ET MORALE
Les indices fournis par la physionomie et par l'ensemble de la constitution physique sont tous variables et d'importance secondaire.
Le système pileux, le timbre de la voix, la forme et le développement des mamelles doivent cependant être notés. On peut dire d'une manière générale que plus la conformation des organes sexuels se rapproche des apparences féminines, plus les autres caractères de la sexualité masculine s’effacent. La barbe manque, la voix est grêle, les mamelles sont développées, les muscles peu saillants, les formes arrondies. Dans le cas contraire, les individus faussement pris pour des femmes se font remarquer par les poils qui couvrent leur corps, par leur voix forte, leurs mamelles absentes, l’étroitesse du bassin et la sécheresse anguleuse des formes.
Quant aux facultés affectives et aux dispositions morales, elles subissent le plus ordinairement le contre-coup de la conformation vicieuse des organes sexuels, et l’on ne doit pas s’attendre à rencontrer un caractère et une intelligence virils chez des hommes aussi imparfaits.
Toutefois, il est juste de faire une large part à l’inlluence des habitudes et des occupations que leur impose l’erreur commise sur leur sexe réel. Élevés dès l’origine, vêtus, placés, parfois même mariés comme des femmes, leurs pensées, leurs habitudes, leurs manières d'agir, restent féminines; et ce n’est ni sans difficultés, ni sans trouble, ni sans péril, qu’ils rentrent dans leur sexe véri-
4i VICES DE CONFORMATION DES ORGANES SEXUELS.
table lorsque leur état civil vient à être rectifié. J’ai déjà parlé, et je parlerai bientôt plus longuement d’un malheureux qui, dans une circonstance semblable, prit la vie en dégoût et mit fin à ses ennuis par le suicide; celui-là même dont je publie les souvenirs à la suite de cette étude.
Il y a parmi ces individus des différences notables au point de vue des penchants et des impressions sensuels. Le plus grand nombre n’en montre ni n’en éprouve d’aucun genre. Ceux qui sont dans des dispositions contraires, et chez lesquels la malformation des organes sexuels est la moins complète, ne sont pas éloignés du commerce des femmes et peuvent ressentir des désirs, des excitations et des jouissances complètes, en même temps qu’un orgasme vénérien qui peut aller jusqu’à l’émission de la liqueur spermatique. Ils ont pu se livrer avec des personnes de l’autre sexe à des actes sans doute fort incomplets, et le plus souvent rendus inféconds par suite de la situation vicieuse de l’orifice de l’urèthre ou des ouvertures des canaux éjaculateurs. Si l’on a vu quelques-uns des êtres dont nous parlons usurper, dans les rapprochements sexuels, le rôle de la femme, dans certains cas ils ont subi les conséquences de leur état civil erroné, sans en avoir conscience, mais sans entraînement et sans aucune satisfaction des sens; dans d’autres cas où on les a trouvés enrôlés parmi les prostituées, on aurait pu croire à un penchant contraire à leur sexe véritable, si l’on n’avait pas aisément reconnu qu’ils n’obéissaient qu’à des instincts de débauche et à des habitudes de dépravation. J’en citerai plusieurs exemples recueillis à Saint-Lazare, où sont venus échouer quelques-uns de ces individus dégradés en qui 1 on reconnaissait à la fois des hommes mal conformés, et des spodomistes portant la trace des plus honteuses pratiques (!)•
(I) Voy. Amb. Tardieu, Étude médico-légale sur les attentats aux mœurs, 6' édit. Paris, 1872.
EXPERTISE MÉDICO-LÉGALE
lit. Circonstances de i/intervention médico-légale.
Les détails dans lesquels je suis entré ont déjà fait connaître les principales circonstances dans lesquelles le médecin légiste peut être appelé à intervenir pour la rectification de l’état civil des personnes faussement déclarées et inscrites comme appartenant au sexe féminin.
Le plus souvent les progrès de l’âge amènent, au bout de quelques années, et principalement aux approches de la puberté, des modifications dans les organes qui rendent plus apparents les caractères de la sexualité véritable. La descente des testicules ou de l’un d’eux, parfois l’étranglement de cette glande dans l’anneau qu’elle doit franchir, et les graves accidents qui en résultent appellent l’attention.
D’autres fois l’éveil des désirs vénériens, l’émission spontanée de la liqueur spermatique, les sensations naturelles à la fois physiques et morales qu’inspire le commerce des femmes, sont autant d’indices révélateurs, et les parents ou le sujet lui-même s’émeuvent et provoquent un examen qui doit mettre en lumière l’erreur primitivement commise. La justice est saisie et l’enquête qui doit aboutir à la rectification de l’état civil porte tout entière sur les constatations médicales.
Dans d’autres cas, c’est fortuitement que la vérité se fait jour : il en est ainsi pour ces individus qui sont conduits, sous les habits d’un sexe qui n’est pas le leur, et pour des actes de prostitution, dans les prisons de femmes, où la visite à laquelle ils sont soumis révèle, en quelque sorte d’office, le mensonge dans lequel ils ont vécu jusque-là.
Pour d’autres enfin, en très-petit nombre, la vie entière s’écoule et s’achève sans que l’erreur ait été reconnue.
Maria Arsano meurt à quatre-vingts ans réputée femme toute sa vie et mariée comme telle. L’autopsie seule fait
reconnaître sur son cadavre les attributs essentiels de la virilité. C’est après sa mort également que l’on reconnaît une femme chez ce Valmont qui succombe à soixante ans passés dans les salles d’hommes d’un hôpital, après avoir été marié sous un sexe qui n’était pas le sien.
On pourrait citer plus d’un exemple semblable, et il en est certainement beaucoup qui restent ignorés.
Quoi qu’il en soit, et si nous résumons les longs développements qui précèdent, nous sommes conduit à admettre que :
Tous les vices de conformation des organes sexuels, confondus à tort sous la dénomination à' hermaphrodisme, ne sont pas de nature à entraîner une erreur sur le sexe véritable de ceux qui en sont atteints.
Cette erreur ne peut guère être commise que pour des individus du sexe masculin, chez lesquels les parties génitales externes, plus ou moins mal conformées, et l’ensemble de la constitution offrent des apparences féminines.
En fait, c’est pour ces individus, et rien que pour eux, qu’a été soulevée la question d’identité, soit en vue de faire prononcer la nullité d’un mariage, soit pour obtenir la rectification judiciaire de l’état civil; et c’est à eux seulement que s’applique dans la pratique l’intervention médico-légale dont je me suis efforcé de tracer les conditions et les règles.
Toutefois l’erreur contraire s’est produite; il serait donc permis de supposer, bien que cela n’ait pas encore eu lieu, qu’elle pourrait soulever une question d’identité, et que l’intervention médico-légale deviendrait nécessaire pour faire rendre son véritable sexe à une nouvelle Valmont considérée à tort et mariée comme un homme , ou à ce moine dont parle Is. -Geoffroy Saint-Hilaire, qui accoucha dans son couvent.