‹ Question universitaire de MontréalChapitre 24 sur 60 · EUG. LAFONTAINE · texte numérisé non relu

EUG. LAFONTAINE

Québec, 25 novembre 1890.

M. le Docteur Chartrand,

Hôtel St- Louis, Québec.

Mon cher Monsieur,

Je pars ce soir pour Montréal, je reviendrai jeudi matin. Le comité nous attend vendredi, affaire privilégiée. M. Lafontaine me télégraphie qu'il accepte d'être notre avocat. Voyez au vôtre.

Avec considération,

Votre ami dévoué,

J. B. PKOULX, Ptre.

N. B. — Bon nombre de personnes, paraissant bien informés, disaient hautement qu'une surprise nous attendait à la dernière heure, et que Mgr Paquet, Recteur de l'Université, viendrait porter opposition à notre projet de loi, tel que présenté, devant le comité des bills privés. On affirmait qu'il avait consulté des avocats, et que ces hommes de loi lui avaient rédigé un factum, où l'on prétendait prouver que notre bill frois-

sait les droits de l'Université. Lui-même, Mgr le Recteur ne se gênait pas de dire qu'il demanderait des amendements au bill, ce qui en pratique signifiait à peu près en demander le retrait ; car, du moment qu'on apportait des modifications quelque peu considérables à un pareil contrat, il est évident que les parties contractantes cessaient de vouloir se lier par des engagements qui n'étaient plus ceux qu'elles avaient consentis, après de longues et délicates négociations.

J'appris, au parlement, que Mgr Paquet avait porté devant le conseil universitaire l'affaire de notre bill ; bien plus, la teneur de la proposition qu'il y fit lui-même, me tomba sous la main. Elle se lit comme suit : " Proposé par Mgr le Recteur et résolu que l'Université Laval, après tous les bons procédés dont elle a usé envers la succursale de Montréal, après tous les sacrifices qu'elle s'est imposés pour lui donner et lui continuer l'existence, est grandement surprise et peinée de voir que dans une question aussi grave, le conseil universitaire n'ait pas été prévenu et n'ait pas eu l'occasion de donner son avis."

La lettre du Saint-Père parut dans les journaux de Québec, le 21 novembre. Nonobstant,

il me revenait de différents côtés que Mgr le Becteur ne paraissait pas encore avoir changé sa résolution, et que, à preuve, il venait d'écrire, le 22, une protestation à tous les évêques de la Province de Montréal.

Voilà ce qu'on disait librement ; l'opinion publique en était émue ; plusieurs députés, ne se croyant pas obligés à plus que le Recteur de l'Université, sembaient vaciller. Dans ces circonstances, je me crus justifiable d'écrire à Son Eminence le Cardinal Taschereau les deux lettres suivantes, afin d'obtenir de sa haute et calme influence, qu'Elle daignât faire cesser les incertitudes d'une aussi pénible situation.

Québec, 25 novembre 1890.

Son Émmence le Cardinal Taschereau,

Archevêque de Québec.

Éminentissime Seigneur,

Je n'ignore pas la proposition que Mgr le Eecteur a faite le 17 de ce mois devant le Conseil Universitaire, dans laquelle il exprime sa surprise et sa peine. Elle n'est déjà que trop connue. De là, sans doute, les rumeurs qui circulent, allant à dire que le Conseil Universitaire doit porter opposition à

notre bill devant le Comité des bills privés, sinon lui directement, du moins ses amis.

Si c'est le cas, perniettez-moi de m'adresser à Votre Eminence, comme à la seule autorité capable d'exercer une pression salutaire, pour La supplier d'épargner au pays ce scandale :

Scandale, parce que les Évêques de la Province de Montréal ont annoncé, dans une lettre pastorale, qu'ils sont chargés par Eom'e de régler cette question, et qu'elle est réglée à leur satisfaction ;

Scandale, parce que le Saint-Siège a fait savoir par télégraphe qu'il désirait voir cette affaire se terminer par la loi que l'on demande, eâ lege rogatâ.

Après la session, s'il est besoin d'une victime, je m'offre volontiers en immolation pour le plus grand bien de la paix, de l'union et de la concorde.

Mais, pour le présent, de grâce, au nom de ce que nous avons de plus cher, que l'Université Catholique ou les amis de l'Université Catholique, s'unissant dans une même lutte avec ses pires ennemis, ne viennent pas porter un pareil coup à l'autorité des Évêques et au respect dû aux désirs du Saint- Siège. Où allons-nous % Qui ne jetterait le cri d'alarme %

Croyez, Éminence, que vous n'avez pas dans le pays d'admirateur plus sincère que moi, et que je suis toujours avec la vénération la plus profonde,

De Votre Eminence,

Éminentissime Seigneur, Le très hum. et très ob. serviteur,

J. B. PROULX, Pïke,

Québec, 27 novembre 1890,

Son Éminence le Card. Taschereau,

Archevêque de Québec.

Éminentissime Seigneur,

Les rumeurs d'opposition à notre bill devant le Comité des Bills Privés, de la part du Conseil Universitaire ou de ses amis, sont assez persistantes pour justifier, je crois, cette nouvelle instance dénia part auprès de Votre Éminence.

Au mois de février de cette année, lorsque le Dr Desjardins et moi demandâmes à Rome, s'il serait permis à l'École de Médecine de faire amender sa Charte dans un certain sens, avec espérance de pouvoir, sur cette base, faire une union avec la Faculté de Médecine de l'Université Laval à Montréal, il nous fut répondu par une lettre à Mgr l'Archevêque de Montréal: " poterit ipsa, collatis conciliis cum " Dominatione Tua et cum episcopis suffraganeis " istius provincial Mariapolitanre, id facere quod " melius judicaverit. " Il n'est pas question du Conseil Universitaire.

