‹ Question sociale et écoles socialesChapitre 45 sur 51 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

De tout ce qui précède il résulte : qu'il y a une question sociale ; que cette question est souverainement grave, souverainement délicate et souverainement complexe ; qu'elle préoccupe les hommes d'Etat comme les hommes d'Eglise ; qu'elle appelle une solution prompte et équitable ; que, parmi les solutions proposées, beaucoup sont inacceptables ; que, seules, celles qui s'inspirent de l'Evangile peuvent être efficaces ; que, pour sortir de la triste situation où nous nous débattons, il n'y a pas trop de toutes les bonnes volontés et de tous les efiorts.

Les catholiques, laïques et prêtres, n'ont pas le droit de se tenir à l'écart, ils ne sauraient trop méditer les paroles par lesquelles Léon XIII termine sa magistrale encyclique Rerum novarum : « Que chacun se mette à la part qui lui incombe, et cela sans délai, de peur qu'en différant le remède, on ne rende incurable un mal déjà si grave. Que les gouvernants fassent usage de l'autorité protectrice des lois et des institutions ; que les riches et les patrons se rappellent leurs devoirs ; que les ouvriers, dont le sort est enjeu, poursuivent leurs intérêts par des voies légitimes, et, puisque la religion seule est capable de détruire le mal dans sa racine, que tous se rappellent que la première condition à réaliser, c'est la restauration des mœurs chrétiennes, sans lesquelles même les moyens suggérés par la prudence humaine comme les plus efficaces seront peu aptes à produire de salutaires effets.

« Si la société humaine doit être guérie, elle ne le sera que par le retourà la vie et aux institutions du christianisme. A qui veut régénérer n'importe quelle société en décadence, on prescrit avec raison de la ramener à ses origines. Car la perfection de toute société consiste à poursuivre et à atteindre la fin en

vue de laquelle elle a été fondée ; en sorte que tous les mouvements et tous les actes de la vie sociale naissent du même principe d'où est née la société... »

Comme « il n'est pas douteux que la société civile des hommes a été renouvelée foncièrement par les institutions chrétiennes » et que la civilisation moderne est sortie du christianisme, il en résulte que, si 1 on veut rendre une vie normale à notre société malade, il faut lui infuser de l'esprit chrétien. Le mal dont elle souffre est un mal d'ordre moral au moins autant que d'ordre économique. Le matérialisme contemporain l'oublie trop, la réforme sociale ne peut s'accomplir que par la réforme morale. Pour relever un peuple, il faut d'abord relever son âme. C'est par le dedans, plutôt que parle dehors, que doivent commencer les réformateurs. Pour réformer la société, il faut réformer l'homme : réformer le pauvre et réformer le riche, réformer l'ouvrier et réformer le patron ; il faut leur rendre à l'un et à l'autre ce qui leur manque presque également : du christianisme pratique .

Sans cela, toutes les mesures législatives, tous les progrès matériels risquent fort de demeurer stériles ; car, les appétits croîtront avec les moyens de se satisfaire et les convoitise^ n'en deviendront que plus exigeantes. Bien plus, sans la réforme intérieure, sans le relèvement moral de l'ouvrier, l'accroissement des salaires et la diminution des heures de travail, « ces deux desiderata de tout ce qui vit du travail de ses mains, menacent de tourner simplement au profit du cabaret et au détriment de la femme et de l'enfant » .

Si l'Eglise souhaite l'augmentation des salaires et la diminution des heures de travail, c'est pour que l'âme et le corps de l'ouvrier puissent se développer librement, c'est pour qu'il y ait plus de dignité et de décence à son foyer, pour que, en un mot, « l'ouvrier puisse être un homme et l'ouvrière une femme » . Or il n'est pas rare que les hauts salaires et la courte durée des Journées deviennent « la perte des ménages ».

