‹ Question universitaire de Montréal (volume 3)Chapitre 134 sur 147 · CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE

ANNEXEE AU RAPPORT DE L'ABBE J. B. PROULX, A MGR L'ARCHEVÊQUE DE MONTRÉAL.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo, Rome, 6 février 1890.

Son Eminence le Cardinal Simeoni, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

Eminentissime Seigneur,

Permettez-moi un mot d'explication.

Hier soir, Votre Eminence était anxieuse de connaître pourquoi l'Ecole de Médecine demandait au Parlement la permission d'élever le nombre de ses Professeurs titulaires de dix à vingt-trois. Cette modification est toute en faveur de la Faculté de Médecine de l'Université, si nous parvenons à faire une union définitive, et même elle est nécessaire pour y arriver. Elle a été exigée par moi. L'Ecole de Médecine y est assez indifférente, et les trois médecins

dissidents y sont fortement opposés, comprenant bien que sans elle l'union définitive ne se fera jamais, du moins sur les bases de la charte amendée.

L'Archevêque de Montréal, dans sa déclaration du 17 novembre 1889 (document N9 X, que vous avez entre les mains), dit qu'il consent à examiner le projet à condition "... 2° que cette charte ne constitue pas dans la Faculté de Médecine de l'Université Laval à Montréal un gouvernement dans un gouvernement ; 3° que tous les droits acquis de tous les membres actuels, tant de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal que de la Faculté de Médecine de l'Université Laval à Montréal, soient sauvegardés." Or, le seul moyen d'empêcher la charte de l'Ecole de devenir dans la Faculté un gouvernement dans un gouvernement, et de mettre les anciens Professeurs de la Faculté de Médecine de l'Université Laval à Montréal sur un pied d'égalité avec les Professeurs titulaires de l'Ecole, civilement parlant, est qu'ils soient tous admis membres de la charte de l'Ecole, en même temps que les membres de l'Ecole deviendront définitivement membres de la Faculté de l'Université. Pour en arriver là, il faut nécessairement élargir les portes de la charte, amendée, de l'Ecole de Médecine.

Que les membres de la Faculté de Médecine de l'Université Laval à Montréal deviennent membres de cette charte, cela ne lèse en rien les droits du Séminaire de Québec, puisqu'il ne s'agit ici que de la gestion des biens et propriétés, et que le Séminaire a renoncé, à Montréal, à l'administration financière de la Succursale. D'un autre côté, les droits du Conseil

Universitaire se trouveront respectés, puisque les membres de l'Ecole de Médecine, devenus définitivement Professeurs titulaires de l'Université Laval à Montréal, fonctionneront comme tels suivant les règlements universitaires.

Croyez, Eminence, que je suis un homme de paix et de conciliation. J'espère qu'enfin nous touchons au terme de nos trop longues divisions. J'espère en Dieu, au Saint-Père et en vous. — De Votre Eminence, avec un respect profond,

Eminentissime Seigneur, Le très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre, Vice- Recteur U. L. M.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo, Rome, 7 février 1890.

Sa Grandeur Monseigneur Ed. ChsFabre, Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

Deo gratias ! l'affaire dubill de l'Ecole est acceptée dans le sens proposé. L'Ecole peut faire amender sa charte de manière à la rendre conforme aux prescriptions des décrets apostoliques, le Saint-Siège n'y voit aucune objection ; puis, quand la Charte aura été dû-

ment amendée, l'arrangement avec l'Ecole est remis aux Evêques de la province ecclésiastique de Montréal, à la seule condition que les droits universitaires et les décrets pontificaux soient sauvegardés, ce que je n'avais pas oublié de signaler dans mon mémoire. Son Eminence le Cardinal Simeoni écrit à Votre Grandeur dans ce sens. Je vais copier mon mémoire et vous l'envoyer de suite. Je serais heureux si M. Archambault pouvait le montrer à M. Colin. Avec de la patience et de la prudence, nous arriverons. Ah ! si cela pouvait être le commencement de la fin !

J'espère être de retour assez tôt pour pouvoir être présent, lors des transactions avec l'Ecole. Si quelques médecins de la Faculté étaient inquiets, on peut bien affirmer que toutes les mesures seront prises pour protéger et sauvegarder les droits de tous et un chacun. Il importe que la défiance ne se mette pas parmi eux. La vraie position me parait être celle-ci : nous verrions d'un bon œil une solution définitive ; l'Ecole agit à ses risque et périls ; quand elle aura réussi à amender sa Charte, nous verrons.

Tout de même, les choses ont été plus vite que je ne pensais. Samedi je voyais le Cardinal Simeoni pour la première fois; dimanche, j'y allais avec M. Desjardins; mercredi, nous portions nos mémoires; jeudi matin, le Cardinal parlait de l'affaire au Saint- Père ; et jeudi soir, nous avions notre réponse. Le télégramme a été rédigé sous les yeux et avec la coopération du Cardinal Simeoni.

Je n'ai pas encore entré à la Propagande l'affaire des finances, ne voulant pas avoir trop de fer au feu

à la fois. Du reste, je ne le ferai pas avant que Monseigneur Jacobini soit assez bien pour reprendre l'ouvrage. Je compte beaucoup sur lui, je vais préparer mes pièces.

J'ai retardé un peu à vous écrire ; je voulais avoir de bonnes nouvelles à vous donner...

Je n'ai pas voulu loger au Séminaire Canadien. C'est un terrain neutre, et ma présence là aurait pu déplaire à quelques-uns. J'ai pris une pension dans un couvent de Sœurs de la Charité, Françaises, 13 via Milazzo, près de la gare, dans la Rome neuve. De plus, je craignais d'être dérangé chez les Canadiens ; et, au milieu de vingt esprits plus ou moins curieux, ce qui est bien légitime, il est difficile d'être toujours discret...

Je me recommande à vos prières, pour que la seconde affaire aille aussi bien que la première.

Je demeure avec le plus profond respect, De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 3 via Milazzo, Rome, 13 février 1890.

Le Très Révérend L. Colin, Supérieur du Sém. S. S. Montréal.

Monsieur le Supérieur,

.... J'ai envoyé à Monseigneur l'Archevêque de Montréal, vendredi le 7 du courant, un télégramme et une lettre dont on vous a sans doute donné communication. J'enverrai sous peu à Sa Grandeur la copie du mémoire que j'ai présenté à Son Eminence le Cardinal Simeoni, avec prière de vous la montrer. Il est important que l'on connaisse la note juste des demandes qui ont amené la lettre de l'Eminentissime Préfet de la Congrégation de la Propagande, lettre qui est actuellement en route pour Montréal et Québec. Or le dit télégramme se lit comme suit : " Affaire regardant Ecole, elle peut faire ce qu'elle croit mieux, d'accord avec Evêques Province Montréal, pourvu que soient sauvegardés décret Pontifical et droits universitaires. Docteur Hingston peut présenter bill. Dites-lui." Le même jour le Docteur Desjardins télégraphiait au Docteur Hingston : " Good, see archbishop." C'est-à-dire, l'Ecole, comme l'affaire la regarde, peut faire amender sa Charte, de manière à la rendre conforme aux décrets apostoli-

ques ; puis, il appartiendra aux Evêques de la province de Montréal de voir s'ils peuvent l'admettre dans l'Université, sans léser les décrets romains ou les droits universitaires. Sans aucun doute, tout devra se terminer sous la haute sanction du Conseil de l'Université. Mais, vu les préjugés malheureux qui existent, on comprend de suite l'avantage qu'il y a que la transaction soit laissée à la sagesse et à la bonne volonté des Evêques.

