‹ Question universitaire de MontréalChapitre 32 sur 60 · V. E. IL L. M · texte numérisé non relu

V. E. IL L. M

St-Lin des Laurentides, 10 décembre 1890.

Sa Grandeur Mgr Ed. Chs. Fabre,

Archevêque de Montréal,

Eome.

Monseigneur,

Je suis bien en arrière avec vous, niais je vous savais si occupé à Eome, et je Pétais tant moimême ici ! Du reste, je savais que M. l'Administrateur vous mettait chaque semaine au courant de la progression successive des affaires.

Raconter toutes les oppositions que nous avons rencontrées, ouvertes à Montréal, secrètes et sourdes ailleurs, serait chose impossible. Évidemment, nous faisions l'œuvre de Dieu, et notre affaire a passé par le creuset qui purifie toutes les bonnes œuvres. Enfin, tout est fini, et ce qui est le plus étonnant, à l'unanimité dans les deux branches de la Législature.

Le Saint-Père a parlé, et un grand calme s'est l'ait : ceci soit dit à l'honneur de notre religion et de notre foi. Les politiciens ont fait courir le bruit que la demande des Évêques ne suffisait pas à M. Mercier ; je ne suis pas dans la pensée du Premier Ministre, mais ce qui est certain, c'est que la lettre du Saint-Père, pour arrêter certaine opposition formidable, m'était plus nécessaire à moi-même qu'à M. Mercier ; j'aurais été très fâché qu'il ne l'eût pas exigée, je veux dire très embarrassé.

Maintenant, d'ici au mois d'octobre prochain, il nous reste à régler une foule de petites difficultés

de détail, mais il faut espérer que la bonne Providence qui nous a si bien servis jusqu'ici dans le développement régulier de notre programme, ne nous fera pas défaut, ou plutôt que nous ne lui manquerons pas nous-mêmes.

C'est pourquoi j'aimerais à me retirer. Nécessairement, pour conduire la barque au but, j'ai dû quelquefois raidir le bras, résister aux exigences, froisser des points de vue. Un homme nouveau profiterait de la paix officielle que j'ai procurée, du déblaiement du terrain que j'ai fait, et il n'aurait rien, dans son acte passé, pour l'embarrasser au cours de son travail de reconstruction.

Dans tous les cas, Monseigneur, quoiqu'il arrive, je ne saurais proclamer trop haut la bienveillance que vous n'avez cessé de me témoigner, et les marques de coufiance que vous m'avez données. Nos Seigneurs les Évêques de Sherbrooke et de St- Hyacinthe ont toujours usé avec moi de procédés si amicaux, si paternels que j'en suis dans la confusion. Au milieu des ennuis d'un travail aride, cette bonté de mes supérieurs a été mon soutien et ma force.

Nous ne savons rien des affaires de Eome, tout le monde est d'une discrétion admirable ; j'aime à croire que vous êtes content de votre séjour dans la Ville Éternelle, et que la roue de la fortune ne tourne pas dans un sens trop contraire à vos desseins.

Ici le dessein de vingt habitants du Euisseau SI Jean, est de s'annexer à 'St-Lin. Après demain ils envoient une pétition dans ce sens à l'Évêché. Leur désir est si prononcé qu'ils ont souscrit cinq cents piastres ;vi la Fabrique de Saint-Lin

Je suis à préparer pour Votre Grandeur un rapport de ce qui s'est fait dans le monde universitaire depuis le mois de septembre, lequel rapport sera prêt, je l'espère, pour votre retour.

En attendant pour moi ce moment heureux, Je demeure avec un profond respect, De Votre Grandeur, Le très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PEOULX, Ptre.

P. 8. — Mes saluts, s. v. p., à votre aimable Secrétaire, à M. le Supérieur du Collège canadien, à mon vieil ami M. Vacher et au bon M. Leclerc.

Saint-Lin des Laurentides, 11 décembre 1890.

S. E. le Cardinal Simeoni,

Préfet de la S. Gong, de la Propagande,

Eome.

Éminentissime Seigneur,

Déjà le télégraphe vous a porté la nouvelle que l'union de l'École de Médecine et de Chirurgie de Montréal avec la Faculté de Médecine de l'Université Laval, à Montréal, a été ratifiée par les deux branches de la Législature. Il ne lui reste plus, pour avoir force de loi, qu'à recevoir la sanction du Gouverneur, formalité qui ne peut manquer, dans le cas présent, d'être remplie à la fin de la session,

ce qui aura eu lieu probablement quand, cette lettre vous parviendra.

