‹ Question universitaire de Montréal (volume 2)Chapitre 38 sur 47 · SUITE DE LA CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

SUITE DE LA CORRESPONDANCE

A r occasion du projet de loi.

Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fontaines,

Rome, 9 janvier 1892.

Sa Grandeur Mgr Edouard Chs Fabre,

Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

J'ai reçu ces joure? derniers votre lettre du 22 de décembre. Je vous remercie des souhaits que vous faites pour mon bonheur et le succès de nos affaires Je ne doute pas qu'ils ne *e réalisent; car j'ai toujours pris comme venant du ciel la parole de mes supérieurs ecclésiastiques.

La mort fait dans votre clergé des vides bien

nombreux et bien sensibles. Imaginez-vous que le télégraphe nous a apporté la nouvelle que le doyen de notre faculté de droit était mort. Grand deuil au Collège Canadien, et dans mon âme. J'écrivis, bien triste, une lettre de condoléance à madame Jette. Cependant, avant que de la mettre à la poste, je voulus connaître au juste quel était le télégramme. Je trouvai dans sa rédaction quelque chose de louche. Je résolus d'attendre confirmation. Bien m'en a pris ; car, à l'heure qu'il est, l'honorable Juge en parfaite santé aurait entre les mains son oraison funèbre. Vous dites: u J'ai toujours l'espoir que le succès couronnera vos efforts, mais les choses vont lentement." Vous avez résumé en deux mots la situation. Les vacances du jour de l'an sont finies. Nous avons recommencé nos visites. Hier nous voyions Mgr Bergamoschi, le minutante pour le Canada et Son Eminence le Cardinal Simeoni. Aujourd'hui une pluie battante nous retient à la maison. Nous avons à laisser, en partant, sur la table de nos honorables hôtes deux nouveaux mémoires : "Li correspondance

à l'occasion du projet de loi" qui est déjà partie pour Montréal, et le " Mémoire sur le peu de bonne volonté que le Recteur et le Conseil de l'Université Laval ont montré pour aider au fonctionnement de l'Université à Montréal," que je demande à la poste d'aujourd'hui de vous porter. Mgr Racine attache beaucoup d'importance aux deux questions qui font la conclusion de ce dernier mémoire. Il a été remis en latin à Mgr Bergainorichi ; il débute en ces termes : " Eminentiœ Tuae exponere cupio, quam iinbecillimam Rector. . . .bonam adhibuit volnntatem, etc." Vous allez voir si quelques malins ne traduisent pas imbecillis par imbécile.

Son Eminence le Cardinal Simeoni, au mois de novembre, comme j'ai déjà eu l'honneur de vous l'écrire, a demandé au Cardinal Taschereau de vouloir bien lui envoyer son opinion sur notre projet de loi, ainsi que celle des Evêques de la Province de Québec, ses suffragants. Jusqu'ici pas de réponse ; le Cardinal Préfet n'a donc pas eu plu* de chance que nous. Il a dû télégraphier à Québec ce matin, Sans doute il

s'étonne de ce retard. Moi. je serais étonné qu'on eût répondu de suite. En arrivant ici, j'ai dit clairement : " Je suis sous l'impression que, à Laval, on veut gagner du temps ; qu'on aimerait à ce que nous ne puissions arriver pour l'ouverture de la Législature ; et que l'on ne semble désirer rien tant que de voir le temps paralyser nos forces et apporter un coup peut-être mortel à notre développement universitaire à Montréal." Et voilà que Québec est à faire ma preuve. Je déplore que l'on nous fasse perdre par ces atermoiements un temps précieux, c'est le mauvais côté de la médaille ; le beau côté, c'est que cette conduite produit dans les esprits la conviction bien plus efficacement que mon mémoire sur le peu.

Quand Mgr Label le fut enveloppé dans la banqueroute de son cousin, et que sa mère fut accusée d'avoir soustrait frauduleusement une couple de milles piastres aux créanciers, l'avocat de la partie adverse insistait dans son interrogatoire d'une manière inconvenante, au grand dégoût du parterre ; le juge grimaçait, M. Labelle

jubilait, sentant que la maladresse de son adversaire servait grandement sa cause. "Madame, disait-il, avez-vous caché cet argent chez vous?" La pauvre vieille désolée se voilait la figure de ses deux mains. " C'est bon, maman, disait M. Labelle, ça va bien." — " Madame, saviez-vous que vous dérobiez le bien d'autrui ? ' La mère levait les yeux au ciel. — "C'est bon, maman, de mieux en mieux : notre cause est gagnée." Et cela dura un quart d'heure.