Les Médecins de Laval peut-être vont-ils être inquiets. Il importe de maintenir leur confiance. Personne, plus que vous, Monsieur le Supérieur, peut donner les explications convenables en cette matière. On peut fort bien leur dire que les détails de l'entente définitive sont loin d'être arrêtés. L'Ecole agit à ses risques et dépens ; après qu'elle aura dûment amendé sa Charte, nous verrons. Ce qu'il y a de certain, c'est que les droits légitimes de tous les Professeurs de la Succursale seront sauvegardés : toutes choses qui sont on ne peut plus exactes, comme nous ne savons pas encore, d'une manière absolue, comment tout cela finira.

Monseigneur Jacobini n'e3t pas encore en état de s'occuper d'affaires. J'attendrai après les vacances du Carnaval. En attendant, je prépare mes pièces, et je sonde le terrain... Croyez que je suis avec une très haute considération,

Monsieur le Supérieur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo, Rome, 11 février 1890.

Mgr A. Labelle, Ass. Ministre, Protonotaire Apostolique, Paris.

Monseigneur,

J'ai reçu votre lettre du 6 février. Ces ovations ne me surprennent pas, elles sont méritées. Vous saurez les faire tourner à l'avantage de notre pays, et à la plus grande gloire de Dieu. Le Soleil vous a donné un rude coup...

Deux des questions dont je suis chargé, sont réglées. La réponse est rendue à Montréal par télégraphe ; et deux lettres de Son Eminence le Cardinal Simeoni, l'une pour Monseigneur Fabre et l'autre pour Mgr Paquet, sont en route pour le Canada. Ce qui me fait plaisir, c'est que le résultat, auquel nous sommes arrivés, n'attaque en rien la teneur des décrets et les droits universitaires. Car, qu'on le sache bien, je suis un partisan mordicus de l'unité d'Université. J'espère que les gens raisonnables de tous les partis seront satisfaits.

Je ne désespère pas vous voir à Rome avant mon départ, qui ne sera pas demain. Je prends la liberté de vous demander de présenter mes saluts respectueux à M. l'abbé Casgrain, l'ami le plus sincère et le pro-

moteur le plus persévérant de notre littérature, maître littérateur lui-même. Je demeure avec une haute considération,

Monseigneur, Votre très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo, Rome, 15 février 1890.

Son Eminence le Cardinal Simeoni, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

Eminentissime Seigneur,

Au cas que je n'aie pas l'honneur de voir Votre Eminence aujourd'hui, je prends la liberté de lui communiquer par lettre ces quelques considérations.

J'apprends que M. le Dr Desjardins fait des efforts auprès de Votre Eminence pour obtenir d'Elle une assurance par écrit, que le statu quo sera maintenu quand bien même le projet d'union ne réussirait pas. Je me suis joint à M. le Dr Desjardins pour obtenir du Saint-Siège, pour l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, une réponse favorable au projet d'amendement de sa Charte, dans le dessein d'arriver à une union avec l'Université Laval à Montréal, avec quelle sincérité, avec quelles instances, vous le savez.

Je n'hésite pas à répéter ma demande, mais je ne puis aller plus loin. Je ne puis demander que le statu quo obtenu par l'Ecole, dans de certaines circonstances malheureuses qui n'existent plus, lui soit assuré in œternum, quoi qu'il advienne, embarrassant par là la liberté des évêques et compromettant les éventualités de l'avenir.

Il me semble qu'il ne conviendrait pas, par une telle assurance, de fortifier la position des trois professeurs dissidents, et qu'il est contre l'intérêt bien entendu de la majorité des membres de l'Ecole de Médecine, d'obtenir une semblable réponse.

Du reste, je dois faire remarquer à Votre Eminence, que j'ai été chargé par les Evêques de la province de Montréal, en prévision de possibilités peu désirables, de soumettre à l'examen de la Congrégation de la Propagande, certaines mesures à prendre, dans le cas où l'Ecole de Médecine finirait par manquer de force ou de bonne volonté pour cimenter la paix entre Catholiques et amener au milieu de nous l'exécution des désirs et des décrets du Saint-Siège, et cela, à des conditions que la majorité des membres de la dite Ecole aurait trouvées justes et raisonnables.

Pour preuve de cet avancé, voir ma lettre de délégation, où il est dit que j'ai pour mission "d'exposer u entre autres choses à Notre Saint Père le Pape et aux wt Eminentissimes Cardinaux.... 3° les mesures qu'il " conviendrait de prendre si, par le mauvais vouloir k' ou les exigences exagérées des membres de l'Ecole, " cette union venait à manquer, la Faculté de Méde-

" cine de l'Université ayant été établie en conformité " avec les décrets apostoliques."

C'est pourquoi, j'ose demander à Votre Eminence de bien vouloir ne point donner sur ce sujet de réponse définitive à M. Desjardins, avant que je n'aie eu le plaisir et l'avantage d'en conférer avec elle.

En attendant cet honneur, je demeure avec le plus profond respect,

De Votre Eminence, Eminentissime Seigneur, Le très humble et très obéissant serviteur.

J. B. PROULX, Prêtre, Vice- Recteur de l'Univ. Laval à Montréal.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo, Rome, 16 février 1890.

Sa Grandeur Monseigneur Ed. Chs. Fabre, Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

Je vous envoie ci-incluse la copie de mon Mémoire au Cardinal Simeoni, de même que celle d'une explication supplémentaire que je dus lui envoyer, pour le mettre parfaitement au fait de la situation. Il est bon que vous les ayez, pour vous donner la note juste des résultats que nous obtenons. Le télégramme du

Cardinal Simeoni vous montre combien la Cour de Rome est anxieuse que nos projets réussissent pour le bien de la paix et le succès des décrets apostoliques.

Notre position est celle-ci : aider l'Ecole à s'amender, parce que nous comptons sur la sincérité de la majorité; puis, quand elle aura réussi, prendre avec elle des arrangements que les Evêques de la Province seront appelés à étudier et le Conseil Universitaire à sanctionner. Voilà qui est large, rationnel, plein de bon sens. Le génie ordinairement ne fait que des sottises ; le gros bon sens est la base des affaires et du bien....

A mon retour, je serai en mesure de donner aux Médecins de la Faculté Laval des explications qui les satisferont amplement, je n'en doute pas.

Les dissidents feront sans doute opposition au Parlement ; tant pis pour eux. Ils réussiront à ne faire du tort qu'à eux-mêmes. Parviendraient-ils à faire rejeter le bill, que le malheur sera réparable facilement. Nous retournerons avec une force et des moyens irrésistibles.

J'ai été reçu par le Cardinal Simeoni sept fois avec une bonté et une bienveillance paternelles. J'ai passé cinq heures avec lui. Dans tous les cas, j e lui ai exposé mon point de vue jusque dans les entrailles les plus intimes du sujet.

Des quatre questions que vous m'avez données à traiter, les deux premières sont terminées. J'ai attaqué incidemment la troisième ; mais, pour la presser, j'attendrai le résultat des démarches de l'Ecole auprès de la Législature. Je n'entrerai la quatrième

question que lorsque Monseigneur Jacobini sera assez bien pour retourner à l'ouvrage.

Je vous demande de passer cette lettre à Monsieur Archambault, pour qui je ne dois pas avoir de secrets.

J'ai pris ma pension chez de bonnes Religieuses Françaises où je suis aux petits soins. J'ai trouvé ici silence, tranquillité, soleil et chapelle pour dire la messe tous les matins. Enfin je ne suis pas le plus malheureux des hommes ; et la pensée de vous être agréable dore le fil de mon existence. Après une telle figure de rhétorique, je n'ai plus qu'à me taire, vous demandant de me bénir, ainsi que mes entreprises.