C'est un résultat immense pour la prospérité de notre Université et la paix des esprits au Canada. Resteront encore à régler certaines difficultés de détail ; mais elles sont minimes, si on les compare à celles qui viennent d'être résolues.

Ce résultat bienfaisant est dû surtout :

Premièrement, à l'action supérieure, forte et précise de Notre Très Saint Père le Pape Léon XIII, qui, dans cette circonstance, s'est acquis, au milieu de mille autres, un nouveau titre à la reconnaissance du Canada français : la tempête sévissait, le Pape a parlé et il se fit un grand calme ;

Deuxièmement, aux sages décisions de la Sacrée Congrégation de la Propagande ; et nous n'ignorons pas quelles obligations nous avons à la bonté infatigable de son éminentissime Préfet, et à l'activité de son illustrissime Secrétaire ;

Troisièmement, à la prudence et à l'énergie qu'ont déployées, en cette circonstance difficile, Nos Seigneurs l'Archevêque et les Évêques de la Province ecclésiastique de Montréal ; le Très Révérend L. D. A. Maréchal, Administrateur actuel de l'Archidiocèse de Montréal, s'est montré réellement à la hauteur du besoin et de la difficulté ;

Quatrièmement, au concours puissant de Mgr A. Labelle, protonotaire apostolique, qui a employé son influence auprès du gouvernement pour écarter bien des obstacles ;

Cinquièmement, au bon vouloir, au tact et à l'habilité de l'honorable M. Mercier, premier ministre de la Province de Québec, qui, sur la demande du Saint-Père, s'est fait un devoir de mettre tout en

œuvre pour amener un règlement de cette affaire à l'unanimité ;

Sixièmement, au bon esprit de l'honorable M. Blanchet, chef de l'opposition, et des membres de notre législature, qui ont voulu favoriser par cette mesure les meilleurs intérêts publics, et qui ont compris de suite qu'ils devaient ce respect à l'appel des Évêques de la Province de Montréal et au désir du Saint-Siège.

Devant des influences si hautes et si respectables, des oppositions diverses et très fortes, suscitées par des intérêts et des points de vue particuliers, ont dû s'effacer ou ont été presque complètement nullifiées.

Grâce en soit rendue à Dieu ! Grâce en soit rendue au Saint-Siège, ainsi qu'aux hommes de bonne volonté de notre pays ! Grâce et merci à Votre Émiuence ! Permettez qu'en terminant je me recommande à vos saintes prières, avec l'épineuse affaire dont la conduite m'est confiée dans le District de Montréal.

Je demeure avec les sentiments de la plus haute considération et du respect le plus profond,

De Votre Éminence,

Eminentissime Seigneur,

Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROTJLX, Ptke, V. Recteur U. L. M,

Saint-Lin des Laurentides, 11 décembre, 1890.

Sa Grandeur Mgr Jacobini,

Arcli. de Tyr et Sec. de la B. 0. de la P. Rome.

Illustrissime Seigneur,

Permettez-moi, dans cette lettre privée, de vous dire que ,e sais combien nous vous sommes redevables : personne, dans tout Rome, ne connaît mieux que vous nos affaires universitaires, et personne ne nous prête un secours plus efficace.

Je me permets de vous envoyer sous ce pli une lettre à Son Éminence le Cardinal Simeoni, afin que vous preniez connaissance de cette pièce officielle. avant que de la lui remettre. Dans cette lettre, je n'ai pas eu la prétention d'énumérer tous ceux qui. en cette circonstance, ont bien mérité de l'TTniver site Catholique : la litanie en serait trop longue. Mais il est un nom que je ne serais pas excusable d'avoir passé sous silence, à raison de la sagesse de ses conseils, de la largeur de ses vues et du désintéressement de son dévouement inépuisable, si son humilité bien connue et des raisons de prudence diplomatique ne me faisaient comme une obligation de le taire, du moins pour le moment. Vous m'avez déjà deviné, je veux parler de M