« Tous ceux qui connaissent l'ouvrier, a-t-on pu écrire non sans raison, le sentent ; le grand obstacle à ses progrès, ce qui ruine sa santé et flétrit sa famille, ce sont ses vices. Les maîtres qui exploitent sa jeunesse et usent son âge mur, ce son t

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les péchés capitaux. Le joug dont il a besoin d'être affranchi, c'est bien plus encore celui de ses excès que celui de l'usure ; eux aussi « omnivorent », et pour l'en délivrer la loi ne suffit pas. La force légale, disait excellemment lejuif Isaac Pereire, ne saurait suppléer la force morale. La loi punit le mal, elle ne crée pas le bien. La loi, la science, l'industrie, sont impuissantes ; il faut que la religion dénoue le drame social qui sans elle ne se dénouera que par la force. »

Une société ne saurait, à quelque degré de son développement qu'elle soit parvenue, se passer d'autorité morale, de principe moral et, pour les peuples européens au moins, il n'en est guère en dehors du christianisme. La première pierre de la réforme sociale, c'est donc, comme ne cessait de le répéter Le Play, le Décalogue. Il n'y a que le sentiment religieux qui puisse endiguer le flot de convoitises et de haines qui menace de tout submerger ; il n'y a que lui qui sache inspirer la fraternité, qui soit capable de substituer la charité sociale, l'amour des classes à la lutte fratricide qu'on tente de déchaîner sur le monde.

Il faut que les peuples se tournent vers le Christ et lui crient : « Seigneur, sauvez-nous, nous périssons. » Seul, en eflet, il a la puissance de « commander au vent et à la mer ». Si la paix, l'union, la justice doivent être ramenées sur la terre, c'est par lui qu'elles le seront. Il a des paroles de vie pour ce monde comme pour l'autre. Ce n'est pas en vain qu'une société se prive du secours moral que lui apporte la tradition religieuse, car la religion du Christ est un réservoir de forces sociales où les nations puisent, si elles la pratiquent, patience, entente, amour et solidarité ; pour l'humanité elle sera toujours fons vitœ, car toujours elle sera fons amoris etdilectionis.

Que le règne de Dieu arrive donc sur la terre, et la crise sociale aura vite perdu la plus grande partie de son acuité. Le monde contemporain serait moins travaillé par les divisions, moins soulevé parles colères, moins menacé par la révolution et le désordre, s'il était resté plus croyant. La plus lourde faute que pouvaient commettre ceux qui avaient la garde de la paix sociale a été d'aider à jeter des défiances contre la religion de contribuer à en arracher les principes de l'âme populaire

TABLE ALPHABÉTIQUE

Action directe : sa nature, 204 ; sa prétendue nécessité, 205, 177, 194 ; ses avantages, 327,

Action indirecte, 222.

Action populaire, 258.

Aiguille (Syndicat de Y).

Allemane, 91.

Alliance de la Démocratie socialiste,

Amoralité syndicaliste, 168.

Amour libre, 168.

Anarchisme : ses doctrines, 178 ; sa méthode, 179.

Anarchistes, 151.

Anault, 66.

Anh cléricalisme syndicaliste, 200.

Antimilitarisme, 170, 197.

Antipatriotisme, 170, 195,

Antoine (Charles), 164.

Arbeistkraft, 295.

Association professionnelle (Droit d') : Son existence et ses limites, 220, 272 ; sa nature et son origine, 273 ; «a nécessité, 273. Association professionnelle libre et association professionnelle obligatoire, 277.

Association Catholique de la Jeunesse

Française, 258.

Association des Ouvriers Allemands,

Association des patrons du Nord, 253.

Association Internationale Ouvrière,

Association Saint-François-Régis, 249

en note. Atelier socialisé, 185.

Atelier (Journal 1'), 239.

Athéisme social, 165.

Autorité ; sa nécessité, 221.

Avenir (Journal 1') : doctrines et rédacteurs, 226.

Babœuf, 78, 79.

Bakounine (Michel), 85.

Ballanche, 225.

Banque (Haute) : son omnipotence et

ses accaparements, 28.

Bastiat, 65, 75.