Je demeure avec le plus profond respect, De Votre Grandeur,

Le très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo, Rome, 25 février 1890.

A Son Eminence le Cardinal Simeoni, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

Eminentissime Seigneur,

Permettez-moi de revenir à la charge.

Les dissidents de l'Ecole de M édecine et de Chi rurgie de Montréal, seraient heureux, sans doute, si

le Saint-Siège, par un acte formel, assurait à l'Ecole le maintien indéfini du statu quo. Premièrement, leur opposition en serait fortifiée, et ils s'en serviraient comme d'une arme puissante pour faire réussir leurs desseins. Deuxièmement, par contre, la force de la majorité des membres de l'Ecole serait diminuée d'autant. Troisièmement, la liberté de l'épiscopat et de Rome elle-même se trouverait gênée d'avance, si plus tard, par mauvaise volonté manifeste, l'Ecole venait à frustrer les justes espérances que l'Eglise est en droit de reposer sur elle.

Du reste, pour le moment, il ne s'agit d'aucune mesure de rigueur à prendre, si l'union actuelle vient à manquer. Seulement, je demande que l'avenir ne soit pas compromis.

Les circonstances peuvent changer. Tout ce que l'Ecole de Médecine a demandé dans le passé, lui est garanti et même plus ; ses droits légitimes de propriété et d'existence seront sauvegardés. Il n'est plus question de pression, dans le genre de celle qui a précédé le suspende omnia. Circumstantiis mutatis, mutantur consilia.

Monsieur le Dr Desjardins aimerait peut-être, pour répondre aux attaques possibles de ses confrères dissidents, à avoir par devers lui une preuve qu'il n'a pas travaillé à Rome contre les droits de son Ecole. Mais il l'a, cette preuve, forte et précise, dans le télégramme, que j'ai envoyé sous la dictée de Votre Eminence à Monseigneur l'Archevêque de Montréal et que la lettre de Votre Eminence est venue subséquemment confirmer : " Affaire regardant Ecole, elle

peut faire ce qu'elle croit le mieux"... La liberté d'agir de l'Ecole, dans le3 limites de ce qui est raisonnable, est ici expressément reconnue ; et ces paroles si claires, ainsi que le texte de son mémoire, mettraient M. le Dr Desjardins amplement à couvert de tout soupçon de trahison, si déjà l'honnêteté bien connue de son caractère ne rendait, aux yeux de tous les hommes intelligents et impartiaux, une semblable hypothèse tout à fait inadmissible.

Je conclus donc, en proposant que, sans rien décider ni pour ni contre le statu quo, il soit laissé à la sagesse de l'Archevêque et des Evêque3 de la province ecclésiastique de Montréal, de voir, dans le temps, ce qu'il conviendrait de faire, si l'union actuelle venait à se rompre entre la majorité de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal et la Succursale de l'Université Laval à Montréal.

Libre toujours sera l'Ecole, si elle se croit lésée dans ses droits, de recourir au Saint-Siège.

Dans l'espérance que Votre Eminence approuvera cette manière de voir qui me paraît très modérée,

Je demeure avec le plus profond respect, De Votre Eminence,

Eminentissime Seigneur, Le très dévoué et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre, Vice-Recteur de PU. L. M.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo.

Rome, 18 mars 1890.

Sa Grandeur Monseigneur Ed. Chs Fabre, Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

J'ai reçu la lettre que Votre Grandeur m'a fait l'honneur de m'écrire en date du 26 février ; elle m'a causé grand plaisir. Je vois que le bill a été ressuscité ; passera-t-il ? ne passera-t-il pas ? Vous devez le savoir maintenant, la nouvelle n'en est pas encore arrivée à Rome. Quoi qu'il arrive, le terrain sur lequel nous nous sommes placés, est le point de réunion pour toutes les bonnes volontés du présent et de l'avenir.

Les uns après les autres, les esprits ballottés, fatigués, viendront chercher un refuge dans l'asile que nous ouvrons à la paix, à la concorde et à la protection de tous les intérêts. L'important est de marcher droit et ferme et, au milieu des tiraillements divers, de ne se laisser entraîner soit par sympathies, soit par avantages momentanés, ni à droite ni à gauche...

A parties deux premières questions que j'ai menées rondement parce que le temps pressait, je marche à pa s comptés. Il importe, dans les circonstances, de passer ici pour un homme modéré et calme. Je viens de finir, sur la question des ressources, deux mémoires qui ont

plus de cinquante pages foolscap, sans compter les documents y annexés qui en nombrent autant, sans parler non plus des autres mémoires que j'ai déjà devant la Congrégation. Votre Grandeur peut voir que je ne passe pas mon temps à rien faire. Je commence cette semaine, à presser la question avec une vigueur plus ou moins grande, selon la disposition actuelle des esprits. Dans tous les cas, que cela prenne quinze jours ou que cela prenne quatre mois, je suis bien décidé à tout dire. A cet effet, je me recommande aux prières de Votre Grandeur, et à celles de toutes les bonnes âmes que vous pourrez intéresser à cette cause qui est celle de la religion et la vôtre.

Je demeure avec une haute considération, De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX Prêtre,

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo. Rome, 18 mars 1890.

,e Très Révérend L. Colin, Sup. Sém. S. S. Montréal.

Monsieur le Supérieur,

... Je vous remercie pour les services que vous rendez à l'Université en voyant les médecins. Je vous

prie de vouloir bien continuer ce bon office. Dans les circonstances actuelles, vous êtes le seul peut-être qui puissiez le faire souvent et avec fruit. Ces médecins sont bons, ils veulent le bien. Quelques-uns peut-être ne comprennent pas toute la question. Il ne s'agit pas d'un triomphe sectionnel, qui pourrait être suivi de de terribles revers ; il s'agit du triomphe complet de la cause universitaire, dont ils sont les enfants, les champions et les héritiers. Tous leurs intérêts, comme corps et comme particuliers, seront sauvegardés, sans qu'ils aient besoin même d'y mettre la main. Que personne ne se montre impatient. Chaque chose arrive à point à qui sait attendre. Il ne faudrait pas embarrasser, par des mouvements hasardés, la politique du moment qui fait les succès actuels de leur Ecole, et qui lui en prépare pour l'avenir de plus grands... Croyez que je demeure avec la plus houte considération,

Monsieur le Supérieur, Votre très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo, Rome, 20 mars 1890.

Mgr A. Labelle, Ass. Ministre, Protonotaire apostolique, Paris.

Monseigneur,

J'ai reçu votre lettre du 15 du mois courant, et les journaux qui l'accompagnaient. Vraiment, vous êtes le lion du jour. Vos succès ne me surprennent pas ; ils ne sont que le rayonnement d'un patriotisme porté jusqu'à l'héroïsme. Tout de même, ils sont merveilleux. Tout vrai Canadien devrait en être fier!...

En effet, mes affaires semblent ne pas mal aller. Je vous attends vers la mi-avril ; s'il en est besoin, je compte sur vous pour me donner un coup d'épaule. Si vous y mettez un peu de votre poids, il n'y a pas une porte qui résistera. Je me rappelle vous avoir vu à l'œuvre, quand vous avez déchouéM.... Donc, au revoir! J'aurais bien des choses à vous dire. Je continuerai, sur les affaires universitaires, cette longue conversation, commencée sur la Normandie dans votre salle à fumer. Le plan alors exposé est en grande voie de réalisation. J'ai la confiance que la modération et le bon sens finiront par réunir tous les hommes de bonne volonté.