Lorsque, au mois de juin de cette année, j'exposai au Saint-Siège que l'accord à Montréal se ferait ni par le Séminaire de Québec, ni par le Conseil Universitaire, mais bien par les Évêques de la Province ecclésiastique de Montréal, il me fut répondu par une lettre à Mgr l'Archevêque de Montréal : " Et quia ad hoc obtinendum valde auctoritas RR. PP. sacrorum Antistitum istius provincial conferre

dignoscitur eâ quae pelletis prudentiâ ac maturitate operam auctoritatemque vestram conferatis ad quœstiones siiuultatesque e medio tollendas animas que sedendas, ut hinc inde, intuitu majoris boni, et suivis juribus ut supra, in unione peragendâ conveniatur et libenter onera feranturquae ab hâc perutili unione requiruntur." Il n'est pas question du Conseil Universitaire, mais bien de l'autorité des Évêques de la Province de Montréal.

" Mais, dira-t-on, il fallait sauvegarder les droits de l'Université, " salvis juribus universitatis ! " Sans doute, et c'est ce que prétendent bien avoir fait les Évêques de la Province de Montréal ; et le St- Siège qui a connaissance de notre arrangement, écrit au Premier Ministre de la Province : " Confidimus... negotium hujusmodi eâ lege rogatâ te esse ad optimum plane exituin perducturum." Par la loi qu'on demande, est-ce assez clair ? Que Votre Éminence veuille bien remarquer ce petit détail : la proposition de Mgr Paquet au Conseil Universitaire est du 17 novembre, et la lettre du Saint-Siège est du 20.

L'accord est fait à Montréal entre les deux institutions rivales, l'unité universitaire est consacrée, les décrets romains sont exécutés, l'Église voit rentrer officiellement toute la jeunesse catholique de ce populeux district sous la juridiction légale de son enseignement, et la Législature, il n'y a pas de doute, va sanctionner cet acte d'accord à l'unanimité, ou du moins à une très grande majorité, si toutefois il ne survient pas, d'un corps aussi puissant que le Conseil Universitaire, des oppositions directes ou indirectes.

Pour un sentiment froissé, va-t-on jeter à vaul'eau tant d'avantages réalisés au prix de si grands

efforts, rendre impossible à Montréal l'établissement de l'Université Catholique, au moins sur un pied florissant, et frustrer à tout jamais l'Église des fruits qu'elle a droit d'en attendre, sans compter l'atteinte profonde portée à l'autorité des Évêques et au prestige dû à la parole du Saint-Père.

C'est avec la plus sincère franchise, comme avec la plus grande simplicité, que je soumets ces quelques réflexions à Votre Eminence, et je compte sur son esprit de modération bien connu, ainsi que sur la divine Providence pour prévenir des démarches dont les conséquences désastreuses sont incalculables.

Je demeure avec le respect le plus profond,

De Votre Eminence,

Éminentissime Seigneur,

Le très dévoué serviteur

J. B. PEOULX, Ptee.

Montréal, 26 novembre 1890.

Sa Grandeur Mgr A. Racine,

Èvêque de Sherbrooke.

Monseigneur,

J'envoie M. Ethier pour demander à Votre Grandeur de vouloir bien signer pour moi une lettre de délégation auprès du comité des bills privés dans les termes que m'a indiqués M. Mercier, ainsi que quelques autres documents dont j'ai besoin d'avoir les doubles absolument vendredi matin.

Tout a bonne mine : je crois la législature unanime, si de grosses influences ne viennent pas semer la désunion. Après la lettre si formelle du St-Père, Poseront-elles ?

Je ne vous cache pas qu'il est rumeur d'une opposition du Conseil Universitaire ; j'espère toujours qu'on nous épargnera ce scandale.

J'ai écrit une lettre à Son Éminence pour le supplier d'user de son influence pour qu'on ne donne pas, soit dans l'Université Catholique, soit parmi les amis de l'Université Catholique, un pareil coup à l'autorité des Évêques et au respect dû aux désirs du Saint-Père.

La demande d'une charte d'incorporation par MM. Durocher et autres ne signifie rien.

Nous touchons au rivage : avec un peu de constance, un peu de patience et de fermeté, nous y sommes. Ce n'est pas en vain que le Saint-Père a confié aux Évêques de la Province de Montréal le règlement de cette question, et qu'il descend luimême dans l'arène, avec des paroles aussi vigoureuses.

Me recommandant à vos bonnes prières, et plein d'espoir dans le succès final,

Je demeure, avec une haute considération, De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très dévoué serviteur,

J. B. PEOULX, Pïre.

P. S. — Les résolutions sont du 17 ; c'est moins grave, la lettre du Pape n'ayant été connue que le 21. Mais la protestation est du 22 ; c'est plus grave. Je le déplore de tout mon cœur. J. B, P.

Montréal, le 9 novembre 1890.

Nous, soussigné, déclarons par les présentes que M. J. B. Proulx, Vice- Recteur de l'Université Laval à Montréal, est autorisé par NN. SS. les Évêques de la Province ecclésiastique de Montréal, à suivre, en leur nom, auprès de la législature de la Province de Québec, la passation du bill qui doit amener l'union entre l'École de médecine et de chirurgie de Montréal, et la Faculté de médecine de l'Université de Laval à Montréal.

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