DOUZIÈME PREUVE
Ainsi, vous vous êtes fait jouer par moi, et moi par vous. Vous avez livré l'École aux Sulpiciens, et moi j'ai livré Laval aux Jésuites. Ah ! pour le coup, c'est trop fort. Les deux propositions sont tellement contradictoires qu'elles ne peuvent pas être vraies à la fois. De grâce, Messieurs les adversaires de l'Union, chantez à l'unisson. Ça me fait l'effet de ces politiciens qui flattent les catholiques dans Québec, et les orangistes dans Ontario. Evidemment, ils sont dans les extrêmes
«et la vérité se trouve dans le milieu. Vous connaissez la ligne de conduite que je me suis imposée ; avec la grâce de Dieu, je n'en dévierai pas d'un pouce. Si la boutique croule, impavidum t 'crient ruinœ. Je vais retourner dans la première quinzaine d'août avec des réponses fécondes en résultats, j'espère encore qu'il y aura moyen de tout arranger. Faisons provision de patience et de bonne volonté." (Lettre à M. le Dr E. Desjardins, 18 juin 1890.)
Je pourrais multiplier les citations du même genre. Celles-ci suffisent pour établir, je crois, au delà de toute évidence que, je n'ai pas entrepris de détruire l'École de Médecine, pas plus que la Fa culte de Médecine de l'Université. J'ai entrepris de faire des deux institutions unies un seul tout, grand et large, qui absorbe les meilleures énergies des deux corps, et qui efface pour toujours les rivalités désastreuses et le dualisme dans notre enseignement médical.
Ceux qui se donneront la peine de lire ces extraits et les remarques que vous avez reproduites du journal le Monde la semaine dernière verront, que mes lettres, bien comprises, pas plus que ma conduite, ne se contredisent, que je suis l'ami sincère et de l'École de Médecine et de l'Université Laval telle que le Saint-Siège l'a constituée à Montréal, et que, à travers mille difficultés que suscitent des points de vue particuliers, je ne poursuis qu'un but : la prospérité de nos hautes études universitaires dans le district de Montréal.
Qui vivra, verra !
J. B. PEOULX, Ptbe.
N. B. Revenons à notre Bill.
Sherbrooke, 5 novembre 1890,
L'Honorable H. Mercier,
Premier Ministre, Québec.
Honorable Premier,
Je vous écris de Sherbrooke, de la chambre de Monseigneur Racine.
Je prends la liberté de vous répéter la demande que je vous faisais, lorsque j'eus l'honneur devons rencontrer à Montréal, à la maison du gouvernement, savoir, de vouloir bien conserver votre liberté d'action à propos du bill que Nos Seigneurs les Évêques de la province de Montréal et l'École de Médecine se proposent de présenter à la Législature, au moins jusqu'à ce qu'il me soit donné de vous voir à votre bureau, à Québec. Je me propose de descendre sous peu. J'espère pouvoir vous présenter la question sous un jour qui ne vous sera pas défavorable, au contraire.
En attendant, veuillez croire aux sentiments de haute considération avec lesquels je me souscris,
Monsieur le Premier, Votre très dévoué et très obéissant serviteur.
J. B. PROULX, Ptee,