Que je suis content de voir que vous êtes retournés au Retiro /. . . Je demeure avec une haute considération,

Monseigneur, Votre très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 via Millazzo,

Rome, 23 mars 1880.

Sa Grandeur Monseigneur Jacobini, Archevêque de Tyr, Secrétaire de la Sac. Congrég. de la Propagande.

Illustrissime Seigneur,

Je prends la liberté de vous écrire pour vous dire que Son Eminence le Cardinal Simeoni m'a engagé à vous faire une communication.

Avant de partir du Canada, un des articles de mon programme était de vous exposer, parmi les premiers, l'objet de la mission qui m'est confiée auprès de la Sacrée Congrégation de la Propagande; mais la cruelle maladie par laquelle vous avez passé, m'a empêché jusqu'ici de me présenter devant vous.

Je repasserai ce soir à six heures et demie. J'ose vous demander de me laisser savoir alors s'il vous est possible de me recevoir maintenant, et, dans ce caslà, quel jour et à quel heure?

Vous trouverez ci-incluse une copie de la lettre de

délégation qui m'a été donnée par Nosseigneurs l'Archevêque et les Evêques de la province ecclésiastique de Montréal. L'original est entre les mains de l'Eminentissime Préfet de la Congrégation de la Propagande.

Je ne veux pas être indiscret. Mon intention n'est aucunement de traiter d'affaires, avant que vous ne me le disiez. Seulement, pour le moment, il s'agit de vous faire une communication qui ne demande que quelques minutes.

En attendant cet honneur, croyez que je demeure avec le plus profond respect,

De Votre Grandeur,

Monseigneur,

Le très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre, Vice-Recteur Univ. L. M.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo.

Rome, 23 mars 1890.

M. le Dr Ls Desjardins, rue Coetlogon, Paris.

Mon cher monsieur,

Je reçois à l'instant votre lettre du 21 du présent mois, et je m'empresse de vous répondre. Merci pour les découpures de journaux que vous m'envoyez; j'avais vu V Etendard, mais non la Justice. Je sais

encore trop peu de choses pour pouvoir me former une opinion arrêtée sur les amendements au bill. Si M. le Dr Hingston a permis de retrancher l'autorisation de l'Archevêque pour valider les nominations, je suppose qu'il compte se rattrapper dans les arrangements subséquents, sur cette clause: "et tout arrangement, quant aux cours, aux finances, à l'octroi des degrés et à toute autre matière quelconque, sera valable pour toutes les fins légales." Dans tous les cas, je le regrette pour l'Ecole, parce que cette clause biffée était le point saillant du projet que vous avez présenté au Cardinal Simeoni, et parce qu'elle prive la charte d'un cachet apparent de catholicité.

Pauvre Docteur ! Après avoir sauvé ici l'Ecole (qui n'est pas en danger), comme l'annonçait un certain journal à son de trompette, voilà que le même journal vous accuse de vous être laissé tromper comme un naïf. Pourtant les sages avis ne vous avaient pas manqué ! C'est bien le cas de dire : Défendez-nous de nos amis. Que dire de ceux qui se scandalisent de ce que la charte de l'Ecole reste laïque, après avoir combattu unguibus et rostro, pour qu'elle demeure ce qu'elle était, c'est-à-dire tout à fait laïque. Allons, Messieurs, accordez vos violons. Il m'est avis, après tout cela, que pour diriger l'opinion publique, avec une voile il faut encore avoir une boussole et un gouvernail. Tout ce brouhaha me touche à peu près comme le vent émeut la colonne Trajane. On soulève des doutes, des préjugés, des soupçons, des anguilles; on évite de traiter la question au mérite; donc on manque de vrais motifs. Pour moi, je continuerai à

me renfermer dans le silence; les feux de paille tombent d'eux-mêmes. Ça va bien, nous arriverons. Et à la fin, tous les gens modérés seront avec nous.

Croyez à la considération et à l'amitié avec laquelle je suis,

Monsieur le Docteur,

Votre très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo, Rome, 26 mars 1890.

Sa Grandeur Monseigneur Jacobini, Archevêque de Tyr, Secret, de la S. Cong. de la Propagande.

Illustrissime Seigneur,

J'ai l'honneur de vous envoyer sous ce pli les papiers que je vous ai promis hier soir.

En même temps, je prends occasion de cette lettre pour vous remercier de la bonté, de la bienveillance et de l'affabilité avec lesquelles vous avez bien voulu m'écouter. Permettez-moi de vous dire que je compte énormément sur votre connaissance approfondie de nos affaires universitaires pour arriver promptement à un résultat de paix et de conciliation, le principal motif pour lequel j'ai consenti à accepter cette charge tourmentée de Vice- Recteur de l'Université à Montréal.

Je comprends que ces sommaires succincts que je vous envoie, ne renferment que des affirmations ; mais j'en tiens les preuves à votre disposition, dans les deux mémoires auxquels je suis à mettre la dernière main.

Pour vous prouver quelle est ma confiance dans la sagesse administrative du Saint-Siège, et quelle latitude dans mes aspirations je laisse à ses décisions, je vous demande la permission de citer ici, dans toute son étendue, la conclusion de mon Mémoire sur les comptes.

. . . . " Pour toutes ces raisons, dis-je, et considérations, je demande au Saint-Père et aux Eminentissimes Cardinaux de la Sacrée Congrégation de la Propagande de décider que ces Comptes du Séminaire de Québec contre la Succursale de l'Université Laval à Montréal soient rendus, — les deux parties ayant toute la liberté de faire valoir leur point de vue, — devant un tribunal qui jugera, d'une manière autorisée et définitive, et des principes qui serviront de bases à cette reddition de comptes, et des items qui doivent y entrer, et des explications qu'il convient de donner à ces différents items ; que ce tribunal soit :

1° Ou la Sacrée Congrégation elle-même ; 2° Ou les Evêques français du Canada, qui pourront nommer une commission pour entendre les deux parties, et faire rapport ;

3° Ou un Conseil de trois arbitres dont l'un serait nommé par le Séminaire de Québec, l'autre par l'Archevêque de Montréal, et le troisième par les deux premiers ;

4° Ou tout autre tribunal qu'il plaira au Saint- Siège d'instituer: ayant, pour ma part, la confiance la plus entière dans le moyen qu'il prendra pour rendre justice à tous les intérêts et à tous les partis."

Comme je n'ai aucune raison de croire que le Séminaire de Québec ait des objections, si le Saint-Siège l'agrée, à un mode aussi naturel, aussi simple, aussi équitable et aussi honorable de régler une difficulté, je m'offre à entrer en règlement de comptes définitif, le plus vite qu'il sera possible, promettant, au nom de mon Archevêque, de payer le Séminaire de Québec, aussitôt et de la manière que le tribunal aura décidé.

Cependant, afin d'être vrai jusqu'au bout, je dois vous avouer que je préférerais, pour moi et pour l'opinion publique en général, si la Sacrée Congrégation de la Propagande décide de ne pas examiner elle-même nos comptes, être renvoyé devant un tribunal composé de tous les Evêques français du Canada.