De même, quand Mgr Racine me dit : " ALiis Québec va nous retenir ici des semaines ! — C'est bon, Monseigneur, ça va bien. — Il va nous retenir des mois. — Tant mieux, Monseigneur, tant mieux, notre cause est gagnée." Mon désir serait non seulement, de régler cette question, mais encore d'insinuer, si c'était possible, dans le sang de l'Université un antidote qui la guérirait de ces accès périodiques de mauvaise volonté. Mgr Racine est d'une activité étonnante chez une personne de son âge. Il est vrai que la vôtre ne lui en cède pas.

Au revoir î et croyez-moi, avec un profond respect,

De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre,

Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fontaines,

Rome, 13 janvier 1892.

Monseigneur Bergamoschi,

Minutante pour le Canada.

Monseigneur,

Le 8 de ce mois, sur votre demande, Mgr Racine, évêque de Sherbrooke, vous a laissé une lettre latine au sujet de la question universitaire.

Vu qu'il n'avait d'abord l'intention que de s'en servir seulement comme de mémorandum au cours de sa conversation, et qu'en conséquence

elle a été écrite sans beaucoup de soin, vous nous feriez plaisir si vous vouliez y substituer ou y annexer cette copie imprimée qui se lit mieux.

En ce faisant, vous obligerez beaucoup celui qui a l'honneur de se souscrire avec une très haute considération,

Monseigneur,

Votre très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Pire,

Collège Canadien, 117 rue des Quntre-Fontaines,

Rome, 13 janvier 1892.

Révérend Fabien Perrault, ancien curé,

Couvent du Bon Pasteur, Montréal.

Mon cher Monsieur,

J'ai reçu hier votre bonne lettre. Il m'a fait plaisir de voir que vous n'avez pas oublié votre ancien paroissien, votre ancien ami, votre ancien

voisin de l'Isle-Bizard. Oh! alors c'était le beau temps : les longues conversations à l'ombre des grands ormes, les promenades en chaloupe entre les rivages feuillu^, et mêlée à la culture des âmes celle des melons. . .

Pour moi, de ce temps-ci, je tire fort dans le collier. Les traits en craquent. J'en suis à mon septième mémoire, les uns imprimés, les autres manuscrits. J'ai fait imprimer 180 pages grand in-quarto, comme mes mémoires d'il y a deux ans. Les affaires ont la meilleure mine possible. Je vois par les journaux que le Cardinal Taschereau reçoit de Rome des documents importants. Ce qui les turlupine, c'est qu'ils ne paraissent pas se rendre compte au juste de ce que nous faisons ici. De là cinquante rumeurs pas pareilles que leurs amis essayent dans les journaux, et pondent dans les faits divers ; s'ils croient que je vais m' amuser à les relever, ils se trompent grandement. Ils seraient trop heureux si j'allais engager une discussion publique. Je puis encore une fois, comme pour le bill d'union, porter sur mes épaules le poids d'accusations et d'interpréta-

tions les plus contradictoires, sans rien dire : à la fin le soleil de la vérité viendra, d'un rayon, dissiper tous ces nuages amoncelés par les hommes aux petites intrigues et la diplomatie à courte vue.

Je vous remercie des réflexions que vous m'avez envoyées, elles cadrent si bien avec les mémoires. Et comme elles viennent d'un homme d'esprit qui est parfaitement an courant de l'opinion, je m'en servirai ici dans l'occasion. On peut être tranquille à Montréal sur mes intentions. Autant que n'importe qui, je comprends que, si nous voulons que l'Université fonctionne et prospère chez nous, il faut que de toute nécessité Québec renonce à mettre le nez dans nos affaires : de nos deux nez l'un absolument doit battre en retraite, le mien ou le leur. Quand je dis le mien, je veux dire la liberté de Montréal ; car, dans toute cette affaire, moi personnellement, je ne suis qu'un atome qui passera, et encore avant longtemps. Liberté complète ! mais je mets une différence entre la liberté et F indépendance du lien d'union. Du reste tout

est prévu dans la Constitution Jam dudum; il ne s'agit que de la bien comprendre et de la bien appliquer ; mais, pour que cette application s'engrène aisément dans tous les rouages universitaires, il faut que Québec accepte la dite Constitution absolument comme Montréal, ce qu'il n'a pas fait en pratique jusqu'ici, mais ce qu'il fera, par nécessité majeure, ou tout cassera. Ceci est confié pour le moment au secret le plus profond de votre discrète amitié !

