PREFET DE LA SACREE CONGREGATION DE LA PROPACANDE
Rome, 25 novembre 1891.
Eminentissime Seigneur,
Nous avons l'honneur de transmettre à Votre Eminence, imprimée, la lettre que Nosseigneurs les Archevêque et Evêques de la Province ecclésiastique de Montréal lui écrivait, le 4 du mois courant, à l'occasion du projet de loi qui a été soumis, par leurs soins et avec leur approbation, au Conseil Universitaire et au Conseil Supérieur de Haute Surveillance de l'Université Laval. Cette lettre parle pour elle-même. Nous
nous contenterons d'ajouter ici seulement quelques remarques bien succinctes.
La Constitution Jam dudum a été le salut de l'Université à Montréal. C'est un acte de haute sagesse qui assure et consacre l'unité universitaire, s jus la se aie forme possible dans notre pays. Elle porte, dans son sein, la solution de toutes nos difficultés et le germe de notre paix. Les faits d'ailleurs sont là pour le prouver.
Qui ignore l'état précaire et pénible de l'Université Laval à Montréal, à venir jusques il y a deux ans, et les difficultés sans nombre qui mettaient son existence en danger. Les trois quarts, au moins, des laïques et des prêtres, pour une raison ou pour un autre, lui étaient opposés. L'opinion se passionnait avec amertume, des discussions envenimées se poursui-
vaient presque sans interruption dans les feuilles publiques. Des poursuites judiciaires, attaquant même l'existence légale de la Succursale, planaient comme une menace continuelle au-dessus de sa tête. La Faculté de médecine n'avait guère qu'une quarantaine d'élèves, tandis que sa rivale, l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, en comptait environ deux cents, ralliant autour d'elle les sympathies les plus prononcées du district de Montréal. Les désirs du Saint-Père, souvent et fortement exprimés, de voir ces deux Ecoles de médecine s'unir, demeuraient sans effet. Deux missions apostoliques, pour rétablir la paix sur la question universitaire, avaient échoué en grande partie ; les décrets romains, en pratique, devenaient lettre morte : et l'autorité des évêques se trouvait tenue en échec, soit par l'opposition sourde des uns, soit par l'indifférence des autres.
Sur ces entrefaites, le 2 février 1889, parut la Constitution Jam dudum. Notre Très-Saint- Père le Pape, après avoir donné de grands éloges à l'Université Laval, après avoir dit qu'il 4' ne souffrirait pas qu'aucune autre Université Catholique indépendante d'elle existe dans le pays avec la faculté de conférer des grades accadétniques " exprime en même temps sa volonté que la Succursale établie à Montréal " soit conservée comme un autre siège de la même Université et qu'elle y tienne lieu de l'Université Laval exerçant son magistère à Montréal." De plus il coufère à ce siège montréalais de l'Université certains privilèges et certaines libertés, en particulier pour ce qui regarde : 1° le choix du Vice-Recteur ; 2° la nomination des professeurs ; 3°. la confection des programmes. Quatrièmement, surtout, il transporte aux Evêques des Provinces de Québec et de Montréal un pouvoir très vaste non seulement de
surveillance, mais encore d'initiative et de direction. " Les Evêques, dit-il, des deux Provinces de Québec et de Montréal se réuniront tous les ans pour prendre connaissance de l'enseignement et de la discipline de l'Université, et ils détermineront d'un commun accord tout ce qui sera jugé nécessaire suivant les temps et les circonstances."
Ces privilèges accordés au Siège Montréalais de l'Université produisirent, à Montréal, un grand apaisement dans les esprits, et firent naître les plus consolants espoirs. Le 4 de septembre 1889, Mgr l'Archevêque de Montréal pouvait écrire à Son Eminence le Cardinal Préfet de la S. C. de Propagande : " La Constitution Jam dtidiim accordée à notre Université par la bienveillance de Notre Très-Saint Père le Pape a été publiée et accueillie parle clergé et les fidèles de cette Province de Montréal, avec les sentiments de la plus vive reconnaissance pour
le Saint-Siège. Chacun s'est mis à l'œuvre, dans la mesjre de son pouvoir, pour en assurer la parfaite exécution et, déjà, nous pouvons espérer, dans un avenir assez prochain, une harmonie complète établie sur des bases solides."