Voici pourquoi :

1° Personne ne connaît mieux que ces Evêques la cause dont il s'agit, en elle-même, dans ses détails et ses ramifications ;

2° Il existe, dit-on, dans ce vénérable Corps, deux courants de sympathie, et, par cela même, il y a lieu de croire que la résultante des opinions amènera le résultat le plus équitable ;

3° Cela relèverait, devant le public, dans les matières universitaires, l'autorité de l'Episcopat que malheureusement jusqu'ici, à tort ou à raison, on a cru être un peu trop effacée ;

4° Cela mettrait le Saint-Siège à couvert de toute critique ; car il lui est impossible de choisir un tribunal plus convenable, plus intègre et plus autorisé.

Si un pareil tribunal, après m'avoir entendu, condamne ma manière de voir,/or£ bien: j'accepterai cette sentence sans un mot de réplique. Vous ne me verrez jamais, sur cette matière, porter à Rome ni plaintes ni récrimininations. Causa finita est.

Avant de terminer, je me permettrai de citer une phrase que vient de m'écrire un haut personnage du Canada, que vous connaissez bien et que vous honorez de votre estime. Comme sa lettre est tout à fait confidentielle, je n'ose écrire son nom, mais je pourrai vous le communiquer de vive voix, la prochaine fois qu'il me sera donné d'être reçu en audience par Votre Grandeur :

" Il est bien important qu'on soit convaincu à Rome, " que si vous n'obtenez pas de subsides pour un cer- " tain nombre d'années, tous les efforts tentés en fa- " veur de la consolidation de la Constitution Jam du- " dum, s'en iront en fumée. "

Je vous demande pardon, Monseigneur, d'avoir été aussi long. Le désir que j'ai d'arriver à une solution modérée et pacifique est le coupable, de complicité toutefois avec la bienveillance que vous m'avez témoignée.

Je demeure avec le plus profond respect,

De Votre Grandeur,

Illustrissime Seigneur, Le très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre, Vice- Recteur U. L. M.

Sommaire succinct du Mémoire de J. B. Proulx, Prêtre, Vice-Recteur de l'Université Laval à Montréal, sur les comptes présentés par le Séminaire de Québec contre la Succursale de l'Université à Montréal.

J'ai toujours voulu payer ce que la Succursale devait réellement au Séminaire de Québec, et je le veux encore, désirant même ardemment de régler cette question au plus tôt.

Seulement, il m'a été impossible, jusqu'ici, de recevoir les comptes que présentait le Séminaire de Québec :

1° Parce qu'ils sont incomplets ;

2° Parce qu'ils ne sont pas clairs, et même, en certains endroits, aucunement compréhensibles ;

3° Parce qu'ils paraissent se contredire en plusieurs items ;

4° Parce qu'ils renferment des items que la Succursale prétend ne pas devoir certainement ;

5° Parce que, à l'occasion des constructions, ils mettent à la charge de la Succursale des sommes considérables, sans lui laisser le bénéfice de profits encore plus considérables, faits à l'occasion des mêmes constructions ;

6° Parce qu'ils renvoient plusieurs milliers de piastres, d'une manière extaordinaire, en dehors du balancement annuel des recettes et des dépenses :

7° Parce que les mêmes principes ne servent pas de bases aux comptes de la recette et aux comptes de la dépense.

En conséquence, je demande qu'il nous soit donné un tribunal, qui juge, d'une manière autorisée, et des principes qui doivent présider à cette reddition de comptes, et de3 items qui doivent y entrer, et des explications qu'il convient de donner à ces différents items.

Je m'offre à payer le Séminaire de Québec aussitôt et de la manière que le tribunal aura décidé. Rome, 26 mars 1890.

J. B. PROULX, Prêtre,

Vice-Recteur U. L. M.

Sommaire succinct du Mémoire de J. B. Proulx, Prêtre, Vice-Recteur de l'Université Laval à Montréal, sur le moyen de créer des ressources pour la Succursale de l'Université Laval à Montréal.

Je demande au Saint-Siège de laisser à l'Archevêque de Montréal les cinq sous retenus sur les honoraires de messe envoyés à l'étranger, pour ce qui regarde la province ecclésiastique de Montréal, et cela, pour les raisons suivantes :

1° Il est moralement impossible à la Succursale de subsister sans ce secours ;

2° Par contre, le Siège de Québec, pour rencontrer ses dépenses annuelles, n'en a pas un besoin absolu ;

3° Refuser à l'Archevêque de Montréal l'administration de ces revenus, lorsque l'Université à Montréal se trouve dans un extrême pénurie, froisse le sentiment public, entretient des antipathies contre la Succursale, et tarit la source des dons et des faveurs ;

4° Il devient impossible de faire fonctionner la Constitution Jam dudum appelée à faire tant de bien, et les décrets romains tombent à l'état de lettre morte.

Je prétends que ma demande ne contredit aucunement dans son essence, dans son esprit et dans le but qu'il se propose, l'Induit du 5 mai 1889. En effet, voici en quels termes s'exprime cet Induit au sujet des messes de la province ecclésiastique de Montréal... " ita ut quse in hâc postremâ provinciâ mittuntur extra provinciam pro celebratione, tribuantur archiepiscopo Quebecensi in diminutionem debiti partis Marianopolitanse Universitatis." Ainsi, quant à la destination de ces revenus, elle est on ne peut plus claire. Ils sont donnés au bénéfice de la Succursale pour éteindre sa dette : In diminutionem debiti partis. Reste donc seulement la disposition : tribuantur Archiepiscopo Quebecensi. Or, au 5 mai, c'était fort bien. Le Séminaire de Québec était l'administrateur financier de la Succursale. On ignorait si les administrateurs qui succéderaient à la gestion monétaire du Séminaire, supposé que la chose arrivât, pourraient ou voudraient payer la dette réclamée.

Depuis, les circonstances ont changé grandement :

1° Le Séminaire de Québec a remis à l'Archevêque

de Montréal l'administration financière de la Succursale ;

2Q Les administrateurs actuels peuvent et veulent payer ce que doit réellement la Succursale ;

3° Ils s'offrent à payer aussitôt que le montant de cette dette aura été régulièrement établi, et de la manière qu'un tribunal compétent, nommé par le Saint- Siège, l'aura décidé ;

4° Il peut fort bien se faire que la Succursale n'ait pas de dette. Dans ce cas, la dernière partie de l'Induit se trouverait nulle par nullité de motif.

Les choses en étant ainsi, il paraît tout naturel de laisser à l'Archevêque de Montréal l'administration de revenus provenant de sa province, surtout quand il s'agit non seulement de l'existence de la Succursale elle-même et du bien de l'œuvre universitaire en général, mais encore du triomphe définitif des décrets apostoliques...

N. B. — Pour plus de détails et de renseignements, voir le mémoire lui-même.

Rome, 26 mars 1890.

Vice-Recteur Univ. L. M.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo, Rome, 28 mars 1890.

Son Eminence le Cardinal Simeoni, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

Eminentissime Seigneur,

Je m'empresse, aussitôt après l'avoir reçue, de communiquer à Votre Eminence la nouvelle que le bill pour amender la charte de l'Ecole de Médecine, enfin est passé devant l'Assemblée législative au Parlement de Québec, grâce à son télégramme. Il lui reste encore à subir l'épreuve de trois lectures devant le Conseil législatif, la Chambre Haute ; sous les circonstances, je ne le cache point, c'est un pas assez périlleux.

Je mets sous cette même enveloppe, pour l'information de Votre Eminence, le compte-rendu abrégé des trois séances de la Chambre, où il a été question du bill, et un article de journal, évidemment rédigé par un ami de l'Ecole, lequel écrit n'est pas exact dans toutes ses parties, mais qui est plus calme, plus sérieux que ne le sont ordinairement les articles de la presse sur cette matière.

