‹ Questions coloniales de la transportation considérée comme moyen deChapitre 11 sur 40 · D. M. du :o mai 1891.B.C. Guyane. P. ij · texte numérisé non relu

D. M. du :o mai 1891.B.C. Guyane. P. ij

2. Des canaques condamnés aux travaux forcés en Nouvelle-Calédonie où leur présence constituait un danger public ont été internés en Cochinchine, au pénitencier de Poulo-Condor^, par mesure administrative (D. M. des 6 nov. 1868 et 21 juillet 187 1. H. G. Calédonie. P. 4-0).

Texpédition de Kourou, en 1763, et la déportation de Sinnamary, sous la Révolution ; on pensa, non sans quelque raison, que ces deux échecs étaient dus bien plus à l'incurie des organisateurs qu'à l'insalubrité du pays.

Les transportés débarquèrent, en 1852, aux Iles du Salut, endroit très bien choisi pour une installation provisoire, à cause des facilités qu'il présente pour l'atterrissage et de son éloignement du continent (i).

Il semble qu'il eût fallu, dès le début de l'arrivée des forçats, se rendre compte des travaux présentant le caractère d'utilité publique qui pouvaient être entrepris à la Guyane, en s'assurant

I. Ces îles servent depuis de Heu de dépôt pour les convois à leur arrivé3, et de lieu d'internement pour les criminels dangereux. Un fait particulier, bien plus que Téloignement du continent, y rend les évasion > presque imposs'bles.

Le terrain y est d'origine volcanique et la couche vé^cétale est trop peu profonde pour permettre Tenfouissement des cadavres des forçats qui sont jetés à la mer où ils deviennent la proie des requins. Par suite, ces squales pullulent aux abords du rivage. Ils connaissent même le son de la cloche qui annonce une immersion et ils accourent. Aussi malheur à qui tombe à l'eau dans ces parages 1

Ces déta"ls m'ont paru intéressants à donner au moment où un criminel désormais célèbre, et qu'il est nécessaire de mettre hors d'état de nuire, subit aux Iles du Salut la peine de la déportation dans une enceinte fortifiée.

un courant d'immigration libre pour en profiter dans l'intérêt de la prospérité générale. La population groupée dans Tîle de Cayenne, environ I2O0O habitants, formait une première agglomération d'honnêtes gens qui devait être utilisée et qui aurait accepté d'autant plus volontiers l'aide de la transportation que le pays était en pleine crise pai suite de l'affranchissement des esclaves. Il eût fallu, en un mot, adopter un plan de colonisation basé suï l'expérience de l'Australie en tenant compte des différences climatériquesetdela situation économique de la colonie.

Il n'en fut rien, les condamnés ne furent guère employés qu'à créer des pénitenciers presqu'aussitôt abandonnés parce que la mortalité était grande comme cela arrive toujours lorsque des défrichements sont entrepris sous les tropiques. C'est ainsi que furent successivement occupés, abandonnés et, quelquefois, réoccupés, suivant la volonté du gouverneur du moment, les établissements de la Montagne d'Argent, de Saint- Georges à rOyapock, des ilôts la Mère et le Père, de Saint-Augustin, de Sainte-Marie, de Saint-Joseph, de Saint-Philippe, d'Organabo, de Montjoly, des Roches de Kourou, etc.

Ces insuccès répétés, cette absence de ligne de conduite avaient bien vite modifié les sentiments

— Sodé la population libre, qui de bienveillants étaient devenus hostiles à la transportation; c'est que loin de trouver dans l'introduction de l'élément pénal l'aide qu'ils étaient en droit d'en attendre et qui aurait compensé, dans une certaine mesure, le discrédit que la présence des condamnés et la mortalité qui les frappait devaient jeter sur la colonie, les habitants avaient été, sans aucun profit, exposés aux déprédations, aux méfaits de toutes sortes des forçats évadés et des libérés.

Après des explorations faites dans le bassin du Maroni, le Gouvernement décida (i) d'y tenter une entreprise sérieuse de colonisation exclusivement pénitentiaire, oubliant que l'exemple et l'entraînement des travailleurs honnêtes est nécessaire au condamné amendé pour le maintenir dans ses bonnes résolutions souvent trop fragiles pour résister aux influences d'un milieu contaminé, qu'il faut lui rendre une place si petite soitelle dans la société pour lui faire comprendre qu'il n'est plus un objet d'opprobe, pour le relever à ses propres yeux.

