type de l’hermaphrodisme. Ces anomalies résultent de l’arrêt de développement de l’appareil génital externe représentant une sorte de coupe diversement configurée et se terminant par la portion membraneuse de l’urèthre. Dans l’embryon humain il est impossible à l’inspection des parties extérieures de déterminer le sexe ; chez certains animaux, chez les lapins en particulier, on ne peut, même au moment de la naissance et pendant les quelques jours qui la suivent, distinguer les mâles des femelles.

L’appareil génital interne se prête aux mêmes rapprochements anatomiques que les travaux de M. Coste sur les lois du développement permettent d’établir entre les diverses parties des organes externes des deux sexes. Le vagin peut représenter les canaux éjaculateurs : l’ovaire, le testicule. M. Richard se propose de faire voir à la Société des planches dessinées par A. Dubois, qui confirment cette manière de voir.

M. Follin (1) a disséqué un hermaphrodite, du nom d'Angélique Courtois, qui prêta pendant sa vie à de singulières erreurs. Déclaré femme tout d’abord, cet individu alla consulter A. Dubois, qui lui délivra un certificat attestant qu’il était du sexe masculin. A partir de cette époque Angélique Courtois prit des vêtements

(1) Follin, Gazette des hôpitaux, 1851, p. 5GI, et L. Le Fort, Thèse à' agrégation, loc. cit,, p. 183.

d’homme et les garda j usqu’à sa mort ; il vécut soixante ans.

La conformation de ses organes sexuels a été décrite avec les détails les plus minutieux et les plus exacts par Follin.

La détermination des organes internes a été plus difficile à établir que celle des organes externes. Chez Angélique Courtois se trouvait, au-dessous de la verge, un orifice donnant entrée dans un long canal représentant le vagin, à l’extrémité duquel était l’utérus très-allongé et réduit à deux lames membraneuses très-minces, ce qui explique la difficulté de rencontrer l’utérus chez de pareils sujets. La trompe, le ligament rond, le faisceau vasculaire de Rosenmüller commun aux deux sexes, l’ovaire, existaient ; mais l’ovaire était un testicule qui ne s’était pas réuni à son conduit excréteur.

Follin résume d’une manière très-saisissante les conditions essentielles de cette conformation vicieuse, « En résumé, pour caractériser cet hermaphrodite et en divisant, à l’exemple d’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, l’appareil génital en trois segments, je dirai que le segment externe de nature douteuse, se rapprocherait davantage du type masculin, que le segment moyen (utérus, vagin, et ajoutons les trompes) était essentiellement féminin, et q u 'en fin le segment profond, mais d’un seul côté, était certainement masculin.

« M. Ad. Richard rappelle encore que la fusion apparente des sexes donne lieu à de tels changements dans les individus, que l’on comprend parfaitement les embarras et les erreurs qu’elle suscite, et que le développement des seins, le timbre de la voix, la menstruation même, ne constituent pas des phénomènes propres à asseoir un jugement certain. »

On voit que l’opinion qui prévaut manifestement dans cette intéressante discussion de la part d’observateurs si

compétents est celle que j’ai soutenue sur le sexe masculin de l’immense majorité des prétendus hermaphrodites.

Les cas que je vais citer sont du même, genre.

— Le 24 janvier 1860, un de messieurs les juges d’instruction m’a fait examiner un enfant né le 10 avril 1850. Il est vêtu comme un jeune garçon, il est fort en apparence, bien constitué et plus grand que la plupart des enfants de dix ans. Il est affecté d’un vice de conformation des organes génitaux qui, au moment de la naissance, a pu tromper sur son sexe, mais qui actuellement ne permet plus de douter, et se rapporte sans hésitation possible au sexe masculin. Cet enfant est pourvu d’un pénis trèscourt, composé presque exclusivement d’un gland long de 3 à 4 centimètres, et plus volumineux que celui d’un enfant de dix ans. L’extrémité du gland est imperforée; l’orifice de l’urèthre s’ouvre à la face inférieure du pénis en arrière, du gland. Le scrotum est flasque, ne contenant pas de testicules, et la ligne médiane est marquée par un repli très-prononcé; mais il n’y a pas de séparation réelle ni de cul-de-sac entre les deux replis que forme le scrotum et qui simulent grossièrement des grandes lèvres. Les recherches les plus minutieuses ne permettent pas de découvrir de testicule dans les aines ni dans le canal inguinal. .Une particularité très-singulière et qui serai t de nature à faire douter de l’âge attribué à cet enfant, c’est la présence d’une très-grande quantité de poils très-fournis sur le pubis. Il en existe quelquesuns sous les aisselles. Il n’y a d’ailleurs pas de barbe. Les seins ne sont nullement développés. D’où je conclus que :

L enfant qui m’a été présenté comme étant né le 10 avril 1850, des époux Guy (conforme à l’acte de naissance à moi communiqué), est un garçon.