Je vois qu'il est question d'amendements au bill ; j 'en ignore, au j uste, la nature ; mais j 'ai lieu de supposer qu'ils ne sont pas contraires à un arrangement subséquent avec la Faculté de Médecine de l'Université Laval sur les bases indiquées ; car dans ce cas,

pour être conséquent avec lui-même, le docteur Hingston aurait dû retirer le bill.

J'ajouterai que j'achève de mettre la dernière main aux deux mémoires, où je prétends prouver les affirmations énoncées dans les deux sommaires que j'ai eu l'honneur de vous remettre le soir de la fête de S. Joseph, et je me propose, afin de vous en rendre la lecture moins pénible, de les faire imprimer.

Votre Eminence y verra que je suis bien peu exigeant, qu'on ne peut être mieux disposé que je ne le suis à reconnaître tous les droits du Séminaire de Québec ; que je ne désire le froissement ni l'humiliation de personne; que je ne demande aucun changement véritable dans les décisions antérieures des autorités romaines. Au contraire, il s'agirait, dans mon opinion, du développement tout naturel, et en quelque sorte prévu, de ce qui a déjà été décidé.

Seulement, je demande avec instance :

1° De vivre. Il y va de l'existence même de la Constitution Jam dudum. Je sais qu'il y en a, quelque part, qui n'y tiennent pas beaucoup. Seraient-ils contents de la voir sombrer ? je l'ignore. Mais, pour y arriver, on ne saurait prendre de meilleur moyen que de nous couper les vivres, et de nous mettre, en face de tout un district déjà peu sympathique, dans une position fausse et humiliante,

2° D'avoir un tribunal digne, respecté, institué par le Saint-Siège, pour juger de nos différens sur les comptes; sa décision serait finale. Ne serait-ce pas mieux pour les deux parties que d'argumenter indéfiniment, avec la perspective de ne jamais arriver à une

entente ? Pourquoi refuserait-on un mode de règlement si simple, si facile, si honorable? Devrais-je croire qu'on a, en certain lieu, par delà les mers, des raisons pour empêcher la question d'être jugée à son mérite ?

Sur votre invitation, Eminentissime Seigneur, j'ai vu Monseigneur Jacobini qui m'a reçu, qui m'a écouté avec la plus grande bienveillance. Mes explications n'étaient guère nécessaires, déjà il est parfaitement au courant de la question. Est-ce une illusion ? il me semble que tous trois, (je vous demande pardon de me mettre en aussi eminente compagnie), que tous trois nous voyons la chose d'un même œil, du moins dans les grandes lignes. C'est pourquoi, je suis dans la conviction inébranlable que, sous peu, nous arriverons à une formule de solution, féconde en résultats, qui sera le germe de notre paix, et le gage de la prospérité de nos hautes études dans toutes les parties du pays.

Je tiens à le répéter, afin qu'il n'y ait pas de malentendu de ce côté-là, et qu'on le sache à Rome comme à Québec et à Montréal : Je suis un partisan convaincu de l'Unité universitaire. Il nous faut de la liberté à Montréal, mais je ne réclame aucunement l'indépendance. Rome l'a dit : deux sièges, un seul conseil.

Je demeure avec la vénération la plus profonde, De Votre Eminence, Eminentissime Seigneur,

Le très humble et le très obéissant serviteur.

J. B. PROULX, Prêtre, Vice-Recteur de PU. L. M.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo,

Rome, 3 avril 1890.

M. le Dr Desjardins,

Rue Coetlogon, Paris.

Mon cher Docteur,

Je reçois votre lettre du 31 du mois dernier, et je m'empresse de vous répondre, espérant vous trouver encore à Paris. Je vois par mon journal que le bill a passé devant le Conseil législatif, avec un amendement consenti, paraît-il, par le Dr Hingston et les délégués de la Faculté Laval. Le bill par conséquent devra revenir devant la Chambre des députés, pour qu'on approuve cet amendement. Il n'y a pas de doute que les dissidents vont le poursuivre de leur opposition, dans son voyage de Caïphe à Pilate, et de Pilate à Hérode. Il y a lieu de croire que la Législature ne se déjugera pas, et approuvera un changement agréé des deux parties. Cependant, dans ces questions brûlantes, on n'est jamais certain du résultat d'avance. Il y en a qu'un qui ne fait pas de doute pour moi : c'est le triomphe définitif du bon sens, de la modération et du juste milieu. In medio stat virtus.

Ça va bien. Je suis aussi en pénurie que vous pour les nouvelles ; on ne m'en donne pas par lettres, ou les lettres arrivent après les journaux. Je crois que tous ces messieurs ont peur de se compromettre.

Laissons faire, comptons sur la Providence, mettonsy notre possible, et nous arriverons.

J'ai vu Monseigneur Jacobini le 25 de mars ; il est beaucoup mieux. Je dois le revoir bientôt. J'espère qu'il pourra s'occuper d'affaires après la Quasimodo. Je ne retournerai pas au Canada, certainement, avant la fin de mai et j'irai vous revoir à la rue Bleury, dans ce home, sweet home, vers lequel commencent à se tourner déjà, sans doute, les regards et les aspirations de Madame Desjardins.

Je demeure avec sincérité, mon cher Monsieur le Docteur,

Votre tout dévoué ami,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo,

Rome, 5 avril 1890.

Sa Grandeur Monseigneur Ed. Chs Fabre, Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

Je viens vous faire mes meilleurs souhaits de joyeuse pâque. Resurrexit sicut dixit. Alléluia !

J'ai revu le Cardinal Simeoni, je lui ai écrit. J'ai

aussi écrit deux fois à Monseigneur Jacobini. Il m'a

fait dire d'aller le voir, et il m'a reçu avec une bien-

veillance qui va au-delà de toute expression. Il ne s'occupe pas encore d'affaires ; il pourra le faire, je crois, après la Quasimodo.

A ces deux éminents personnages, j'ai remis le sommaire succinct de deux mémoires que j'ai préparés, l'un sur les comptes, l'autre sur les centinsdes messes. Je vous en envoie une copie sous ce pli. Ce sommaire est la moelle de mes mémoires, mais n'en suit aucunement l'ordre ou la marche des idées. Enfin ce n'en est pas la table des matières.

Comme de raison, on désire avoir la preuve de ces avancés ; et c'est justement le désir que je voulais faire naître en produisant ce sommaire court, précis, clair. En conséquence, je suis à mettre la dernière main à la rédaction de ces mémoires ; l'un s'imprimera la semaine prochaine, le second dans l'autre semaine, si les protes peuvent aller assez vite, ce dont je doute fort. Dire ce que ces deux frères jumeaux m'ont coûté de travail, ce n'est pas croyable ; mais, grâce à Dieu, j'arrive à la fin.

Voici, dans ses grandes lignes, la vie que je mène à Rome, dans mon couvent de Présentation. A 6 h. è, je dis la messe. De 7 h. è à 12 heures, travail universitaire ; rarement, je suis dérangé: l'avant-midi, le cerveau est mieux pour penser, et je n'ai sur la conscience qu'une tasse de café. De 1 heure à 6, promenade, bréviaire, visite aux églises, autres visites, lectures, journaux, etc. La soirée est consacrée aux correspondances, et aux audiences chez les Cardinaux. Toutes mes journées, à quelques petites exceptions près, se ressemblent comme deux gouttes d'eau*

Je vois que le bill a passé au Conseil législatif; mais il lui faut retourner à Pila te. Va-t-il y recevoir sa sentence de mort? Mon journal ne me l'a pas dit encore. Quoiqu'il arrive, je crois que nous avons, je crois que j'apporterai le mot de la situation. Quare fremuerunt gentes, et populi meditati sunt inania ?