Ces espérances ne furent pas trompées. Grâce à la Cjiistitution nouvelle, le nouveau Vice-Recteur put entrer en pourparlers avec l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, avec une facilité et une faveur que n'avaient jamais rencontrées ses prédécesseurs.
Le Clergé, dès le mois d'août, se ralliant à l'i lée universitaire, signait une résolution, approuvant un projet d'une union juste et équitable entre les deux facultés de Médecine.
Pas plus tard que le 24 de septembre de cette même année, une union provisoire entre les deux cjrps enseignants jusque-là rivaux était arrêtée, laquelle, à travers bien des obstacles, grâce à un nouveau secours du Saint-Siège, avec de certaines modifications, finit au mois de décembre 1890, par passer à l'état définitif et légal. L'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, recevant
dans son sein tous les professeurs de la Faculté de Médecine de l'Université à Montréal, devenait la Faculté Médicale de Laval à Montréal. Enfin c'était le triomphe des décrets romains, la fin de nos divisions, le repos des esprits, et l'aurore d'un grand développement universitaire, si à Québec comme à Montréal on aait s'élever à la hauteur de la situation.
La paix à Montréal, inconnue depuis des années, nous est revenue ; les rivalités tombent, et le bon vouloir s'exerce aisément entre des hommes dont les idées, jusqu'à dernièrement, ne pouvaient se rencontrer. Les élections dans la nouvelle Faculté Médicale, la distribution des chaires et le règlement de plusieurs autres questions tout à fait délicates qu'entraînait l'union nécessairement, se sont faits dans le plus grand esprit de générosité et de bienveillance réciproque. C'est au point que l'opposant le plus déterminé de l'union a été élu président de la Faculté Médicale, et qu'il a accepté franchement et carrément de faire fonctionner et réussir le nouvel ordre de choses. Ljs autres Facultés, par
sympathie, en ont éprouvé du soulagement. A l'heure actuelle, plus de cinq cents élèves suivent à Montréal l'enseignement universitaire, avec ardeur et entrain.
Pour plus de détails, je renvoie à la lettre des Evêques de la Province ecclésiastique de Montréal, qui est annexée à ce Mémoire. (Voir les Numéros I, II, III et IV). Les Evêques paraissent heureux de pouvoir dire :
" L'union est entrée en opération le 1er de juillet de cette année, 1891. Depuis, malgré certains petits intérêts privés qui peuvent se croire peut-être froissés, un grand esprit de bon vouloir et de déférence mutuelle n'a cessé de de régner entre lesprofesseurs des deux anciennes Ecoles rivale?. Les étudiants en médecine, au nombre de 300, ont commencé et continuent leurs cours au milieu du plus grand calme. La paix règne dans le public. L'autorité épiscopale, dans ces conditions où l'on a placé le fonctionnement de l'Université en s'inspirant de la Constitution Jam dudtcm, est acceptée par tous et bénie. Devant nous s'ouvrent les plus belles
espérances de développement universitaire à Montréal."
Les Evêques ajoutent :
" Cependant, pour que ces espérances se réalisent, il faut, pour l'Université Catholique à Montréal, une administration financière forte, solide, légale, composée d'hommes entendus dans les affaires monétaires, qui puissent inspirer confiance au public et aux capitalistes. Sans une telle administration, l'Université Laval à Montréal est destinée à végéter, s'endetter et mourir." (Lettre des Evêques, 4 novembre 1891, N° V.)
Donc, d'après les Evêques de la Province de Montréal, le projet de loi destiné à donner à l'Université Laval à Montréal cette administration financière, est nécessaire pour continuer l'état de paix et les promesses de prospérité qu'est venue nous apporter la Constitution Jam dîidum ; il en découle naturellement, et il en assuerera, d'une manière permanente, les heureux fruits.
Le Séminaire de Québec a remis complètement et entièrement à l'Archevêque de Montréal l'administration des finances de l'Université à Montréal. Mgr Paquet, Recteur de l'Université, écrivait au Vice-Recteur l'Abbé J. I>. Proulx le 28 août 1889. "Par le fait de la nomination du nouveau Vice-Recteur, le Séminaire a abandonné l'administration financière de la Succursale, le jour même de cette nomination. Par conséquent, vous pouvez prendre possession de la maison et de tout ce qu'elle renferme, et administrer le tout au non» de la Succursale, ou de Monseigneur l'Archevêque de Montréal."