Batbie, 66.

Baudon (Adolphe), 237.

Baudrillard, 65.

Bazard, 81.

Beau regard (de), 66.

Berth (Edouard), 178.

Bismarck, 135.

Blanc (Louis), 82.

Blanc de Saint-Bonnet, 225.

Block (Maurice), 65.

Blome (Comte de), 250.

Bonald (de), 225.

Bordas-Desmoulin,243.

Bouillerie (Joseph de la), 244.

Bourses de travail, 92.

Boycottage : son origine, 209 ; sa

nature, 209 ; son efficacité, 210.

Brants (Victor), 46.

Bréda (Comte de), 250, 296.

Brun (Lucien), 70, 247.

Brunetière, 253.

Bûchez, 47, 239.

Oabet, 81.

Cairnes, 66.

Campanella, 78.

Capital : son rôle et sa productivité, 322 ; son droit à une rémunération, 323 ; étendue de cette rémunération, 324 ; relations du capital et du travail, 324 ; attaques diri-

TABLE ALPHABÉTIQUE

gées contre le capital par les collectivistes, 26. — Capital anonyme et irresponsable, 26.

Capitalisme ou régime capitaliste, ses caractères et ses méfaits, 154 ; ses services, 189 ; critiques formulées contre lui, 143.

Cathédrants (Socialistes), 135.

Catholico -libéraux : origines 69 ; doctrines, 70 j principaux représentants, 70.

Cauwès. 66.

Cercles Catholiques d'ouvriers : Origine et fonctionnement, 245 et ss.

Charité privée : sa sécularisation, inconvénients qui en ont résulté,

Chateaubriand, 225.

Cheminots catholique» (Association des ;, 261.

Cherté de la vie : son influence sur la crise sociale, 34.

Classes sociales : leur survivance, 18, en note ; leur suppression, 326; lutte de classes, 205, 326.

Clergé et question sociale, 45.

Coalition (Droit de), 300.

Cobden, 65

Cochin (Augustin), 244.

Collectivisme : origines, 142 ; doctrines, 143 et ss.

Comité de Conciliation, 274.

Comte (Auguste), 54,

Concurrence, 24.

Confédération française des Travailleurs chrétiens, 263.

Confédération Générale du Travail :

sa fondation, 96, 101 ; son but,

102 ; son organisation intérieure,

103 ; ses congrès, 105 ; double courant existant dans son sein,

Conférences de Saint- Vincent-de-Paul,

Congrès de Malines (Les), 249, en

note.

Congrès national du Travail, 105. Corporations de métiers, 220, 272.

Corporatisme 174 CourceMe-Seneuil, 65.66 Ooux (Charles de) 230 Crise sociale : origine, 3 ; extrême

variété de ses causes, 11 ; causes d'ordre religieux, 12 ; causes politiques. 16; causes économiques, 21; causes plus immédiates, 32 ; remèdes, 58, 73.

Dépense (Goût exagéré de la), 27.

Desjardins, Arthur) 65, 75.

Deville (Georges), 78.

Dissidents du libéralisme : origine

et doctrines, 67.

Doutreloux (Mgr), 249.

Dupont de Nemours, 63.

Ecoles sociales (Principales), 60.

Ecole libérale : ses débuts, 63 ; sa période d'éclat, 64, 65 ; son déclin, 66 ; ses dissidents, 67 ; ses doctrines, 71 et ss.

Ecole catholique : exposé historique, 225 et ss. ; doctrines, 273 et ss. ; fondation de l'Ecole sociale catholique actuelle, 245 ; élimination des éléments libéraux, 247 ; généralisation du mouvement, 249 ; essai de fédération, 248 ; scission à Liège, 251 ; intervention du pape, 253 ; encyclique Herum novarum, 253 : ses enseignements et ses conséquences, 255 ; après l'encyclique, 255 ; moyens de propagande, 257 ; oppositions, 259.

Ecole féodale, 250.

Ecole humanitaire, 81 Ecole idéaliste, 83.

