‹ Question universitaire de Montréal (volume 3)Chapitre 138 sur 147 · CHAPITRE QUATRIÈME. — CONCLUSIONS DE CE MEMOIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME. — CONCLUSIONS DE CE MEMOIRE

XXI. — En même temps qu'il refuse d'écouter de nouvelles propositions de la part des administrateurs de la Succursale, pour amener une entente sur ces comptes mis en avant par le Séminaire de Québec lui-même, Monseigneur Paquet montre au Vice -Recteur la route de Rome. L'y voici.

XXII. — Le Vice-Recteur demande, pour juger, d'une manière définitive, de ces prétentions diverses sur les comptes que présente le Séminaire de Québec contre la Succursale de l'Université Laval à Montréal, un tribunal d'arbitrage, au choix du Saint-Siège.

XXIII. — Il s'offre à payer ce que la Succursale doit au Séminaire de Québec, aussitôt et de la manière que ce tribunal l'aura décidé.

Rome, 16 avril 1890.

J. B. PROULX, Prêtre, Vice-Recteur de l'U. L. M.

Extrait du " Mémoire sur les ressources à créer pour la Succursale de l'Université Laval."

L'Induit du 5 mai 1889, pour ce qui regarde les messes de la province de Montréal est conçu en ces termes :... " ita ut qux ex hâc postremâ (provinciâ Marianopolitanâ) mittuntur extra provinciam pro celebratione, tribuantur archiepiscopo Quebecensi in diminutionem debiti partis Marianopolitanœ Universitatis."

Par conséquent, ces revenus provenant des messes de la province de Montréal sont donnés pour payer la dette de la Succursale, bien expliqué, de la Succursale, Marianopolitanœ Universitatis.

Or, ceci étant connu à Québec et inconnu à Montréal, le Séminaire de Québec commence par remettre à l'Archevêque de Montréal l'administration financière de la Succursale, en termes bien explicites : " Par le fait de la nomination du nouveau Vice- Recteur, écrit Mgr Paquet, en date du 29 août, le Séminaire de Québec a abandonné l'administration finan-

cière de la Succursale, le jour même de cette nomination. Par conséquent, vous pouvez prendre possession de la maison et de tout ce qu'elle renferme, et administrer le tout au nom de la Succursale ou de Monseigneur l'Archevêque de Montréal."

Deuxièmement, Mgr Paquet avertit le Vice-Recteur que la Succursale, c'est-à-dire l'Archevêque de Montréal, est chargée d'une dette vis-à-vis du Séminaire de Québec : " Il est bien entendu toutefois, que la Succursale se trouve chargée des dettes contractées pour elle l'année dernière, et de ce que le Séminaire a dépensé pour la faire fonctionner pendant les années qu'il en a été l'administrateur financier."

Troisièmement, Mgr Paquet tient à faire comprendre au Vice-Recteur que Montréal, c'est-à-dire l'Archevêque de Montréal, qui reste chargé d'une dette, n'a rien à percevoir en vertu du nouvel Induit : " J'aime à vous répéter ici ce que je vous ai dit hier au sujet des messes, à savoir, que l'Induit accordé par le Saint-Siège, cette année, est tout en faveur de Québec, et que Montréal ne percevra rien en vertu de cet Induit."

Quatrièmement. Avant que cet Induit (qu'il connaissait et que nous ne connaissions pas) ait été publié, sans nous dire (et au contraire) qu'il compte employer les revenus provenant des messes de la province de Montréal in diminutionem debiti partis Marianopolitands Universitatis. Mgr Paquet presse la reconnaissance immédiate et aussi le paiement immédiat, du moins pour une grande partie, de la dette que le

Séminaire de Québec prétend avoir contre la Succursale.

Etait-ce bien cela l'intention de Rome, quand elle accordait cet Induit ? Est-ce là remplir le but pour lequel il a été donné ?...

J'ai dû prendre l'administration financière, puisque le Séminaire de Québec l'avait abandonnée ; je veux bien prendre la dette ; mais, de grâce, qu'on me laisse les revenus créés pour payer cette dette !

Le Séminaire ne peut me passer tous les désavantages de la situation, et en garder pour lui tous les avantages.

Les choses étant ainsi, en transportant à l'Archevêque de Montréal l'administration des revenus provenant des messes de la province de Montréal, dans mon humble opinion, la Sacrée Congrégation de la Propagande ne changerait aucunement l'Induit du 5 mai 1889. Seulement, les circonstances étant changées par le choix du Séminaire de Québec lui-même, la Congrégation fait une nouvelle application de l'Induit, qui reste le même dans le but qu'il poursuit et les moyens qu'il emploie.

Le Séminaire de Québec remettant à l'Archevêque de Montréal l'administration financière de la Succursale, puis réclamant de lui une dette, la Sacrée Congrégation, de son côté, lui remet l'administration de revenus créés pour payer cette dette, in diminutionem debiti partis Marianopolitanœ Universitatis.

Mais, comme le veut l'Induit, ces revenus seront employés, je le promets, exclusivement, tout d'abord, à payer ce que la Succursale doit au Séminaire de Québec.

Pour en arriver là, il suffirait de remplacer dans le texte de l'Induit le mot Quebecensi par Marianopolitano.

N. B. Je ferai remarquer que ce mode de régler la difficulté, tout en ne changeant rien au sens, au but et à l'esprit de Y Induit, tout en ne faisant aucun tort au Séminaire de Québec, qui sera également payé de ce qui lui est dû, rallierait à la Succursale la confiance et les sympathies d'un grand nombre dans le district de Montréal. Dans le mémoire, j'insiste davantage sur cette dernière idée.

Rome, 16 avril 1890.

J. B. PROULX, Prêtre,

Vice-Recteur de TU. L. M.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo,

Rome, 5 mai 1890.

A Son Eminence le Cardinal Simeoni,

Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

Eminentissime Seigneur,

Je m'empresse de remettre à Votre Eminence, aussitôt après les avoir reçus de chez l'imprimeur, quelques

exemplaires de mon "Mémoire sur les comptes du Séminaire de Québec."

Je me permets d'attirer l'attention de Votre Eminence tout particulièrement sur les Numéros IX, XI, XII, XVI, XVII et XIX.

Déjà mon Mémoire sur les ressources à créer pour la Succursale serait imprimé, si une indisposition qui se prolonge ne m'avait pas interdit tout travail mental. Le médecin me fait espérer que je pourrai me mettre à l'ouvrage sous peu.

J'espère qu'il sera possible au Saint-Siège de créer des ressources pour la Succursale ; sinon, l'Université ne peut fonctionner à Montréal, les décrets romains deviennent lettre morte, et sur leurs ruines s'élèvera infailliblement une Université laïque, peut-être pas mauvaise pour le moment, mais chose très dangereuse pour l'avenir.

Croyez aux sentiments de la plus profonde vénération avec lesquels je demeure,

De Votre Eminence, Eminentissime Seigneur, Le très humble et très obéissant serviteur,

J.B. PROULX, Prêtre, Vice-Recteur de l'U. L. M.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo,

Rome, 18 mai 1890.

Sa Grandeur Monseigneur Ed. Chs Fabre, Archevêque de Montréal.

J'ai reçu, il y a déjà quelque temps, votre lettre datée du Samedi saint. Je vous remercie de la foule de petites nouvelles que vous avez bien voulu m'y donner, et des bonnes paroles que vous m'y disiez. La confiance de mon Evêque est la plus belle récompense à tous mes travaux.

Vous recevrez par la même malle mon "Mémoire sur les comptes du Séminaire de Québec. "Si j'ai retardé un peu à vous écrire, c'était pour vous l'adresser en même temps que ma lettre. Il sortira des presses de M. Befani un second mémoire, mardi ou mercredi. Je me ferai un devoir de vous l'envoyer. Si je n'avais pas été malade, mon "Mémoire sur les ressources à créer pour la Succursale" serait imprimé, lui aussi ; mais il ne tardera pas. Il me restera encore en main deux autres mémoires, dont l'un est beaucoup plus considérable que celui que je vous envoie aujourd'hui. Je ne sais pas si je me déciderai à les faire imprimer. S'il doit nous en arriver du bien, je le ferai, quelque fastidieux que soit ce travail.

