V. R, IL L. M
P. S. — Votre Grandeur voudra bien me faire le plaisir d'accepter les deux volumes que je lui adresse reliés en chagrin rouge. — J, B. P.
Montréal, 27 mai 1891.
Sa Grandeur Mgr E. Chs Fabre, Arch. de Montréal.
J'ai l'honneur de vous envoyer, sous ce pli, la copie d'une lettre que j'écris à M. le Dr. ïïingston. Maintenant que le temps légal laissé aux délibérations des membres de l'École de Médecine est expiré, je crois qu'il importe de presser une solution définitive. (No CIV).
Les médecins de Laval m'ont passé des u réclamations pour arrérages de salaires de 1879 à 1884," lesquelles s'élèvent à $26,000, plus ou moins. Tant qu'à prendre du galon, on n'en saurait trop prendre. J'ai renvoyé ces réclamations au u Comité des affaires courantes de l'Université à Montréal," qui en décidera, ou qui les renverra au comité général. Dans tous les cas, rien ne sera arrêté, sans qu'on délibère préalablement avec Votre Grandeur. Il n'y a pas à s'effrayer de ce chiffre ; il pourra, au besoin, nous devenir un atout très utile.
En même temps, vous recevrez de nouvelles copies de ma " Réplique à la lettre de Mgr Paquet," 28 février, 1891, que j'ai fait imprimer, pour me
tenir prêt à toute éventualité, comme Votre Grandeur me le disait si à propos à bord du bateau, revenant de Québec. Je n'ai pas changé un mot dans le corps de la réplique ; seulement, pour être plus complet, j'ai ajouté, au bas des pages, quelques notes.
Tl est important, ce me semble, de ne pas laisser passer comme admis que les Evêques sont obligés de payer une part des dépenses de l'Université à Québec. De plus, sans être d'une importance aussi haute, il ne m'en paraît pas moins très utile d'éclaircir, dès maintenant, si réellement le Saint- Siège a promis, d'une manière absolue, au Séminaire de Québec, pour quinze ans, les cinq centins sur les messes de Montréal envoyées à l'étranger, ce qui n'apparaît pour moi clairement, nulle part ailleurs que dans la lettre de Mgr Paquet. Je ne mets pas en doute sa conviction et sa sincérité ; mais j'ai toute raison de ne pas avoir autant de confiance dans son interprétation des documents romains.
Monseigneur, vous m'avez mis sur la brèche pour défendre les intérêts du district de Montréal, il ne faudra pas s'étonner, ni se fatiguer, si j'aboie vigoureusement. Avertir à temps, sauve bien des désastres. J'espère que, jusqu'à ce jour, je n'ai pas mérité d'être placé au nombre des canes muti. Dans la liquidation de ces difficultés entassées les unes sur les autres pendant des années, j'aimerais à vous épargner la plus grande somme de trouble possible, en prenant sur mes épaules tout le difficile et le pénible des choses : sobre de paroles et de démonstrations extérieures, c'est ma manière, à moi, de vous témoigner ma reconnaissance et mon dévoûment.
Autre sujet. Pour vous eu écrire, j'attendais une occasion. Le 7 février 1891, comme vous le savez déjà, Mgr Paquet m'écrivait : " Vous ne serez pas surpris si, à l'avenir, j'exige que nous avions toujours des témoins de nos conversations."
Pensant que, après les lettres reçues de Rome dernièrement, Mgr Paquet pouvait avoir changé sa résolution, désirant en finir avec une situation impossible, et me soumettant de moi-même bien volontiers à faire les premières démarches, le 13 du mois de mai, je me présentai chez Mgr Paquet lui disant que je venais lui parler d'affaires universitaires, lime répondit: u Vous savez ce que je vous ai écrit, je ne puis vous parler sans témoins." Sur ce, je dis bonjour, saluai et me retirai.
Evidemment, Mgr Paquet veut me décourager, il ne réussira pas. Il veut m'humilier ; ce jour là, je pensai que la cause n'était pas assez grave pour accepter l'humiliation. Mais avant longtemps, me rappelant ce que vous m'avez conseillé, je me propose de l'accepter assez allègrement, vu que les grands intérêts universitaires l'exigent. J'amènerai mon témoin ; je lui écrirai de choisir le sien ; et nous nous rencontrerons, là où il voudra, comme deux preux en champ clos. C'est profondément ridicule. Après cela, Mgr Paquet a beau écrire: il J'aime à vous dire de nouveau, M. le Vice- Recteur, qne je suis complètement à votre disposition et que je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour vous rendre votre tâche plus facile et cela avec uu grand plaisir."
Il est vrai que Mgr Paquet me parle de la nécessité de tout faire par écrit. Cependant, voici comment il répond parfois aux écrits : " Je n'ai rien à
ajouter à ma réponse du 21 janvier, attendu que, suivant moi, elle répond parfaitement à vos nouvelles questions ; attendu aussi que, d'après votre lettre, vous avez compris le sens de cette réponse."
Du reste, dans ces questions délicates, il y a des choses qui ne s'écrivent pas, tout le monde le comprend. Pour ces cas, la diplomatie a imaginé les envoyés extraordinaires qui, eux, parlent sans témoins, et aussi les écritures chiffrées. Mgr Paquet voudrait-il en venir aux chiffres 1
S'il savait comme ces petits ennuis ne m'ennuient guère, il se contenterait de faire des affaires. Si j'en parle, c'est pour établir clairement auprès de vous, Monseigneur, la situation que l'on me crée, et pour exposer les raisons d'être de ma conduite qui, sans cela, pourrait peut-être paraître quelquefois un tout petit peu extraordinaire.
