V. R. TJ. L. M
St-Hyacinthe, 2 janvier 1891.
Révérend M. Proulx,
Vice- Recteur U. L. M.
Mon cher Monsieur,
J'ai reçu la vôtre du 31 décembre dernier, avec les cinq documents qui y étaient joints. Merci de cet envoi et de vos bons souhaits à l'occasion du nouvel an.
Vous avez si bien rempli jusqu'à présent votre important office de Vice-Recteur, qu'il ne peut venir à la pensée des Evêques de la Province d'en mettre un autre à votre place. Pour ma part, en tout cas, je ne consentirai pas à ce que vous abandonniez le champ de bataille. La lutte du reste ne sera pas formidable comme par le passé ; il m'est avis même que vous n'aurez plus que des douceurs à goûter. J'ai la confiance que si les Evêques, comme je le pense bien, tiennent à ce que vous restiez au poste, vous ne ferez pas d'instances pour le laisser, et que vous vous résignerez à continuer de vous immoler pour cette grande cause.
Quant à la promesse d'assister à la consécration de votre église, je tiens à l'accomplir. Mais, je vous prie de faire en sorte que cette cérémonie n'ait pas lieu du commencement de juin à la mi-juillet, temps de la visite pastorale.
Avec mes bien affectueux souhaits de bonne année, je demeure bien sincèrement,
Votre tout dévoué en Notre-Seigneur,
f L. Z., Ev. de St-Hyacinthe.
Evêché de Sherbrooke, 3 janvier 1891.
Jfcévérend J. B. Proulx,
Vice-Recteur de V Université Laval.
Monsieur le Vice- Recteur
Je vous remercie de vos bons souhaits à l'occasion de la nouvelle année.
En retour, veuillez accepter les vœux que je forme pour votre bonheur. Que le bon Dieu vous donne santé et courage : la bataille n'est pas encore terminée, je veux dire la dernière ; le champ de bataille a été glorieux pour vous, Monsieur le Vice-Recteur, et je vous félicite de nouveau de tout mon cœur.
Avec votre lettre, j'ai reçu : 1° la copie d'une lettre au Cardinal Simeoni ; 2° la copie d'une lettre confidentielle à Mgr Jacobini ; 3° la copie d'une lettre de résignation ; 4° la copie d'une autre lettre de résignation ; 5° votre lettre donnant les motifs qui militent en faveur de votre résolution.
Heureusement pour les évêques de Province de Montréal, votre lettre plaide contre vous, et en notre faveur.
Je ne crois pas que les Evêques consentent à remplacer un général brave, expérimenté et victorieux par un soldat quelque brave qu'il soit.
Nous parlerons de cette grave affaire à Montréal au retour de Monseigneur l'Archevêque.
Je suis un des trois Evêques qui ont promis, le 13 octobre 1889, d'assister à la consécration de votre église, qui brille comme un clou jaune. Je tiendrai parole.
En attendant le plaisir de vous voir, veuillez agréer, Monsieur le Vice-Recteur, l'expression de mes sentiments dévoués et affectueux.
f ANTOINE, Ev. de Sherbrooke.
Montréal, 12 février 1891.
.A- Sa Grandeur Mgr Ed. Chs Fabre,
Archevêque de Montréal.
Monseigneur,
J'ai l'honneur de vous remettre deux copies du Rapport que j'ai fait spécialement pour Votre Grandeur. Je suis malade et je me vois forcé de me retirer de suite pour la nuit, à ma chambre, chez les Sœurs Grises. J'espère pouvoir demain venir à l'Archevêché.
Je vous demande de vouloir bien lire ma lettre de résignation qui se trouve à la page 172 du Rapport, avant que ne partent Nosseigneurs les Evoques de Sherbrooke et de St-Hyacinthe, et de la prendre en sérieuse considération.
La démonstration à Notre-Dame a été grandiose. C'était un triomphe. Veuillez accepter mes félicitations et mes meilleurs souhaits.
Je demeure avec la plus respectueuse considération,
De Votre Grandeur,
Monseigneur,
Le très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PROTJLX, Ptre.
Evêché de Sherbrooke, 16 février 1891-
M. l'abbé J. B. Proulx, Ptre, curé de St-Lin,
Vice-Recteur de V Université Laval à Montréal f
M. le Vice-Kecteur,
Le 13 février 1891, à l'archevêché de Montréal, les Archevêque et Evêques de la province ecclésiastique ont pris en sérieuse considération la lettre que vous leur avez adressée le 31 décembre 1890, et dans laquelle vous les priez d'accepter votre démission comme Yice-Eecteur de l'Université Laval à Montréal.