D'ailleurs, le choix du lieu n'était pas heureux, car le Maroni est certainement la région la moins

1. Décret du 30 mii i!{>o, moJifij pir celui du 24 mars 10Î7.

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fertile de la Guyane Française et elle est bornée à l'Ouest par le fleuve du même nom qui sépare nos possessions de celles de la Hollande, ce qui devait singulièrement faciliter les évasions. Il est vrai que le traité conclu le 3 août 1860 avec les Pays-Bas remédie en partie à ce dernieer inconvénient, car il contient des clauses particulières pour l'extradition des condamnés évadés de nos pénitenciers coloniaux et j'ajoute que fort souvent ils sont rendus d'une rive du Maroni à l'autre sans aucune formalité, ce qui n'est pas très régulier (i).

D'importants défrichements eurent lieu, de nombreux condamnés furent mis en concession et des secours de toute nature (vivres, animaux, outils, argent, bras) leur furent accordés. Des concours agricoles furent organisés pour les encourager. La canne à sacre fut surtout, après quelques tâtonnements, plantée en grande quantité. Pour assurer aux nouveaux colons des débouchés pour leurs productions, l'État se fit manufacturier, une usine à sucre fut construite à Saint-Maurice, puis, continuant dans la même

I. A citer un décret du 22 septembre 189J qui a organisé dans la colonie pénitentiaire de la Guyane une surveillance spéDiale à la sortie des navires en vue d'empêcher les évasions des transportés.

voie, l'Etat se fît commerçant pour placer ses produits. C'était une adaptation, en petit, du système des cultures de Van den Bosch pratiqué dans les Indes néerlandaises et qui, comme l'on sait, n'a pu subsister qu'autant que les productions des îles de la Sonde n'ont pas été concurrencées sur les marchés de l'Europe.

Partant de cette idée, d'ailleurs très juste, que la colonisation doit être basée sur la famille, on pensa que le mariage devait être facilité aux concessionnaires, et le décret du 24 mars 1866 vint modifier en leur faveur les dispositions du Code civil, tandis que des femmes étaient recrutées dans les maisons centrales pour devenir leurs épouses.

Sous cette impulsion énergique, le Maroni connut un moment de quasi-prospérité, mais il fut de courte durée, et dès que l'Administration cessa son appui matériel, l'on vit bien que ce smblant de succès n'était que le résultat éphémère de l'action gouvernementale qui ne saurait jamais se substituer à l'initiative privée seule capable d'engendrer une œuvre féconde et durable.

Les concessionnaires, de race européenne, qui n'avaient pas toujours été judicieusement choisis, épuisés d'ailleurs par un climat débilitant auquel le travailleur blanc ne saurait résister, furent bien-

tôt décimés par les fièvres et les épidémies, leurs compagnes n'eurent pas un sort plus heureux.

Quant aux enfants issus de ces unions, qui apportaient en naissant les germes morbides, fruits dès hérédités paternelle et maternelle, ils n'atteignirent que rarement Tâge adulte. Le D"^ Orgéas dans son très conscencieux ouvrage « La colonisation delà Guyane par la transportation » que j'ai eu occasion de citer plusieurs fois au cours de ce travail, fait un tableau navrant de l'état de dégénérescence, de rachitisme, de cts petits malheureux.

Cet essai de colonisation exclusivement pénitentiaire n*ayant pas réussi, le gouvernement cessa les envois de transportés européens à la Guyane qui ne reçut plus que des condamnés arabes et de races de couleur.

On se livra à de nouvelles tentatives avec ces éléments. Le territoire pénitentiaire du Maroni fut même érigé en commune, par le décret du i6 mars 1880. On espérait donner ainsi à l'agglomération des ;concessionnaires une existence propre et les intéresser, par l'obtention des franchises municipales, à la prospérité de la région. Mais, dans l'impossibilité de relever les condamnés et libérés des incapacités de la dégradation civique comprises dans les §§ i et 2 de l'article 34 du Code

pénal (i), les fonctions de maire et de conseillers municipaux furent confiées à des fonctionnaires. Il en résulta que l'on n'avait créé qu'un rouage administratif de plus.