Ecole de Mouveaux, 252.

Ecole de Paix sociale : son but, 329 ; ses origines, 330 ; son plan de réformes, 331 .

Ecole de la science sociale de l'abbé

de Tourville 334.

Ecole socialiste : exposé historique, 78 et ss. ; résumé des doctrines, 125 etss.

Eglise : fin qui lui a été assignée par Dieu, 39 ; rôle social qu'elle a joué dans le passé, 39 ; son droit et son devoir de s'occuper de la question sociale, 41 et ss. ; action bienfaisante et nécessaire que lui réserve l'avenir, 49, 53 ; Eglise et Démocratie, 51 ; Eglise et Socialisme, 55.

TABLE ALPHABETIQUE

Encyclique Rerum novarum : sa publication, 253 ; ses enseignements,

Enfant : son éducation par l'Etat,

Enfantin, 81.

Engels (Frédéric), 83.

Etat : son vrai rôle, 131 ; déformation de ce rôle par les libéraux, 73 ; par les socialistes d'Etat, 132 ; ses manières d'être possibles par rapport au contrat de travail, 303 ; en note ; son droit d'intervention dans le contrat de travail, 303 ; fondement de ce droit, 305 ; son fonctionnement, 305 ; ses limites

EvOLUTIONNISME, 149,

Extrémistes : Leurs tentatives révolutionnaires, 307.

Falloux (Comte de), 233.

Famille (Conception socialiste de la),

Faucher (Léon), 65.

Fédération des Bourses du travail, 101, 102.

Fédération des Travailleurs socialistes,

Fédération nationale des Syndicats ouvriers, 93, 94, 101, 102.

Fédérations nationales corporatives,

Femme : Son rôle et sa mission, 315; son entrée à l'atelier et à l'usine, 315 ; danger de la sortir de son foyer, 23 ; inconvénients de sa présence à l'usine, 316 ; travail industriel féminin à domicile, 318.

Fénelon, 78.

Fille (Jeune) : inconvénients du travail d'usine, 23.

Folsset, 230.

Fortunes scandaleuses édifiées pendant la guerre, 35.

Fourrier, 81.

Fovllle (de), 66.

Frayssinous, 225.

Freppel, 70.

Garnier (Joseph), 65.

Gautier (Léon), 245.

Gérando (Baron de), 233.

Gerbet, 229.

Gibbons (Cardinal), 250.

Gide (Charles), 66.

Gonin Marius), 258.

Gournay de), 63.

Gratry, 243.

Grève : Sa légitimité, 301 ; ses inconvénients, 301 ; sa conciliation avec la liberté de travail, 302 ; devoirs des pouvoirs publics avant, pendant et après les grèves, 302 ; grèves particulières, 306 ; grève générale et expropriatrice des révolutionnaires, 214 ; droit de grève,

Guehre de 1914-1918 : Son influence sur la crise sociale, 32.

Guesde (Jules), 87, 90, 161.

Guiraud (Baron Léonce de), 244,

Haussonville(d'), 70.

Heileputte, 249.

Henry George, 137, 140, 141.

Hubert-Valleroux, 247.

Hugo (Victor), 53,

Individualisme : Théorie de l'Ecole libérale, 74 ; ce qu'en pense l'Ecole catholique, 272 ; inconvénients et abus de l'individualisme, 296.

Industrie (Grande) : développements qu'elle a pris, 25.

Insécurité de l'ouvrier, 31.

Internationale : Son origine, 84 ; sa dissolution, 86 ; sa reconstitution à Amsterdam en 1889, 119 ; nouvelle dissolution par suite de la guerre, 119 ; essais de reconstitution après la guerre, 120 ; intervention de Moscou ou IIIe internationale, 122.

Internationale ouvrière catholique :

Sa fondation, 269 ; ses premiers congrès, 270 ; ses doctrines, 271.

Internationale du travail (Législation) : sa nécessité, 308 ; son objet, 309 ; premiers essais, 309.

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