L'ENSEIGNEMENT AGRICOLE
Sous le second empire, de 1852 à 1870, on multiplia le nombre des « fermes-écoles » et l'on transforma en écoles impériales les deux établissements déjà anciens de Grignon (Seine-et-Oise) et de Grandjouan (Loire-Inférieure). Une troisième école régionale fut même établie dans l'Ain, à la Saussaie.
C'est après 1870 que l'enseignement agricole, à ses divers degrés, fut organisé, complété et singulièrement perfectionné .
Nos trois grandes écoles régionales furent maintenues. Celle de Grandjouan a été récemment transportée à Rennes, celle de la Saussaie a été transférée à Montpellier où elle est devenue un centre important d'études relatives à la viticulture.
Quatorze « fermes-écoles » ont été conservées; quarante- cinq « écoles pratiques » réparties sur tous les points du territoire ont été fondées. Elles ont pour objet, comme les c< fermes-écoles », de donner un enseignement suvioui pratique, c'est-àdire d'instruire les élèves moins par des cours oraux que par des travaux manuels exécutés journellement. Le milieu dans lequel devaient se recruter les élèves est la classe des petits fermiers, des métayers, et notamment des propriétairescultivateurs si nombreux dans notre pays.
Nous avons fondé encore des écoles de laiterie
comme celle de Mamirolle, dans le Doubs, et des fromageries-écoles, au nombre de treize; une école de drainage et d'irrigation au Lézardeau, dans le Finistère; des stations œnologiques dans plusieurs régions viticoles importantes; deux écoles d'aviculture et une magnanerie-école, sans compter la station séricicole annexée à l'Ecole nationale de Montpellier.
Trois autres établissements très importants sont, en outre, l'École forestière de Nancy, l'Ecole des Industries agricoles de Douai, et l'Ecole d'horticulture de Versailles.
On n'a pas oublié non plus que les femmes de la campagne pouvaient avoir intérêt à se perfectionner dans la fabrication du beurre et des fromages et dans l'élevage des volailles. Les écoles d'aviculture peuvent les recevoir; deux écoles de laiterie leur sont spécialement destinées.
On peut encore rattacher au groupe des établissements d'enseignement nos stations agronomiques et nos laboratoires agricoles qui servent à renseigner les cultivateurs sur la qualité des matières fertilisantes qu'ils achètent, sur la composition de leurs terres et les exigences des récoltes, sur la nature et la valeur des aliments que l'industrie fournit pour servir à la nourriture du bétail.
Enfin, l'enseignement nomade de l'agriculture
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a été organisé par la loi de 1879. Nos professeurs départementaux d'agriculture sont chargés de le donner. Ils vont faire dans les campagnes de nombreuses conférences, renseignent et instruisent ceux qui s'adressent à eux. Ces mêmes professeurs, et des professeurs « spéciaux » qui les assistent, sont chargés de faire des leçons d'agriculture dans les écoles normales d'où sortent nos instituteurs, dans les collèges ou écoles primaires supérieures; ils dirigent en France plus de 3000 « champs de démonstration » qui constituent un enseignement par les yeux.
Ce court exposé suffit à montrer quel développement a pris l'enseignement agricole dans notre pays depuis cinquante ans et surtout depuis 1870. Les idées qui présidèrent à cette organisation d'ensemble ont été évidemment très élevées; le plan en est très complet et très logique. Chaque catégorie d'écoles et d'établissements a pour objet de répondre aux besoins d'une classe spéciale d'agriculteurs et aux caractères divers de la production agricole si variée dans notre pays.
Les sacrifices financiers imposés à la France ont-ils été considérables?
Voici quelles sont les dépenses inscrites au budget du ministère de l'Agriculture, sans compter par conséquent les subventions des départements ou des communes. Nous totalisons les chiffres
relatifs au personnel et au matériel pour obtenir une somme globale :
Francs.