Vous pouvez voir, par là, que je ne passe pas mon temps oisif. Dans tous les cas, la question sera étudiée dans tous les sens, à mon point de vue, qui est le vôtre, et je crois que les grandes lignes de la route à suivre pour l'avenir seront tracées. Les points obscurs sur l'interprétation des décrets seront éclaircis, et les pouvoirs de l'Episcopat de la province parfaitement établis. Dans ce dernier point se trouvent la protection des intérêts de Montréal, et le contrepoids, si jamais il en est besoin, au pouvoir du Conseil Universitaire dont la majorité habitera toujours le Cap Diamant.

J'ai été malade quinze jours, huit jours retenu à ma chambre, suivant le régime d'un médecin de réputation, M. Mugnai. Je suis mieux, les forces me reviennent, je vais me remettre à l'ouvrage de plus belle. Tout m'y invite, le beau soleil vivifiant, le bel azur d'un ciel pur, le chant des oiseaux, et les roses dont le jardin est émaillé.

Monseigneur Jacobini est rentré hier soir d'un petit voyage de santé qu'il vient de faire. Je vais recommencer à aller le voir.

Nous nous entendons très bien. Le Cardinal Simeoni est un bon père. Ces hommes ont le sens pratique de la diplomatie, lentement et sûr : rien de brusque, des moyens termes, in medio stat virtus. Va bene ! cela cadre avec la mission que vous m'avez confiée, avec le caractère que je vous connais, infide et lenitate, avec la politique que je me suis tracée dès le commencement.

Tout ira bien, je l'espère; si seulement les médecins

peuvent conserver leur calme et leur sang-froid d'ici au mois d'août, je réponds du reste.

Au revoir ! Priez pour moi, bénissez-moi ; et croyez que je demeure avec la plus respectueuse soumission, De Votre Grandeur,

Monseigneur, L'enfant obéissant et dévoué,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 Via Milazzo,

Rome, 5 mai 1890.

Le Révérend Alfred Archambault,

Vice-Chancelier, Archevêché de Montréal.

Mon cher Monsieur,

Reçu votre bonne lettre du 14 avril. Les affaires ont plus que bonne mine. J'ai envoyé à Monseigneur l'Archevêque un mémoire, dont vous pouvez prendre connaissance sous le plus grand secret. Je vous en enverrai une couple d'autres bientôt. Il faut voir et vider le fond du sac, une fois pour toutes. Je fais des vœux pour une seule chose, c'est que les médecins de Laval ne perdent pas leur sang-froid. Qu'ils n'oublient pas que c'est la politique que j'ai suivie, qui a relevé le nombre de leurs élèves, et qui a permis de les payer pour cette année comme ils ne l'ont jamais été dans le passé ! qu'ils soient bien persuadés que je suis le

meilleur ami de leurs intérêts et de leur cause. Je ne puis pas parler maintenant; le jour viendra où les événements prendroDt la parole. D'ailleurs, grand parleur, petit faiseur. Du calme jusqu'au mois d'août; puis tout ira comme sur des roulettes. Veuillez montrer cette lettre à Monsieur le Docteur Rottot qui, lui, je sais, me comprend, sans que je m'explique. L'impatience est une mauvaise conseillère. Le silence est le nerf des affaires. Monsieur Rottot connaît toutes ces choses-là, quoiqu'il se soit dit un jour très loquace. Pour vous, mon cher Monsieur, je vous remercie pour tout ce que vous avez fait, et continuez de jeter du froid sur les ardeurs trop vives. C'est le cas de dire: lentement, lentement, nous sommes trop pressés pour nous hâter. Je demeure avec une haute considération, Monsieur le Vice-Chancelier, Votre très humble et très dévoué serviteur.

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 Via Milazzo,

Rome, 14 mai 1890.

Sa Grandeur Monseigneur Ed. Chs Fabre, Archevêque de Montréal.

J'ai l'honneur d'accuser réception de vos deux si bonnes lettres du 21 avril et du 1er mai. Je vous re-

mercie de la bienveillance et de l'affection paternelle dont elles étaient toutes pénétrées. Au milieu de ma rude besogne, c'est un souffle, qui m'arrive de pardelà les mers, doux et rafraîchissant.

Je ne crois pas qu'il y ait à craindre l'enquêteur. Du reste, mon " Mémoire sur les comptes, " que vous devez avoir reçu, préparera son travail grandement ; c'est à ce point de vue que je lui ai donné tant de développement; et j'ai, par devers moi, d'autres explications qu'il ne convenait pas de donner ici, mais qui ne seront pas pour le ou les enquêteurs un supplément muet et inutile.

J'ai été malade sérieusement, non pas d'une maladie dangereuse, mais bien ennuyeuse. Je faiblissais chaque jour, je maigrissais à vue d'œil, tout en mangeant comme un Gargantua. Je prenais des purgations, rien n'y faisait... Tout est bien, qui finit bien.

Je me suis remis au travail avec une ardeur nouvelle. Je serai prêt à passer à l'imprimeur mon " Mémoire sur les ressources à créer pour la Succursale " samedi soir, 17 du courant. Il sera presque aussi long que le " Mémoire sur les comptes. " J'en profite pour exposer à la Congrégation mes vues sur le fonctionnement de l'Université en général. Vous ne sauriez croire l'ouvrage que cette rédaction me coûte. J'ai copié de ma main le " Mémoire sur les comptes, " quatre fois ; et celui qui est actuellement sur le métier, je le rabote pour la cinquième fois. Mais cela finira. J'espère pouvoir retourner à la fin de juillet ou au commencement d'août. Dans tous les cas, je ferai l'impossible pour arriver pour la retraite des Curés.

J'ai reçu la lettre imprimée que quelques membres de la Faculté de Médecine ont adressée à Votre Grandeur. Je me contente de leur en faire un accusé de réception poli et très peu compromettant.

Dans quelques jours, lorsque j'aurai terminé mon mémoire, je vous écrirai quelques remarques à propos de cette lettre. Je n'en suis ni surpris, ni froissé, ni découragé.

Quand j'ai accepté cette charge de Vice-Recteur, je me suis mis autour du cœur cette cuirasse dont parle Horace, ses triplex. Il est bon qu'on essaye tout ce qui n'est pas sage ; ensuite le champ restera libre aux projets des gens modérés.

Croyez que je demeure avec le plus profont respect, De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Antichambre du Palais de la Propagande,

Rome, 15 mai 1890.

Sa Grandeur Monseigneur Jacobini, Archevêque de Tyr, Secret, de la S. Cong. de la Propagande.

Tout le monde à Montréal, à peu d'exceptions près, désire l'union des deux Ecoles de Médecine : 1° La majorité des médecins de l'Ecole de Méde-

cine et de Chirurgie de Montréal. — Preuve: ils ont délégué M. le Dr Desjardins à Rome pour le dire ;

2° Les dissidents de l'Ecole de Médecine. — Preuve : dans leur protêt à l'Archevêque de Montréal, ils affirment qu'ils ne sont pas opposés à une union avec Laval, dans de certaines conditions ;

3° La Faculté de Médecine de l'Université Laval. —

lre Preuve: l'union qu'elle a signée à l'unanimité ;

2me Preuve : la lettre que plusieurs médecins de la dite Faculté ont écrite à l'Archevêque de Montréal, où ils protestent contre ce qui pourrait n'être pas conforme aux conditions de l'union déjà signée.

Seulement, trahit sua quemque voluptas, chacun voudrait cette union à sa manière. Pour attirer les volontés, et les plier à des sacrifices réciproques, il faudrait une force morale supérieure aux intérêts particuliers.

Quelle sera cette force morale ?

1° Le Séminaire de Québec? Non: il a été trop mêlé aux luttes du passé ;

2° Le Conseil Universitaire? Non: il existe contre lui, dans le district de Montréal, trop de préjugés ;

3° Les Evêques de la province ecclésiastique de Montréal? Oui.

L'Episcopat voit les choses de plus haut, a la mission de protéger les grands intérêts catholiques, a un caractère qui inspire la confiance.

