PROULX
Québec, 4 décembre 1890,
L'honorable H. Mercier,
Premier de la Province de Québec.
Monsieur le Premier,
Pourriez- vous m 'accorder cinq minutes d'entrevue d'ici à demain soir, que je dois quitter Québec, ma session étant finie ?
Je désirerais vous remercier d'abord, puis vous parler de quelques petites affaires qui ont bien leur importance.
Je demeure avec une haute considération,
Monsieur le Premier
Votre très dévoué serviteur,
J. B. PEOTJLX, Ptre.
Québec, 5 décembre 1890,
Sa Grandeur Mgr A. Racine,
Eve que de Sherbrooke.
Monseigneur,
Je revins à Québec lundi. Première lecture du bill au Conseil législatif. Mardi, deuxième lecture sans opposition, comme la première. Puis le bill fut renvoyé, d'après la règle, au comité des bills privés pour jeudi, à 10 heures A. M. Rien d'étrange ne
paraissait à l'horizon de côté ; cependant, pour ne pas être pris par surprise Je demandai ici M. Kottot, un représentant de l'École, et notre avocat M. Lafontaine.
La tempête, apaisée pour un moment, reprenait à Montréal au milieu de nos médecins de Laval, quelques uns exceptés. Il s'y ajoutait un nouvel élément d'excitation, une défiance soudainement réveillée, que leurs intérêts allaient être sacrifiés. Mercredi matin, une députation composée de MM. Fafard et Lamarche vint me porter une résolution de la faculté que je vous envoie ci-incluse, sous le numéro 1. Ils avaient une détermination bien arrêtée, que, s'ils ne recevaient pas une réponse favorable, ils feraient opposition au bill devant le Comité du Conseil. Cette opposition, j'en suis certain, n'aurait pas tué le bill, mais elle aurait été disgracieuse, et aurait porté préjudice aux intérêts de nos médecins ; et un bon père de famille doit prendre l'intérêt de ses enfants, même malgré eux.
Après avoir pris connaissance de la pétition, je vis qu'elle ne demandait que de respecter leurs droits, ce que nous leur promettions depuis le commencement de nos négociations, assurance que je n 'hésitai pas à leur répéter de nouveau . (Document No 2.) Et comme vous aviez remis le soin d'étudier les réclamations de l'École à trois arbitres, sans même en réclamer un seul, je crus rencontrer votre intention, Messeigneurs, en proposant aux médecins de Laval de soumettre leurs réclamations à trois arbitres, dont un serait nommé par les Évêques de la Province ecclésiastique de Montréal.
Croyez que je suis peiné et embarrassé d'avoir ainsi à me décider sans pouvoir consulter Vos
Grandeurs ; mais le général qui est sur le champ n'a pas toujours le temps d'en référer au souverain qui lui a confié la conduite de la campagne. Les lois delà stratégie lui font un devoir de frapper an moment propice, sans hâte, sans retard non plus, sous peine de perdre la bataille.
La nôtre est gagnée. Hier, à 11 heures, le Bill passait, sans aucun changement, par l'épreuve du comité ; et, à trois heures et demie, le Président du Conseil législatif, après qu'on eut proposé la troisième lecture, disait : Adopté, Carried. Il s'échappa de mon cœur un soupir de soulagement et, de plus, un profond sentiment de reconnaissance à Dieu, qui avait conduit cette affaire avec une Providence spéciale. A vous, Messeigneurs, mes remerciements, et mes humbles félicitations pour la prudence et la fermeté dont vous avez fait preuve dans cette circonstance délicate, suaviter et fortiter.
Je passerai la journée de demain à Montréal ; dimanche et lundi, dans ma paroisse 5 puis je reviendrai à la Place Jacques-Cartier reprendre les affaires de routine, qui ont souffert depuis quelques semaines. Militia vita hominis super terram. Heureux, si cette lutte nous ouvre les portes du Paradis.
En attendant, je ne refuse pas le travail, puisque rÉcriture dit que l'homme est natus ad laborem, et je me souscris avec la plus haute considération. De Votre Grandeur,
Monseigneur, Le très dévoué serviteur,
J. B. PKOULX, Ptke,
— us —
Évêché de Sherbrooke, 8 décembre 1890.-
Au Eévérencl J. B. Proulx,
Mon cher Monsieur,
J'approuve la répouse que vous avez faite aux médecins de la Faculté Laval ; ils ont tort de s'alarmer, car les Évêques de la Province de Montréal manqueraient à leur devoir, s'ils négligeaient de protéger leurs droits et d'entendre leurs réclamations. Oui, et je suis persuadé que c'est le désir de Mgr l'Archevêque et de Mgr Moreau que la Faculté Laval soit sur le même pied que l'École, et que justice égale soit rendue à tous.
.Maintenant, rendons grâce à Dieu de tout notre cœur, et demandons lui de consolider ce qui est fait. Il reste beaucoup à faire ; mais je compte, avec mes confrères évêques, sur votre prudence, votre habileté et votre dévouement. Je vous remercie de tout cœur de tout ce que vous avez fait pour l'Union des deux Écoles de Médecine de Montréal ; vous avez réussi au-delà de toute espérance, malgré les obstacles et les difficultés qui surgissaient de tous côtés.