Institut agronomique 319 000
Trois Écoles natiomales 678 000
École nationale de Douai 113 000
École d'horticulture de Versailles 106 000
Chaires départementales 346 000
Chaires spéciales. 342 000
Fermes-Écoles et Écoles pratiques. ... 1 277 006
Stations agronomiques et laboratoires. ' 275 000
Champs de démonstration 178 000
Total 3 634 000
De ce total il y aurait lieu de retrancher le prix de la pension des élèves, de certains produits vendus, etc. Les sacrifices que s'impose le pays sont, en tous cas, bien modestes en comparaison des résultats obtenus et surtout de ceux qu'on a le droit d'escompter pour l'avenir.
Quelques censeurs sévères et quelques esprits à courte vue sont, cependant, tentés de mettre en doute l'efficacité de l'enseignement de l'agriculture et notamment l'utilité des écoles. Depuis cinquante ans, et même depuis que l'enseignement agricole existe, on a dit et répété : c( L'instruction doit être pratique. Nous n'avons pas besoin de théoriciens; ce qu'il nous faut ce sont des hommes pratiques. Nos écoles ne nous donnent que des agronomes, »
C'est ici le moment d'être clair et de définir ces
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termes de « théorie » et de « pratique » dont on abuse si étrangement.
Si Ton désigne par « théories » des rêveries, des hypothèses qu'aucune expérience sérieuse ne confirme, des méthodes de culture qui ne sont en rapport ni avec les conditions agricoles ou économiques, ni avec les ressources des cultivateurs auxquels on s'adresse; si, en un mot, les « théories » ne sont que des erreurs, on a raison de les proscrire. Mais la « théorie » n'est pas cela. La théorie est de la pratique expliquée et éclairée.
Pendant plusieurs siècles on a répandu sur les champs de la marne, de la chaux et du fumier sans savoir pourquoi ni comment ces matières fertilisantes contribuaient à accroître les rendements.
C'était une pratique.
Des « théoriciens » nous ont appris que pour fertiliser le sol il fallait le compléter de manière à ajouter ce qui lui manquait, et à assurer l'alimentation des plantes. On a découvert qu'il existait une relation entre la composition élémentaire des végétaux, celle du sol et celle des matières fertilisantes. La chaux et le fumier sont utiles, ont dit ces « théoriciens », parce que tous les végétaux renferment de la chaux, des matières azotées, des phosphates, des sels de potasse. Or, le chaulage apporte de la chaux aux sols qui en manquent,
et, de plus, cette chaux facilite la nitrification des matières azotées; le fumier apporte de l'azote, de l'acide phosphorique, un peu de potasse ou de chaux. Et voilà pourquoi il est utile de le répandre sur les champs. Voilk pourquoi aussi il est bon de le compléter avec des phosphates, des superphosphates, du nitrate de soude ou du chlorure de potassium, si ce fumier n'apporte pas au sol assez de matériaux utiles et d'aliments minéraux pour nourrir les plantes et obtenir de belles récoltes. Cette c< théorie » a été une découverte féconde; elle a modifié et éclairé toute la « pratique » agricole.
La c< pratique » n'est donc que Vensemble des méthodes et des procédés dont Ciitilité et V efficacité sont sanctionnés par C expérience. Mais cette « pratique » se transforme constamment grâce à la « théorie » ; elle est en état d'évolution perpétuelle. Opposer la « théorie » à la « pratique » c'est opposer la pratique à la pratique, car la pratique d'aujourd'hui n'est que la théorie d'hier appliquée et sanctionnée déjà par la tradition.
Quand on se contente de la c< pratique » sans se soucier de la « théorie » qui l'explique, on se condamne à la routine; on agit sans savoir pourquoi et comment on agit. Pour rester logiques avec eux-mêmes, les admirateurs exclusifs de la c( pratique » devraient cultiver le sol comme on le
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cultivait au temps d'Henri IV ou de Charlemagne.