Il est atteint d un vice de conformation des organes génitaux consistant en un hypospadias compliqué de cryp-

î>i VICES DE CONFORMATION DES ORGANES SEXUELS.

torchidie qui atteste lin défaut de développement, mais ne permet plus de se méprendre sur le sexe véritable de ce jeune garçon.

— J’ai été commis au mois de novembre 1861, par jugement du tribunal civil de la Seine, de concert avec Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et Michon, à l’effet de fixer le sexe d’une personne qui demandait la rectification de son acte de naissance. C’était un jeune homme âgé de vingt-six ans, qui avait depuis longtemps repris les habits et les occupations du sexe masculin, et chez lequel le vice de conformation des organes sexuels, en grande partie corrigé par les progrès de l’âge, ne consistait plus qu’en un hypospadias avec dimensions presque normales du pénis et défaut de réunion des deux parties du scrotum, qui contenaient d’ailleurs des testicules petits mais très-bien formés. L’apparence générale n’avait rien de féminin.

— Le 21 mai 1853, est amenée à la prison de Saint- Lazare, sous la prévention de vagabondage, une enfant de onze ans et demi, exerçant la profession de piqueuse de bottines. Elle avait tout le corps couvert de prurigo, et l’examen auquel on la soumit fit découvrir un vice de conformation remarquable des organes sexuels. Le mont de Vénus est couvert de poils abondants, le bassin étroit, mais les membres inférieurs très-forts. Un prolongement du pénis long de 5 centimètres et imperforé à son extrémité, surmonte une ouverture qui n’a pas plus de 1 centimètre 1/2 de large, qui permet difficilement l’introduction du doigt jusqu’à une profondeur de 4 centimètres, et se termine en cul-de-sac. On sent à la partie supérieure du côté droit une petite glande. Mais aucun vestige d’utérus, pas plus de ce côté que par le toucher rectal qui atteint seulement un corps ovoïde situé assez haut. L’urèthre, difficile à trouver, s’ouvre à 4 centimètres 1/2 au

CHOIX d’observations PARTICULIÈRES. 55

fond de l’espèce d’infundibulum que je viens d'indiquer. 11 n’y a jamais eu de menstruation, quoique l’enfant soit très- développée pour son âge. Elle a lm,41 de taille, sa voix est très-forte, les seins ne sont pas apparents. Le pénis est capable d’érection, et cette fausse petite fille a été surprise dans le lit d’une détenue se livrant à des actes de débauche.

— Le docteur Denis, médecin en chef du dispensaire de la préfecture de police, m’a invité il y a quelques années à visiter avec lui un individu de seize ans arrêté sous des vêtements féminins, se livrant a la prostitution clandestine, perdu de débauche et conduit à Saint-Lazare, d’où il avait été renvoyé par le chef de service comme n’appartenant pas au sexe féminin. Il n’en avait que les apparences. C’était en effet un jeune garçon mal conformé, et dès Cenfance livré aux habitudes les plus crapuleuses, servant aux plaisirs des hommes de la plus basse classe. Le pénis n’avait pas plus de 3 centimètres de longueur et était gros comme l’extrémité du doigt indicateur. Il était encapuchonné par des replis qui descendaient de manière à simuler les petites lèvres, et les deux moitiés du scrotum non réunies complétaient l'apparence d’une vulve et circonscrivaient une ouverture en forme d'infundibulum assez large pour admettre le membre viril, et dont le fond refoulé donnait à ce faux vagin une longueur de 7 à 8 centimètres. On sentait manifestement dans l'aine gauche un testicule facilement reconnaissable. L’anus dilaté et enfoncé reproduisait en arrière exactement la forme de l’infundibulum qui existait en avant. Et il était évident que ce malheureux individu s'était prêté depuis longtemps à des actes deux fois contre nature; j’ajoute qu’il était infecté d'une syphilis constitutionnelle des plus graves.

C’est là le plus triste exemple que l’on puisse voir de

ccs vices de conformation compliqués des aberrations sexuelles les plus épouvantables.