Puisqu'il en est ainsi, puisque l'Archevêque de Montréal a la charge et le devoir d'administrer, pourquoi lui refuserait-on le droit, pourquoi gênerait-on sa liberté, de prendre les moyens qu'il juge être les meilleurs pour faire réussir cette administration? (Lettre des Evêques, 4 novembre 1891, Numéros V-1X.)
Or le moyen qu'il propose est le meilleur pour ôter de dessus ses épaules un fardeau qui finirait par l'écraser.
Il est le meilleur pour inspirer confiance aux intérêts divers et aux diverses nuances d'opinion qui existent, nécessairement, dans un aussi vaste district que celui de Montréal.
Il est le meilleur pour attirer à l'Université des ressources pécuniaires et des sympathie ssubstnntielles.
Il est le meilleur pour mettre l'Université Catholique en état de lutter avec les Universités protestantes qui nous environnent.
Il est le meilleur pour empêcher, à Montréal, la fondation d'une Université laïque, qui s'y établira infailliblement, si l'Université Catholique ne réussit pas, pécuniairement parlant.
Bien plus, il est le meilleur au témoignage du Séminaire de Québec lui-même. Car, en 1887, le {Séminaire avait fait approuver par la Législature de la province de Québec un syndicat financier dans le genre de celui dont il s'agit actuellement, lequel cependant, pour des raisons
qu'il serait trop long d'exposer ici, n'a pu fonctionner.
Ce qui était bon pour le Séminaire de Québec ne peut être mauvais pour l'Archevêque de Montréal, surtout lorsque le nouveau projet offre, sur le syndicat organisé par le Séminaire de Québec, des garanties bien supérieures pour l'influence et l'action de l'autorité épiscopale.
En effet, il est difficile d'imaginer une orgaplus conforme à l'esprit catholique. Les Evêques de la Province de Montréal sont constitués en un tribunal suprême pour décider de toutes les questions litigieuses qui pourraient surgir au sein de l'administration. Le droit de veto le plus absolu est attribué par la loi à l'Archevêque de Montréal, et dans la nomination des administrateurs, et dans chacun de leirs actes administratifs de quelque importance.
" Mais, objecte-t-on, votre projet de loi empiète sur les droits de l'Université."
En quoi ?
C'est ce que nous désirons savoir ; c'est ce que n'avons cessé de demander depuis le commencement ; et c'est ce qu'on a toujours refusé de nous dire. (Lettre des Evêques, 4 nov. 1891, Nos XII-XVI.)
Nous avons toujours eu l'intention de respecter les droits de l'Université, tellement que nous avons inséré dans le projet de loi une clause spéciale à cet effet. Il y est dit : " Rien de contenu au présent acte ne sera interprété comme amoindrissant ou affectant en aucune manière les pouvoirs, droits, ou privilèges accordés à l'Université Laval de Québec ou au Conseil de ladite Université parla Charte Royale de Sa Majesté la Reine Victoria, en date du 8 décembre 1852, érigeant en Corporation Civile la dite Université Laval à Québec, l'intention du présent acte étant de ne déroger en rien à la dite Charte."
Nous voulions tellement respecter ces droits qu'en soumettant notre projet de loi à Y examen du Conseil Universitaire et du Conseil Supérieur de Haute Surveillance, nous demandions des suggestions, des observations ; nous promettions de les recevoir avec respect ; et nous nous déclarions heureux, par avance, de pouvoir en tenir compte.
Première preuve : " Nous, les membres du Conseil d'affaires de l'Université Laval à Montréal, choisis et désignés par Sa Grandeur Monseigneur l'Archevêque de Montréal le 20 février 1891 pour aider le Vice-Recteur de l'Université Laval à Montréal, nous avons l'honneur de soumettre à l'examen du Conseil Supérieur de l'Université Laval un projet de loi pour constituer civilement en Corporation" Les administrateurs de l'Université à Montréal ". ( Lettre du 9 septembre 1891.)
