PREFACE XI
peut pas établir de ce loi ». Ce sont des choses qui sont advenues, qui pouvaient ne pas advenir, dont on peut dire qu'elles ne « réadviendront » pas, et qui, ne portant avec elles aucun caractère de nécessité, ne peuvent donc, par aucun artifice, ou aucune méthode, être rendues « scientifîcjues ». Or, si l'on y veut bien faire attention, ce sont des faits de cette nature que l'exégèse ou la philologie, sous le nom de « science», opposent à la vérité de la religion. A la tradition de l'Eglise sur l'authenticité des Evangiles, l'exégèse oppose des conclusions, qu'elle considère comme ({ scientifiques », sansen avoir d'ailleurs aucun droit. On prétend prouver (c scientifiquement » que le quatrième Evangile n'est pas de l'apôtre Jean, et, par conséc[uent, ne remonte pas à la date cjue l'Église lui assigne ; et c'est ce qu'on ne saurait prouver (( scientifiquement ». Mais, en jouant ainsi sur ces mots de ce scientifiquement », de (( scientifique », et de ce science », on essaie de communiquer à des affirmations conjecturales, et souvent personnelles, le caractère de certitude «relativement absolue», si je puis ainsi dire, qui passe pour être celui des lois de l'univers physique, telles que les lois de la pesanteur ou les lois de l'électricité. C'est
aujourd'hui la grande équivoque, pour ne pas dire le sophisme, qui embrouille et qui obscurcit toute cette question des « Rapports de la science et de la religion». Parce qu'on applique, ou qu'on croit appliquer à des objets, qui d'ailleurs ne les comportent point, des «méthodes » que l'on croit imitées de celles de la physique et de la chimie, mais qui n'ont rien de scientifique, on croit parler au nom de la « science ». Mais on ne parle toujours qu'au nom de l'exégèse ou de la philologie, qui ne sont pas des ce sciences », et le conflit, s'il y a conflit, n'est donc pas entre la « science » et la ce religion», mais entre la « religion » et des opinions qui demeurent aussi personnelles à celui qui les professe qu'une opinion sur la guerre du Péloponèse ou sur la rivalité de César et de Pompée. C'est ce que je n'ai trouvé qu'à peine indiqué dans ces Etudes^ et c'est ce que je voudrais pouvoir quelque jour montrer avec l'ampleur que le sujet exigerait.
La seconde idée que j'ai tâché de mettre en lumière dans ces Etudes est celle-ci, que, bien loin qu'il y ait « incompatibilité, » au