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CHAPITRE V

L'augmentation de la production agricole et la baisse des prix. — Les vins, le blé. — L'agiotage et la baisse des cours du froment. — Les prix moyens par trimestre en France et en Angleterre. — La vente collective des céréales et les greniers coopératifs; un essai préalable à tenter. — Influence curieuse des variations de prix du blé sur la consommation parisienne. — Impuissance probable du Trust des producteurs de blé.

Il est hors de doute que notre production agricole s'est largement développée dans son ensemble depuis vingt ans.

C'est là une conséquence, bien curieuse, à vrai dire, de la crise agricole et de la baisse des prix. En présence de la diminution des cours qui réduisait leurs recettes , nos cultivateurs se sont efforcés d'augmenter les quantités récoltées. Ils y sont parvenus en utilisant des procédés de culture plus perfectionnés et plus économiques.

Ceci revient à dire qu'en définitive ils ont réduit les prix de revient de leurs principaux produits.

La protection douanière dont ils ont bénéficié a, d'autre part, atténué ou limité la baisse des cours qui se serait normalement produite sans l'intervention du législateur. L'augmentation de la production est devenue ainsi plus facile parce qu'elle était plus aisément lucrative.

Cette augmentation des récoltes a malheureusement pour effet, aujourd'hui, d'annuler la prime résultant de l'action des droits de douane. Nos importations étrangères ont décliné à mesure que la production intérieure augmentait et que les cours du marché français subissaient une baisse nouvelle et plus marquée.

Ainsi, nos récoltes de vins se sont accrues avec une extraordinaire rapidité depuis 1893. Malgré la suppression presque complète des importations espagnoles ou italiennes, tout le monde sait que les cours ont subi des réductions énormes. Les années 1900, 1901 et 1902, notamment, ont été marquées par un avilissement des prix qui s'est traduit par une crise douloureuse : la crise viticole. Aujourd'hui, les cours se sont relevés parce que notre production de 1903 est très médiocre, mais ils s'effondreront encore l'année prochaine si la vendange de 1904 jette sur le marché des quantités de vin comparables à celles qu'on a récoltées en 1900 et 1901.

Au moment où le prix des vins était avili, on

s'est efforcé de le relever en cherchant des débouchés. Des efforts considérables ont été faits pour vulgariser l'emploi du vin et en développer la consommation, surtout dans les villes.

Notre législation fiscale a été remaniée : les droits qui frappaient le vin ont été réduits, les taxes d'octroi furent supprimées ou abaissées. Cette réforme exerça certainement une influence sur la consommation du vin; mais cette dernière augmenta surtout — de quelques millions d'hectolitres — parce que les cours étaient précisément tombés très bas. C'est la baisse, la baisse énorme des cours qui a accru le montant des ventes, et nous sommes persuadés que la réforme fiscale eût été presque sans effet si les prix étaient restés aussi élevés que par le passé.

Les viticulteurs ne peuvent donc pas espérer vendre à hauts prix des quantités de vin analogues à celles qu'ils ont récoltées en 1900 ou 1901. La faiblesse relative de la production et du débit permet seule la persistance des cours largement rémunérateurs.

Tout ce que nous venons de dire à propos du vin est encore exact lorsqu'il s'agit des céréales, et notamment du froment.

Depuis 1871 jusqu'à 1901, les cours fléchissent, les récoltes augmentent et les importations étrangères restent stationnai res. En voici la preuve :

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