Il existe, à la vérité, une « pratique » agricole spéciale, très importante, très difficile à connaître; c'est celle qui se rapporte : 1° à la direction, à l'administration, et 2° à l'exécution matérielle des travaux manuels.
Pour beaucoup de personnes la « pratique »
agricole se confond exclusivement avec l'habileté manuelle. Un bon praticien, à leurs yeux, est celui qui sait bien labourer, semer, sarcler, biner, conduire et soigner les animaux, etc.
La « pratique » relative à la direction des hommes, aux opérations commerciales, à l'administration intérieure d'une ferme, est de celles que l'on ne peut guère enseigner dans une école. Il faut, pour l'obtenir, faire un apprentissage personnel et acquérir de l'expérience à ses dépens.
Quant à l'habileté manuelle^ si souvent confondue avec la pratique agricole dans son ensemble, elle peut très souvent être acquise dans une exploitation rurale quelconque aussi bien que dans une école.
Le maître, le professeur doit simplement initier l'élève au maniement de certains instruments peu répandus encore dans les fermes ou à la préparation de certains produits tels que le beurre, le fromage, le vin, le cidre, etc.
A coup sûr, cette instruction technique et
manuelle spéciale n'est pas inutile. C'est précisément son utilité qui explique le succès de nos établissements d'instruction technique spéciale. Mais quand il s'agit des façons culturales et des travaux ordinaires, l'école ne peut guère former un jeune praticien mieux et plus vite que ne le ferait son père. Voilà pourquoi tant de cultivateurs hésitent et renoncent à ^ séparer de leurs enfants pour les envoyer, par exemple, dans une école agricole primaire. A leurs yeux, l'agriculture se résume dans la a pratique » et la « pratique » dans V exécution des travaux culturaux. Pourquoi leurs fils ne resteraient-ils pas sur le bien paternel où ils seraient initiés précisément aux travaux qu'il est nécessaire d'exécuter habituellement?
/ Cette observation nous fait également toucher du doigt l'extrême difficulté que présente l'établissement d'un programme d'études dans une école d'agriculture. Si ces programmes comportent l'enseignement des sciences naturelles dans leurs rapports avec l'agriculture; si les cours oraux sont nombreux et les travaux de laboratoire absorbants, il est clair que la technique manuelle n'aura plus l'importance prépondérante qui fait donner à l'instruction l'étiquette de « pratique ». Si, d'autre part, on néglige presque complètement l'enseignement des sciences, c'est-à-dire si
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Ton n'explique pas avec soin et si Ton n'éclaire pas la « pratique », on se condamne à ne former que des ouvriers ou des manœuvres agricoles. Ce qu'ils auront vu et fait à l'école ne leur sera peutêtre que d'une faible utilité. Ils ne sauront guère discerner les avantages des méthodes culturales adoptées à l'école dans une situation spéciale, des instruments utiles ici mais inutiles ailleurs, etc. On a précisément omis de leur apprendre le « pourquoi » et le « comment » des choses ; on en a fait de simples manœuvres. L'œuvre de l'école risque donc de rester stérile et les parents se demanderont pourquoi on les a privés de leurs enfants pendant deux ou trois ans sans leur apprendre autre chose que ce qu'ils eussent appris à la maison.
Il résulte de ces réflexions que l'école doit donner un enseignement c< théorique ». C'est là son rôle véritable; elle a pour objet d'enseigner à l'élève ce qu'il ne pourrait pas apprendre dans une exploitation rurale. Selon le degré d'instruction générale des auditeurs, le niveau des études théoriques sera plus ou moins élevé; voilà tout.