Si je n'eusse craint de vous déranger dans vos nombreuses occupations, je vous aurais déjà écrit pour vous assurer que je n'ai pas oublié les mai-

ques de bienveillance que vous m'avez données pendant mon séjour à Rome, et pour lesquelles je vous conserverai une éternelle reconnaissance. Je n'ai pas oublié, non plus, l'édification qu'a produite chez moi votre dévouement au bien-être des classes

ouvrières

A l'approche delà nouvelle année, permettez-moi de vous présenter mes meilleurs souhaits de santé, <ie succès et de bonheur ; et veuillez croire que je suis toujours, avec les sentiments de reconnaissance 4>1 de respect les plus profonds,

De Votre Grandeur,

Illustrissime Seigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROTJLX, Ptre.

N. B. — L'Ecole Polytechnique traverse une phase laborieuse, d'où elle sortira, je n'ai aucun 'doute, plus brillante et plus solide que jamais.

J'ai cru devoir apporter mon faible concours aux efforts intelligents que son dévoué principal, M. U. E. Archambault, fait pour assurer le maintien et le développement de cette institution d'enseignement spécial, qui est appelée à rendre de si grands services au pays, et qui est et sera, de

plus en plus, une des gloires de l'Université à Montréal.

A cette occasion, j'ai entretenu avec M. Archambault une correspondance, que je citerai ici en son entier, afin de vous faire connaître le point où en est actuellement la question, et aussi, si c'était possible, afin d'éclairer quelque peu la route de l'avenir.

Montréal, 3 octobre 1890.

Monsieur U. E. Archambault,

Princip. École Polytechnique.

MONSIEUE,

Votre requête me paraît excellente. Comme vous me Pavez suggéré, il serait peut-être mieux que je fisse une pétition à part, que je vous ferai voir, laquelle pourrait être signée par M. l'Administrateur. Le vice-recteur d'alors n'a pas été partie dans le contrat, comme MM. les commissaires. Croyez que je ferai tout mon possible pour vous aider. Je vous verrai lundi matin, en arrivant à Montréal. Excusez la précipitation avec Jaquelle cette lettre est écrite, vous en connaissez Ja raison.

Te demeure

A vee la plus haute considération.

Monsieur le Principal, Vol re très humble et très dévoué serviteur,

.1. B. PBOTJLX, Ptre.

A Son Honneur

L'honorable Auguste-Eéal Angers,

Lieut.-Gouv. de la Province de Québec*

Qu'il plaise a Votre Honneur:

Ayant pris connaissance d'une requête des Coin missaires d'écoles catholiques romains de la cité de Montréal, dans laquelle il est dit :

u Que l'École Polytechnique de Montréal se trou ve, au point de vue pécuniaire, dans la position la plus pénible, attendu que son budget est insuffisant pour rencontrer ses dépenses ; que, dans des conditions d'existence aussi précaires, l'École Polytechnique dont la nécessité et l'importance sont reconnues de tous, ne peut atteindre son développement normal, ni conséquemment donner la mesure de ce qu'elle peut faire pour le progrès de la science et de l'industrie nationale ; "

Considérant, de plus, que cette école est J;i seule, pour ainsi dire, dans la Province de Québec, qui ouvre, aux enfants de la majorité de la population, la carrière du génie civil ;

Vu que les rapports qui existent entre cette École et l'Université Laval à Montréal, sont à l'avantage de l'une et l'autre institution ;

C'est pourquoi, nous soussignés, L. D.A. Maréchal, administrateur de l'archidiocèse de Montréal et représentant de Sa Grandeur Monseigneur Edouard Charles Fabre, archevêque de Montréal et vicechancelier de l'Université Laval, et J. B. Proulx, vice-recteur de l'Université Laval, nous nous unis-

r*ons aux Commissaires d'écoles catholiques de la cité de Montréal pour supplier votre gouvernement :

1? De faire adopter, à la prochaine session de la Législature, une loi à l'effet d'incorporer l'École Polytechnique et de la placer sur un pied stable et monétairement indépendant, tout en maintenant le lien qui la rattache à l'Université ;

2° De porter l'octroi à un chiffre qui mette cette École en mesure de faire honneur à ses dépenses.

Signé, à Montréal, ce quatorzième jour du mois d'octobre, mil huit cent quatre-vingt-dix.

Ut nos pétitionnaires ne cesseront de prier.

Page 1