Encyclique Rerum novarum
fait braver non seulement le froid et le chaud, la fatigue et la soif, mais ce qui arrête souvent les plus braves d'entre nous , le ridicule?
« Aux maux des sociétés modernes, où donc est le remède et quel sera le médecin? Le remède, répond le Pape1, l'Eglise le possède ; le médecin, le seul qui nous puisse guérir, c'est le Christ. Il sait l'huile qui adoucit les plaies, le baume qui cicatrise les blessures. Allez à lui et vous serez guéri. Le Christ seul est capable de vous rendre la paix et de faire régner parmi vous la justice , car, seul, il en connaît les lois. Les questions sociales qui vous tourmentent, riches et pauvres, effrayant les uns et irritant les autres, vous ne sauriez leur trouver de solution en dehors de Dieu et de la religion. Sans Dieu, tous les efforts des hommes sont vains : inania conata hominum.
« Pour accomplir l'œuvre de paix et d'harmonie qui s'impose, a dit de son côté Isaac Péreire, à côté ou plutôt au-dessus des législateurs, des savants, des industriels, il faut des apôtres, des missionnaires prêts à se dévouer pour le salut de l'humanité, des prédicateurs du droit et de la justice assez indépendants pour dire à tous la vérité, et où en trouver en dehors de l'Eglise? — Il faut que l'Eglise reprenne, dans des conditions nouvelles, le grand enseignement moral par lequel, il y a quinze siècles, elle a transformé le paganisme romain et civilisé les barbares 2. »
Le même Péreire écrivait dans son livre La Question reli-
1. « Soyez chrétiens, répète le pape au riche comme au pauvre, au patron aussi bien qu'à l'ouvrier ; soyez chrétiens et la société sera sauvée, car la question sociale deviendra facile à résoudre. Il n'y aura plus de lutte de classe ; à tout le moins la religion en tempérera l'àpreté. Le pape, encore une fois, a raison : cela est si clair et si connu que cela en est banal. A beaucoup, en effet, le pape semble, par sa mission, contraint de nous servir de fastidieuses banalités. Le malheur est que la vérité est dans ces redites, et que, pour être banale, la vérité n'en est pas moins vraie... Ils sont aveugles, ceux qui n'y voient qu'un théorème économique . Elle dépasse toute la science des économistes, et les sages, parmi eux, sont ceux qui en fon l'aveu. Le problème social, — il vaut la peine de nous en persuader, — estt avant tout un problème religieux, un problème moral... Pour le résoudre il faut recourir aux forces morales. Où en trouverons-nous de plus actives que la religion, de plus efficaces que le christianisme ?» A. Lekoy Beai- LtEU, La Papauté, le Socialisme et la Démocratie, passim