‹ Question universitaire de MontréalChapitre 10 sur 60 · Y. E. IL L. M · texte numérisé non relu

Y. E. IL L. M

X. B. — Le 28 octobre, les Evêques de la province de Montréal, rencontraient, à l'archevêché <le Montréal, les membres des deux comités. Voici en quels termes ils racontent eux-mêmes, ce qui s'est passé dans cette séance importante :

" En conformité aux principes plus haut énoncés, '• l'École de Médecine fit préparer un projet de bill u pour amender sa charte, lequel en même temps " instituerait et cimenterait civilement son union '•'- avec la Faculté de Médecine de l'Université Laval u à Montréal. Ce projet de bill fut lu dans une " assemblée générale des deux comités tenue à l'ar- •u chevêche de Montréal le vingt-huit octobre, à ■" laquelle assistait le Très Révérend L. D. A. Mau réchal,V. G., administrateur de l'archidiocèse de u Montréal, représentant autorisé de Sa Grandeur u Mgr Edouard - Charles Fabre, archevêque de

-• Montréal • Sa Grandeur Mgr A. Eacine, évêque li de Sherbrooke ; Sa Grandeur Mgr L. Z. Moreau, •• évêque de St Hyacicthe ; le Eév. J. B. Proulx, ;' curé de St-Lin et vice-recteur de l'Université •• Laval à Montréal ; M. le Dr J. P. Bottot, doyen •* de la Faculté de Médecine de l'Université Laval " à Montréal ; M. le Dr A. T. Brosseau, professeur

• titulaire de la dite Faculté 5 M. le Dr W. H. •• Hingston, président de l'École de Médecine et de u Chirurgie de Montréal 5 MM. les Docteurs Th.

d'Odet d'Orsonnens, et L. E. Desjardins, professeurs titulaires de l'École de Médecine; et deux jurisconsultes émineuts, demandés comme aviseurs légaux par les membres des deux comités, l'Honorable Juge Jette, et l'Honorable Juge

■•• Pagnuelo.

•" L'assemblée se prolongea trois heures durant, la

•• meilleure entente ne cessa d'y régner. Le projet ■ de bill avait été conçu dans un esprit large ; cha-

•" <{ue clause en fut examiné à loisir. Quelques

• additions et modifications furent proposées et •• acceptées ; enfin on finit par s'entendre parfaite- '• ment sur tous les détails. Les deux hommes de '• loi présents furent chargés de rendre, d'une ma- ■'' nière légale, la pensée unanime de l'assemblée, ■u et de préparer la rédaction définitive du bill: '• travail dont ils se sont acquittés depuis, à la saéi tisfaction des deux comités et des évoques de la il Province ecclésiastiqne de Montréal."

Montréal, 28 octobre 1890,

Sa Grandeur Mgr A. Bacine,

Evêque de Sherbrooke.

Monseigneur,

Je vous expédie par la même malle deux collée tions complètes de mes mémoires. Ils ne sauraient tomber en meilleures mains.

Vous ne sauriez croire, et je viens d'en avoir une nouvelle preuve, comme les médecins de l'École ont été satisfaits de notre entrevue d'hier soir. Vous les avez gagnés tout à fait par vos manières de faire, franches et larges. Pour moi, j'ai été heureux que les Évêques se soient montrés sur deux questions — les diplômes et les chaires d'enseignement à Montréal— plus coulants que je ne l'avais été. Cela prouve à tout le monde que, dans le désir de voir réussir l'Union, je ne lâche pas trop de corde, aux dépens des intérêts universitaires. En second lieu, je suis fort aise que Vos Grandeurs aient, aux yeux de l'École avec qui j'ai à traiter si souvent en leur nom, le mérite d'une bienveillance plus grande que la mienne. Le bon Dieu, évidemment, a la main dans cette affaire ; c'est pourquoi j'ai une confiance inébranlable qu'elle réussira.