Il conviendrait que Rome, dans le cas présent, lui donnât de la force :

1° En félicitant les Evêques de la province de Montréal, de ce que leurs ouailles tournent leur esprit vers la paix et l'union.

2° En les chargeant de transmettre les félicitations du Saint-Siège aux Médecins des deux Ecoles de Médecine ;

3° En les chargeant de recommander aux prêtres et aux laïques de leurs diocèses respectifs, de favoriser l'union par tous les moyens en leur pouvoir ;

4° En les chargeant de veiller eux-mêmes aux arrangements et au fonctionnement de cette union ;

5° En leur recommandant de mettre avec prudence et sagesse, dans la mesure de la justice, toutes les ressources catholiques de leurs diocèses, au service de l'Université Catholique.

J. B. PROULX, Prêtre, Vice- Recteur de PU. L. M.

Villa délia Presentatione, 13 via Milazzo,

Rome, 16 mai 1890

Son Eminence le Cardinal Simeoni,

Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

Eminentissime Seigneur,

J'ai l'honneur d'envoyer à Votre Eminence, en même temps que cette lettre, quelques exemplaires de mon "Mémoire sur l'Union delà Faculté de Médecine de l'Université Laval à Montréal et de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal."

Déjà, depuis les premiers jours de février, Votre

Eminence a donné, dans une lettre à Monseigneur l'Archevêque de Montréal, une réponse on ne peut plus satisfaisante aux questions posées dans ce Mémoire. Mais voulant le conserver sous une forme plus lisible que le manuscrit, j'ai profité, pour le faire imprimer, de ces deux semaines dernières, où la maladie m'empêchait de faire un travail plus sérieux.

Mon "Mémoire sur les ressources à créer pour la Succursale" est actuellement entre les mains de l'imprimeur. En attendant que je puisse le passer à Votre Eminence, je me permets de lui envoyer, par avance, l'exposé des deux raisons principales pour lesquelles il importe de créer des ressources à la Succursale.

J'espère toujours qu'il sera possible au Saint-Siège de nous créer ces ressources vraiment indispensables, sans blesser les droits, ni même les susceptibilités légitimes de personne.

Dans cet espoir, je demeure avec les sentiments de la vénération la plus profonde,

De Votre Eminence,

Eminentissime Seigneur, Le très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre, Vice Recteur de l'U. L. M.

Extrait du u Mémoire sur les ressources à créer pour la Succursale de l'Université Laval à Montréal."

La chute de la Succursale entraîne, ce qui est à mes yeux un bien plus grand malheur, la chute des décrets romains, et en particulier de la Constitution Jam dudum, qui est venue, en son temps, les expliquer, les éclairer et les couronner tous.

Je le répète, ce serait un malheur, une vraie calamité : la politique romaine si calme et si suivie aurait subi un échec ; par ce fiasco, on aurait réussi à faire avorter les desseins du Saint-Siège, et on accoutume ainsi notre population si chrétienne, si respectueuse, à critiquer, à mépriser les ordres et les désirs de Rome, comme choses que l'on peut mettre de côté impunément; on affaiblit la confiance naïve, et l'on déflore la filiale ingénuité de la foi.

La Constitution Jam dudum est un acte de haute sagesse, qui assure et consacre l'unité universitaire sous la seule forme possible dans notre pays démocratique, où la décentralisation dans l'exercice des pouvoirs est passée et établie, d'une manière irrévocable et irrésistible, dans l'esprit public et les mœurs populaires. L'idée de dépendre minutieusement, pour le détail des affaires locales, d'une autorité centralisa

trice, où l'on croirait ne pas avoir une influence proportionnée à l'importance des intérêts qu'on représente, suffirait, même avant tout acte de juridiction quelconque, pour blesser la confiance, paralyser l'initiative et entraver le développement des desseins les plus généreux. Or, la Constitution Jam dudum, tout en respectant les droits acquis, garantit l'exercice de toutes les libertés légitimes. Elle porte dans son sein la solution de toutes nos difficultés et le germe de notre paix ; il suffit de la bien comprendre et de l'appliquer franchement. A tout prix, il faut en assurer le fonctionnement aisé, régulier, large et loyal.

Aussi, avec quelle joie et quelle reconnaissance ne fut-elle pas reçue dans l'archidiocèse de Montréal, par tous les esprits modérés. Monseigneur l'Archevêque de Montréal pouvait écrire à Son Eminence le Cardinal Simeoni, le 4 septembre 1889 :

" La Constitution Jam dudum accordée à notre Université par la bienveillance de Notre Saint-Père le Pape a été publiée, et accueillie par le clergé et les fidèles de cette province de Montréal avec les sentiments de la plus vive reconnaissance pour le Saint- Siège."

Cependant, tous ne l'ont pas vue paraître avec autant de plaisir, non seulement parmi les adversaires déclarés de toute Université catholique ou parmi les adversaires secrets d'une Université catholique à Montréal sous le nom de Laval, mais encore, il ne faut pas se le cacher, parmi ceux qui sont censés tenir de plus près à l'Université Laval elle-même. Heureusement, le nombre, je crois, n'en est pas grand. Ce sentiment

pénible que la Constitution a produit dans ce3 trois camps divers, camps extrêmes, complètement opposés jusqu'ici, e3t la meilleure preuve de sa sagesse, de son à-propos et de son utilité. Elle vient donner des espérances et des forces aux esprits modérés et pratiques ; et, parmi les catholiques du Canada, c'est la grande masse. In medio stat virtus.

Donc certains amis très dévoués du Séminaire de Québec, chagrins de n'avoir pas été, à propos de la Constitution Jam dudum, consultés par la Cour de Rome, prétendent qu'elle modifie en grande partie les conditions posées lors de la concession de la Succursale, et se demandent si ces changements sont pour le plus grand bien de l'Université prise dans son ensemble et à l'avantage des fortes études.

Je les excuse volontiers ; la peine est souvent un voile qui empêche de voir les choses sous leur aspect véritable. Certainement, dans le cas présent, ils ne voient pas que, la position étant devenue insoutenable à Montréal, la Constitution Jam dudum est arrivée à son heure, pour sauver les intérêts tant de la religion que du Séminaire de Québec lui-même, lui permettant de sortir, avec honneur, d'embarras autrement sans issue ; ils ne voient pas que si cette constitution ne réussit pas à fonctionner, on n'en viendra point à l'ancien état de choses, lequel du reste était loin d'être florissant, mais qu'on laisse le champ libre à leurs anciens et irréconciliables ennemis, et qu'on ouvre la porte à des dissensions et à des disputes qui bouleverseront encore une fois le Canada tout entier, et dont le

Séminaire de Québec sera la première victime et le plus grand souffre-douleur.

En effet, la chute simultanée de la Succursale et de la Constitution Jam dudum relèverait les espérances de ceux qui veulent pour Montréal une Université Catholique indépendante ; de suite, les esprits s'échaufferont, les pétitions pleuvront sur Rome, et la lutte recommencera plus vive encore que par le passé, plus passionnée, plus radicale.

" Très bien, me répondra- t-on, mais jamais dans ces conditions de rivalité et d'hostilité, le Saint-Siège ne permettra à Montréal, l'établissement d'une Université Catholique." Je le crois. Mais alors, qu'arrivera-t-il ? Sur les ruines des décrets romains, s'élèvera une Université laïque.

Si la Succursale suspend ses cours, immédiatement des écoles laïques de droit et de médecine se croiront justifiables de demander à la législature le pouvoir d'accorder des degrés universitaires, et il ne fait doute pour personne qu'elles l'obtiendront.