Veuillez présenter mes salutsau bon direceur de ma jeunesse lointaine, et mes révérences respectueuses à la Mère de mon affection présente. N'est-ce pas bien tourné ? Pour vous, tout simplement je me souscris en toute sincérité

Votre ami dévoué,

J. B. PROULX, Prêtre.

Montréal, 13 janvier 1892.

M. l'abbé J. B. Proulx, Vice-Recteur.

Monsieur le Curé,

Je vais répondre à vos lettres le plus brièvement possible. Je ne crois pas qu'il soit à propos de contredire les rumeurs des journaux. Je pense vous avoir écrit que M. Labrecque avait dit à M. Bruchési que le Séminaire de Québec avait démandé à Rome une Université indépendante pour Montréal. J'aime à croire qu'ils n'ont pas donné suite à ce projet. (1) Pour la bibliothèque de M. le Dr d'Orsonnens, j'ai chargé M. Racicot de voir MM. les Drs Rottot et Hingston pour savoir ce qu'ils en pensent. M. Bruchési est mieux, mais il garde encore le lit.

(1) Mgr l'Archevêque de Montréal comprend fort bien que c'est là un moyen, comme un autre, d'enrayer l'exécution de la Constitution Jam dudum, et pas autre chose.

Nos gouvernants sont très occupés à faire des enquêtes. M. le juge Mathieu est le président de la nouvelle commission. Le juge Jette n'est pas encore en et it de reprendre ses cours. M. Bruchési craint que les élèves ne se plaignent. J'ai prié M. de Foville ce matin de voir M. Jette pour aviser au moyen de suppléer à cette lacune et ne pas laisser les plaintes surgir de ce côté. Je n'entends rien dire du côté des médecins. J'espère que tout est tranquille. .. .Veuillez dire mille choses aimables à Mgr Racine et à Mgr Gravel, et me croire,

Votre tout dévoué serviteur,

t EDOUARD CHS, Arc h. de Montréal.

Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fontaines,

Rome, 17 janvier 1892.

Le Très Révérend Louis Colin, Supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice, Montréal.

Monsieur le Supérieur,

Je viens vous remercier de votre bonne lettre en date du 2 janvier, et vous faire en même temps mes meilleurs souhaits de bonne année. Permettez-moi de vous offrir aussi mes condoléances à l'occasion de la mort de M. Dowd : votre communauté a perdu une forte intelligence et un membre dévoué, la ville un créateur et un directeur de l'opinion publique, et la race irlandaise une puissante influence toujours à la disposition de ses intérêts.

Nos affaires universitaires entraient dans cette phase pratique qui conduit à une solution prochaine. Le Cardinal Simeoni s'étonnait,

s'impatientait même peut-être un peu du retard que mettait Québec à répondre à ses demandes. Il venait de télégraphier (1) pour presser les temporisateurs. Et voici que la mort vient tout suspendre! L'Erninentissime Préfet de la Propagande est pleuré par bien du monde, par nul plus que nous. Quant à moi, seul je sais ce que je perds en sa personne vénérée. Cependant il n'y a pas lieu de se décourager. Il nous reste la Congrégation, et le nouveau Préfet qui ne prendra pas grand temps, avec la perspicacité romaine, à se mettre au courant de lajustice et de la modération de nos demandes ; il nous reste le Pape; il nous reste Dieu qui dirige les événements et inspire les esprits.

Sur l'état actuel de nos affaires, je n'en dirai pas davantage, sachant que Mgr Racine vous écrit à ce sujet aujourd'hui même. Avec votre permission, un petit mot sur le passé qui vient

(1) Du moins, le 8 janvier au soir, l'Eminentissime Préfet nous a répété à plusieurs reprises, à Mgr Racine et à moi, qu'il devait le faire le lendemain.— J. B, P.

de nous échapper, je veux dire sur les deux derniers mois.

