‹ Question universitaire de MontréalChapitre 36 sur 60 · V. B. U. L. AL · texte numérisé non relu

V. B. U. L. AL

Sï-Lin des Laurentides, 31 décembre 1890.

A Nos Seigneurs Ed. Chs Fabre, archevêque de Montréal, A. Racine, évêque de Sherbrooke, et L. Z. Moreau, évêque de St- Hyacinthe.

Messeigneurs,

Permettez- moi de déposer devant vous ma démission comme Vice-Recteur de l'Université Laval à Montréal, et de vous prier de vouloir bien l'accepter.

Depuis dix-sept mois, au milieu d'un monde de •difficultés, par un labeur incessant, j'ai dû travailler surtout à délimiter et à assurer le fonctionnement pratique de la liberté d'action qui était accordée au siège montréalais de l'Université par la Constitution Jam dudum ; à étudier et à régler la dette considérable que le Séminaire de Québec réclamait de l'Université Laval à Montréal ; à demander, chercher et créer de nouvelles ressources pécuniaires, sans lesquelles l'œuvre universitaire, sous la bienfaisante direction de l'Episcopat, sombrerait peut-être pour toujours dans notre province ecclésiastique ; à faire cesser dans les hautes sphères de l'éducation les divisions qui nous ruinent, et à amener entre les deux Écoles de Médecine de Montréal une union équitable, forte et légale. Jusqu'à quel point ai-je réussi 1 à Vos Grandeurs de prononcer ; mais les paroles d'encouragement qu'Elles se sont plu à me donner, me laissent entendre que mes efforts n'ont pas été tout à fait inutiles.

Maintenant, dans mon humble opinion, il reste Jb régler les réclamations des professeurs des deux

Écoles de Médecine réunies en une seule Faculté ; à veiller à la rédaction et à l'obtention de nouvelles chartes pour les autres facultés, si elles le désirent -r à organiser, d'après les besoins nouveaux, le syndicat supérieur de l'Université à Montréal, établissant ainsi une fédération de chartes, se mouvant librement dans l'exercice de leurs droits matériels, et dépendant légalement, pour la pureté de l'enseignement, la foi et les mœurs, de l'action épiscopale. avec le contrôle universitaire qu'établit l'admirable Constitution Jam dudum. Enfin, le moment me paraît arrivé d'enraciner l'Université dans le sol, et de bâtir, pour l'usage des professeurs et des élèves, des salles spacieuses et convenables, d'abord sur un pied modeste et pratique, en attendant que des moyens plus considérables permettent d'élever des édifices dignes des destinées que l'avenir semble réserver à l'Université Catholique à Montréal.

Pour faire réussir une pareille tâche, il faut non seulement un homme habile et énergique, mais encore un homme qui soit à l'abri de la défiance et du mauvais vouloir. Je ne crois pas l'être, et, à preuve de ce que j'avance, j'en appelle, Messeigneurs, à ce que vous ne connaissez que trop. Nécessairement, pour remplir la mission que vous m'avez confiée, pour nous détacher du rivage immobile, malgré toutes les précautions que j'ai pu prendre, j'ai dû briser de fortes amarres, contredire des points de vue, froisser des susceptibilités et abattre des résistances. Maintenant qu'un homme nouveau, agréable à tous, vienne prendre le timon de la barque et la conduise en pleine mer.

J'apporte, en me retirant, une consolation : c'est la conscience d'avoir travaillé sincèrement à faire

triompher parmi nous les décrets romains, avec toute la largeur de vue dans laquelle ils ont été dictés. A Eome et dans l'Épiscopat, se trouve notre salut.

Une autre pensée consolante qui fera le bonheur <le ma vie, ce sera le souvenir de la confiance que vous avez témoignée, et des marques de la bienveillance paternelle qne vous n'avez cessé de prodiguer, à celui qui a l'honneur de se souscrire, avec le respect le plus profond,

De Vos Grandeurs,

Messeigneurs,

Le très humble et très dévoué serviteur

J. B. PEOULX, Ptee,

N. B. — Outre les documents dont il a été question au cours de ce récit, j'annexe à ce Kapport, afin qu'on ait sous la main, dans un même volume, à peu près tout ce qui se rappporte à cette question de l'Union des deux Ecoles de Médecine de Montréal :

1° La lettre pastorale des Évêques de la Province ecclésiastique de Montréal, en date du 8 novembre 1890 (Document N° IV) ;

2° Le Mémoire que j'ai présenté à Son Éminence le Cardinal Simeoni, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, le premier de février 1889, sur V Union de la Faculté de Médecine de V Université

Laval à Montréal et de V Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal (Document N° Y) ;

3° Et le Mémoire que je présentai également au Cardinal Simeoni, le premier de juin 1889, sur la nécessité de V influence épiscopale dans le règlement de nos difficultés universitaires à Montréal (Document N° VI).

Il n'y a pas d'effet sans cause. Tout le monde comprend que ces deux derniers mémoires ont été le point de départ de la ligne de conduite que j'ai suivie.

Toutes les difficultés ne sont-elles pas terminées, enfin ? Allons-nous pouvoir travailler en paix à une œuvre aussi sérieuse % Le ciel de l'avenir est-il serein % Oui, oui, si on le voulait. Dans tous les cas, j'ai une foi inébranlable dans la puissance des influences bénignes qui protègent le développement de l'Université à Montréal, et dans le succès définitif qui doit infailliblement couronner votre douceur et votre persévérance. Vir obediens loquetur victorias.

Avec mes souhaits de bonne année, veuillez accepter l'expression de la haute considération et du profond respect avec lesquels je demeure,

De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PEOULX, Pire, Vice-Recteur de V Université Laval à Montréal.

►Saint-Lin des Laurentides, 31 décembre 1890.

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