La technique manuelle ne devra pas être négligée et nous n'entendons nullement la proscrire. Il faut, au contraire, que le futur agriculteur ait exécuté tous les travaux, toutes les besognes, les plus humbles comme les plus déli-
cates; il est indispensable même qu'il en connaisse la difficulté, qu'il apprécie exactement le temps qu'elles exigent, l'habileté ou l'expérience qu'elles supposent. Seulement l'on ne devra pas borner l'ambition de l'élève à cette exécution manuelle. Ce qu'on lui demandera c'est de savoir agir, en n'ignorant pas pourquoi et comment il faut agir pour toucher le but qu'on lui a montré. La technique manuelle ainsi comprise doit toujours être l'application raisonnée et intelligente d'un enseignement « théorique ».
Quant à la « pratique » de l'administration d'une ferme, le professeur ne peut pas l'enseigner et permettre à l'élève de l'acquérir durant son séjour à l'école.
L'art de connaître et de diriger les hommes, d'utiliser son personnel, de vendre, d'acheter, de surveiller tous les détails comme de régler l'ensemble s'acquiert par une application personnelle et un long effort. C'est folie que de vouloir exiger d'un élève qu'il possède cette expérience des hommes et des choses au sortir d'une école; c'est encore folie que de nier les avantages de l'enseignement agricole parce qu'il ne peut pas donner cette expérience ou cette autorité.
On a fait d'autres reproches à l'enseignement agricole, et ceux-là sont plus fondés. Nous voulons parler des situations qu'il permet de briguer et
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d'obtenir. Les jeunes gens qui sortent d'une école d'agriculture ne trouvent pas aisément une position suffisamment lucrative et indépendante en rapport avec leurs très légitimes exigences. A moins d'être le fils d'un cultivateur, d'un propriétaire, à moins de posséder des capitaux, le jeune « diplômé » d'un établissement agricole est obligé de chercher une « situation », une « place » et ces emplois trop rares sont en outre mal rétribués.
Entre la situation de fermier, de métayer, de propriétaire-cultivateur et celle d'ouA^ier agricole, il existe très peu de positions intermédiaires convenant à des jeunes gens sans fortune.
L'industrie et le commerce offrent des places d'ingénieurs, de directeurs, d'associés ou d'intéressés choisis en raison de leurs connaissances techniques.
On ne trouve pas des emplois analogues dans l'agriculture ou, du moins, où les trouve très rarement. Cela tient à ce que les propriétaires fonciers et les capitalistes ne s'occupent guère d'agriculture. Très peu de propriétaires ou de capitalistes exploitent directement une ferme ou un groupe de domaines. Par conséquent ils n'ont pas besoin de directeurs de culture, de contremaîtres, d'intéressés ou d'associés.
Et pourquoi l'industrie agricole est-elle ainsi
délaissée? Cela tient à de vieilles idées, à des préjugés qui expliquent malheureusement cette indifférence.
En France nous avons encore le plus profond dédain pour la profession d'agriculteur. Nous confondons, sans réflexion comme sans raison, l'entrepreneur de culture, c'est-à-dire l'industriel agricole qui dirige une exploitation, avec le domestique ou le manœuvre. Aux yeux des citadins ignorants qui sont esclaves de leurs préjugés, un agriculteur ne peut être qu'un rustre ignorant, un serf de la glèbe courbé sur le sillon, et pour tout dire : « Un paysan » ! En vain essayera-t-on de faire comprendre aux gens « du monde »
qu'un agriculteur ne doit pas plus être confondu avec un manœuvre qu'un directeur d'usine avec son ouvrier. En vain répéterez-vous qu'il est tout aussi honorable, — et difficile, — de bien faire pousser du blé ou d'élever intelligemment des animaux que de fabriquer du sucre ou des bonnets de coton! Vous ajouteriez même que la profession d'agriculteur exige, pour être exercée avec talent et profit, tout autant d'instruction que celle de commerçant, d'industriel ou de fonctionnaire, qu'un agriculteur peut être un galant homme de toutes façons, que sa situation le rend indépendant, lui assure une existence souvent très large, une vie active et saine... ce
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serait peine perdue. Le préjugé est là, vivant, majestueux, ridicule, mais respecté.