Une Université laïque pourrait, tout d'abord, n'être pas mauvaise, à raison de l'honnêteté et des principes de ceux qui l'organiseraient ; mais il n'est pas moins vrai qu'elle constituerait un danger pour l'avenir. Il existe au Canada un groupe d'hommes, qui ne veulent pas de l'influence du prêtre en matière d'éducation. Cette école doctrinaire peut grandir, les circonstances

aidant. Il s'élèverait immanquablement des rivalités entre l'Université laïque de Montréal et l'Université Catholique de Québec ; ces hommes profiteraient de tous les froissements, de tous les malentendus pour pêcher en eau trouble et augmenter le nombre de leurs adhérents. L'Eglise perdra pour toujours l'occasion de diriger, d'une manière autorisée, reconnue et légale, les études universitaires à Montréal. Si la Charte civile d'une Ecole de Médecine a pu tenir en échec pendant si longtemps les forces réunies de Laval, que ne pourra la Charte d'une Université ? Et pour n'avoir pas su se plier aux circonstances, pour sauver des intérêts secondaires que personne du reste ne veut méconnaître, on aura compromis les grands intérêts de la religion, restreint les bienfaits de l'éducation universitaire donnée au nom de l'Eglise, et créé un foyer d'indifférence et peut-être d'hostilité religieuse.

Prévenons un tel malheur. Sauvons la Succursale, sauvons les décrets apostoliques, et par là, nous aurons sauvé l'honneur de la religion, ainsi que l'avenir de la haute éducation catholique dans le district de Montréal, et même dans toutes les parties du pays.

Rome, 16 mai 1890.

J. B. PROULX, Prêtre,

Vice-Recteur de PU. L. M.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo,

Rome, 25 mai 1890.

M. le Docteur L. E. Desjardins, rue Bleury — Montréal.

Mon cher Monsieur,

J'ai reçu depuis quelques jours la lettre que vous m'avez écrite à bord du steamer qui vous ramenait au pays. Un peu de maladie et beaucoup d'ouvrage ont retardé ma réponse jusqu'à aujourd'hui.

Je retournerai probablement dans la première quinzaine du mois d'août, avec un petit sac de bonnes nouvelles. Ce dernier membre de phrase n'est que pour vous. Vos amis de Rome ne vous ont pas oublié, et aujourd'hui même, au Collège Canadien, on parlait de vous et de votre honnête franchise.

J'aime à vous entendre : u Bien que le bill ait été rejeté cette fois, je suppose que tout cela ne veut pas dire que l'on doive abandonner tout projet d'union." Pour ma part, je ne l'abandonnerai que trois mois après que toutes les espérances auront été perdues complètement, comme il est dit de La Palisse: un quart d'heure après sa mort, il vivait encore. Il y va de la force des études médicales, delà paix de la société, du bien de la religion. Ne perdons pas courage. Les nuages qu'amoncellent d'anciennes rancunes, les obstacles que bâtissent des intérêts particuliers froissés ,

les faux points de vue qu'amènent des malentendus malheureux, tout cela finira par disparaître, sinon entièrement, du moins assez pour laisser le champ libre aux projets des gens modérés, auprès des personnes de bonne foi, qui veulent le bien, la concorde et la justice; et après tout, c'est la masse. Ma confiance est ferme, parce qu'elle repose sur quelque chose de plus solide que les différentes combinaisons qu'on apporte en avant, je veux dire sur la volonté de rendre justice à tous les droits: qu'ils soient de l'Ecole, de la Faculté Laval, de l'Université ou du public. Les machinations passent, la vérité reste.

Je sais que vous avez occasion de voir de temps en temps M. le Dr Hingston, veuillez lui présenter mes saluts respectueux. Rappelez-moi au souvenir de Madame Desjardins, l'intrépide voyageuse, et croyez que je demeure avec une haute considération,

Monsieur, votre tout dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 3 via Milazzo, Rome, 25 mai 1890.

M. le Docteur H. E. Desrosiers, 94 rue St-Denis — Montréal.

Mon cher Monsieur,

J'ai l'honneur d'accuser réception de votre lettre imprimée à Monseigneur l'Archevêque de Montréal.

Il y a bien des choses dans ce document. Je vous remercie de me l'avoir envoyé.

Je me propose de retourner vers la fin de juillet ou le commencement d'août. J'apporterai avec moi plus d'une bonne nouvelle. Croyez que je travaille ici dans les plus chers intérêts de l'Université Laval à Montréal. Vous n'avez pas oublié avec quelle vigueur et quelle franchise j 'ai défendu les vôtres en certaines occasions; je n'ai changé ni mes idées, ni ma politique. J'oserai vous demander de ne faire, d'ici à mon retour, aucun pas, aucune démarche, qu'on pourrait tourner cruellement, dans le public ou dans le clergé, contre la Faculté. Car, à mon retour, j'aurai à vous faire certaines communications qui, je le sais, vous satisferont complètement. Quelques-uns trouvent que je ne parle pas assez. Peut-être. Mais que voulez-vous ? en affaires, si la parole est d'argent, le silence est d'or. Tempus est loquendi, et tempus tacendi. Laissez faire, soyons patients ; et, je vous le garantis, le tempus loquendi viendra fécond, efficace.

Veuillez, lorsque l'occasion s'en présentera, offrir mon respect et mes amitiés à vos collègues, desquels tous je conserve un aussi bon souvenir.

Croyez que je demeure toujours avec une haute considération,

Monsieur, Votre très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 Via Milazzo,

Rome, 25 mai 1890.

Sa Grandeur Monseigneur Ed. Chs Fabre, Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

J'avais d'abord pensé vous envoyer, au complet, mes remarques sur la lettre que neuf Professeurs de la Faculté de Médecine de l'Université Laval à Montréal ont adressée à Votre Grandeur, en date du 17 avril 1890. Mais, réflexion faite, j'ai cru devoir en remettre l'exposé à mon retour au Canada. La parole écrite est toujours moins flexible que la parole parlée ; et je ne voudrais pas m'exposer, sans y être forcé en quelque sorte, à faire de la peine à ces Messieurs, dont je connais le dévouement aux intérêts de la profession médicale, les hautes aptitudes d'enseignement, et le bon vouloir vis-à-vis de moi dans le passé. Que, dans ce tourbillon de tiraillements divers, ballottés eux-mêmes depuis si longtemps par la tempête, ils aient pris temporairement, sur quelques points, une direction qui ne mène pas droit au but où ils aspirent, je suis plus porté à regretter leur démarche qu'à la blâmer vertement.

Cependant, pour aujourd'hui, je ne puis taire, auprès de vous, Monseigneur, ce qui suit.

Premièrement, une grande partie de ce document est consacré à démontrer " la sagesse de l'immortel Pie IX en décrétant qu'il n'y aurait qu'une seule université catholique dans la Province de Québec," et le désir qu'ont les neuf Médecins signataires "de ne pas rompre le fil d'or qui les unit à l'Université Laval de Québec : " thèse, dans la circonstance, pour le moins inutile; car, l'unité d'Université, c'est là une proposition, c'est là une nécessité, dont Votre Grandeur n'a jamais douté : et c'est justement pour en assurer la réalisation que nous travaillons, à travers tant de difficultés, à l'union des deux Ecoles de Médecine ; car, pour l'enseignement médical, nous avons à Montréal, en pratique, dans l'élément catholique, deux foyers universitaires, l'Université Laval, et l'Ecole de Médecine affiliée à l'Université de Cobourg. L'union, pour me servir des expressions de la lettre elle-même, rallierait toutes les forces des catholiques, emploierait toutes les ressources qui sont à leur disposition pour fonder une grande institution, et il n'y aurait plus qu'une seule Aima Mater qui étendrait ses ramifications dans toute la Province de Québec. Mais, je le répète, ces grands bienfaits seront produits, non par le triomphe d'une institution sur l'autre quelque complet qu'il puisse être, mais par l'union et des institutions, et des esprits, et des volontés. Avec de la persévérance, avec de la modération, avec du calme nous y arriverons.