Deuxième preuve, les paroles du Vice-Recteur aux Eminentissime et Illustrissimes membres du Conseil Supérieur : " Leur confiance égale le respect avec lequel ils sont prêts à
recevoir les suggestions qu'il plaira à Votre Eminence et à Vos Grandeurs de leur faire, pour le succès de la tâche qu'ils ont entreprise sous la direction de leur vénéré Archevêque." (Lettre du 9 septe nbre 189 1.)
Troisième preuve, les paroles du Vice-Recteur de Montréal à Mgr B. Paquet, Recteur de T Université Laval : " Si vous-même, Monseigneur le Recteur, ou le Conseil Universitaire, aviez à nous communiquer quelques observations à propos de ce projet de loi, croyez que nous serions très heureux de les recevoir et d'en tenir compte." (Lettre du 9 septembre 1891.)
Quatrième preuve, ces autres paroles du Vice-Recteur de Montréal à Son Eminence le Cardinal Archevêque «le Québec : " Après en avoir conféré avec Mgr l'Archevêque de Montréal, je prends la liberté de demander respectueusement à Votre Eminence de vouloir bien nous émettre son désir sur notre projet de loi, et faire en sorte que nous ayons aussi sur ce sujet l'opinion des autres Evêques de la Pro-
vince ecclésiastique de Québec, comme nous avons déjà celle des Archevêque et Evêques de la Province de Montréal." (Lettre du 13 octobre 1891.)
Cinquième preuve : u Eminentissime Seigneur... nous ne soumettons pas notre projet de loi seulement à Y 'approbation, mais encore à Vexamen du Conseil Supérieur, ce qui constitue, ce me semble, une notable différence... Nous vou Ions connaître, avec précision, quels sont ces empiétements, afin de les corriger ; bien plus nous supplions dans ce sens." (Lettre de l'abbé J. B. Proulx à Son Eminence le Cardinal Taschereau, 16 octobre 1891.)
Sixième preuve : " Je regrette qu'on ne nous dise pas, d'une manière précise, ce que nous devrions retrancher de notre projet de loi, pour en faire un projet que Votre Eminence " serait heureuse d'approuver," et ce en quoi il donne à d'autres (t les droits qui relèvent du Conseil Universitaire." C'est possible que le Conseil trouve que notre projet affecte ses droits; et, c'est justement parce que c'est possible que, en
le soumettant à l'examen du Conseil Supérieur et du Recteur de l'Université, nous avons demandé des suggestions et des remarques, avec promesse d'en tenir compte. Si on avait jugé à propos, de suite, de nous répondre ad hoc, la question très probablement serait déjà finie." (Lettre de l'abbé J. B. Proulx à Son Eminence le Cardinal Taschereau, 21 octobre 1891.)
Enfin, septième et dernière preuve : " Eminentissime Seigneur, avec l'approbation, et même sur l'avis de Monseigneur l'Archevêque de Montréal, je descendrai à Québec, probablement dans le courant de la semaine prochaine, pour demander à Votre Eminence de vouloir bien nous dire ce que nous devons retrancher ou changer dans notre projet de loi, pour en faire un projet acceptable en tout point à TUniversité... Je prends sur moi la liberté de donner avis de ma visite prochaine à Votre Eminence, afin que, si Elle le juge à propos, Elle puisse faire, ou faire faire une étude précise sur les modifications à apporter à notre
projet de loi." (Lettre de l'abbé J. B. Proulx à Son Eminence le Cardinal Taschereau, 23 octobre 1891.)
Ces citations sont longues, trop longues. Au inoins, elles démontrent jusqu'à l'évidence, jusqu'à satiété, que notre volonté, à l'occasion de ce projet de loi, a toujours été de rencontrer, dans l.i mesure du possible, les désirs du Conseil Universitaire. Franchement est-ce comme cela que parlent, est-ce comme cela qu'agissent visà-vis une tierce partie ceux qui ont entrepris d'empiéter sur ses droits ?
A toutes les instances qui précèdent, voici quelle fut la dernière réponse de Son Eminence le Cardinal Taschereau, Chancelier Apostolique de l'Université Laval, laquelle résume toutes les autres. " Permettez que je termine ici une correspondance inutile. Je vous ai dit tout ce que la position que vous me faites me permet do dire, Ne connaissant pas la teneur de la
réponse que vous avez reçue de Rome au sujet de votre projet de loi, je ne puis, non plus que l'Université, proposer à celui-ci aucun amendement. " (Lettre de Son Eminence le Cardinal Tasehereau à l'abbé J. B. Proulx, 23 octobre 1891.)
