‹ Questions actuellesChapitre 30 sur 37 · Plutarque, Vie de Marcellus · texte numérisé non relu

Plutarque, Vie de Marcellus

siste pas du tout à se permettre, comme chez nous, tout ce qui n'est pas expressément défendu par la loi, el à s'arroger au besoin le droit de se mettre au-dessus d'elle, mais à ne vouloir être sujet que de la loi, et à ne la combattre ou à la réformer, s'il y a lieu, qu'en s'aidant d'elle. N'est-ce pas ce que voulait dire, tout récemment encore, dans un admirable article du Catholic TFo/'/c/, Mgr Keane, l'ancien recteur de l'Université de Washington. « En Amérique, écrivait-il, tout naît et se développe spontanément, à mesure et sous l'impulsion des faits ; nos actions ne se dirigent point con fermement à des lois scientifiques, elles ne s'inspirent que des leçons de l'expérience ; la liberté de nos choix ou de nos résolutions n'est gênée parla contrainte ni d'aucunes traditions ni d'aucuns préjugés ; et toutes les fois enfin que notre bon sens n'est point troublé par les illusions de l'intérêt, nous ne faisons que ce que la circonstance et la nécessité nous semblent exiger. C'est ainsi qu'en nous trompant nous profitons de nos erreurs mêmes ^ » Tocqueville, dans sa Démocratie en Amérique, et

1. L'article a paru au mois de mars de cette année, dans le Catholic World, et au mois de juillet, dans la Rassegna Nazionale, de Florence, sous le titre de V America corne è veduta dalV estera.

Macaulay, si je ne me trompe, dans son célèbre Essai sur Bacoii^ avaient déjà dit quelque chose de cela.

On ne s'étonnera donc pas a priori que, de tous les catholiques, ceux qui se vantent, et avec raison, d'être gouvernés par les institutions les plus libres, soient pourtant ceux qui peut-être ont le plus favorablement accueilli la proclamation du dogme de l'infaillibilité pontificale. On en a vu plus haut quelquesunes des raisons, et que le caractère en était essentiellement « pratique ». Dans un pays où, d'une seule secte, il s'en engendre tous les jours de nouvelles, ce qui peut bien être, si l'on lèvent, une preuve de vitalité, mais ce qui est aussi une cause d'affaiblissement, les catholiques ont de tout temps senti ce que leur étroite union avec le Saint-Siège leur conférait de prestige, de force, et d'autorité. C'est pourquoi le P. Hecker disait, au lendemain même du concile du Vatican : « La définition du concile complète et fixe à jamais l'autorité extérieure de l'Eglise contre les hérésies et les erreurs des trois derniers siècles... Elle ne laisse subsister aucun doute sur l'autorité du chef des chrétiens. Les partisans de Dœllinger ne voient pas que ce qu'ils prétendent désirer, le renouvellement de l'Eglise, ne peut

s'accomplir que par le règne souverain du Saint-Esprit, lequel règne suppose une entière et filiale soumission à V autorité divine exté^ rieure ^ » C'est ce que montrait à son tour, quelques années plus tard, à sa manière, moins mystique ou plus concrète, moins ambitieuse aussi que celle du P. Hecker, le cardinal Gibbons. (( Il n'y a point, disait-il, de gouvernement libre, — ^ je crois pouvoir ainsi traduire le mot à'Independent^ — sans un tribunal suprême chargé d'interpréter les lois et de trancher les controverses qui peuvent toujours s'élever : telle est à Washington, la Cour suprême des Etats-Unis. C'est ainsi que l'organisation de l'Eglise est désormais complète ; et ne pouvant, comme catholiques, avoir notre tribunal suprême ni dans le concile, qui n'est qu'une juridiction extraordinaire, ni dans la réunion des évêques de la catholicité, qu'on ne saurait aisément consulter, nous l'avons dans le chef delà catholicité, qui est le Pape-)). Ce sont là de solides raisons, des raisons très

1. Le Père Hecker, fondateur des Paulisies américains, par le P. W. Elliott, de la même Compagnie, traduction française, p. 397, Paris, V. LecofTre.

J'ai un peu adouci la manière dont le P. Hecker, avec une franclîise tout américaine, s'explique sur « les... par tisans de Dôllinger ».

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