Puis les signataires récitent toutes les objections qu'ils ont contre le bill présenté à la Législature de la Province de Québec par l'Ecole de Médecine. C'est

leur droit ; seulement il me semble qu'ils se sont trop pressés d'en user. Leurs adversaires ne manqueront pas d'utiliser contre eux cet empressement, et ce manque de tactique. Le bill pouvait être très incomplet, très imparfait, je n'ai pas à entrer sur ce terrain. Mais il y a un point qui me paraît n'être pas très bien saisi par ces Messieurs, c'est que par l'acte de la Législature, ipso facto, V Ecole de Médecine ne devenait pas la Faculté médicale de V Université Laval. Après que la Charte aurait été amendée, bien ou mal, il restait un arrangement, à être fait par les Evêques de la province de Montréal qui n'auraient pas sacrifié les décrets apostoliques, à être ratifié pas le Conseil Universitaire qui aurait veillé sur les droits de l'Université, pour la confection et la conclusion duquel arrangement les membres de la Faculté de Médecine de l'Université à Montréal auraient été consultés, comme on s'est toujours fait un devoir et un scrupule de ne pas y manquer, du moins depuis un an, chaque fois qu'il s'est agi d'affaires regardant leur faculté ; car il était bien entendu que, dans cet arrangement, seraient respectés les intérêts des anciens professeurs de la Succursale de V Université à Montréal.

Je regrette le ton acerbe de certaines expressions que renferme cette lettre, le vinaigre n'a jamais adouci les plaies, sans compter que cela prête flanc à la critique, inutilement. J'ignore quelles sont ces personnes qui ont employé, auprès des membres de la Faculté de Médecine, des moyens de persuasion pénibles à leur dignité personnelle.

Ces Messieurs se réjouissent, à bon droit, de ce que

la Faculté se trouve dans une position beaucoup plus avantageuse, de ce que les Professeurs reçoivent des émoluments qui peuvent être considérés comme satisfaisants pour le présent, et de ce que le nombre de leurs élèves augmente rapidement. Très bien ! mais il est important de ne pas se départir de la politique de conciliation et de modération, qui a tant contribué à amener cet heureux résultat.

Ces Messieurs sont dans la conviction que "avec les fautes de son j^assé et celles de son présent, l'Ecole de Médecine... doit péricliter sans cesse, et finir misérablement, et cela dans un avenir assez prochain." Le proverbe dit qu'il ne faut jamais vendre la peau de l'ours, avant de l'avoir tué. Dans tous les cas, serait-il possible d'amener l'effondrement violent de l'Ecole, le mériterait-elle, que je suis d'avis qu'il vaudrait mieux lui tendre la main jusqu'au bout, et ne jamais cesser, tout en assurant la prospérité et la supériorité d'enseignement de la Faculté médicale, de travailler à amener une union large, généreuse, à l'amiable. Il ne s'agit pas ici de triompher sur des ruines, mais bien d'extirper du champ universitaire des germes dangereux pour l'avenir, et de réunir autour d'une grande œuvre le concours de toutes les énergies catholiques. Quand il y a eu des torts des deux côtés, devrait-il être si difficile d'user réciproquement d'indulgence et de bienveillance !

Du reste, quand le moment sera arrivé de cimenter la paix d'une manière définitive, ces Messieurs ne resteront pas inférieurs à leur tâche: je connais trop leur esprit de foi et leur patriotisme. Ils sauront, comme

ils l'ont déjà prouvé en plus d'une circonstance, s'élever au-dessus de ce qu'ils stigmatisent avec tant de force, "l'esprit de parti, l'esprit de clocher, les préjugés de toutes sortes et d'anciennes rancunes..."

Plein de confiance dans l'avenir que la Providence nous réserve, de respect pour les droits de la Faculté de Médecine de l'Université, de bienveillance pour les aspirations de l'Ecole de Médecine, et d'affection filiale pour votre personne vénérée, je me souscris avec la plus haute considération,

De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très dévoué serviteur,

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo,

Rome, 18 juin 1890.

Monsieur le Docteur L. Ed. Desjardins, rue Bleury, Montréal.

Mon cher Monsieur,

J'ai reçu votre lettre, dans laquelle vous m'apprenez que vous avez lutté avec un iceberg. Ce que c'est que d'être un homme de lutte ! On peut en rire maintenant ; mais je vois par les journaux que, dans le

moment, et pendant des jours, ça ne devait pas être gai. Deo gratias ! vous êtes arrivé au port. Ainsi arrivera en terre ferme, il faut espérer, après bien des orages, notre question universitaire.

J'avais déjà reçu le document que vous m'envoyez. Il faut avouer qu'il est un petit peu extraordinaire. Cependant tout cela ne me décourage pas. Un abcès n'aboutit que quand il est mûr. Vous ne faites l'opération de la cataracte que quand le malade ne voit plus clair. C'est un cas de cataracte que nous avons entre les mains.

Ainsi " vous vous êtes fait jouer par moi, et moi par vous. Vous avez livré l'Ecole aux Sulpiciens, et moi j'ai livré Laval aux Jésuites." Ah! pour le coup, c'est trop fort. Les deux propositions sont tellement contradictoires qu'elles ne peuvent pas être vraies à la fois. De grâce, Messieurs les adversaires de l'Union, chantez à l'unisson. Ça me fait l'effet de ces politiciens qui flattent les Catholiques dans Québec, et les Orangistes dans Ontario Evidemment ils sont dans les extrêmes, et la vérité se trouve dans le milieu. Vous connaissez la ligne de conduite que je me suis imposée ; avec la grâce de Dieu, je n'en dévierai pas d'un pouce. Si la boutique croule, impavidum ferient ruinœ. Je vais retourner dans la première quinzaine d'août, avec des réponses fécondes en résultats. J'espère encore qu'il y aura moyen de tout arranger. Faisons provisions de patience et de bonne volonté.

Présentez mes meilleurs respects à Madame Desjardins, avec mes félicitations d'avoir eu le bon goût de

n'avoir pas choisi pour tombeau les vagues agitées de l'Océan. Comptez sur ma persévérance et ma fidélité ; et croyez-moi toujours avec une haute considération, Monsieur le Docteur,

Votre très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo,

Rome, 19 juin 1890.

Sa Grandeur Monseigneur Ed. Chs Fabre, Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

J'ai retardé quelque peu à vous écrire, afin de pouvoir vous donner des nouvelles sûres et définitives. La même malle vous portera mon Mémoire sur les ressources à créer pour la Succursale, et une Collection de documents se rapportant à certaines questions universitaires à Montréal. Je vous enverrai sous peu un cinquième mémoire, sur la nécessité de Vinjluence épiscopale dans le règlement de nos difficultés universitaires à Montréal. Déjà la réponse à ce mémoire est en route pour le Canada, je veux dire la lettre adressée à Votre Grandeur par l'Eminentissime Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, dans le courant de ce mois, à propos de l'Union.

Vous ne serez pas sans remarquer l'importance de cette lettre.

L'Union, telle que présentée ici, e3t on ne peut plus agréable au Saint-Siège, summopere gratum foret. Pour y arriver, on compte sur l'influence des Evêques de la province de Montréal ; on les prie d'employer, dans ce but, leurs soins et leur autorité operam et auctoritatem; enfin, dans le règlement de cette question, c'est à eux de prendre l'initiative et la responsabilité : c'est là admettre et poser un principe, gros de conséquences salutaires.

Monseigneur Jacobini m'a dit, hier, d'aller chez lui lundi après midi, 23 du courant, pour voir le texte du document qui crée des ressources pour la Succursale. Le Saint-Père nous accorde cinq sous sur chaque honoraire de messe envoyé en dehors du pays, sans toucher, du moins pendant cinq ans, aux cinq sous déjà attribués à l'Archevêque de Québec in diminutionem debiti partis Marianopolitanae Universitatis.

Comme vous pourrez le voir dans mon mémoire, ma demande a été écoutée, quant au fond tout à fait, mais non pas précisément sous Informe que je l'avais présentée. Toutefois, je puis affirmer qu'on n'en a pas trouvé la forme déraisonnable ou illogique ; même on a bien voulu pousser la condescendance jusqu'à me faire connaître les raisons pour lesquelles on prenait un autre moyen pour nous faire des revenus ; et j'avoue franchement que la Sacrée Congrégation pouvait difficilement agir autrement. J'ai fait connaître les répugnances qu'on avait, à Montréal, à retenir dix

centins sur vingt-cinq. Le Saint-Père a répondu: "C'est le Pape qui le veut, et quand le Pape décide, il n'y a plus de scrupule à avoir."