Ah ! s'il s'agissait d'un ingénieur, d'un fonctionnaire, d'un c< attaché » au cabinet de..., d'un « auditeur », d'un « inspecteur », sa position de fortune, son utilité sociale, son indépendance et, par conséquent, sa véritable dignité d'homme fussent-elles moins hautes, personne n'hésiterait à le classer dans la catégorie des gens du monde, de ceux qu'on peut « recevoir » et qui ont une « situation ». L'agriculteur n'a pas de « situation » ; il n'est pas coté. Le propriétaire n'est luimême accepté qu'à la condition de vivre à la ville sans déroger, c'est-à-dire sans trop s'intéresser à ses domaines, si ce n'est à l'automne... quand on chasse. S'il est très riche, on lui pardonnera de se faire éleveur ou d'engraisser ses bœufs; mais on le traitera d' « original », mot indulgent qui excuse sa folie en lui donnant un vernis de bon ton.
Indépendamment du préjugé qui existe dans notre pays à l'égard des agriculteurs, il faut noter une autre opinion concernant l'agriculture.
Beaucoup de gens croient qu'il est impossible de réaliser des profits sérieux en cultivant la terre. La preuve? C'est que les capitaux consacrés à l'achat d'une propriété rurale ne rapportent que 2 1/2 ou 3 p. 100. En vérité, c'est là se
moquer du monde et raisonner d'étrange sorte.
La terre louée par un propriétaire qui ne la cultive pas rapporte un faible revenu, relativement à son prix d'achat. C'est vrai; mais cela prouve tout simplement que la concurrence des acheteurs a élevé graduellement le prix de cette c< valeur de tout repos », et que l'on paye très cher un faible revenu pour être sûr, — ou à peu près, — de ne pas perdre le capital lui-même.
Cela ne prouve rien en ce qui touche le profit agricole, c'est-à-dire le gain réalisé par le cultivateur au moyen des capitaux qui servent à faire produire le sol ou à utiliser ses productions à l'aide des animaux de la ferme.
Or , ce capital c< d'exploitation » donne un revenu pour 100 trois ou quatre fois plus élevé que celui du propriétaire. Si ce dernier touche 2 1/2 ou 3 p. 100, l'agriculteur obtient 7, 10 ou 15 p. 100. Voilà la vérité.
Il n'en est pas moins vrai, très malheureusement, que les deux préjugés dont nous venons de parler exercent sur le sort de notre agriculture une détestable influence. Ils détournent des champs les activités et les capitaux qui devraient s'y porter pour le plus grand profit de notre pays. Nous ne tirons pas de notre sol les richesses qu'il pourrait nous donner. Nous condamnons à une vie étroite, sans indépendance, parfois même sans
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dignité, des hommes jeunes, actifs, intelligents, qui chercheront une « place », au lieu de vivre libres et heureux en contribuant à développer la fortune de leur pays.
On compte en France plus de 2 500 000 propriétaires cultivant eux-mêmes leurs héritages. Ce n'est pas à eux que s'adressent nos observations. Ils souffrent, d'ailleurs, beaucoup moins de la crise agricole que les fermiers, les métayers et les propriétaires qui se contentent de louer leurs terres. Enfin, beaucoup de cultivateurs-propriétaires, dans le Midi notamment, dirigent effectivement leurs domaines à Taide d'un régisseur ou d'un maître-valet.
Nous pensons surtout aux grands et moyens propriétaires, à ceux qui possèdent des métairies trop souvent abandonnées aux soins d'un tenancier sans connaissances et sans ressources suffisantes. Nous songeons également à ceux qui ne peuvent pas louer leurs terres ou qui sont forcés de subir des réductions de fermage considérables.