J'apprends que vous ne m'attendez pas avant la fin du mois d'août ; j'en suis heureux, je ne craindrai pas alors que vous vous impatientiez de mon absence qui se prolonge. Vous avez l'expérience des Congrégations romaines ; vous savez que même, quand elles vont le plus vite possible, pour des Américains comme nous, qui menons tout à la vapeur ou à l'électricité, elles vont encore bien lentement. Donc en attendant le mois d'août,

Croyez que je demeure avec le plus profond respect,

De Votre Grandeur, Le très dévoué et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo,

Rome, 5 avril 1890.

Le Très Révérend L. Colin, Supérieur du Sém. S. S. Montréal.

Monsieur le Supérieur,

Je vous remercie de la lettre que vous avez bien voulu m'écrire le 27 de février. Je vois, sur mes journaux, que le bill a passé au Conseil Législatif. Pourra-il repasser à la Chambre d'Assemblée ? ma gazette n'en dit encore rien.

J'ai vu Monseigneur Jacobini, je lui ai écrit deux fois. Il m'a fait dire d'aller le voir, et m'a reçu avec la plus grande bienveillance. Il est beaucoup mieux, sans s'occuper encore d'affaires. Il pourra le faire, je l'espère, après le dimanche de la Quasimodo. Je suis à faire imprimer deux mémoires, l'un sur les comptes et l'autre sur les cinq centins des messes. En attendant j'en ai envoyé un sommaire succinct au Cardinal Simeoni et à Monseigneur Jacobini.

Vous devez déjà savoir, par une autre source, que nos affaires ont bonne mine. Espérons. Et je les recommande, ainsi que moi-même, à vos bonnes prières. Croyez que je demeure,

Avec le plus grand respect,

Monsieur le Supérieur,

Votre très dévoué serviteur,

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo, Rome, le grand jour de Pâques, 6 avril 1890.

Son Eminence le Cardinal Simeoni, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

Eminentissime Seigneur,

Parles extraits des journaux ci-inclus, Votre Eminence verra que le bill de l'Ecole de Médecine a passé au Conseil législatif d'abord ; puis, que, à raison d'amendements qu'on y a apportés dans cette chambre, il a dû revenir devant l'Assemblée législative ; et que là enfin, par un vote de 26 contre 24, il a été renvoyé à six mois.

Dans les circonstances, étant donnés les changegements qu'on avait introduits dans le projet primitif, ce renvoi du bill est-il chose déplorable, oui ou non ? Je suis trop loin de la scène des événements, et je ne connais pas assez la teneur de ces amendements, pour pouvoir me former une idée juste et définitive.

Dans tous les cas, ce qui a été fait ici à Rome, n'est pas perdu, loin de là ; cette sage et prudente direction demeure dans toute sa force d'efficacité, et servira à éclairer la route qui reste à parcourir. Nous allons retourner, M. Desjardins et moi, avec la connaissance exacte de ce qui est, dans un but de conciliation, sur ce sujet, possible de faire avec l'agrément du Saint- Siège. Déjà les Evêques le savent ; même, par le télé-

gramme de Votre Eminence, l'opinion publique dans toutes les parties du pays pourrait le comprendre, si elle n'était tiraillée en tous sens par les menées d'intérêts divers. Mais les nuages finiront par se dissiper. Nous pourrons calmer bien des appréhensions, affermir bien des volontés, et continuer l'œuvre de l'union et de la paix sur une base devenue plus délimitée et plus solide. Après les informations claires et précises que je suis venu chercher et que j'ai trouvées à la cour de Rome, je ne suis pas fâché de pouvoir être présent à la rédaction du nouveau bill, si bill il doit y avoir, afin de veiller, autant qu'il me sera possible, à ce qu'on n'y introduise, ni directement ni indirectement, aucune clause qui serait contraire à l'exécution des décrets romains et à l'exercice des droits universitaires. Je suis toujours dans la ferme conviction que les vues des hommes modérés finiront par triompher, et que nous assurerons le moyen de faire fonctionner un mode d'être fructueux et durable.

Cependant, il n'y a pas de doute que les ennemis de l'Université à Montréal, et les avocats de la rivalité à outrance vont regarder, chacun de leur côté, cet échec du bill comme une victoire ; ils y verront la prolongation indéfinie de cette lutte épuisante qui dure depuis quatorze ans ; et la division est justement ce qu'il leur faut pour arriver à leurs fins diverses. Divide ut imper es.

C'est pourquoi, il importe, à mon avis, de fortifier l'autorité et le prestige des évêques qui sont chargés de veiller sur les intérêts universitaires à Montréal ; de ne pas permettre que la Succursale tombe dans

une position humiliante et embarrassée; et de lui créer des ressources qui la rendent maîtresse du terrain et de l'avenir.

Je serai prêt dans quelques jours à passer, imprimé, à Votre Eminence, mon " Mémoire sur les comptes," lequel sera suivi, à court intervalle, d'un second mémoire ''sur les moyens à prendre pour créer des ressources à la Succursale."

En attendant, je demeure avec le plus profond respect,

De Votre Eminence,

Eminentissime Seigneur, Le très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre, Vice- Recteur de l'U. L. M.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo,

Rome, 15 avril 1890.

Sa Grandeur Monseigneur Ed. Chs Fabre, Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

Votre Grandeur doit être anxieuse de connaître où en sont nos affaires. Je les crois en aussi bonne voie qu'on peut raisonnablement le désirer. J'ai passé dimanche soir une heure, au moins, avec Monseigneur Jacobini. J'irai ce soir chez le Cardinal Simeoni. Ces

deux éminentissimes prélats paraissent décidés à nous satisfaire, et ils sauront en trouver le moyen.

Mon "Mémoire sur les comptes " est à s'imprimer, je vous en envoie le sommaire complet. Il sera suivi immédiatement par un second mémoire "sur les ressources à créer pour la Succursale." Cela va lentement ; mais avant de me donner la forme définitive de l'impression, j 'ai voulu discuter toutes les questions avec qui de droit, voir les impressions que feraient mes avancés, connaître jusqu'où il était possible d'aller; j'ai corrigé mes mémoires en conséquence; et maintenant je puis avancer, je crois, sans risquer de faire un faux pas ou de hasarder une demande impossible.

Le secret de ma force ici consiste dans la confiance que vous reposez en moi. J'espère que vous me la continuerez, sachant combien je vous suis dévoué, ainsi qu'à l'œuvre que vous m'avez confiée. Tous au Canada, ne sont pas au courant de ma politique; plusieurs peuvent être étonnés de ma manière de faire, même exprimer des doutes sur le succès final. Avec du calme et de la patience, pourtant, le succès est certain, est fatal.

Vous, Monseigneur, vous savez que j'ai entrepris de mener la barque, à travers tant d'écueils, de manière à sauvegarder, tout en respectant les droits légitimes du Conseil Universitaire, à sauvegarder, à développer tous les intérêts du district de Montréal, sous le haut protectorat de l'Episcopat.

L'autorité épiscopale, dans notre croissance universitaire, voilà la garantie, celle qu'on a trop négli-

gée jusqu'ici. Je retournerai, je l'espère, avec une expression de la cour de Rome, propre à en rehausser le prestige. Mais ceci entre nous. Le temps n'est pas encore arrivé de le faire savoir.

Je vais retourner chargé de reliques, comme le baudet de La Fontaine. Je m'en suis procuré 85, et j'en attends pour le moins autant. Avec votre permissions, il se fera à St-Lin une fête, telle que le Nord n'en a jamais vu. Il y aura de quoi. Je vais apporter la moitié du paradis.

