IGNORANCE RELIGIEUSE — ENSEIGNEMENT DU CATECHISME
Mgr David Gosselin, chanoine de Québec, ancien curé de Charlesbourg, a bien voulu confier au “Devoir” la publication d'un subslantiel travail sur l'enseignement du caléchisme. Les exigences du journal quotidien nous obligent à fractionner cetle étude en quatre tranches. Mais la nature même du travail el sa solide contexture exigent qu'il soit relu tout d’un trait, lorsque la . publication en sera complète. Il se recommande tout particulièrement à l'attention des chefs de maisons d'enseignement, des éducateurs, des prêtres, des pères de famille, des instituteurs, de tous ceux, en un mot, qui ont charge d'âmes, qui ont pour mission de communiquer à autrui la lumière de la vérité.
A celle étude, le vénérable auteur apporte et sa haute compélence et sa longue expérience. Il parle ave la triple autorité du catéchiste, du théologien et du publiciste, éclairé par de fortes études et par un contact intime et prolongé avec toutes les classes de notre société. En règle avec le public, ul l’est également avec ses supérieurs ecclésiastiques. Son travail, hautement approuvé par S. E. le Cardinal-archevèque de Québec, n’est, pour ainsi dire, qu'un fidèle et lumineux commentaire des directions pontificales appliquées aux conditions particulières de notre pays.
Avec Pie X et Benoût XV, signale dans l'ignorance religieuse la cause principale des maux de notre temps, du désarroi d'idées et de moeurs qui se manifeste partout, en politique, en “affaires”, dans la vie sociale et individuelle. Celle ignorance religieuse, notre correspondant de Paris, M. Denais, en marquait récemment les effets désastreux, en France. lle n'est quère moindre ici; et qui pis est, à l'encontre de ce qui existe en France, elle est relativement plus générale dans ce qu'on est convenu d'appeler les classes intellectuelles et dirigeantes. Par contraste avec la multiplicité des pratiques de dévotion et la routine des habitudes religieuses, elle offre même quelque chose d’étrange et de répugnant.
A première vue, on serait tenté des dire que les Canadiens (et généralement les catholiques d'Amérique) sont plus chrétiens de corps que d'esprit.
L'origine de cette dégradation intellectuelle et morale, Mgr Gosselin la trouve avec raison dans l'insuffisance de l’enseignement religieux. ET si l'ignorance est relativement plus grande en haut qu'en bas, c'est tout bonnement que cette insuffisance est encore plus marquée dans le haut enseignement qu'à l’école primaire, où elle est déjà en pleine baisse, depuis vingt ans.
Ces pénibles vérités, notre vénérable collaborateur les expose avec moins de crudité que nous. C’est notre tâche ingrate, mars nécessaire, de mettre les points sur les 1.
Dans sa bienveillante indulgence, Mgr. Gosselin évite d'aller au fond de toutes les causes qui ont amené cette décadence de l'enseignement dogmatique à l'église et à l’école; il se borne à en signaler une, la principale, probablement: le manque de loisirs des prêtres surchargés d'autres fonctions; avec raison, w s'attache surtout à préconiser le remède: une réorganisation générale de l'enseignement religieux, depuis la préparation des tout petits à la première communion jusqu'à la préparation des professionnels à leur rôle de chefs sociaux. Aux catéchistes de l'enfance il offre en modèle l'expérience d'un curé de campagne qui a fait de-lenseignement du catéchisme la principale de ses fonctions. Aux éducateurs de la jeunesse il suggère la tenue d'un congrès où cette question primordiale ferait l’objet d'une étude sérieuse, suivie d'utiles sanctions.
L'objet de cette réforme et son importance vitale, on les trouve lumineusement condensés dans ces paroles de Pie X, citées par Mgr Gosselin: “La fonction du catéchiste consiste à com- “menter une vérité concernant la for et les moeurs chrétiennes ét à la mettre en lumière sous tous ses aspects. Comme, en outre, le redressement de la vie doit être le but de l’enseigne- ‘ment, le catéchiste doit établir un parallèle entre les préceptes de vie que Dieu à donnés et la manière dont les hommes vivent réellement; 4 faut ensuite se servir d'exemples opportuns et sagement choisis, soit dans les Saintes Ecritures, soit dans l’Histoire ecclésiastique, soit dans la vie de saints personnages, persuader les auditeurs et leur montrer du doigt, pour ainsi dire, de quelle façon 1ls doivent ordonner leur conduite; il faut enfin ‘terminer par des exhortations qui portent les assistants à concevoir l'horreur des vices, à s’en détourner et à pratiquer la vertu.”
Aussi, le saint pape ajoute-t-il avec raison que ‘“catéchiser ‘est plus important, plus difficile, plus délicat que prêcher. La |
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“ meilleure preuve, c'est que les caléchistes de marque sont plus
‘rares que les prédicateurs agréables”. Et d'ailleurs: “IL est
“beaucoup plus facile de trouver un orateur qui parle avec abon- “ dance et splendeur qu'un catéchiste dont l'enseignement soit “louable en tous points.”
Ainsi compris el pratiqué, donné et reçu, l'enseignement du caléchisme comporte non seulement la brève communication à l'enfance des principales vérités dogmatiques et morales, la sèche lettre de la loi, mais l'esprit vivifiant, l'économie même de la science divine, la règle de toute vie individuelle et sociale, de toute activité intellectuelle, lu clef de toute science spéculative et expérimentale. Aussi Mgr Gosselin pose-t-il en principe que “Tensei-
“ gnement du caléchisme doit être au premier plan ou, du moins,
‘sur un. pied de parfaite égalité avec les matières profanes, dans ‘ nos écoles de toute catégorie, dans nos couvents et nos collèges” ; el aussi dans les écoles supérieures el les universités, où il faut de toute nécessité enseigner aux étudiants à mettre “leurs futurs “ devoirs professionnels en concordance avec les principes catholiaues st
En est-ul ainsi, à l'heure actuelle? Hélas! il faut bien l'avouer, nous sommes loin de là, très loin; et, à moins d’une vigoureuse réaction, nous arriverons bientôt à l'élimination de tout enseignement religieux efficace.
Nous nous indignons, à bon droit, des efforts systématiques, poursuivis en France et ailleurs, pour déchristianiser la société par l’école sans Dieu, sans foi et sans morale; nous dénonçons avec raison le matérialisme de l'école américaine et anglo-canadienne. Mais, entre temps, nous tendons au même résultat par l'absurde surcharge des programmes d'étude, qui entraîne forcément l'élimination graduelle de l’enseignement religieux el de la formation des consciences el des volontés. Le catéchisme tient une place de plus en plus mince dans l'enseignement; 1 ne compte que comme matière fort secondaire dans les examens inférieurs et pour rien du tout dans les concours supérieurs qui donnent accès à la pratique des professions lucratives. Les jeunes générations s'habituent ainsi à croire que la religion est moins importante que la chimie, l'algèbre ou le code civik, qu'elle relève exclusivement de la conscience individuelle et ne gouverne que les actes de la vie privée... dans la mesure compatible avec les exigences de l'intérêt, du confort, de l'ambition ou de lu vanité. En somme, sauf la différence des formules dogmatiques, de moins en moins comprises, el des pratiques culluelles, de plus en plus mécaniques ou sentimentales, notre vie religieuse — et partant notre vie politique et sociale — tend à s'assimiler complètement
avec celle des protestants. N'est-ce pas, du reste, l'idéal d'un nombre croissant de catholiques, aux Etats-Unis surtout?