Je suis chargé de vous dire qu'ils apprécient les nobles motifs qui vous ont déterminé à offrir votre démission comme Vice-Kecteur, mais que, dans les circonstances présentes, ils ne peuvent se rendre à votre désir. En acceptant votre démission, les évêques sont convaincus qu'ils feraient un acte très préjudiciable aux intérêts de l'Université à Montréal.
L'Épiscopat de la province, en vous nommant Vice-Kecteur, ex|)riniait hautement la confiance qu'il reposait dans vos lumières, votre dévouement et votre prudence $ cette confiance bien méritée n'a fait que s'accroître depuis, et ils comptent avec assurance que vous continuerez l'œuvre si bien commencée, si énergiquenient poursuivie, quoiqu'elle fût très pénible et pleine de difficultés.
L'Épiscopat de la province n'a qu'une voix pour reconnaître les services éminents que vous avez rendus à la grande cause de l'Université à Montréal,
Continuez donc votre œuvre, sicut bonus miles Christi, sous la direction et la protection de l'épiscopat ; continuez- la avec le même dévouement et un égal succès, pour la consolidation et la prospérité de l'Université à Montréal, par amour pour notre pays et pour la plus grande gloire de Dieu.
Veuillez agréer, M. le Vice-Recteur, l'expression de mes dévoués sentiments en Notre-Seigneur.
t ANTOINE, Ev. de Sherbrooke,
Secrétaire.
Montréal, 18 février 1891.
Sa Grandeur Mgr A. Racine,
Evêque de Sherbrooke.
J'ai l'honneur d'accuser réception de la lettre par laquelle vous m'annoncez que Nosseigneurs les Evêques de la province de Montréal ne peuvent accepter la résignation que j'ai mise devant eux le 31 décembre dernier. Les paroles, dont vous accompagnez l'exposé des motifs qui ont nécessité ce refus de votre part, sont trop bienveillantes et trop honorables pour moi, pour que je ne vous en témoigne pas mon remerciement ; j'en suis vraiment touché, et consolé au milieu des tracasseries qu'entraîne presque toujours l'accomplissement du devoir.
Si j'ai souhaité ma retraite, je n'étais pas mû
principalement par le désir d'un repos, qui certainement me serait bien agréable. Le découragement, non plus, n'était pas entré dans mon cœur. Loin de là, ces sortes d'oppositions ne font que fortifier mon courage. Encore, ce n'est pas précisément parce qu'à Québec on m'a si clairement et si gracieusement exprimé l'invitation de sortir de l'Université. Non. Je veux bien me retirer de moimême ; mais je ne suis pas d'avis que l'on me mette à la porte de force.
Seulement, vu que Mgr le Recteur avait tant d'objections à ma personne et à ma manière de voir, vu qu'il m'est impossible avec mes convictions actuelles de travailler au succès d'une autre politique universitaire, vu que certaines considérations d'administration générale auraient pu rendre, sans que je le sache, désirable à Vos Grandeurs ma retraite, j'ai voulu mettre Vos Grandeurs parfaitement à l'aise, offrant ma résignation sincèrement, loyalement, sans arrière- pensée.
Mais, du moment que vous désirez que je reste au poste, et que vous y voyez un bien pour l'Université, je suis votre liomme, et je n'hésite plus à continuer mon importante et fastidieuse besogne. Les obstacles qu'il me reste à soulever, les difficultés à résoudre, ne me sont rien. Rien ne me surprend, je m'attendais à tout ; quand j'acceptai de vos mains, il y a bientôt dix-huit mois, la succession montréalaise que nous laissait le Séminaire de Québec, je savais fort bien que je ne me couchais pas sur un lit de roses.
Je vais donc continuer à travailler, sous votre direction, Messeigneurs, au développement régulier, graduel et prudent de notre programme. Mon
premier soin, dorénavant, est l 'étude et l'organisation de la corporation financière de l'Université Laval à Montréal, dans le sens que vous m'avez indiqué dans notre réunion de vendredi dernier. Comptez sur mon dévouement entier. Je me sens d'autant plus fort que je me crois appuyé de votre confiance et de l'intérêt profond que vous j)ortez à l'Université. Tant que durera cette union de vues et de sentiments, les idées de liberté dans l'unité sont invincibles.
Croyez aux sentiments de haute considération, avec lesquels je demeure,
De Votre Grandeur,
Monseigneur, Le très humble et très obéissant serviteur,
J. B. PROULX, Ptre,
Allons-nous construire des édifices universitaires à Montréal ? Je crois que la chose deviendra possible avant longtemps.
En effet il importe, tant pour la consolidation de l'œuvre que pour le plus grand bien des études, que l'Université ait un chez soi propre au milieu de nous, qu'elle implante dans notre sol je dirai comme une racine matérielle, qu'elle puisse mettre à la disposition de son enseigne
ment du droit, de la médecine et des arts, des appartements convenables, et qu'elle possède de vastes salles pour pouvoir, au besoin, réunir l'universalité de son personnel et de ses élèves.