En attendant, je vous présente mes hommages, je salue mon charmant remplaçant et ses dignes confrères, je demande votre bénédiction, et je me souscris avec une haute considération,

De Votre Grandeur,

Le très humble et obéissant serviteur,

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo,

Rome, 15 avril 1890.

Le Très Révérend L. Colin, Supérieur du Sém. S. S. Montréal.

Monsieur le Supérieur,

Je vous envoie ci-incluse la copie d'une lettre que j'écris à Monseigneur l'Archevêque de Montréal, ainsi que le sommaire de mon " Mémoire sur les comptes."

Monseigneur Jacobini a en tête deux moyens de nous venir en aide. Il ne veut pas que je le dise; mais vous pouvez le deviner facilement. Nous en avons déjà parlé ensemble. Pour maintenant, ceci est entre nous. Ces projets ne sont pas que de désirs spéculatifs ; ce sont des desseins réalisables, et qui seront réalisés. Cependant il ne faut pas cesser le travail, et nous endormir sur des espérances, quoique qu'elles soient presque certaines.

Vous reconnaîtrez dans la copie de ces documents une écriture française. Un vénérable prêtre français de Chartres, qui pensionne ici, M. Belnoue, veut bien me porter secours, et m'aider dans mes nombreuses écritures. Je continue à me bien porter. J'espère que les chaleurs apporteront la mort ou du moins le repis à vos douleurs rhumatismales. Je suis avec une haute considération,

Monsieur le Supérieur, Votre très humble et très dévoué serviteur.

Villa délia Prezentasione, 13 via Milazzo, Rome, 16 avril 1890.

Son Eminence le Cardinal Simeoni, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

Eminentissime Seigneur,

Comme Votre Eminence, hier soir, m'a demandé s1 j'avais un document qui prouve que réellement Monseigneur Paquet a remis à l'Archevêque de Montréal l'administration financière de la Succursale, je lui envoie ce matin la copie de la lettre elle-même par laquelle Monseigneur Paquet me signifia, le 29 du mois d'août 1889, que " par le fait de la nomination du nouveau Vice-Recteur, le Séminaire a abandonné l'administration financière de la Succursale le jour de cette nomination." Et il ajoute : " Par conséquent vous pouvez prendre possession de la maison et de ce qu'elle renferme, et administrer le tout au nom de la Succursale ou de Monseigneur l'Archevêque de Montréal."

Je prie Votre Eminence de remarquer en quels termes, dans la même lettre, Monseigneur Paquet affirme que " la Succursale se trouve chargée des dettes contractées pour elle " ; et en même temps, comme il tient à me faire comprendre que " l'Induit accordé par

le Saint-Siège cette année est tout en faveur de Québec, et que Montréal ne percevra rien en vertu de cet Induit." Il se garde bien de me dire que cet Induit, alors encore en portefeuille, pourvoit au paiement de cette dette dont il charge la Succursale.

Mon " Mémoire sur les comptes " est à s'imprimer. Cela prend un peu de temps, les protes étant gens peu pressés. En attendant que je puisse porter à Votre Eminence ce travail en son entier, je me permets d'en inclure ici le sommaire complet, afin que, dès maintenant, Elle puisse embrasser d'un coup d'œil l'ensemble de la démonstration que je prétends établir et prouver.

En sus, Votre Eminence trouvera sous ce pli une page de mon Mémoire sur les ressources à créer pour la Succursale, lequel devra suivre à l'imprimerie mon " Mémoire sur les comptes."

Dans mon humble opinion, accorder à la Succursale les revenus des messes de la province de Montréal ne contredit en rien l'Induit du 5 mai 1889, surtout depuis que le Séminaire de Québec lui a remis l'administration financière de l'Université à Montréal, et en réclame un paiement de dettes. Seulement, les circonstances étant changées par le choix du Séminaire de Québec, ce serait une nouvelle application de l'Induit, qui resterait le même dans son but et ses moyens.

Quoi qu'il advienne, je suis heureux de ce que Votre Eminence veut bien me faire comprendre qu'Elle est disposée à faire, pour nous aider, tout dans la mesure du possible, et je la prie de recevoir une nouvelle

expression de mon remerciement pour la bienveillance qu'elle ne cesse de me témoigner.

Je demeure avec la vénération la plus profonde,

De Votre Emmence, Le très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre, Vice-Recteur de l'U. L. M.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo, Rome, 15 avril 1890.

Sa Grandeur Monseigneur Jacobini, Archev. de Tyr, Sec. de la Sac. Congrég. de la Propagande.

Illustrissime Seigneur,

Je viens remercier Votre Grandeur de la bienveillance avec laquelle elle m'a écouté si longtemps dimanche soir, et des espérances qu'elle m'a laissé concevoir sur la possibilité qu'il y a de créer pour la Succursale des ressources pécuniaires, sans lesquelles il lui serait complètement impossible de subsister.

En attendant que mon u Mémoire sur les comptes " sorte des mains des imprimeurs, et que je puisse vous en passer un exemplaire, je vous en adresse le sommaire complet, afin qu'il vous soit facile d'embrasser d'un coup d'œil, s'il en était besoin, l'ensemble de la démonstration que je prétends établir et prouver.

J'ajoute une copie de cette lettre de Mgr Paquet, dont je vous ai parlé, et par laquelle il remet à l'Archevêque de Montréal l'administration financière de la Succursale, le dit chargé d'une dette envers le Séminaire de Québec, tout en annonçant qu'il ne percevra rien en vertu du nouvel Induit.

Enfin, Monseigneur, pour résumer mes vues sur le sujet, permettez-moi d'inclure ici une page de mon "Mémoire sur les ressources pécunières à créer en faveur de la Succursale," telle que je l'avais rédigée avant la dernière audience que vous m'avez fait l'honneur de me donner. Je ne veux ni être indiscret, ni insister outre mesure. Seulement, délégué pour exposer une certaine manière de voir, j'aimerais, dans la mesure du convenable, épuiser les explications. Puis ensuite advienne ce que voudra Dieu... et le Saint- Siège.

A mon avis, cet Induit du 5 mai 1889, destiné à sauvegarder et à favoriser les intérêts de tous, a été rédigé, dans les circonstances, avec une habileté supérieure, qui laisse une grande liberté d'action, selon le développement des événements.

Je n'ignore pas que l'autorité, voyant les choses de haut, a bien des exigences à ménager, et que souvent son action est dictée par des motifs d'administration générale. C'est pourquoi, je le répète, vous me trouverez toujours ouvert à tous les moyens de conciliation qui pourront amener l'entente, en même temps qu'assurer à Montréal le fonctionnement de notre Siège universitaire.

Votre Grandeur a dû remarquer avec quelle facilité je suis entré dans les différents plans qu'EUe a bien voulu proposer à ma discussion. Je ne suis pas venu imposer des idées, mais bien exposer des solutions. Cette solution, à la fois la plus féconde et la plus acceptable, je ne doute pas que Rome ne finisse par la trouver.

Je fais des vœux pour que les eaux achèvent tout à fait le rétablissement de votre santé, pour bien des raisons, et en particulier parce que je vous crois nécessaire au règlement de nos difficultés.

Je demeure avec la plus haute considération, De Votre Grandeur,

Monseigneur,

Le très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre, Vice- Recteur de PU. L. M.

Sommaire complet du "Mémoire sur les Comptes du Séminaire de Québec contre la Succursale de l'Université Laval à Montréal."

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