PREFACE XIII
contraire, il y a comme une convenance interne entre le catholicisme et la démocratie. On en trouvera surtout l'expression dans le chapitre sur le Catholicisme aux Etats- Unis jécrit au retour d'une trop rapide excursion dans l'Est américain ; et, si ce n'est pas abuser de la patience du lecteur, on voudra bien le rapprocher du discours prononcé à Lille sur les Raisons actuelles de croire. Le christianisme est une (c religion populaire », et, comme je l'ai rappelé dans ce chapitre même, ce grief n'était pas contre lui le moindre de ceux de Voltaire. Voltaire trouvait (( insupportable » qu'on prétendît l'obliger de penser ce comme son tailleur et comme sa blanchisseuse » ; pareillement, il méprisait le christianisme de n'avoir été, pendant plus de cent ans, que la religion « de la plus vile canaille » ; et je ne répondrais pas que cette opinion ne fût encore celle de quelques-uns de nos intellectuels. Elle fait honneur au christianisme.
Ce n'est pas d'ailleurs le lieu de discutera ce propos si le christianisme, en général, et le catholicisme en particulier, sont une (c aristocratie » ou une c( démocratie ». Il faudrait commencer par s'entendre sur l'exacte signification de ces mots eux-mêmes, qui peut-
être, ayant changé de sens depuis Aristote, ne sont plus aujourd'hui l'antithèse ou la contre-partie l'un de l'autre. Bornons-nous donc à dire que, pour nous, si l'on nous demandait d'en donner une définition, nous ne la chercherions pas dans des distinctions devenues de notre temps assez artificielles, et, par exemple, telles que celles qui différencient les unes des autres les diverses (( formes de gouvernement ». Une république n'est pas nécessairement démocratique; et on remarquera, d'autre part, que, même au sein des démocraties qui se croient le plus avancées, quelque aristocratie, d'une manière ou d'une autre, est toujours en train de se reconstituer. Mais nous dirions que l'un des caractères essentiels de la démocratie, c'est de tendre en tout à l'abolition du privilège héréditaire, dont le maintien et l'extension sont la grande affaire d'une aristocratie. Les démocraties ne sont ennemies ni de la fortune, quoi qu'on en ait pu dire, ni des distinctions personnelles ou individuelles, ni par conséquent d'une certaine « inégalité », d'une hiérarchie et d'une discipline, dont elles reconnaissent la vertu sociale, mais elles ne veulent pas que rien de tout cela s' « hérite », —