‹ Questions agricoles d'hier et d'aujourd'huiChapitre 17 sur 51 · QUESTIONS AGRICOLES. O · texte numérisé non relu

QUESTIONS AGRICOLES. O

Prix par

Périodes. Récoltes. Importations. hectolitre.

hcctol. hectol. fr. c

1891-1900.. HOOOOOOO 12200000 10 80

Sans nul doute, ce sont les conditions nouvelles de la production du blé dans le monde qui ont déterminé une baisse aussi brusque des cours. Néanmoins l'augmentation de nos récoltes a agi dans le même sens. Depuis quelques années, nos achats à l'étranger sont nuls ou à peu près, l'Algérie et la Tunisie nous fournissant ce que nous n'avons pas produit. En 1903, notre récolte s'élève à 128 millions d'hectolitres, dépassant ainsi de 18 millions d'hectolitres la moyenne 1891-1900! Et ce n'est pas là un fait extraordinaire et sans précédents, puisque les moissons de 1898 et 1899 avaient été aussi abondantes. Nous nous suffisons à nous-mêmes, et naturellement les cours restent fort bas malgré la protection douanière destinée à en élever le niveau. Nos cultivateurs sont donc placés dans cette alternative, ou de vendre à bas prix ou de réduire leur production. C'est exactement la situation des viticulteurs.

La baisse, la terrible baisse, ne saurait-elle être combattue d'une façon efficace?

La protection douanière reste impuissante, puisque nous en sotnmes arrivés à ne plus im-

porter du tout. Le bimétallisme , un moment invoqué comme une panacée, n'a plus guère de partisans.

Que faire? Certaines personnes, mal inspirées — à notre avis — mais animées des plus pures intentions, n'ont pu se résoudre à accepter la faiblesse des cours. Il faudrait — ont-elles pensé — produire beaucoup et pourtant vendre cher. « C'est l'Agiotage, c'est la Spéculation » qui fausse les cours. Défendons le producteur contre l'Agioteur. Décrétons la hausse; entendons-nous entre cultivateurs, et puisqu'il faut un mot qui fasse image et frappe les esprits, organisons un Trust.

Nous connaissons déjà le Trust de l'Acier, le Trust de la Navigation, le Trust du Cuivre; il y aura le Trust des producteurs de blé. On proportionnera désormais le prix de vente au prix de revient majoré d'un « bénéfice légitime ».

Il s'agit, en termes plus clairs, d'une hypothèse et d'une résolution. L'hypothèse, c'est l'influence de l'agiotage sur la baisse des cours. La résolution, c'est une entente concertée entre producteurs pour obtenir une hausse, alors même que la production ne diminuerait pas.

Il nous a toujours paru impossible d'admettre comme une vérité démontrée l'influence souveraine de la Spéculation sur les cours, et surtout nous ne pouvons pas arriver à comprendre pourquoi les Agioteurs ont intérêt à faire la baisse depuis vingt ou vingt-cinq ans.

Oui, cela pourrait être admissible si l'agioteur achetait en baisse pour revendre en hausse après avoir bénéficié d'une différence.

Mais cette opération ne suppose pas nécessairement que le nimau moyen des prix reste bas.

Que les cours passent de 20 à 25 fr., ou de 25 à 30 fr., peu importe ; l'écart est toujours de 5 fr., et l'agioteur touche le même bénéfice.

Maintenant, est-il vrai qu'on observe, en France ou à l'étranger, des alternatives de hausse ou de baisse favorables aux intérêts de la Spéculation? Nous avons déjà répondu à cette question dans un précédent chapitre et nous avons montré que l'on n'observait nullement une baisse marquée à l'automne — quand les agriculteurs vendent, dit-on, leurs grains — puis, une hausse sensible au moment où les spéculateurs se seraient emparés de la récolte. Sur le marché de Paris, les

cours ne s'élèvent que fort lentement et fort peu après la moisson.

Dans une période de vingt-cinq ans, de 1877 à 1901, on a relevé les cours suivants par trimestre :

Prix des 100 kil. de blé à Paris.

fr. c.

Premiertrimcsire, après la moisson (octobre, novembre, décembre) 23 53

Deuxième trimestre, après la moisson (janvier, février, mars) 23 70

Troisième trimestre, après la moisson (avril, mai, juin) 24 26

Quatrième trimestre, après la moisson précédente (juillet, août, septembre) 23 90

Il est clair que les cours s'élèvent du premier trimestre au quatrième, mais cet écart est très faible. Si l'on songe aux frais supportés , aux pertes de poids, aux dépenses de manipulation et de garde et à l'intérêt des sommes exposées , cette différence n'est pas considérable.

Les choses se passent-elles autrement dans les régions éloignées de Paris ou à l'étranger? Pour le savoir, nous nous sommes adressé à un négociant qui a précisément fait des recherches sur le même sujet, et il nous a fourni des chiffres empruntés à son travail.

Voici quels seraient les cours moyens du quintal de blé dans la région du Nord-Ouest dans celle du Sud-Est et en Angleterre, par mois,

durant la dernière période de vingt-cinq ans (1877-1901) :

Prix moyens mensuels des 100 kilog. de froment (1877-1901).

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