En realité, sous le rapport pécuniaire, la position nous est faite meilleure que je ne demandais. Pou vons-nous nous plaindre? Nous avons cinq sous, comme le Juif-Errant, sans obligation envers personne ; et il est plus que probable que nous serons exempts du trouble et de la tâche pénible que ce serait de discuter devant un tribunal les comptes du Séminaire de Québec. Québec n'est pas humilié, et, à ce point de vue, j'en suis heureux. Mon œil n'est pas mauvais, parce que celui de mon voisin est bon. Le temps est arrivé de placer nos divers intérêts universitaires sur les bases d'un véritable fair play. Je ne cesse d'admirer ce qu'il y a de perspicacité, de sens de justice, et d'esprit de conciliation dans ces hommes de la diplomatie romaine. Ils ne demandent qu'à connaître les choses, dans des intentions droites et des démarches franches, par les voies naturelles et légitimes.

Je vous enverrai une copie du document, aussitôt que j'en aurai une moi-même entre les mains. D'ici là, je crois qu'il vaut mieux que le secret reste entre nous. De même, je suis porté à croire qu'il serait préférable de ne faire connaître le texte de la lettre qui est en chemin, qu'à la retraite ecclésiastique. J'aurai à donner à Votre Grandeur, à son occasion, plusieurs explications qui sont loin d'être indifférentes. Cette lettre pourra, peut-être, faire le sujet d'une de ces intéressantes conférences de 2 heures P. M. Du

reste, ce n'est pas mon affaire, et Votre Grandeur agira bien comme elle trouvera bon.

Je compte partir de Rome vers la mi-juillet, et m'embarquer au Havre le 2 d'août, pour aller voir la plus belle des villes et le meilleur des Evêques. Sur ce, je me souscris avec un respect profond, De Votre Grandeur,

Le très dévoué et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo,

Rome, 21 juin 1890.

Sa Grandeur Monseigneur Jacobini, Archevêque de Tyr, Secrétaire de la Sac. Congrég. de la Propagande.

Illustrissime Seigneur,

J'adresse à Votre Grandeur, en même temps que cette lettre, trois nouvelles copies de mon Mémoire sur les ressources à créer pour la Succursale de V Université Laval à Montréal. Je suis bien aise d'en laisser quel-

ques exemplaires dans les archives de la Propagande, ad memoriam rei.

Je n'ai pas oublié que Votre Grandeur m'a dit de passer chez Elle lundi à 41 heures P. M., afin de prendre connaissance du décret qui doit accorder à Monseigneur l'Archevêque de Montréal, aux fins de la Succursale, cinq sous sur chacun des honoraires de messe envoyés hors du pays. Après cinq mois de séjour à Rome, comme je dois partir bientôt pour le Canada, Votre Grandeur comprend que je suis un peu anxieux d'avoir une copie de ce document, pour nous si précieux, afin de l'emporter avec moi, comme preuve devant les Evêques qui m'ont délégué auprès du Saint-Siège, que j'ai rempli l'objet de ma mission, tout entier.

Sous ce pli, j'inclus une lettre que je viens de recevoir de mon Archevêque, Monseigneur Fabre; je la reprendrai la prochaine fois que vous me ferez l'honneur de me recevoir en audience. J'y ai mis entre parenthèses ces paroles qui m'ont fait grand plaisir, parce qu'elles cadrent parfaitement avec mes propres sentiments :

" Je vois avec peine, dans les journaux, qu'il serait " question d'envoyer Mgr Jacobini en Espagne. Il " était précieux pour nous à la Propagande. Le Car- " dinal Simeoni nous est bien dévoué, mais c'était un " grand secours pour nous de voir auprès de lui un " homme comme Mgr Jacobini. "

Je ne saurais taire mes sentiments de reconnaissance pour les bontés dont Votre Grandeur n'a cessé

d'user à mon endroit, et surtout pour la solution qu'Elle a trouvée à notre insoluble difficulté ; et qu'Elle veuille bien me croire,

Avec un très profond respect,

De votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre, Vice-Recteur de PU. L. M.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo,

Rome, 24 juin 1890.

Le Révérend A. Archambault, Vice-Chancelier, Montréal.

Mon cher Monsieur,

Je réponds à votre lettre du 3 courant, aujourd'hui 24 juin, en cette fête de notre saint Patron qui m'apporte quelque loisir, un peu tard il est vrai, mais " mieux vaut tard que jamais. " Je vous remercie de tout ce que vous avez fait dans votre position qui, dans ces temps agités, est loin d'être une sinécure. Un verre d'eau froide suffit pour éteindre tout un foyer, pourvu toutefois qu'il ne soit pas trop gros.

Vous me dites : u Plusieurs médecins sont mécontents de l'attitude que vous avez prise. " Je le pré-

voyais bien, dès le commencement. Mes lettres du mois de février, et les avis que je leur faisais parvenir par diverses voies, en témoignent assez. Mais que voulez-vous ? que faire ? La Fontaine aurait-il raison ?

P arbleu ! dit le meunier, est bien fou du cerveau, Qui prétend contenter tout le monde et son père.

Dans tous les cas, ce meunier-là est un sage entêté, à qui cependant je ne voudrais pas trop ressembler:

Je suis âne, il est vrai, j'en conviens, je l'avoue ; Mais que dorénavant on me blâme, on me loue, Qu'on dise quelque chose, ou qu'on ne dise rien, J'en veux faire à ma tête. — Il le fit, et fit bien.

A mon retour, j'aurai à donner aux Médecins de Laval des explications, qui ont été très bien vues à Rome, et qui, je l'espère, ne le seront pas moins bien auprès d'eux. Mais je ne pouvais les donner avant mon départ, pour la bonne raison que je venais ici justement pour m'assurer de leur opportunité, que je me sentais le besoin de réfléchir et de consulter avant que de parler, que je voulais prudemment m'assurer du terrain sous mes pas avant que de poursuivre ma route, et qu'il ne convenait pas de divulguer, par toute la ville de Montréal, des secrets qui n'étaient pas encore passés dans le domaine des connaissances publiques. Mais aujourd'hui, c'est différent!

Tout de même, en attendant, cela m'a valu des coups de fusil dans le dos. Pendant que je combattais les bons combats, et que j'assurais notre position

à Montréal, en particulier pour le plus grand avantage de la Faculté médicale, tout à coup, sans avoir entendu crier feu, je reçois une bordée de mitraille a tergo. Si ma cuirasse et mes raisons n'eussent pas été bonnes, j'étais blessé à mort. Heureusement, le coup a produit un effet tout contraire à ce qu'on devait en attendre naturellement. La bonne Providence, voyezvous ! Comme j'aime à croire que tout a été fait de bonne foi, et comme personne plus que moi ne voudrait être bienveillant envers ses amis, j'excuse volontiers ce mouvement stratégique. On peut être excellent médecin (ces Messieurs le sont tous), et n'être pas adroit tireur.

Déjà vous connaissez quelle est mon opinion sur cette lettre, par les remarques que j'ai envoyées à Monseigneur l'Archevêque, en date du 25 mai. Je me contenterai d'ajouter ceci. Les Médecins signataires, pour prouver qu'ils ne peuvent accepter le projet d'union définitive de qua agitur, disent que ce plan n'est pas nouveau, qu'il doit son origine à Monseigneur Smeulders, et qu'ils ont refusé en 1884 d'entrer dans l'Ecole qui serait devenue Faculté médicale de Laval. Or, je le demande, le cas est-il identique? En 1884, s'agissait-il de faire amender la Charte de l'Ecole ? d'en transformer la constitution, de manière à ce qu'elle devînt Charte Catholique ? de la rendre conforme aux décrets romains ? d'y donner légalement à l'Archevêque de Montréal un contrôle dans la nomination des professeurs et l'orthodoxie de l'enseignement? de l'empêcher d'être un gouvernement dans un gouvernement ? d'en faire une partie intégrante

et homogène de l'Université ? s'agissait-il de donner à la Succursale une position civilement meilleure, tandis que, en même temps, on améliorait le sort de l'Ecole au point de vue universitaire ? Une comparaison, pour servir de preuve, doit porter sur deux cas semblables ; et, dans la circonstance présente, les deux cas ne sont-ils pas, sous maints rapports, dissemblables ? si oui, non valet contecutio, ruit ratiocinium,... et procumbit humi bos.