Je me recommande à vos prières, et de suite je me mets à la rédaction de ce document important, dont vous m'avez passé les idées. Croyez que je demeure avec une haute considération, Monseigneur,

De Votre Grandeur, Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PKOULX, Ptre,

N. B. — Cependant les adversaires de l'Union,, à Montréal, ne restaient pas inactifs. Ils s'organisaient dans des assemblées souvent répétées, ils eurent recours à la presse. Détachant quelques phrases de ma nombreuse correspondance,

les isolant de la politique une et droite qui avait inspiré toutes mes paroles et tous mes actes, ils entreprirent de les retourner contre moi, soulevant des doutes sur la sincérité de mes déclarations actuelles.

Généralement je ne leur répondis que par le

silence, me contentant de filer tranquillement mon petit bonhomme de chemin. Deux fois

pourtant je crus devoir à moi-même et à mes amis, de leur donner une réponse publique. La première parut dans le Monde du 6 novembrer la seconde dans V Etendard du 11 du même mois. Je passai au Monde deux pages d'un de mes mémoires, présenté au préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, le 30 juin 1890.

A propos de ces expressions qu'on lit dans la lettre précédente : effacement complet de V École de Médecine.... établissement sans rival dans Vêlement catholique de l'Université Laval à Montréal, ainsi

qu'à propos de celles qui se rencontrent dans la lettre suivante : absorption de V École de Médecine et de Chirurgie par Laval, je donnerai quelques explications.

Dabord, dans ce tiraillement d'intérêts opposés, ayant à répondre sur le champ aux questions les plus délicates, marchant à la bonne franquette à travers la diplomatie la plus habile et la plus exercée, que j'aie manqué dans mes expressions de précision technique et étymologique, c'est possible : je ne pouvais toujours avoir Littré dans ma poche. Mais, par les nombreuses explications que je me suis plu à donner, par la franchise et l'uniformité d'action que j'ai apportées dans ma conduite des affaires universitaires à Montréal, ma pensée a dû être, pour tous ceux qui ont voulu la comprendre, claire et précise.

Dans tous les cas, elle tombe d'elle-même, la prétention de ceux qui avancent que, dès le commencement de mon administration, j'ai voulu faire disparaître la Succursale. J'ai pu différer d'opinion avec quelques uns sur les moyens à prendre pour amener le fonctionnement prospère de l'Université à Montréal, mais, du jour où j'ai accepté d'en être le Vice-Recteur, je l'ai voulue " belle, grande, large et une."

Quant à ceux qui prétendraient que j'ai méconnu les légitimes aspirations des membres de l'École, je leur demanderai de lire ce que j'ai écrit dans mon Mémoire sur les ressources à créer pour la Succursale, le voici :

u L'Université, dans l'interprétation de ses constitutions et le fonctionnement de ses règlements, devrait se placer sur des bases si larges qu'elle pût

embrasser dans son enseignement la totalité des élèves catholiques, respecter et favoriser, en se les incorporant, les institutions déjà existantes, développer l'énergie, l'élan et les forces de toutes les aspirations légitimes, n'offenser en rien les susceptibilités naturelles à chaque section du pays, voir ses deux sièges actuels fleurir et s'épanouir, l'un à côté de l'autre, sans froissement, sans empiétement, chacun dans la liberté de sa sphère d'action propre, faisant tous deux la gloire d'une même université, sous la haute direction d'un même Conseil universitaire, et surtout sous la protection efficace des évêques, à qui a été confié le soin de régir l'Église de Dieu, et d'enseigner toutes les nations."

Respecter et favoriser, en se les incorporant, les institutioîis déjà existantes, et, pour cela, leur offrir des conditions tellement honorables, leur créer une position tellement supérieure, qu'ils ne puissent raisonnablement les refuser, voilà comment j'entends " l'établissement, sans rival dans l'élément catholique, de l'Université à Montréal."

Dans ce même mémoire, je disais : " Pour juger sainement la question universitaire, il faut commencer par apprécier chaque prétention à sa juste valeur, puis placer les grands intérêts de la religion, de l'éducation et du pays au-dessus des intérêts particuliers : ce qui n'empêche pas toutefois que, dans ce vaste ensemble bien coordonné, les intérêts particuliers ne puissent fort bien être sauvegardés suivant la mesure de leurs droits.

