LB CLERGÉ ET LA QUBSTION SOCIALE
à donner personnellement l'exemple de ces études, en maintes reprises il a rappelé au clergé ce que les circonstances actuelles demandent de lui et il a insisté pour que, dans les programmes des séminaires, une place convenable soit faite à la théologie sociale.
b) II revient aux vraies traditions de l'Eglise, traditions presqu'oubliées sous l'absolutisme royal et le règne du libéralisme naturaliste. Nos grands théologiens ont touché à toutes les questions économiques posées de leur temps, comme le montre V. Brants dans son beau livre : Esquisse des théories économiques professées par lés écrivains des xme et xive siècles. Le clergé s'est autrefois beaucoup occupé de tout ce qui concernait le bien-être des classes laborieuses, et rien peut-être n'a contribué davantage à lui assurer la popularité et l'influence dont il a longtemps joui. Que n'ont pas écrit les Pères et que n'ont pas fait les Ordres religieux !
c) Il se met en état de s'acquitter d'un devoir grave de sa charge. Nous avons déjà dit que la question sociale n'est pas une question purement spéculative, elle est avant tout pratique : elle relève, sur beaucoup de points, de la morale. Le prêtre devant apprendre à chacun ses devoirs, ne saurait le faire d'une manière suffisante, au moins dans les milieux industriels, s'il ignore complètement les obligations et les droits respectifs des diverses catégories de personnes confiées à ses soins.
d) Il apporte à la solution du problème des lumières et un esprit de paix souverainement utiles. Par ses études théologiques, par sa connaissance des vérités révélées, par son caractère et ses fonctions, par sa situation, qui le met personnellement hors de cause, il se trouve tout indiqué pour jouer un rôle pondérateur. Il est plus désigné que qui que ce soit pour intervenir entre les partis el faire entendre des paroles de sagesse, de modération, de justice et de paix.
e) Il honore son ministère. Il prouve que le clergé, aujourd'hui comme autrefois, sait être de son temps, qu'il ne néglige aucun des problèmes de son époque et que, par conséquent, on le calomnie, quand on le traite d'ignorant et d'arriéré.
f) Il conquiert des sympathies. Il se donne des droits à l'affection et à la reconnaissance des classes laborieuses en leur montrant qu'il s'intéresse à des questions qui les touchent de si près, que leur bien-être lui tient à cœur et qu'il est heureux de contribu.jr, dans la mesure*
de ses moyens, à améliorer leur situation matérielle. Le besoin de ces études n'est pas é^ral pour tous les prêtres ; plusieurs pourraient sans inconvénient se dispenser de les faire, mais il serait désirable que, sans donner aux questions sociales une importance exagérée, l'élite au moins du clergé s'initiât à des problèmes qui tourmentent notre siècle et dont la solution ne peut êire donnée sans l'Eglise. Tout en laissant à la théologie, à l'Ecriture sainte, à la philosophie la première place, place qui leur revient de droit et qu'il faut leur conserver aujourd'hui plus que jamais, car jamais autant qu'aujourd'hui une forte éducation philosophique et théologique ne fut nécessaire, il est possible d'acquérir des connaissances qui honoreront notre ministère et pourront contribuer à la fécondité de notre apostolat.
2° Le prêtre doit apporter à Vctude des questions sociales une grande prudence. — Ces questions sont très complexes et fort délicates. Des intérêts opposés sont en jeu, les droits des diverses classes semblent se combattre, ces droits sont également respectables, il faut veiller à n'en léser aucun. Par conséquent, le prêtre doit éviter de se laisser séduire par de généreuses utopies et de céder à des entraînements regrettables. Il faut étudier ces difticiles problèmes avec le cœur, mais il faut les étudier aussi et surtout avec la raison; il faut apporter à ce travail du calme, de la réflexion, de la science et pas seulement du sentiment; il faut enfin se souvenir qu'en matière aussi pc*i aisée à dominer, il est bon de ne pas avoir l'affirmation trop facile et le jugement trop prompt. De longues études et de sérieuses réflexions sont indispensables, la question a des points de vue si nombreux et elle touche a tant d'intérêts différents !
Les prêtres plus encore que les simples fidèles doivent se rappeler les instructions si sages qu'a données Léon XIII. « Il faut s'abstenir de tous les sujets de discussion qui blessent et éloignent les esprits. Que dans les publications périodiques et dans les discours populaires on se taise donc sur les questions plutôt subtiles qui sont, pour la plupart, sans utilité. Ces questions difficiles à résoudre exigent, pour être comprises, de grandes aptitudes et demandent une attention peu commune. Certes, c'est chose humaine d'hésiter et de douter sur les points incertains et il est permis d'avoir des opinions différentes sur diverses questions, mais il convient