‹ Questions agricoles d'hier et d'aujourd'huiChapitre 7 sur 51 · D'HIER ET D'AUJOURD'HUI CHAPITRE I · texte numérisé non relu

D'HIER ET D'AUJOURD'HUI CHAPITRE I

L*enseignement agricole. — L'opinion de ColuraeHe. — L'enseignement agricole en France avant et après 1870. — Le budget de l'enseignement agricole. — De la prétendue inutilité de cet enseignement et des critiques dont il est l'objet. — La théorie et la pratique. — Rareté des situations offertes aux élèves des écoles d'agriculture. — Préjugés relatifs à la profession d'agriculteur et indifférence des propriétaires. — Les remèdes nécessaires.

Il y a près de deux mille ans, un Romain qui avait beaucoup de bon sens, Columelle, s'étonnait que Ton n'enseignât pas l'agriculture, et il disait à ce propos :

n Je vois partout des écoles ouvertes aux rhéteurs, aux danseurs, aux musiciens ; les cuisiniers et les barbiers sont en vogue, tandis que pour l'art qui fertilise la terre, il n'y a rien, ni maîtres, ni élèves...

« Et pourtant, quand même nous viendrions à

perdre ceux qui professent toutes ces choses, la République pourrait encore avoir de beaux jours, car nos ancêtres qui ne connaissaient point ces études et n'avaient même pas d'avocats, n'en furent pas plus malheureux, tandis que la société humaine ne saurait se passer d'agriculture.

« Souhaitez-vous tirer parti de votre héritage, améliorer vos procédés, vous ne rencontrez ni guides ni gens qui vous comprennent. Et si je me plains de ce mépris, on me parle aussitôt de la stérilité actuelle du sol ; on va jusqu'à me dire que la température est changée... »

Nous n'achevons pas. Columelle est vraiment trop dur pour ses contemporains et ses critiques sont irrespectueuses.

D'ailleurs, nous avons comblé ses vœux. Après avoir fondé des écoles de peinture, de sculpture, de lettres, de sciences, de théologie, de médecine, de droit, des académies de musique, de danse, de déclamation, d'art militaire, de marine, d'arts et métiers, etc., on a établi, ou plus exactement laissé s'établir une modeste école d'agriculture, celle qui porte le nom d'un homme de cœur et de talent, son fondateur, Mathieu de Dombasle.

Peu d'années après, en 1828, Auguste Bella fondait l'école de Grignon, et Jules Rieffel celle de Grandjouan.

l'enseignement agricole 3

Qu'on le remarque bien, ces établissements n'avaient pas pour objet de former des ouvriers agricoles, des contremaîtres, et, en un mot, des agents d'exécution. L'enseignement nouveau s'adressait à de futurs directeurs d'entreprises agricoles, à des entrepreneurs de culture comme le sont nos grands fermiers, ou à des propriétaires fonciers désireux d'apprendre comment on pourrait diriger un domaine et guider utilement des « praticiens » ordinaires.

D'ailleurs, il y a soixante-dix ou quatre-vingts ans, lorsque Dombasle et Bella ouvrirent leurs écoles, la science agronomique n'était pas ce qu'elle est devenue aujourd'hui. Nous ne savions rien ou presque rien en matière de chimie agricole; la physiologie végétale était tout aussi ignorée que la physiologie des animaux domestiques. La mécanique agricole était en enfance. Dombasle avait annexé à sa ferme de Roville une fabrique d'instruments aratoires précisément pour répandre l'usage de quelques machines plus perfectionnées ou moins grossières que celles dont nos agriculteurs avaient l'habitude de se servir.

On a dit avec raison que les progrès agricoles découlent, pour la plus grosse part, des découvertes scientifiques qui se sont succédé depuis soixante ans. Notre excellent maître, M. Dehérain, aimait

à citer, à ce propos, un souvenir personnel qui est instructif!

« J'ai vu, disait-il, M. Boussingault en 1884, pour la première fois; malgré ses quatre-vingtdeux ans, il était encore très causant et, au cours de notre entretien, il me dit : c< Quand on écrira « l'histoire de nos travaux, il faudra se rappeler « où Ton en était quand j'ai commencé. On igno- « rait que le foin renfermât de l'azote. »

Déjà, en 1848, les découvertes scientifiques étaient assez importantes pour que l'on pût en prévoir la portée au point de vue agricole et qu'on eût le dessein d'en rechercher les applications.

L'Institut agronomique de Versailles fut fondé vers 1849 pour former des agronomes, des agriculteurs instruits et pour faciliter en même temps des recherches d'ordre scientifique. Il disparut, malheureusement, en 1852; mais, en 1876, son rétablissement fut voté par le Parlement et on le transporta à Paris. Il est devenu une école importante pourvue d'un enseignement complet, très général et très élevé.

On exige, aujourd'hui, avec raison, que les élèves de notre Ecole nationale forestière passent d'abord par l'Institut agronomique pour y recevoir un enseignement général avant de se spécialiser dans l'étude de la sylviculture.

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