Ainsi, je vous offre mes plus sincères félicitations ; vous avez travaillé sicut bonus miles Ghristi.
En attendant le plaisir de vous voir, veuillez agréer l'expression de mes sentiments dévoués et reconnaissants.
t ANTOINE, Év. de Sherbrooke.
St-Hyacinthe, 9 décembre 1890.
Au Bévérend J. B. Proulx,
Mon cher Monsieur,
J'ai reçu avec reconnaissance télégramme et lettre, m 'annonçant l'heureuse passation de notre cher bill au Conseil législatif. Il a fallu que l'épreuve l'étreignît jusqu'à la fin. Il n'est pas mort : tout au contraire, il est plein de vie, grâce aux soins empressés que vous lui avez donnés, et au travail constant que vous vous êtes imposé. Il est bien votre enfant, et votre enfant de douleur.
Il va sans dire que j'approuve le modus que vous avez choisi pour pacifier les quelques inquiets de la Faculté de Laval.
Comme on a dû être content à la Propagande d'apprendre l'heureuse réussite du bill. Mgr Jacobini s'est empressé, sans aucun doute, de porter cette belle nouvelle au Vatican. Et Mgr l'archevêque de Montréal doit voir avec bien du plaisir se terminer une affaire qui lui a causé tant de malaise et d'ennui.
Espérons que, maintenant, les choses vont bien marcher, et que l'œuvre de Laval à Montréal va devenir très prospère, grâce à l'union des esprits et des cœurs, qui va s'établir plus fermement que jamais sur cette question.
Croyez-moi bien sincèrement,
Votre tout dévoué en N.-S.
1 L. Z., Évoque de St-Hyacinthe.
N. B. — J'ai reçu, des différentes parties du diocèse, un grand nombre de lettres de félicitation ; je ne citerai que la suivante, comme étant un écho fidèle et étendu de toutes les autres.
Sault-au-Bécollet, 22 décembre 1890.
Le Eévérend J. B. Proulx,
Curé de St-Lin et Vice-Recteur de V Université L. M.
Mon cher Monsieur,
J'arrive plus tard que je le désirais, pour vous offrir mes humbles félicitations. Votre succès, dans la cause universitaire de Montréal, a dépassé toutes nos espérances. Tout me portait à me fier à vous ; et, pour ma part, je n'ai jamais cru qu'il fût juste de vous accuser de louvoyer, me rappelant que, dans une affaire de cette nature, le système de locomotion ne peut être la vapeur. Il fallait donc vous tenir dans le noble vaisseau de Maisonneuve, arrivant à Québec aux applaudissements des affamés, et cinglant ensuite généreusement vers Montréal, en temps opportun. Monsieur X avait eu la bienveillance de tout m'expliquer, mais je n'ai touché le bill que ces jours derniers, et je vous déclare franchement que je l'ai trouvé si fort, si .appétissant, permettez ces expressions, que j'ai compris qu'il était impossible de ne pas le dévorer. Tout y est : indépendance, liberté d'action, et, avant tout, garantie de l'influence complète de l'au-
torité religieuse de notre province sur les faits et gestes des corps enseignants. Vous léguez, par là^ à la province de Montréal une charte vraiment catholique, où tous les droits ont été respectés. Vous avez posé la base d'une magnifique confédération de chaires de haut enseignement, au sein de laquelle chaque partie pourra croître et se dévelop per, sans crainte de lésion. Et ce qu'il y a de
superbe en cela, c'est que Mgr Paquet, tout
en se donnant malheureusement la satisfaction de dire publiquement pourquoi il s'opposait à la
chose, consent tout de même, signe, et décore
Le pays vous accorde l'honneur d'avoir terminé cette interminable affaire à la satisfaction de tous. Veuillez ne pas croire à autre chose qu'à la plus grande sincérité de ma part ; et, comme vous m'avez donné des preuves de votre confiance en m'expliquant votre plan de campagne, c'était politesse et reconnaissance de ma part de vous féliciter de votre triomphe. Je prie Dieu qu'il continue à bénir vos généreux efforts, et qu'il vous accorde vie et santé, pour voir prospérer l'œuvre à laquelle vous avez consacré vos plus saintes énergies. Bien sincèrement,
Votre dévoué serviteur,
CHAELES S. BEAUBIEN, Curé,
St-Lin des Laurentides, 8 décembre, 1890.
Honorable Honoré Mercier,
Premier de la Province de Québec.
Honorable Premier,
La lettre de Kome adressée à Votre Honneur, comme vous pourrez le voir par l'enveloppe que vous trouverez ci-incluse, m'a été envoyée sous un pli à mon adresse. Après ni 'avoir poursuivi à Québec, à Montréal, enfin elle m'a atteint à Saint- Lin. M. Gauthier, M. P., veut bien se charger de vous la remettre lui-même.
Si vous pouviez m'en faire transcrire une copie, je serais heureux de la recevoir, curieux que je suis de constater les fautes que le télégraphe a faites.
Je n'ai pas oublié que vous m'avez donné plus que des espérances à propos de nos débentures, et je ne doute pas que vous sachiez, au besoin, avoir la main aussi heureuse pour St-Lin que pour l'Université.
Dans cet espoir, je demeure avec les sentiments de la plus haute considération,
Monsieur le Premier,
Votre très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PKOULX,