Différents journaux, inspirés sans doute sans le savoir, ont publié nombre de rumeurs discordantes sur notre prétendue intention de demander au Saint-Siège l'indépendance de l'Université à Montréal: c'est dans l'ordre, depuis près de trois ans je suis en butte aux défiances et aux accusations les plus contradictoires, et je n'en suis ni surpris, ni affecté. Que certains esprits qui, ne connaissant pas le fond des choses, sont naturellement exposés à tourner à tous les vents d'opinion, se «oient laissés prendre à ces rumeurs, il n'y a là encore rien d'étonnant ; mais malheureusement, d'après ce qui me revient, il paraît que la doute a atteint même les forts en Israël. Je croyais pourtant avoir donné mes preuves de fidélité, et d'inflexibilité dans la poursuite d'une même idée : université libre, libre à Montréal dans la sphère d'action que lui crée la Constitution Jam dudum) université une. Mais non. C'est pourquoi je me permets de vous envoyer la copie de deux lettres qui

pourront vous aider, dans l'occasion, à rétablir la confiance chez eux qui l'ont, ou feignent l'avoir, perdue.(l)

Aussitôt que ces rumeurs nous furent connues, dès le 4 décembre, j'écrivais à M. Bruchési, mon remplaçant, pour protester, et je lui demandais s'il ne serait pas opportun de les contredire publiquement sous une signature autorisée.

La poste continuant à no .s apporter les mêmes ineffabilités, je lui écrivis, le 20 de décembre, une seconde lettre encore plus pressante, et j'allai jusqu'à lui rédiger, au cas où il en aurait besoin, une formule de dénégation.

Je crus que mon devoir était rempli et je laissai à ceux qui étaient sur les lieux le soin de juger ce qu'il conviendrait de faire dans les circonstances. Il ne m'en coûte pas de donner mon opinion quand je le crois utile ou nécessai-

(1) Voir plus haut, au chapitre intitulé " Du 4 novembre 1891 au 4 janvier 1892," les numéros VII et XI, page 303 et 317.— J.B.P.

re, mais il n'entre pas dans ma manière de faire autant que possible de l'imposer.

Voici. J'ai accepté, aux dépens de mon repos et peut-être du bonheur de mon avenir terrestre, d'appliquer à Montréal la Constitution Jam dudum dans toute son étendue, au profit de l'épiscopat, pour le plus grand bien de notre jeunesse et la légitime satisfaction des aspirations locales, sous la haute direction de l'Archevêque de Montréal et des Evêques ses suffragants. Cependant je n'ai pu vouloir renoncer à l'exercice permis de mon jugement. Jusqu'à aujourd'hui toutefois cette direction s'est accordée parfaitement avec mes convictions, et il n'y a pas d'apparence que cet accord ne continue indéfiniment. Mais, s'il arrivait par hasard que, sur un point important, ma conviction ne pût suivre la voie indiquée, je ne m'amuserais pas à contrecarrer sous main les desseins de la direction supérieure : je me suis gardé pour cela une porte de sortie trop facile ! ouvertement et sans éclat je me retirerais dans la retraite de mon presbytère, ayant soin de garder toujours des

silences obséquieux le plus complet, le plus profond.

Dans l'accomplissement de la présente mission, dont je suis chargé conjointement avec Mgr l'Evêque de Sherbrooke, jusqu'ici je n'ai fait absolument autre chose que suivre celui qui naturellement doit être mon chef, et que m'efForcer de rendre le plus exactement possible sa pensée, sans me demander dans l'exécution si réellement toutes les formes en étaient, en bonne diplomatie, les plus opportunes.

Je vous demande pardon de cette longue tirade, mais les circonstances me semblent justifier cette profession de foi. Comme vous le voyez par ces pages à n'en plus finir, mon épaule, mon bras et ma main sont bien mieux. La maladie respecte le Collège Canadien à Rome : l'établissement en a été une œuvre si belle qu'elle mérite bien ces égards. Dans tous les cas, elle a les miens, et elle contribue à accroître encore le respect et l'estime avec lesquels j'ai toujours été,

Monsieur le Supérieur, Votre très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

— 39CJ —

Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fontaines,

Rome, 17 janvier 1892.

Sa Grandeur Mgr Edouard Chs Fabre,

Arcbevêque de Montréal.

Monseigneur,

Je dois vous remercier bien cordialement de votre longue lettre, laquelle pourtant m'a paru courte, tant j'ai éprouvé de plaisir à la lire. Certainement l'Université me cause du trouble, mais la satisfaction d'alléger votre fardeau et de mériter votre approbation m'est, au milieu de tous ces tracas qui ne me tracassent point, une bien douce récompense.