— Durant le siège de Paris, vers le mois de novembre 1870, je fus appelé en hâte, par ordre de M. le viceamiral Fleuriot de Langle, commandant en chef du sixième secteur, pour examiner le cadavre d’un individu qui, arrêté aux avant-postes sous des habits de femme, était mort subitement au moment où on l’amenait à l’état-major, par le fait, croyait-on, d’un poison subtil qu’il aurait avalé au moment où il s’était vu pris. Disons d’abord que la mort était naturelle et avait été produite par une double congestion cérébrale et pulmonaire. Mais cette prétendue femme était un homme mal conformé, âgé d’une cinquantaine d’années, hypospade, habitué à ses vêtements féminins et se livrant à la sodomie.

Je pourrais multiplier les citations de faits semblables. 11 en existe un grand nombre dans la science, et M. le docteur Léon LeFort (1) en a réuni de très-remarquables dans sa savante dissertation. Je crois que l’on me saura gré de citer ici quelques-uns des exemples qu’il a rapportés en choisissant ceux qui se rapprochent le plus du fait qui a donné lieu à la question médico-légale étudiée ici. Ces cas appartiennent à la catégorie dite : hermaphrodisme transverse.

— Sheghelner a observé, sur le corps d’une femme qui mourut phthisique à l’âge de vingt-trois ans les particularités suivantes : les organes génitaux externes étaient tous conformes au type femelle, et généralement bien configurés; toutefois le clitoris et les nymphes étaient peut-être plus petits qu’à l’état normal, et l’orifice du vagin était un peu resserré, demi-fermé par une membrane hymen. La fosse naviculaire était parfaitement distincte,

(1) Léon Lefort, Des vices de conformation de l’utérus et du vagin. Thèse de concours. Paris, 1863.

et le vagin normalement situé, mais extrêmement court et étroit. Sa surface interne présentait une apparence de rides transversales et longitudinales, mais son extrémité supérieure formait un cul-de-sac au delà duquel on ne trouvait pas de traces d’utérus, pas de vestiges quelconques des organes génitaux internes de la femme, des ovaires et des trompes de Fallope.

Un examen plus minutieux montra les testicules munis de leur cordon spermatique dans Tune et l’autre région inguinale, placés en dehors de l’anneau externe, et coiffés de leur muscle crémaster et de leur tunique vaginale.

Ces testicules étaient flasques et petits, mais leur structure et celle des épididymes étaient normales. Des canaux déférents assez minces qui en partaient entraient dans l’abdomen, descendaient dans le bassin et s’accolaient derrière la vessie aux deux vésicules séminales de volume considérable. Leurs canaux éjaculateurs s’ouvraient dans le vagin ; la forme du thorax, du bassin et du corps en général était féminine; les mamelles et les mamelons étaient bien développés; mais le larynx semblait former une saiilie plus considérable que chez la femme, et la voix se rapprochait par son timbre de celle de l’homme. 11 n’y avait jamais eu de pertes menstruelles, mais on avaît observé régulièrement, dit-on, un molimen hémorrhagique accusateur. Quelques tumeurs hémorrhoïdaires occupaient le pourtour de l’anus.

— Les mêmes particularités se remarquent dans le cas suivant :

Maria E. Arsano, morte à l’âge de quatre-vingts ans dans une des plus pauvres maisons de charité de Naples, fut réputée femme pendant sa vie et mariée comme telle. On n’avait jamais soupçonné le vice de conformation, et on ne le découvrit qu’accidentellement en préparant le cadavre pour une démonstration anatomique dans l’am-

ü8 VICES DE CONFORMATION DES ORGANES SEXUELS.

phithéâtre du professeur Ricco, qui aussitôt disséqua soigneusement les parties, en présence des professeurs Sarrentino et Grossetti. L’observation fut publiée par Ricco.

Les organes externes de la génération étaient ceux d’une femme dans leur état normal ou naturel. Le mont de Vénus offrait des poils peu touffus; les grandes lèvres étaient conformées naturellement ainsi que les nymphes; le clitoris, absolument imperforé, présentait la grosseur ordinaire du même organe chez la femme adulte; l’orifice de l’urèthre était situé en bas du clitoris; l’orifice du vagin offrait ses diamètres habituels. L’orifice de la vulve était normal, le canal de l’urèthre présentait sa longueur ordinaire, l’orifice du vagin ne laissait voir aucun vestige d’une membrane hymen; en d’autres termes, il était dépourvu de caroncules myrtiformes. Le conduit vaginal mesurait environ deux pouces de long, mais il était dépourvu de rides et se terminait par une extrémité complètement close ou par un cul-de-sac. L’utérus manquait complètement ainsi que les trompes de Fallope et que les ligaments utérins.