Dans l'impossibilité où, nous sommes de savoir, à Québec, ce qui, dans notre projet de de loi, empêche qu'on ne l'approuve, nous venons à Rome, entre autres motifs, pour le demander et le connaître.
Nous nous contentons d'exposer notre travail, nos desseins et nos raisons avec simplicité ; et nous recevrons avec respect les remarques que l'on jugera à propos de nous faire, ainsi que la décision que l'on voudra bien nous donner.
Loin de nous toute idée litigieuse ou contentieuse : nous sommes des hommes de paix et de modération, disposés à aller jusqu'à l'extrême limite des concessions, sachant fort bien qu'à Rome on ne nous demandera jamais de sacrifier les intérêts que nous avons à protéger à Montréal,
Du reste c'est là le but et l'esprit de notre mission. Nous sommes délégués auprès du Saint-Siège, comme le dit notre lettre de pouvoirs : " 2° Pojr obtenir de Rome qu'on nous dise, si réellement le projet de loi empiète sur les droits universitaires tels que délimités à Montréal p;ir la constitution Jam dndurn, en quoi précisément ils devraient (les Evêques de la Province de Montréal) apporter des changements ou des moliûcatious ; 3° pour déclarer à Votre Eminence et à Notre Très Saint Père le Pape qu'ils acceptent, par avance, de retrancher immédiatement du projet de loi ce que le Saint- Siège jugera à propos de leur signaler ". (Lettre des Evêques, 4 novembre 1891, N° XVII.)
Enfin, en terminant, nous ferons remarquer que les Evêques de Montréal insistent K sur la nécessité urgente qu'il y a de faire incorporer civilement les administrateurs de l'Université Laval à Montréal, de suite, dès la prochaine
session de la Législature de la Province de Québec ". (Lettre des Evêques, 4 novembre 1891, N°XVII.)
Les raisons qu'ils donnent sont pressantes : " afin, disent-ils, de mettre l'Université catholique en position de marcher de pair avec la principale Université protestante dont les ressources monétaires se développent avec une rapidité prodigieuse, et afin de prévenir le danger qui existe sérieusement de voir s'élever à Montréal, si l'Université actuelle n'y fleurit pas, une Université laïque en dehors du contrôle légal de l'épiscopat : ce qui serait le plus grand malheur qui puisse arriver à notre pays ".
Il importe de ne pas fournir de prétextes plausibles à l'impatience de ceux qui trouvent que l'organisation financière de l'Université catholique à Montréal languit et retarde trop, ou aux soupçons de ceux qui sont portés à croire que toute démarche destinée à favoriser le développement universitaire à Montréal rencontrera toujours des obstacles et des oppositions en certains quartiers. Evitons les causes de
récriminations : il est plus facile de prévenir que de guérir.
Votre Eminence, sans doute, n'a pas oublié les paroles que les susdits Evêques de la Province de Montréal avaient l'honneur de lui écrire, en date du 24 septembre dernier : " Nous jouons probablement la dernière chance de voir les laïques en masse inarcher avec nous sur la question universitaire. Ils le font avec beaucoup de sincérité, mais aussi avec une certaine impatience. N'allons pas par des retards, pour des motifs d'ordre secondaire, frustrer leur attente et les fruits de leur bonne volonté ".
Or la Législature s'ouvrira dans le courant de décembre prochain ; et les bills privés, dans la catégorie desquels se trouve notre projet de loi, doivent être présentés dans les premières semaines de la session.
C'est pourquoi nous supplions Votre Eminence de vouloir bien faire en sorte que notre projet soit examiné le plus tôt qu'il sera possible.
Et vos pétitionnaires prient et ne cesseront
de prier, demeurant toujours avec la considération la plus haute et le respect le plus profond, De Votre Eminence,
Eminentissime Seigneur, Les très humbles et très obéissants serviteurs.
t ANTOINE, Ev. de Sherbrooke, J. B. PROULX, Prêtre,