Déjà, depuis plusieurs jours, le télégraphe vous a appris le coup soudain qui a frappé tout le monde, nous en particulier. C'est un deuil général à Rome. Le Cardinal iSimeoni, outre la finesse de son intelligence, la vivacité de son

esprit et la droiture de ses vues, possédait ces qualités du cœur qui attachent, la bonté, la douceur, la bienveillance. Quant à moi, j'éprouvais pour lui un sentiment qui n'est pas ordinaire dans ces conditions de distance énorme qui me séparait de ce prébrt septuagénaire si haut placé; l'affection, une affection profonde qui faisait que je me sentais parfaitement à l'aise en sa présence. Je n'oublierai jamais la dernière audience qu'il nous a donnée le huit de janvier, ce mot pour badiuer qu'il avait fréquent ce soirlà, ce sourire narquois plein de fine bonhomie. Il se disait très bien. " J'ai eu l'influence, dit-il, mais je me sens maintenant tout à fait rétabli." Et il n'est plus! (1) Qui va lui succéder? C'est le secret du Saint-Père. Personne ne le sait. Cependant, ceux qui font le métier de prophète

(1) Dans le journal que j'envoie à St-Lin, deux fois par semaine, à l'adresse de M.Georges Payette, je donne sur la mort du Cardinal Simeoni des détails assez amples. Comme cet homme illustre a eu avec Votre Grandeur des rapports nombreux, et qu'il a été mêlé pendant plusieurs années à nos questions universitaires, j'ai cru vous faire plaisir, Monseigneur, en inscrivant ces détails à la tin de ce volume. Voir aux Pièces supplémentaires le N° IX. — J. B. PKOULX, Pire.

nomment le Cardinal X. . . Celui-là m' irait fort :

poli, affable, clairvoyant, expéditif.

Est-ce que cette mort va retarder nos affaires ? certainement oui, pour la procédure ordinaire, pour le cours régulier ; tout est arrêté actuellement. Mais pour le résultat définitif ? peut-être que non. Nous pourrions bien, dans les dernières semaines, gagner en expédition ce que nous perdons maintenant en retard. Nous allons avoir une raison de presser, on devra avoir pitié de nous, que des circonstances fâcheuses retiennent si longtemps loin du théâtre ordinaire de nos travaux. Puis, l'ouverture de la session parlementaire approchant, nous allons voir se dresser sur la scène le spectre, non pas imaginaire, malheureusement bien trop réel, d'une université laïque à Montréal.

Cependant Québec continue adonner la preuve de son peu d'empressement. Pas de réponse encore, paraît-il. N'est-ce pas étonnant, surtout après que l'on m'a reproché à plusieurs reprises,

d'avoir perdu du temps, et que Ton semblait attacher une grande importance à ce reproche ?

Une fois entre autres, Son Eminence me faisait l'honneur de m'écrire : " Au reste, je vais m'en assurer. Cela ne me prendra pas les quatre mois que vous avez perdus à aller chercher une réponse dont, d'après ce que vous dites, vous devriez connaître le sens, sans qu'il fût nécessaire de le demander." Or voici plus de quatre mois que la requête du Conseil d'affaires de l'Université est devant Son Eminence, et elle n'a pas encore reçu de réponse directe. La réponse indirecte qui, par mon entremise, a pu arriver à la connaissance de quelques-uns des membres du Conseil d'affaires, pratiquement, ne dit rien. Quatre mois d'un côté, quatre de l'autre : quoi, est-ce la peine du talion ?

Malgré la grande diligence que j'ai faite, Québec a trouvé que j'étais lent. Aujourd'hui Rome trouve Québec lent. Et in qua mensura mensi fneritis, remetietur vobis.

La mesure est comble, je n'en ai aucun doute.

Dieu nous sauvera, comme bien des fois par le passé, malgré nous. Nous aurons la liberté nécessaire à la prospérité de nos affaires locales à Montréal, Nous conserverons le lien de l'Unité par l'épiscopat. Par là, nous échapperons au danger du laïcisme doctrinaire à Montréal, et Québec, avec le pays tout entier, sera sauvé d'une omnipotence presbytérienne qui, à la longue, n'est pas moins dangereuse que le laïcisme de sacristie. La doctrine universitaire est la quintescence de l'enseignement d'un pays, elle doit être sous la juridiction efficace de tous ceux qui ont reçu la mission d'enseigner dans ce même pays : Ite et docete. J'ai dit de tous, car Jacques n'enseignait pis dans le bercail de Jean. Quand tous les évêques des provinces d^ Québec et de Montréal, et chacun pour ce qui le regarde, sous la présidence du Chancelier Apostolique, ou selon les besoins du Vice-Chancelier, auront accepté réellement de faire fonctionner l'ensemble et les sections universitaires, afin de l'arracher aux tiraillements ou à la domination d'un

siège par l'autre, nous aurons la paix, la stabilité, la liberté, l'unité vraie. Amen !

Je demeure avec une haute considération, De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

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