Dans tous les cas, je suis moralement certain que je finirai par m'entendre avec ces Messieurs :• j'ai vu d'eux, pendant le cours de l'année dernière, trop de preuves de leur bonne volonté. Ils n'iront pas, dans un moment de mauvaise humeur, jeter à vau-l'eau le fruit d'une longue patience. Dans les difficultés et les divisions, d'un côté comme de l'autre, je crois les hommes meilleurs qu'on ne le dit, meilleurs même qu'ils ne paraissent. Le malentendu joue un grand rôle dans l'histoire des disputes humaines ; il suffit de la faire disparaître pour éclaircir une situation, et changer d'anciens adversaires en amis fidèles. La vie est trop courte pour s'amuser à se battre indéfiniment, surtout entre compatriotes, entre coreligionnaires. Ah ! si jamais, nous dégageant des misères du passé, nous parvenons à consolider une seule Ecole, une seule Faculté de Médecine à Montréal, elle sera la plus belle de la Puissance ! Au revoir ! et croyez-moi toujours dans les sentiments d'une haute estime, Monsieur le Vice-Chancelier,

Votre très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo,

Rome, 26 juin 1890.

Monseigneur A. Labelle, Protonotaire Apostolique Assistant-Ministre de l'Agriculture, Paris.

Monseigneur,

Je reçois votre lettre de Berne, et je vois que vous ne vous êtes pas laissé berner, pas plus en Suisse que par Justus à Rome ; mais ce qui l'a été, par exemple, c'est votre télégramme à l'honorable Mercier. Vous faisiez dire au câble, paraît-il: " La volonté du Pape, par un rescrit donné hier, est que le statu quo soit maintenu."

D'abord, on a compris, ce qui était tout naturel, qu'il s'agissait du statu quo de votre position au ministère; et mon journal disait: " Monseigneur Labelle devait retourner à sa cure au mois d'août, mais il vient d'obtenir du Pape la permission de rester encore dans le département de l'agriculture."

Le lendemain, on s'est avisé. Après une nuit de réflexion, comme un élémentaire latin qui traduit une phrase d'Epitomé, on a réussi à trouver un midi à quatorze heures ; et l'on écrit : " Eh bien ! ce télégramme ne veut pas dire cela du tout. On nous informe ce matin que cette dépêche du curé Labelle se rapporte à la question Laval- Victoria, Sa Sainteté voulant le maintien de l'état de choses actuel ! "

On ne s'attendait guère De voir Laval en cette affaire.

Evidemment il est réglé et statué que, sur cette question Laval- Victoria, on dira toutes les ineffabilités possibles. Tant mieux ! Qand la somme en sera épuisée, si toutefois ce n'est pas une mine inépuisable, les raisons de sens commun pourront avoir leur cours. J'attends ce moment-là pour demander la parole.

Vous me dites : "J'espère que vos affaires continuent à bien aller, ou plutôt que vos réponses arrivent par écrit." Oui, la dernière est arrivée hier, complète, large, superbe. Il ne me reste plus, après avoir fait imprimer mon " Rapport à Monseigneur l'Archevêque de Montréal," qu'à boucler mes malles et faire comme vous, rentrer au pays. Mais, chacun sa vocation, nous y entrerons d'une manière bien différente : moi incognito, sans tambour ni trompette, me contentant de me réjouir au fond du cœur; vous, comme du temps de Nabuchodonosor, au bruit de tous les instruments de musique, " sonitum tubas, et fistulse, et citharse, sambucse, et psalteri, et symphonise, et universi generis musicorum." Aussi l'homme engagé du juge de Montigny l'a dit: " il aime tant cela, le curé Labelle, le bredi breda!..."

Je m'en retourne content. La route de l'avenir est illuminée. Je sais bien que l'œuvre rencontrera encore des obstacles, et de grands; mais j'apporte des leviers. S'il faut combattre, il vaut mieux être muni d'armes, que de n'avoir que ses deux poings et le bon sens.

Si vis pacem, para bellum. J'ose espérer que le temps des luttes, des luttes acrimonieuses au moins, est passé. Avec votre influence dans les sphères gouvernementales, vous pouvez beaucoup pour l'affermissement et la consolidation de l'Université à Montréal sur des bases vraiment larges et nationales. Il est vrai que votre père s'occupe d'agriculture, Pater meus agricola, mais il ne vous fera pas de reproches si vous donnez un petit coup de main à la science. Vous ferez comme à Rome, sans paraître y toucher, vous enfoncerez un clou. Merci. Je compte beaucoup pour un avenir prochain, sur la bonne volonté, sur la hauteur de vue et sur le patriotisme de nos gouvernants, dont vous pouvez dire quorum magna pars ego. — Et persuasum habe, Reverendissime Domine, quod tibi sum

Addictissimus in Christo,

J. B. PROULX Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo,

Rome, 29 juin 1890.

Le Très Révérend L. Colin, Sup. du Sém. de S. S. de Montréal, à Paris.

MoNsiEUR le Supérieur,

Je charge cette lettre d'aller vous saluer à votre arrivée à Paris, en attendant que je puisse le faire en personne vers la fin du mois de juillet. J'ai le plaisir

de pouvoir vous dire maintenant, d'une manière définitive et absolue, que tout ce que je suis venu demander à Rome a été accordé, tout ce que j'ai exposé a été approuvé. Il est vrai que, obéissant à mes propres réflexions, et m'inspirant des conseils de personnes sages, j'ai toujours tâché de me tenir dans les bornes de la modération la plus pacifique; j'ai évité, autant que possible, toutes questions contentieuses, tous sujets brûlants ; et je n'ai cherché que des solutions qui, loin de porter préjudice ou humiliation à qui que ce soit, ne pouvaient que favoriser les intérêts et l'honneur de tous. Je suis d'avis que notre Canada, vaste comme l'Europe, est assez grand pour le développement de toutes les aspirations légitimes et de toutes les énergies locales ; le soleil du bon Dieu luit pour tout le monde. Maintenant que je crois connaître parfaitement les intentions de Rome (et il n'y a rien sur la terre de plus juste, de plus raisonnable et de plus équitable), maintenant que nos derrières sont assurés, nous pouvons regarder avec confiance devant nous. Nous n'avons qu'à laisser couler l'eau dans le fleuve St-Laurent, et nous tenir prêts à profiter des bonnes fortunes que nous apportera le courant. La force des choses elle-même amènera les accroissements indispensables et les assurances légalisées de notre situation. Il nous suffira de diriger et de fortifier le mouvement. Grâce à l'autorité et à la bienveillance du Saint-Siège, nous aurons dorénavant des ressources suffisantes pour assurer l'existence de l'Université ; pour ce qui regarde le développement extérieur, l'honneur matériel et les exigences nécessairement croissantes de la vie univer-

sitaire, je compte sur la bonne Providence, qui nous a trop bien servi jusqu'ici pour que nous puissions douter d'elle.

Tout de même, je ne me cache pas qu'il faut un travail intelligent, persévérant. Malheur à qui s'endort sur ce qu'il croit être des lauriers ; il se réveille sur la paille. Aide-toi, le ciel t'aidera.

Espérant que ce voyage au pays natal, au doux climat de votre jeunesse, vous apportera quelque chose de la vigueur de vos jeunes années, je demeure avec la plus haute considération,

Monsieur le Supérieur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo, Rome, 1 juillet 1890,

Sa Grandeur Menseigneur Ed.Chs Fabre, Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

Déjà la poste a dû vous porter l'Induit vous permettant de retenir cinq sous sur chacun des honoraires de messe de la province de Montréal envoyés à l'étranger, ainsi que mon " Mémoire sur la nécessité de l'Influence épiscopale dans le règlement de nos difficultés universitaires à Montréal." Des cinq mémoires que j'ai pré-

sentes à la Propagande, c'est celui que je préfère, celui dont les idées et les conséquences seront, si je ne me trompe, les plus fécondes en semences de paix, de force, de confiance et de liberté. Nous avons entre les mains, dans l'épiscopat, un moyen de pacification, d'arbitrage naturel, de direction sage, et de protection désintéressée ; il convenait de lui rendre ses franches allures, et de ne gêner en rien son action bienfaisante . Posuit episcopos regere Ecclesiam Dei, et la Succursale et l'Ecole de Médecine sont dans l'Eglise, je veux parler, bien entendu, de ce qui regarde la surveillance de la morale, l'orthodoxie de l'enseignement, et le plus grand bien de la religion au sein d'une population catholique. Du reste, sur ce point, la Constitution Jam dudum est explicite.