Ainsi, " plaçant les grands intérêts de la religion, de l'éducation et du pays au-dessus de leurs intérêts particuliers ", l'École de Médecine et de Chirurgie de Montréal et la Faculté de Médecine de

l'Université Laval à Montréal mettraient en commun leurs avantages et leurs intérêts divers, et formeraient un seul tout universitaire qui deviendrait chaque jour de plus en plus brillant, surpassant en éclat et en utilité l'éclat et l'utilité qu'ont actuellement l'une et l'autre École de Médecine ; et voilà comment j'entends u l'absorption de l'École par l'Université Catholique."

Cependant, " ceci n'empêche pas que, dans ce vaste ensemble bien coordonné, les intérêts particuliers ne puissent fort bien être sauvegardés suivant la mesure de leurs droits ; " et voilà pourquoi , à différentes personnes, toujours fidèles à mon idée qui me paraît embrasser de haut les vrais intérêts de tous, sans me contredire, j'ai pu m'exprimer comme suit :

Le 9 octobre 1889, j'écrivais au Président de l'École : " Croyez que, dans tout arrangement, nous voulons respecter la justice commutative et les droits acquis de propriété. "

Le 12 octobre, je disais dans un discours public en présence de l'Archevêque de Montréal et de son clergé réuni : u L'union des membres des deux Écoles de Médecine constitue la Faculté de Médecine de l'Université Laval à Montréal, et, comme de raison, doit fonctionner au nom de l'Université. L'École de Médecine et de Chirurgie conserve sa charte, son nom et ses privilèges, et fait les actes nécessaires à sa vie, afin de pouvoir se jeter à ses droits, si l'Union ne lui convenait pas. Elle a deux ans pour se décider à prendre un parti définitif. Dans certaines explications, on a caché ce point important, ou on a laissé entendre le contraire. Je n'ai pas protesté sur le moment, afin de ne pas

ajouter aux prétextes d'ébullition. Mais je profite de la première occasion, où je rencontre un auditoire calme et nombreux pour rétablir les faits et rendre justice à notre position. S'il en était autrement, je serais traitre à mon mandat, à mon Évêque et au décret papal."

Le 14 octobre, j'écrivis à M. le Eecteur de l'Université : u J'ai fait des concessions — les circonstances l'exigeant — mais il y en a trois que je ne ferai jamais : celles qui s'attaqueraient à l'honneur, à l'indépendance et à l'unité de l'Université en tout ce qui regarde Montréal."

Le 15 novembre 1889, je pouvais offrir à l'École de Médecine, sous certaines conditions, " d'étudier d'un commun accord, s'il n'y aurait pas moyen de mettre à la base de la Faculté de Médecine de la Succursale de l'Université Laval à Montréal, la charte de l'École de Médecine et de Chirurgie de Montréal."

Après avoir laissé à l'École de Médecine un essai de deux ans dans une union provisoire qu'elle peut briser si elle ne lui convient pas, lui faire cette dernière proposition, c'est, on l'avouera, pousser le bon vouloir jusqu'à l'extrême limite. Après cela, je ne vois pas comment on pourrait soutenir que je fais des tentatives pour détruire V École ou faire disparaître sa charte; seulement, en vue d'un grand bien public à réaliser, je lui offre, moyennant le sacrifice de certaines susceptibilités juvéniles, qui n'ont aucun poids auprès d'hommes aussi sérieux et aussi patriotes que le sont tous ses membres, de se développer, de grandir, de devenir, avec honneur, partie intégrante et libre d'une grande Université.

Enfin, <lans mon Mémoire sur V Union, me mettant an-dessus de tous les points de vue sectionnels, j'ai pu écrire :... " tout en respectant les prescriptions des décrets romains, les intérêts des anciens professeurs titulaires de la Succursale à Montréal, et les droits universitaires, l'École continuerait à administrer ses biens, dettes et revenus ; et, par là, se trouverait résolue une difficulté qui e&t restée

insoluble jusqu'ici Les droits du Conseil de

l'Université, tels que définis par la Constitution Jam dudum, seraient respectés. Les droits matériels du Séminaire de Québec ne seraient lésés en rien... Ce serait un avantage, non seulement pour le district de Montréal, auquel cet arrangement apporterait la paix, mais encore pour l'Université en général... Ce projet assurerait l'exécution pleine et entière des décrets apostoliques..."