Eu terminant, je souhaite que la visite pastorale
soit légère à votre santé, en attendant qu'elle vous
amène, le 20 juin, au milieu de vos ouailles et de
vos enfants de St. Lin. Je n'oublie pas que nous
aurons la bonne fortune de vous posséder deux
jours. Je demeure avec la plus haute considéra^
tion.
De votre Grandeur,
Monseigneur,
Le très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Ptre,
Montréal, 27 mai 1891.
Sa Grandeur Mgr A. Racine,
Evêque de Sherbrooke.
Monseigneur,
Je vous remercie de la bonne lettre que vous avez daigné m'écrire le 18 de ce mois. Je pense comme Votre Grandeur, qu'il serait opportun d'envoyer la Réplique à tous les membres du Conseil Supérieur.
Monseigneur l'Archevêque ne répugne plus à l'idée; mais il m'a dit d'attendre encore un peu. M. M., avec qui j'ai fait un voyage sur le lac St- Louis, de Ste-Anne à Laehine, m'a prié de lui envoyer une copie de cette réplique. Je lui ai dit que je n'en donnais pas directement ; il s'est bien promis d'avoir recours à Votre Grandeur, dont je suis avec la plus haute considération,
Le très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Ptre.
oui
Sherbrooke, 3 juin 1891.
Révérend J. B. Proulx,
Vice-Recteur U. L. M.
M. le Chanoine,
J'ai reçu en son temps la copie de deux lettres
que vous avez adressées, l'une à Mgr l'Archevêque de Montréal, l'autre à M. le docteur W. H. Hingston, et aussi plusieurs exemplaires de la réplique. La première surprise est causée par les réclamations des médecins de Laval, ($26,000) pour arrérages de salaires ; la seconde par la prétention accentuée de faire payer aux Evêques une part des dépenses de l'Université de Québec ; la troisième par votre entrevue avec Mgr Paquet, le 13 mai dernier.
A ces tristes choses, vous ajoutez une douce consolation : " Evidemment Mgr B. Paquet veut me
décourager, il ne réussira pas s'il savait comme
ces petits enuuis ne m'ennuient pas "
Quoique le Cardinal Simeoni et Mgr Jacobini soient tenus, par vos lettres, au courant de ce qui se passe ici, il me semble opportun que Mgr l'Archevêque écrive à Rome et demande un prompt remède à ces misères. Evidemment tout est fait à Québec pour empêcher le succès de l'Université Laval à Montréal. Si Mgr l'Archevêque a besoin des signatures de ses suffragants, il n'a qu'à faire un signe.
Il faut bien définir clairement la position du Vice- Recteur par rapport à l'élection, au Conseil Supérieur auquel il doit rendre compte, aux affaires universitaires à traiter avec Mgr le Recteur. Vous conférerez de tout cela avec Mgr l'Archevêque de Montréal, lorsqu'il sera au milieu de ses enfants de St Lin. Veuillez agréer, avec mes meilleurs souhaits de courage et de patience, l'assurance de mon sincère attachement.
f ANTOINE, Ev. de Sherbrooke.
A la fin de mai, je crus qu'il était bon d'attirer l'attention des membres de l'Ecole de médecine sur le règlement de leurs affaires pécuniaires, afin qu'on discutât à temps le pour et le contre, et que, advenant le premier de juillet, jour où l'union des deux écoles devait se consommer, les esprits ne fussent pas pris par surprise. De là la correspondance suivante :
Montréal, 26 mai 1891 .
M. le Dr W. H. Hingston,
Prés. E. M. et de G. de Montréal.
Monsieur le Président,
Le 21 mars, j'avais l'honneur de recevoir de vous la communication suivante : Drs. D'Orsennens, Durocher, Brunelle, Deniers, Chartrand, Mignault and Poitevin, hâve signified to me their intention to avail themselves of clause 5 in the Act of Amended Act, 64, and abandon to the gênerai body thus created their exclusive rights in the way therein provided, and I beg to notify y ou accbrdingly "
Quelques jours après, sur la remarque que je vous en fis, vous me disiez que si, dans cette notification, le nom du président n'apparaissait pas avec ceux de ses collègues, c'était par oubli, parce qu'il avait pris, de concert avec eux, la même détermination.
Or, depuis le 21 mars, les deux mois accordés par la loi aux membres de l'Ecole pour se décider à demander un arbitrage, sont écoulés.
Pendant les cinq derniers mois, je me suis fait un scrupule de me tenir complètement à l'écart, afin de ne pas prêter flanc même au soupçon de m'ingérer dans les délibérations de l'Ecole de médecine, en quoi que ce soit. Maintenant que les déterminations sont assises et que la ligne de conduite à suivre pour l'avenir est tracée, je me fais un devoir de venir de l'avant et de vous dire, à vous et à vos collègues : Si, dans le règlement définitif de vos affaires d'argent, je puis vous être utile en quelque chose, je le ferai volontiers.
Il serait bon que tout fut, si possible, terminé au mois de juillet. Nous n'avons pas de temps à perdre. Nous avons devant nous le plus bel avenir. Sachons le préparer et l'assurer cum corde magno et anima volenti.
Dans cette espérance je demeure avec la plus haute considération, de vous et de vos collègues, Monsieur le Président,
Le très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Ptre,