‹ Question universitaire de Montréal (volume 4)Chapitre 21 sur 65 · QUESTIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

QUESTIONS DIVERSES

Je commence le développement de ces Questions diverses par l'affaire de ma résignation.

On verra dans les documents suivants les motifs qui m'ont déterminé à la mettre devant Nosseigneurs les Archevêque et Evêques de la province ecclésiastique de Montréal, les raisons pour lesquelles Nosseigneurs les Evêques n'ont pas jugé à propos de l'accepter, et surtout le programme au succès progressif duquel j'ai de nouveau résolu de travailler, en consentant à continuer à l'Université Laval à Montréal le fruit de mes faibles talents, de mes efforts sincères et de mon dévouement inaltérable.

La demande d'être déchargé des responsabilités de Vice-Recteur avait été faite le 31 décembre 1890 ; la réponse définitive ne put être donnée que le 18 de février 1891, à raison de l'absence de Sa Grandeur Monseigneur Ed. dis Fabre, archevêque de Montréal, qui se trouvait alors en

France, revenant de Rome, où l'avaient retenu pendant plusieurs semaines des affaires très importantes.

St-Lin des Laurentides, 31 décembre 1890.

A Nosseigneurs Edouard Charles Fabre,

Archevêque de Montréal.

Antoine Racine, Evêque de Sherbrooke, et

Louis Zéphirin Moreau, Evêque de St- Hyacinthe.

Messeigneurs,

Permettez-moi de déposer devant vous ma démission comme Vice-Recteur de l'Université Laval à Montréal, et de vous prier de vouloir bien l'accepter.

Deï>uis dix-sept mois, au milieu d'un monde de difficultés, par un labeur incessant, j'ai dû travailler surtout à délimiter et à assurer le fonctionnement pratique de la liberté d'action qui était accordée au siège montréalais de l'Université par la Constitution Jam dudum ; à étudier et à régler la dette considérable que le Séminaire de Québec réclamait de l'Université Laval à Montréal ; à demander, chercher et créer de nouvelles ressources pécuniaires, sans lesquelles l'œuvre universitaire, sous la bienfaisante direction de l'Episcopat, sombrerait, peut-être pour toujours, dans notre province ecclésiastique ; à faire

cesser dans les hautes sphères de l'éducation les divisions qui nous ruinent, et à amener entre les deux Ecoles de Médecine de Montréal une union équitable, forte et légale. Jusqu'à quel point ai-je réussi 1 A Vos Grandeurs de prononcer ; mais les paroles d'encouragement qu'Elles se sont plu à me donner, me laissent entendre que mes efforts n'ont pas été tout à fait inutiles.

Maintenant, dans mon humble opinion, il reste à régler les réclamations des professeurs des deux Ecoles de Médecine, réunies en une seule Faculté ; à veiller à la rédaction et à l'obtention de nouvelles chartes pour les autres facultés, si elles le désirent ; à organiser, d'après les besoins nouveaux, le syndicat supérieur de l'Université à Montréal, établissant ainsi une fédération de chartes, se mouvant librement dans l'exercice de leurs droits matériels et dépendant légalement, pour la pureté de l'enseignement, la foi et les mœurs, de l'action épiscopale, avec le contrôle universitaire qu'établit l'admirable Constitution Jam dudum. Enfin, le moment me paraît arrivé d'enraciner l'Université dans le sol, et de bâtir, pour l'usage des professeurs et des élèves, des salles spacieuses et convenables, d'abord sur un pied modeste et pratique, en attendant que des moyens plus considérables permettent d'élever des édifices dignes des destinées que l'avenir semble réserver à l'Université catholique à Montréal.

Pour faire réussir une pareille tâche, il faut non seulement un homme habile et énergique, mais encore un homme qui soit à l'abri de la défiance et du mauvais vouloir. Je ne crois pas l'être, et, à preuve de ce que j'avance, j'en appelle, Messei-

gneurs, à ce que vous ne connaissez que trop. Nécessairement, pour remplir la mission que vous m'avez confiée, pour nous détacher du rivage immobile, malgré toutes les précautions que j'ai pu prendre, j'ai dû briser de fortes amarres, contredire des points de vue, froisser des susceptibilités et abattre des résistances. Maintenant, qu'un homme nouveau, agréable à tous, vienne prendre le timon de la barque et la conduise en pleine mer.

J'apporte, en me retirant, une consolation : c'est la conscience d'avoir travaillé sincèrement à faire triompher parmi nous les décrets romains, avec toute la largeur de vues dans laquelle ils ont été dictés. A Rome et dans l'Episcopat, se trouve notre salut.

Une autre pensée consolante qui fera le bonheur de ma vie, ce sera le souvenir de la confiance que vous avez témoignée, et des marques de la bienveillance paternelle que vous n'avez cessé de prodiguer, à celui qui a l'honneur de se souscrire, avec le respect le plus profond,

De Vos Grandeurs,

Messeigneurs,

Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Ptre,

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