En un mot, je voudrais ne me constituer l'agent d'aucun intérêt particulier, mais amener les différents partis sur un terrain commun où, pour s'entendre, il y a quelques petits sacrifices à faire et de grands avantages à réaliser. Tout le monde y gagnerait.

Montréal, 10 novembre 1890.

M. le Eédacteur de V Étendard.

Monsieur le Eédacteur,

Auriez-vous l'obligeance de publier cette réponse aux accusations et aux insinuations qui ont été por-

tées contre votre très humble serviteur dans les colonnes de votre journal ; ce que faisant, veuillez accepter, avec nies remerciements, l'expression de ma haute considération.

J. B. PEOULX, Ptre.

Une fois pour toutes, je vais répondre à ceux qui prétendent que je veux détruire l'Ecole de Médecine. Je n'ai pas la prétention de convaincre ceux qui ont un parti pris irrévocable ; mais je dois cette explication aux esprits sincères, auprès desquels on cherche à soulever des doutes sur mes intentions.

En vérité, je n'aurais pas besoin d'autre réponse que la lettre pastorale qui a été lue dimanche dernier dans les églises de la ville, laquelle raconte ce que, en compagnie de citoyens honorables et importants, j'ai fait et signé comme représentant des Évêques de la province ecclésiastique de Montréal.

Cependant, pour faire une preuve encore plus irréfragable, je citerai une suite d'extraits, tirés de mémoires par moi présentés à la Cour de Eome et de certains autres documents.

Ces preuves écrites il y a six, neuf et douze mois, auront, auprès du lecteur impartial, le mérite de n'avoir pas été créées pour la circonstance. Pourrait-on en dire autant des défiances qu'on s'efforce de susciter ?

PEEMIËEE PEEUVE.

" La charte de l'Ecole pourra être conservée el mise à la base de la Faculté de Médecine de l'Université, pourvu que cette charte soit amendée de manière à incorporer civilement toutes les dispositions de la constitution Jam dudum." — (Lettre pastorale du 8 novembre 1890.)

DEUXIÈME PBEUVE.

" Quant à la question des biens de l'École, les deux comités se sont entendus, à l'unanimité des six membres présents aux délibérations, sur un moyen bien simple et bien équitable, ce nous semble, de la régler. Le voici :

" Et les biens possédés actuellement par les anciens membres de l'École de Médecine restent leur propriété, et ils peuvent se les diviser entre eux ; ou bien s'ils préfèrent les passer à la Faculté établie par l'amendement à cet acte, ou à l'Université, il sera institué pour veiller à l'équité de cette transaction, un tribunal de trois arbitres nommés l'un par les anciens membres de l'École, l'autre par l 'Archevêque et les Évêques de la province de Montréal, et le troisième par les deux premiers." — (Lettre pastorale du 8 novembre 1890.)

TEOISIÈME PEEUVE.

"Ainsi, d'après cet arrangement, si la Législature veut bien lui donner force de loi, l'École de Médecine conserve sa charte et, bien loin de s'éteindre comme corporation, elle voit sa sphère d'action s'élargir, et, à la faveur de cette union, sa vie grandit et s'élève à la dignité d'existence universitaire. D'un autre côté, les décrets romains, et par conséquent les droits de l'Université tels que les délimite à Montréal la constitution Jam dudum, sont amplement respectés, puisque les clauses de ce décret romain, de cette constitution apostolique se trouvent être virtuellement et essentiellement reconnus par le pouvoir civil.

lt L'École de Médecine et la Faculté mettent en commun leurs avantages réciproques qui sont de nature différente : l'École communique à la Faculté ses avantages civils et la Faculté communique à l'École ses avantages canoniques." — (Lettre pastorale du 8 novembre 1890.)

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