RETOUR DE ROME
Le 5 avril au matin, nous arrivions de Rome à Montréal, Mgr l'évêque de Sherbrooke et moi, en compagnie de Mgr l'évêque de Nicolet.
Mgr l'évêque de St- Hyacinthe vint rencontrer ses collègues. Dans le courant de l'après-midi il y eut réunion des évêques de la Province de Montréal, et le lendemain soir, au salon de l'Archevêché, réunion du Conseil d'affaires, à laquelle assistaient Nosseigneurs les Evêques et, autant que je me rappelle, tous les membres du susdit Conseil. Les professeurs des Facultés de droit et de médecine y avait été invités : MM. H. Archambault, F. D. Monk et E. Lafontaine voulurent bien répondre à cet appel.
A cette assemblée, entre autres choses, Mgr l'évêque de Sherbrooke donna un résumé des travaux qui avaient été faits à Rome, expliqua pourquoi il y avait proposé de lui-même le retranchement de quelques lignes dans le projet de loi, dit formellement que, après l'examen minutieux que le projet avait subi de la part du Saint-Siège et l'approbation qu'il en avait reçue, il ne conviendrait pas d'y faire maintenant des changements considérables, et que tout au plus Mgr l'Archevêque de Montréal pourrait y permettre
quelques Légères modifications, enfin il termina en insistant sur la satisfaction qu'éprouverait Notre Très Saint Père le Pape de voir, comme signe de paix et de prospérité, se constituer légalement l'administration de l'Université Laval à Montréal.
M. le Chanoine Bruchési fit remarquer que les promesses qu'il avait formulées dans le cours du mois de février, à savoir que le bill n'empiéterait sur aucun des droits des facultés, se trouvaient accomplies.
M. le Vice-Recteur ajouta que, comme il avait été résolu dès le commencement, le bill serait envoyé à chaque faculté, afin qu'elle pût l'examiner au point de vue de ses droits et privilèges, l'intention des Evêques et de leur Conseil ayant toujours été de respecter et même de protéger tous les intérêts.
A l'occasion de notre retour, je reçus nombre de lettres de félicitations : la suivante me paraît résumer les pensées et les sentiments que, en général, elles m'exprimaient.
Je la fais suivre de la réponse que Sa Grandeur Mgr L. N. Bégin, archevêque de Cyrène et coadjuteur de Son Eminence le Cardinal Archevêque de Québec, a bien voulu faire à la lettre que je lui écrivais de Rome, en date du 6 mars, laquelle se trouve au second volume de Devant Québec et Rome, page 155.
Sault-au-Fécollet, 6 avril 1892.
Le Rév. J. B. Proulx, Prêtre, Vice-Recteur, Université Laval, Montréal.
Monsieur le Vice-Recteur,
Il me semble que c'est un devoir pour nous tous de vous souhaiter la bienvenue; vous avez donné un si bon coup d'épaule à l'exécution d'un projet vital pour le pays ! 11 nous était bien impossible d'entretenir un doute sérieux quant à votre réussite. On ne jitte pas les pans d'un édifice, pans s'attendre à un appui, et une fois la légitimité d'une proposition admise, qui peut s'opposer aux conclusions?
Que Dieu vous bénisse pour avoir pu consolider l'oeuvre superbe de notre Université de Montréal ! Maintenant je vous vois aller aussi vite avec elle que pour votre splendide église de Saint-Lin. Les opinions et les ressources
vous seront de plus en plus assurées, et nul doute que dans un avenir pas très éloigné, vous pourrez vous-même recueillir la juste récompense de vos efforts en voyant la réalisation d'un véritable vœu national.
Quand même, permettez-moi d'ajouter en terminant, sans flatterie, que c'est une gloire pour le diocèse, d'avoir eu en proue un habile pilote pour mener le vaisseau universitaire si vaillamment au port.
Vous offrant mes plus sincères félicitations,
Bien à vous,
CHARLES L. S. BEAUBIEN, Curé,
Sault-au-Récollet#
Québec, 25 avril 1892.
Monsieur le Vice-Recteur,
Les voyages fréquents qu'il m'a fallu faire de
Chicoutimi à Québec et la multiplicité des
affaires m'ont empêché jusqu'à présent de vous
accuser réception de votre dernière lettre écrite
de Rome et de vous remercier des excellentes choses qu'elle renferme à mon adresse.
Il y a des successions qu'on est heureux de recueillir, parce qu'elles n'offrent guère que des avantages ; celle que le Souverain Pontife vient de m'imposer n'est autre chose qu'un héritage de croix, de sacrifices et de responsabilités. Aussi n'ai-je pas le courage d'exprimer de la reconnaissance à ceux qui ont contribué de près ou de loin à m'assurer ce que, selon le langage du monde, on est convenu d'appeler une promotion. L'ambition est une immense folie, les dignités sont un fardeau ; il n'y a que la vie modeste et paisible, passée loin des chicanes de ce monde, qui puisse nous apporter ici-bas un peu de bonheur. Quoi qu'il en soit, je suis bien disposé à répondre le mieux possible aux voeux et à l'attente de Notre Saint Père le Pape et de tous ceux qui s'intéressent au bonheur et à la prospérité de notre patrie canadienne.
Veuillez agréer, Monsieur le Vice-Recteur,
l'expression de mes sentiments les plus dévoués
en N. S.
f L. N., Arch. de Cyrène.
Québec, 8 avril 1892.
Le Rév. 3. B. Proulx, Ptre,
Vice-Rect. U. L. M.
Monsieur,
Je vous prie de me faire adresser aussitôt que possible l'annuaire de la Succursale de l'Université Laval de Montréal pour l'année académique 1891-92.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur, Votre obéissant serviteur,