LB CLERGÉ ET LA QUESTION SOCIALB
ceux qui cherchent avec ardeur la vérité, dans les questions encore controversées, gardent vis-à-vis les uns des autres le calme, la modestie et les égards, afin que la dissidence des opinions n'entraîne pas la dissidence des volontés. Quelle que soit d'ailleurs l'opinion que Ion embrasse dans les questions où le doute est possible, que l'on soit toujours dans la disposition d'être religieusement attentif aux enseignements de ses supérieurs ecclésiastiques (1) ».
3° Dans l'étude des questions sociales le prêtre ne doit prendre pour guides que des maîtres absolument sûrs. — Ces maîtres sont : l'Evangile ; — les Actes du Saint-Siège, surtout l'Encyclique Rerum novarum que l'on a, avec raison, appelée la « charte des ouvriers ; » — les écrits des grands théologiens; — les livres récents qui jouissent d'une réputation méritée de modération, de science, de sagesse et d'entière conformité aux enseignements de Léon XIII. Ces livres ne sont pas très nombreux, mais il en existe pourtant et le prêtre qui, aujourd'hui, désire s'initier aux questions sociales n'est plus obligé d'aller glaner dans toutes sortes d'ouvrages les éléments de la science qu'il veut acquérir. Plus heureux que ses devanciers, il possède des traités qui lui facilitent le travail et desRevuesqui lui fournissent de très intéressantesétudes.
Ainsi s'inspirant d'une doctrine sûre, se tenant dans une entière soumission à ses supérieurs, ne procédant qu'avec prudence et circonspection, le prêtre pourra utilement, dans certains cas, s'occuper des questions si délicates qui agitent notre temps. D'un côté, il évitera ces exagérations et ces écarts regrettables qui compromettent les meilleures causes; de l'autre, obéissant aux directions pontificales, il prêtera un concours qui a bien son prix à l'œuvre d'apaisement et d'union qui s'impose aux soins de tous. « La situation actuelle nous crie et nous crie vivement qu'il est indispensable d'opposer à l'audace de certains esprits toutes nos forces réunies. Certes, elle est assez étendue la perspective des misères qui sont devant nos yeux, elles sont assez redoutables les menaces de perturbations funestes que nous préparent les socialistes. Dans les ténèbres de leurs conventicules secrets comme en plein jour, par la parole comme par les écrits, ils poussent la multitude à la ré-
(i) Encyclique sur la Démocratie chrétienne.
bellion. Ayant secoue Je joug de la religion, ils méprisent les devoirs el ne réclament que les droits. Ils font appel aux foules des malheureux de plus en plus nombreux et que les nécessités de la vie rendent plus accessibles à leurs promesses mensongères et à leurs erreurs.
« 11 y va du salut de la société comme de la religion : sauvegarder l'honneur de l'une et de l'autre, ce doit être le devoir sacré de tous les gens de bien.
« Combien il est opportun d'aller au peuple, de s'employer à son bien, suivant le temps el les circonstances, il Sous a paru bon souvent de l'affirmer dans nos entretiens avec les membres du clevrré. Plus souvent encore dans nos lettres aux évêques • t aux autres hommes de l'ordre ecclésiastique, Nous avo.s loué ce souci plein d'amour pour la classe populaire et Nous avons dit qu'il doit se trouver dans les clercs tant réguliers que sécu liers. Cependant qu'ils s'appliquent à rendre ces bons offices avec prudence et précaution à l'exemple des saints. — François, ce pauvre et c t humble ; Vincent de Paul, ce père des infortunés ; plusieurs autres, dont tous se souviennent dans l'Eglise, ont concilié leuis soins dévoués pour le peuple, avec le souci de n'être jamais distraits ni répandus au dehors plus qu'il ne convenait, occupés toujours, avec la même ardeur, à travailler à leur perfection personnelle (1). »
(1) Encyclique du 18 janvier 1901 sur la Démocratie chrétiennt.