Après un travail incessant depuis bientôt un an, après une vie d'impressions que j'ai menée ici jusqu'à la quatre centième page, à la suite d'une malad ie on ne peut plus épuisante, le médecin m'ordonne, pour quelque temps, un repos complet ; or je sais que le repos m'est impossible au pays. C'est pourquoi je présume la permission de Votre Grandeur, pour prendre dans la belle France une quinzaine de jours de vacances. En y ajoutant la traversée, j'espère que cela suffira pour refaire mes forces épuisées, dont la charpente e3t encore bonne, Dieu merci. Je me propose de m'embarquer le 2 du mois d'août, au Havre, à bord du paquebot de la Ligne Française, pour arriver à New- York vers le 11. De New- York à Montréal il n'y a qu'un saut.

Je profite des quelques moments libres que me

laissent mes affaires expirantes à Rome et les préparatifs du départ, pour rédiger à l'adresse de Votre Grandeur un Rapport sur la mission que vous m'avez confiée auprès du Saint-Siège; je le fais imprimer, afin que vous puissiez en donner des copies, si vous le trouvez bon, à qui vous jugerez à propos. Je me contente de mettre en face les uns des autres, les demandes que j 'ai faites et les réponses que j 'ai reçues : rien de plus simple et de plus clair.

Voici, en résumé, quels sont les résultats de cette mission. Entre nous, je vous dirai que non seulement mes espérances ont été remplies, mais elles ont été dépassées, grâce à ce large esprit de justice qui préside aux conseils de la Cour Romaine :

1° La Faculté de Médecine de l'Université Laval à Montréal peut faire avec l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal une union sur les bases de la charte dûment amendée ;

2° Le soin de veiller aux arrangements de cette union est confié aux Archevêque et Evêques de la province ecclésiastique de Montréal ;

3° Les dits Archevêque et Evêques de la province de Montréal sont chargés d'aviser aux meilleurs moyens d'amener cette union désirable ;

4° J'ai pu constater combien a été agréable au Saint-Siège le rapprochement que nous avons fait entre les deux Ecoles de Médecine, l'automne dernier ;

5° Il est devenu évident pour tout le monde que le Saint-Siège verrait avec la plus grande satisfaction l'union telle que nous l'avons proposée, unio de qua agitur ;

6° Nous n'aurons pas à payer, sans voir, la dette que le Séminaire de Québec présente à la Succursale ;

7° Peut-être n'aurons nous pas à payer du tout, vu que notre créancier aurait été compensé amplement des dépenses qu'il aurait faites à notre occasion ;

8° La Succursale aura un revenu annuel de six mille piastres environ, pendant cinq ans, avec l'espérance de le voir continuer plus longtemps, s'il en est besoin ;

9° Ce revenu lui est donné libre de toute redevance quelconque envers qui que ce soit ;

10° La situation a été exposée devant le Saint- Siège, complètement, sous toutes ses faces ;

11° J'ai pu consulter, et non sans éclaircissements, sur nombre de points douteux et obscurs ;

12° La route de l'avenir, pour moi, est éclairée d'une lumière nouvelle.

L'avenir, ah ! pourquoi faut-il que les petites passions, les petits intérêts, les petites misères viennent en obscurcir les plus brillantes espérances. Il serait si beau, sans s'amuser à se créer des entraves mutuels, de développer d'un commun accord nos énergies nationales, d'assurer nos destinées religieuses, de cimenter l'union entre les forces vives du laïcisme chrétien et du pouvoir ecclésiastique, d'amener, dans la liberté et la décentralisation, un développement universitaire grandiose qui ferait l'avantage et l'honneur de toutes les villes, de toutes les écoles, de toutes les maisons d'éducation de notre pays. C'est une illusion, peut-être ; mais elle me fait du bien, et je veux la nourrir j usqu'à la limite extrême du possible :

je compte sur la vivacité de notre foi, sur le bon sens de notre population, sur le patriotisme de nos classes dirigeantes, sur la générosité de nos fortunes privées et collectives, sur l'influence du clergé, sur l'appel hardi et la direction sage de nos évêques, pour nous sortir des hésitations et des défiances présentes, pour fournir les ressources nécessaires à une grande fondation, pour établir notre paix et notre prospérité dans une position libérale et clairement définie, les asseyant sur des bases larges, solides, certaines pour tou3 et légales. Qui potest capere, capiat !

Intelligenti pauca. Alors je m'arrête, Monseigneur. Je vous dis au revoir, et, en attendant ce plaisir, je me souscris dans les sentiments de la plus haute considération,

De Votre Grandeur,

Monseigneur,

Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo, Rome, 2 juillet 1890.

Son Eminence le Cardinal Simeoni, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

Eminentissime Seigneur,

Je ne puis quitter Rome sans venir vous exprimer la satisfaction que j'éprouve pour la bienveillance avec laquelle on a daigné, en toutes circonstances, traiter mon humble personne, et pour les soins qu'on a bien voulu apporter au règlement de nos affaires universitaires à Montréal.

Mes demandes ont été écoutées, mes explications ont été reçues, mes doutes ont été éclaircis ; et lorsque, j'ai eu à demander des conseils, on m'a indiqué la voie à suivre avec une clarté et une précision que je ne saurais trop reconnaître.

Puis-je demander à Votre Eminence de vouloir bien déposer au pied de Notre Très Saint Père le Pape, avec l'assurance de mon respect profond et de mon dévouement filial, l'expression de ma reconnaissance et de mes remerciements ?

Je remercie aussi les Eminentissimes Cardinaux de la Sacrée Congrégation de la Propagande, " quse nihil amisit ex iis quse ad instaurationem et incrementum studiorum in ista provincia Marianopolitana conferre viderentur."

Je remercie son Eminentissime Préfet, dont la paternelle bonté s'est montrée infatigable à me recevoir et à m'entendre dans des audiences multipliées.

Je remercie son Illustrissime Secrétaire, dont l'activité et la perspicacité se sont ingéniées à trouver des solutions radicales et pacifiques à nos épineuses difficultés.

Je m'en retourne content, espérant de plus en plus que l'ère nouvelle, ouverte dans le district de Montréal à notre Université par la Constitution Jam dudum, lui apportera des prospérités toujours croissantes, et que tous au Canada, instruits par l'expérience du passé, et obéissant aux pressantes invitations du Saint-Siège, sauront faire les sacrifices que demande le bien commun, pour tourner leurs esprits, chacun dans sa sphère propre, aux œuvres de paix, de conciliation, de concorde et d'harmonie.

Dans ce doux espoir, je demeure avec les sentiments de la vénération la plus profonde,

De Votre Eminence, Eminentissime Seigneur, Le très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre, Vice- Recteur de l'U. L. M.

Villa délia Presentazione, 13 via Milazzo, Rome, 2 juillet 1890.

Sa Grandeur Monseigneur Jacobini, Archevêque de Tyr, Secrétaire de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

Illustrissime Seigneur,

Votre Grandeur trouvera ci-incluse la copie d'une lettre à Son Eminence le Cardinal Simeoni, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, par laquelle je lui exprime ma gratitude profonde.

Comme j'ai rencontré chez Votre Grandeur la même bienveillance personnelle et la même bonne volonté pour le règlement de nos affaires, qu'elle veuille bien accepter pour Elle l'expression franche et sincère des mêmes sentiments.

Que Votre Grandeur soit bien persuadée que je n'oublierai jamais les heureux moments que j'ai passés dans son bureau de travail, m'inspirant de la largeur de ses vues, de la modération de ses desseins et du sens pratique de ses résolutions ; et qu'Elle daigne me croire toujours,

Avec le plus profond respect,

Monseigneur, Son très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre, Vice-Recteur de l'Université Laval à Montréal.

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