Discours sur V Histoire universelle, part. II, cliap
l'exégèse, un jour ou l'autre, se trouvait avoir ainsi confirmé ce qu'elle avait prétendu détruire, il ne faudrait pas s'en étonner. Et ce qu'il faut dire, en attendant, c'est que, bien loin d'avoir expulsé de Ihistoire du christianisme 1' « irrationnel » ou le « merveilleux )), elle les y a réintégrés, puisque, dans l'histoire même du bouddhisme, les analogies d'évolution qu'elle croyait avoir découvertes, n'ont pas tenu devant un examen plus attentif et plus consciencieux.
Autre promesse encore, à laquelle ont manqué les orientalistes à leur tour! Les quelques ressemblances qu'on a signalées entre le bouddhisme et le christianisme, pour être d'ailleurs infiniment curieuses, ne sauraient en effet masquer la différence profonde, la différence intime qui les sépare, ou qui les oppose. J'avoue d'ailleurs sans difficulté que, dans l'état présent de l'érudition, on la sent, celte différence, plutôt qu'on ne saurait la définir. Si quelques-uns de nos orientalistes avaient eu plus d'ouverture ou de largeur d'esp» it, ce sont eux, assurément, quiauraientétéles plus dangereux adversaires du christianisme. Ils le seront peut-être un jour ! Mais, jusque-là, — comme les hébraïsants et comme les hellénistes, — ils n'ont apporté, eux troisièmes, qu'un élément
de trouble dans la discussion ; d'autres raisons de douter, non de croire ; et des commencements d'hypothèses plutôt que des solutions. Ne les a-t-on pas vus soutenir que Çakya- Mouni n'était peut-être qu'un « mythe solaire » ? et s'ils réussissaient, quelque jour, à le démontrer, que subsisterait-il de la comparaison qu'on a tenté si souvent d'établir entre Jésus et Bouddha ?
J'arrive enfin aux sciences historiques, — si ce sont des sciences, — et, comme les sciences naturelles, je ne puis m'empécher d'observer d'abord qu'elles nous ont appris assurément beaucoup de choses, mais aucune de celles que nous attendions de leurs progrès. Les rois de Rome ont-ils existé, par exemple, ou ne sont-ils, peut-être, eux aussi, que des « mythes solaires » ? Voilà sans doute ce qu'on appelle une a jolie question », mais, à vrai dire, que nous importe? et quel intérêt a-t-elle bien en soi ? La grande question est ici de savoir s'il existe une loi de l'histoire, et dans quelle mesure nous y sommes asservis. Cependant, c'est justement ce que nous ignorons, et je crains qu'on ne doive ajouter: c'est ce que nous ignorerons toujours. Sommes-nous nos maîtres ? ou sommes-nous les esclaves de quelque a force majeure » ? nous
acheminons-nous vers quelque but assuré ? ou l'histoire n'est-elle que le «lieu», pour ainsi parler, du désordre et de l'incohérence ? Ni la paléographie, ni la diplomatique, ni l'archéologie ne nous ont donné là-dessus de réponse. Elles nous en devaient une, pourtant, si nous ne les avions inventées, selon l'expression de Renan, que pour constituer la science des « produits de l'esprit humain », et si cette science n'avait pour objet que d'augmenter, que de préciser, que de (( tlîéorétiser » notre connaissance de l'homme. ^( Quand on écrit sur les maîtres de Ninive, ou sur les Pharaons d'Egypte, on peut n'avoir qu'un intérêt historique ; mais le christianisme est une puissance tellement vivante et la question de ses origines implique de si fortes conséquences pour le présent le plus immédiat, qu'il faudrait plaindre l'imbécillité des critiques qui ne porteraient à ces questions qu'un intérêt purement historique. )) Ces paroles sont de J.-F. Strauss ^ Mais nous dirons, nous, que, même quand on écrit sur a les Pharaons d'Egypte » ou sur « les maîtres de Ninive » on est tenu d'une autre obligation, plus haute, mais non moins rigoureuse^