Dans la plupart des circonstances, il y aurait lieu de modifier les systèmes de culture suivis par les cultivateurs, de tracer un nouveau plan, d'en suivre et d'en modifier rapidement l'exécution selon le cours des denrées. Il est impossible aujourd'hui de cultiver la terre de France avec profit, en employant les méthodes usitées autre*-
fois. Peu importe que ce soit là un malheur; nous sommes forcés de subir cette transformation. Eh bien! dans une situation nouvelle, il faut employer des procédés nouveaux, et utiliser un personnel ayant d'autres traditions et d'autres connaissances.
Hier, c'était des céréales qu'il convenait de cultiver; demain, ce sera l'élevage, l'engraissement, la production laitière qu'il faudra préférer. En tenant compte de l'aptitude naturelle des terres, c'est la variété des productions qu'on s'attachera à réaliser pour atténuer, dans quelques cas, les effets de la baisse des cours, ou pour profiter, au besoin, de leur hausse momentanée.
Se produit-il une élévation du cours des fourrages, des pailles et autres aliments du bétail, il faut savoir substituer à ces denrées des résidus industriels alimentaires pour pouvoir porter sur le marché les produits dont la vente deviendra avantageuse.
Une baisse du bétail maigre devra être l'occasion d'un achat; les variations de cours détermineront également le choix des animaux de la race bovine, ovine et porcine, dont on préférera l'élevage et dont on pratiquera momentanément l'engraissement.
Joignez à ces considérations économiques et commerciales les recherches relatives à l'emploi
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des engrais, à Tirrigation, au drainage, au choix des semences, à Topportunité des façons culturales, à l'usage des meilleurs instruments, à l'utilisation intelligente du personnel ouvrier, et vous pourrez comprendre combien doit être désormais délicate la tâche d'un agriculteur éclairé sachant cultiver avec profil,
La meilleure méthode d'enseignement et de vulgarisation des connaissances techniques agricoles, c'est l'exemple. Quelles ne seraient pas la portée et l'efficacité des améliorations introduites et du développement de richesse obtenu dans vingt ou trente mille domaines en France, si les propriétaires voulaient s'en occuper ou confier la direction de ces entreprises à un personnel instruit, actif et expérimenté?
Depuis cinquante ans nous cherchons , en France, la solution d'un problème financier, celui du crédit agricole. C'est surtout au profit des fermiers et des métayers qu'il paraît utile d'organiser le crédit rural.
En France, nos grands et moyens propriétaires n'empruntent pas pour cultiver puisqu'ils ne cultivent guère, et, d'autre part, il ne leur vient pas à la pensée de prêter quelque argent à leurs fermiers ou métayers. Cela se comprend, à la rigueur, car ils ne pourraient ni contrôler l'emploi, ni apprécier l'avantage de ces prêts.
S'ils consentaient, au contraire, à s'intéresser aux choses agricoles, ou s'ils confiaient l'administration de leurs domaines à des hommes compétents, ils pourraient emprunter, au besoin, sur hypothèque et employer à la culture des sommes qui seraient productives. Le problème du crédit rural serait ainsi partiellement résolu.
L'union étroite, l'association intime du propriétaire et de l'exploitant, toutes les fois que ce dernier n'est pas lui-même propriétaire, voilà, croyonsnous, le remède efficace de la crise actuelle, qui atteint surtout le locataire ou le possesseur d'une exploitation affermée.
Nous avons dit, et nous répétons, que l'on souffre comme nous, en Europe, aux Etats-Unis, et ailleurs, de la baisse du prix des produits agricoles. C'est l'énergique initiative des propriétaires qui a permis, souvent, d'en atténuer les effets. En France, on ne parviendra à obtenir les mêmes résultats qu'en usant du même moyen.
Il faut que les fils de nos propriétaires acquièrent une solide instruction agricole et qu'ils dirigent eux-même^ la culture de leurs domaines, a2:>rès avoir fait un stage dans des exploitations bien choisies de façon à devenir de bons « théoriciens » , cest-à'dire des « praticiens » éclairés.
Toutes les fois que cette solution ne peut être adoptée, les propriétaires devront avoir recours à