Cependant, pour commencer, je ne crois pas qu'il soit prudent d'entreprendre des constructions dispendieuses, qui épuiseraient la totalité de nos ressources, et dont l'entretien dépasserait la somme de nos revenus annuels. Une bonne bibliothèque, des laboratoires bien garnis, des salles spacieuses, à la proximité des hôpitaux et du palais de justice, voilà ce qui, à la rigueur, peut suffire pour le moment. L'avenir se pourvoira à lui-même. N'allons pas l'écraser sous le fardeau de dettes prématurées. Si plus tard il est possible d'élever un édifice superbe dans quelque endroit aristocratique, les bâtisses plus humbles que nous prétendons construire aujourd'hui, pour tout cela, ne deviendront pas un objet sans valeur, situées qu'elles seront dans le centre des affaires ; au pis aller, on jDourra s'en défaire à des conditions monétairement avantageuses.
Toutefois, pour avoir plus de force auprès des sympathies publiques et ne pas s'exposer à des démarches dont on pourrait se repentir, je crois
sage d'attendre, pour jeter les fondations de cet édifice, que " les administrateurs de l'Université à Montréal " soient constitués légalement en corporation financière.
Or quelles sont, sur ce sujet, nos espérances de succès ? Vous les connaissez, Monseigneur, par le détail. Je ne crois pas nécessaire de les exposer ici ; qu'il me suffise de citer la lettre que Nosseigneurs les Evêques de la province de Montréal ont écrite au très révérend L. Colin, supérieur du Séminaire de St-Sulpice, en date du 22 janvier 1891.
Montréal, 22 janvier 1891.
Le Très Révérend L. Colin,
Supérieur du S. de St-Sulpice de Montréal. Monsieur le Supérieur.
La part considérable que vous avez prise depuis quelques années aux efforts faits pour assurer à cette ville un enseignement universitaire digne de cette grande métropole et présentant en même temps toutes les garanties possibles de stabilité et d'avenir, nous fait espérer que vous accueillerez favorablement la demande que nous nous permettons de vous adresser aujourd'hui.
L'œuvre commencée est certainement en bonne
voie, mais pour que l'avenir soit assuré, il faut qu'elle soit placée au-dessus de toutes les contesta' tions particulières, sous la protection, le contrôle exclusif de l'autorité épiscopale et qu'elle conserve sans arrière pensée le caractère d'institution véritablement provinciale.
Pour atteindre ce but il importe d'abord d'assurer son existence matérielle. Malheureusement les difficultés sans cesse renouvelées qu'il nous a fallu vaincre, même depuis le décret Jam dudum. ont été l'occasion de nouvelles et lourdes dépenses, et pour arriver aux nouveaux arrangements qui semblent enfin nous promettre pour l'avenir une jmix assurée, il nous a fallu faire des sacrifices qui ont presque entièrement absorbé la somme que le Saint-Siège nous avait attribuée sur l'indemnité payée par le gouvernement pour les biens des Jésuites. Nous n'avons donc pas même, aujourd'hui, cette somme qui, tout insuffisante qu'elle doit être, aurait cependant été fort utile comme point de départ pour l'objet que nous avons en vue.
Il est évident, en effet, que nous ne pouvons espérer obtenir le succès et le développement que méritent nos diverses facultés, à moins d'avoir au plus tôt un siège fixe, permanent, un établissement qui, sans prétendre au luxe déployé par d'autres institutions, offre néanmoins un abri modeste, commode et suffisant aux élèves que notre population est prête à nous confier.
Si cette base était assurée, nul doute que, grâce au secours accordé par le Saint-Siège et à un nombre d'étudiants qui s'accroît tous les jours, les diverses facultés seraient bientôt en état de se suffire à elles-
mêmes, et de procurer à leurs professeurs une rémunération convenable.
Une prudente administration et une sage et patriotique direction amèneraient ensuite des dons, des fondations, etc., qui, en peu d'années, assureraient bientôt l'existence de cette œuvre catholique et nationale.
Or, ce point de départ nécessaire que nous venons d'indiquer, cet établissement fixe, stable dont nous avons besoin, c'est à la puissante et patriotique maison dont vous êtes le Supérieur, que nous venons le demander. Le passé de votre communauté, son dévouement sans bornes à tout ce qui tient au progrès de l'éducation, de la science et de la religion dans le pays, votre dévouement à notre œuvre, tout nous fait espérer, M. le Supérieur, que vous accueillerez favorablement notre demande. Les catholiques de cette province auront ainsi un motif nouveau à ajouter à ceux qui justifient déjà si amplement, l'affection et la reconnaissance qu'ils n'ont cessé d'avoir pour St.-Sulpice depuis la fondation de la colonie.