‹ Question universitaire de MontréalChapitre 14 sur 60 · NEUVIÈME PREUVE · texte numérisé non relu

NEUVIÈME PREUVE

u Pour moi, cette question la plus importante de toutes celles qui occupent actuellement chez nous l'attention des hommes soucieux de l'avenir est de beaucoup supérieure à ces visées trop souvent étroites qui ont inspiré, passionné et divisé les esprits jusqu'ici. Pour la juger sainement, il faut d'abord commencer par apprécier chaque prétention à sa juste valeur, puis placer les grands intérêts de la religion, de l'éducation et du pays au-dessus des intérêts particuliers : ce qui n'empêche pas toutefois que, dans ce vaste ensemble bien coordonné, les intérêts particuliers ne puissent fort bien être sauvegardés suivant la mesure de leurs droits.

" L'Université, dans l'interprétation de ses constitutions et le fonctionnement de ses règlements, devrait se placer sur des bases si larges qu'elle pût embrasser dans son enseignement la totalité des élèves catholiques, respecter et favoriser, en se les incorporant, les institutions déjà existantes, développer l'élan, l'énergie et les forces de toutes les aspirations légitimes, ne blesser en rien les susceptibilités naturelles à chaque section du pays, voir ses deux sièges actuels fleurir et s'épanouir l'un à côté de l'autre, sans froissement, sans empiétement, chacun dans la liberté de sa sphère d'action propre, faisant tous deux la gloire d'une même université, sous la direction d'un même conseil universitaire et surtout sous la protection efficace des Évêques, à qui a été confié le soin de régir l'Église de Dieu, et d'enseigner toutes les nations." (Mémoire pré sente à Rome le 15 mai 1890.)

S'agit-il de détruire les institutions déjà existantes ?

DIXIÈME PKEUVE.

" Pauvre docteur ! Après avoir sauvé ici l'École, (qui n'était pas en danger), comme l'annonçait un certain journal à son de trompette, voilà que le même journal vous accuse de vous être laissé tromper comme un naïf. Pourtant les sages avis ne vous avaient pas manqué! C'est bien le cas de dire: Défendez-nous de nos amis. Que dire de ceux qui se scandalisent de ce que la charte de l'École reste laïque, après avoir combattu unguïbus et rostro pour qu'elle demeure ce qu'elle était, c'est-à-dire tout à fait laïque. Allons, Messieurs, accordez vos violons. Il m'est avis, après tout cela, que pour diriger l'opinion publique, avec une voile, il faut encore une boussole et un gouvernail. Tout ce brouhaha me touche à peu près comme le vent émeut la colonne Trajane.

On soulève des doutes, des préjugés, des soupçons, des anguilles ; on évite de traiter la question au mérite ; donc on manque de vrais motifs. Pour moi, je continuerai à me renfermer dans le silence ; les feux de paille tombent d'eux-mêmes. Ça va bien, nous arriverons. Et à la fin, tous les gens modérés seront avec nous." (Lettre à M. le docteur Desjardins, 23 mai 1890.)

ONZIÈME PKEUVE.

" J'aime à vous entendre dire : u Bien que le bill ait été rejeté cette fois, je suppose que cela ne veut pas dire que l'on doive abandonner tout projet «l'union." Pour ma part, je ne l'abandonnerai que

trois mois après que toutes les espérances auront été perdues complètement, comme il est dit de La Palisse : un quart d'heure après sa mort il vivait encore. Il y va de la force des études médicales, de la paix de la société, du bien de la religion. Ne perdons pas courage. Les nuages qu'amoncellent d'anciennes rancunes, les obstacles que bâtissent les intérêts particuliers froissés, les faux points de vue qu'amènent des malentendus malheureux, tout cela finira par disparaître, sinon entièrement, dn moins assez pour laisser le champ libre aux projets des gens modérés auprès des personnes de bonne foi, qui veulent le bien, la concorde et la justice ; et, après tout, c'est la masse. Ma confiance est ferme, parce qu'elle repose sur quelque chose de plus solide que les différentes combinaisons qu'on apporte en avant, je veux dire sur la volonté de rendre justice à tous les droits, qu'ils soient de l'École, de la Faculté Laval, de l'Université ou du public. Les machinations passent, la vérité reste." (Lettre à M. le docteur Desjardins, 25 mai 1890.)

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