‹ Questions actuellesChapitre 15 sur 37 · JJ Avenir de la science, p · texte numérisé non relu

JJ Avenir de la science, p

APRES UNE VISITE AU VATICAN y

Mais nous pouvons être assurés aujourd'hui <|ue les sciences naturelles ne nous le diront pas. Ce que nous sommes, en tant qu'animal, elles nous l'apprendront peut-être ! Elles ne nous apprendront pas ce que nous sommes en tant qu'hommes. Quelle est l'origine du langage ? quelle est celle de la société ? quelle est celle de la moralité ? Quiconque, dans ce siècle, a tenté de le dire, y a échoué misérablement, parce que, ne pouvant concevoir l'homme sans la moralité, sans le langage ou en dehors de la société, ce sont ainsi les éléments mêmes de sa définition qui échappent à la compétence, aux méthodes, aux prises enlin de la science. Ai-je besoin d'ajouter qu'à plus forte raison les sciences naturelles ne décideront pas la question de savoir où nous allons ? Qu'est-ce que l'anatomie, la physiologie, fembryologie même nous ont appris de notre destinée ? Elles nous avaient cependant promis de nous expliquer, ou de nous révéler notre nature ; et, de la connaissance de notre nature, devait suivre celle de notre destinée, puisqu'en effet c'est sa destinée qui détermine la vraie nature d'un être. Mais leurs recherches et leurs découvertes, — dont je ne méconnais pas au surplus l'intérêt — n'ont abouti finalement qu'à fortifier en nous

notre attache à la vie, ce qui semble, en vérité, le comble de la déraison chez un être qui doit mourir.

Les sciences philologiques ont-elles mieux tenu leurs promesses ? Hélas ! en ce moment même, je les ai là, sous les yeux, tous ces livres, fameux naguère, où nous avons avidement cherché la réponse à nos doutes; et, en somme, qu'ont-ils établi ? Dans la philosophie de la Grèce et de Rome, les humanistes s'étaient formellement engagés à nous montrer le christianisme tout entier ! Mais ils n'ont oublié qu'un point : c'est de nous dire pourquoi, si le christianisme était déjà tout entier dans l'hellénisme, il n'en est pas sorti. Là pourtant est toute la question, et quand on retrouverait l'un après l'autre, dans les Pensées de Marc-Aurèle ou dans le Manuel d'Epictète, les c( membres épars » du Sermon sur la montagne ; quand l'inspiration stoïcienne, essentiellement aristocratique, ne serait pas, à vrai dire, le contraire de celle de l'Evangile ; il resterait encore, il restera toujours que le Sermon sur la montagne a conquis le monde, et que ni le Manuel ni les Pensées n'ont rien engendré. Après comme avant les travaux de nos hellénistes, il demeure dans le christianisme quelque chose d'inexplicable par Aris-

tote et par Platon, une vertu singulière, une puissance unique de propagation et de vie ; — et c'est ce que confirment les travaux des hébraïsants.

Car eux aussi, les hébraïsants, ils nous avaient promis de dissiper ce qu'il y a d' « irrationnel » et de « merveilleux » dans l'histoire des origines du christianisme ou dans celle du c( peuple de Dieu ». Ils devaient nous montrer dans la Bible un livre comme un autre, — le Mahahahvata du sémitisme, VIliadeovx VOdyssée d'Israël ; — et il est vrai que, jusqu'à ce jour, tous les efforts de la philologie n'ont pu réussir à dater avec certitude ni VOdyssée, ni le Mahahahvata ! Mais c'est surtout à l'occasion de la Bible que leurs systèmes, aussi nombreux qu'arbitraires, se sont heurtés les uns les autres, et qu'après avoir vainement tenté de les concilier sous la loi d'une indifférence voisine du scepticisme, ils ont dii reconnaître que leur érudition avait plutôt embrouillé ce qu'elle s'était flattée d'éclaircir. C'est ainsi qu'il n'y a pas moins de six ou sept opinions sur l'origine ou sur l'auteur du Pentateuqiie ; et que, s'il nous plaît d'en dater la composition du temps de Josué par exemple, ou de Saûl, ou de David, ou de Salomon, ou de Josias, ou de la captivité de Babylone, ou d'Esdras,

OU de Néhémias, ou des premiers Ptolémées, ou des Macchabées même, on le peut; et les maîtres de la philologie moderne en fourniront les raisons qu'on voudra. Comptez encore ce qu'il y a de théories sur la date et sur l'auteur du quatrième Évangile ! Et, au bout de tout cela, quand on se demande quels sont enfin les résultats de celte débauche de critique, les fortes paroles de Bossuet sont encore celles qui reviennent invinciblement en mémoire : « Qu'on me dise s'il n'est pas constant que, de toutes les versions et de tout le texte quel qu'il soit, il en reviendra toujours les mêmes lois, les mêmes miracles, les mêmes prédictions, la même suite d'histoire, le même corps de doctrine et enfin la même substance^'^ )) Il a raison! même substance, et même a suite d'histoire » ! histoire unique, de l'aveu même d'un Renan ! substance irréductible ! Quoi que ce soit, il y a quelque chose, dans l'histoire du a peuple de Dieu », qui ne se retrouve dans aucune autre. Quelque ambition qu'on ait affectée de la a rabattre », pour ainsi parler, sur le plan des autres histoires, on n'y a point réussi. De telle sorte que si, par un détour imprévu d'elle-même,

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