Les organes internes de la reproduction se rattachaient complètement au sexe masculin. Les deux testicules étaient situés dans la région des pubis et se détachaient à peine des anneaux inguinaux. Ils offraient leur figure ovoïde habituelle et leur volume normal. A l’intérieur, ils étaient constitués par des tubuli séminifères mal développés. Les cordons spermatiques étaient tout à fait normaux dans leur constitution, dans le trajet et l’origine de leurs vaisseaux sanguins. L’artère spermatique naissait à droite de la rénale, comme de coutume; la veine correspondante, après avoir formé le plexus pampiniforme, s’ouvrait dans la veine cave inférieure. A gaucbe 1 artère naissait de l’aorte, et la veine se terminait dans l’émulgente. Les épididymes présentaient leur aspect vermi-

forme ; les canaux déférents qui en partaient se dirigeaient vers leurs vésicules séminales et se terminaient par une expansion membraneuse amincie, sans aucun orifice externe ou sans canaux éjaculateurs. Ces vésicules séminales étaient placées entre le réservoir urinaire et le rectum; plus petites et plus étroites que celles d’un homme adulte, elles avaient gardé sensiblement leur forme oblongue. La disposition tubuleuse de leur cavité était peu distincte. La protaste manquait. La vessie, les urèthres, le rectum et les autres viscères intestinaux, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, aorte et veine cave, étaient, paraît-il, complètement normaux.

La tête du sujet avait son volume ordinaire, le cou était long, la taille moyenne. La périphérie du thorax était assez étendue pour égaler presque celui d’un homme, malgré la présence de mamelles bien prononcées. La face, quoique entièrement dépourvue de barbe, n’avait une expression ni féminine, ni virile, mais offrait plutôt le caractère mixte que l'on voit chez les eunuques. Le bassin ne différait de celui d’un homme ni dans sa forme, ni dans ses dimensions; les membres étaient ceux d’un homme. D’après les renseignements recueillis après la mort, la voix était grave, le tempérament vigoureux et robuste. 11 n’y avait jamais eu de menstruation, mais l'habitude des occupations domestiques avait féminisé le caractère, et le mariage avait été spontané.

— Quoiqu’il appartienne à un ordre tout différent, et malgré les regrettables lacunes de la description, je crois devoir rapporter 1 exemple suivant d’une femme reconnue telle seulement après sa mort, étayant vécu dans les liens d’un mariage où elle avait usurpé le rôle de l’homme (1).

(1) Bouillaud, Exposition raisonnée cl’un cas de nouvelle et singulière variété d’hermaphrodisme observée chez l’homme. (Journ. univ. et hebdomad. de médecine et de chirurgie pratique. Paris, 1833.)

Le nommé Valmont, âgé de 62 ans, entré en 1832 à Ja Pitié, dans le service de M. Bouillaud, succomba le lendemain de son arrivée.

L’autopsie faite par MM. Bouillaud et Manec révéla les détails extrêmement curieux que l’on va lire.

La verge, de grosseur moyenne et bien conformée, présentait vers la partie inférieure du gland l’ouverture du méat urinaire : le scrotum ne contenait pas de testicules. On trouva, dans le bassin, deux ovaires, deux trompes utérines avec leur pavillon, s’ouvrant dans l’utérus; l’utérus lui-même, bien conformé, s’ouvrait dans un vagin de deux pouces, se terminant par une section de trois millimètres dans l’urèthre masculin déjà décrit, auquel était annexée une véritable prostate. M. Manec, qui a consigné avec soin tous les détails de l’autopsie, fait remarquer avec toute raison que Valmont ne mérite pas le nom d’hermaphrodite, attendu qu’il ne possède les signes caractéristiques que d’un seul sexe; que la seule différence qui existe entre cet individu et une femme bien organisée, c’est que le vagin, au lieu de se terminer à l’extérieur par une ouverture indépendante, va s’ouvrir dans l’urèthre; quant à la présence de la prostate, organe essentiellement accessoire chez le mâle, elle ne peut suffire à faire admettre l’hermaphrodisme.

L’histoire physiologique et morale de Valmont lait malheureusement défaut : on ignore s’il existait chez lui une hématurie menstruelle. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il avait été marié comme homme. Sa femme était morte, et les détails ont manqué au sujet de cette monstrueuse

union.

Page 1