Une commission composée de concessionnaires d'origine arabe fut chargée de procéder à la célébration des mariages suivant la loi Musulmane» sans que, toutefois, la polygamie fût autorisée, à moins qu'il ne s'agît d'unions contractées en Afrique avant la condamnation. Malheureusement, les efforts faits pour recruter des Algériennes furent rarement couronnés de succès.

Il ne fut pas davantage possible d'amener, comme on l'essaya, des femmes Voloff prises au Sénégal ou des indochinoises, et cependant, ainsi que le fait remarquer M. Léveillé dans le résumé de son travail sur la Guyane publié dans la « France coloniale », c'est dans la pratique d'un métissage savamment ordonné que se trouve la solution du problème très spécial de la constitution de la famille des transportés dans notre colonie pénitentiaire de l'Atlantique. De cette façon : « la tare « originelle n'existerait plus chez les ascendants « que d'un côté, et les enfants viendraient au « monde plus robustes et d'un acclimatement « plus facile :&.

I. Article 12 de la loi du 50 mai 1854, § 4. Argument a contrario.

M. Léveillé pense aussi que les femmes nécessaires à ces unions pourraient être recrutées parmi les indigènes, dans le haut des Amazones.

A voir la race fortement constituée que les croisements d'Indiens et de Portugais ont donnée au Brésil, on est obligé de reconnaître la justesse de cette observation.

Mais la mise en concessions des condamnés restera toujours l'exception, puisqu'elle est subordonnée à leur bonne conduite et la véritable utilisation de la main-d'œuvre pénale n'est pas là.

Or, la transportation n'a exécuté à la Guyane que peu de travaux d'utilité publique; on peut citer, cependant, le réseau de routes qu existe dans rîle de Cayenne, la conduite d'eau qui alimente la ville, Id ligne télégraphique qui relie le Maroni au chef-lieu, les routes et constructions du territoire pénitentiaire, etc. Pouvait -on faire mieux? Je ne le crois pas, au moms avec la faible population que renferme cette immense contrée, population exclusivement adonnée à i^ne industrie dont le centre se déplace constamment, l'exploitation des alluvions aurifères sur les petits cours d'eau. Je ne suis point de ceux qui, s'appuyant sur l'exemple des Etats-Unis, pensent qu'il eût suffi pour faire affluer les colons de leur préparer les

voies ; on ne peut, en effet, comparer la situation économique de pays tempérés comme les Etats de la Piata, l'Australie, les Etats-Unis avec celle des régions équatoriales.

Il aurait donc fallu résoudre avant tout la question capitale de l'immigration pour donner aux travaux à entreprendre le caractère d'utilité qui pouvait seul justifier les dépenses qui en seraient résultées. Ce n'est que par une entente de tous les pouvoirs publics et au moyen de sacrifices consentis par la colonie et, au besoin, par la métropole, qu'on aurait pu arriver à un recrutement judicieux d'hommes susceptibles de s'acclimater à la Guyane. Je ne vois que deux pays assez peuplés pour fournir à celles de nos colonies de la zone torride qui se meurent faute de bras, les immigrants qui leur sont indispensables, ce sontrinde et la Chine. Le premier nous étant fermé, ou à peu près, par l'Angleterre qui ne se fait pas faute d'y puiser pour elle (la Guyane Anglaise doit sa prospérité à la main d'œuvre des Hindous), le second nous est seul ouvert, mais je suis convaincu que les coolies chinois pourraient rendre à nos vieilles colonies leur ancienne prospérité. N'est-ce pas à eux que la 4: North-Bornéo- Campany » doit le succès de son entreprise de colonisation? N'est-ce pas à eux qu'ont eu recours.

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-^7 à la suite de rafifranchissement, les Antilles Espagnoles, en 1880, et le Brésil, en 1888?

La transportation et Tim migration sont deux forces colonisatrices qui doivent se combiner à la Guyane comme dans toutes nos possessions peu habitées, sans quoi Ja première sera toujours condamnée à la stérilité. Il faudrait même que leur direction fût placée dans les mêmes mains pour qu'elles ne soient pas séparées dans l'exécution et pour que l'immigrant ne soit jamais traité plus défavorablement que le condamné.

Depuis 1887, l'envoi des Européens à la Guyane a été repris; on place encore quelques forçats en concessions au Maroni et, pour utiliser les autres, le plus grand nombre, l'Administration se livre à des exploitations forestières et agricoles qui rapportent peu.

Toutefois, il y a lieu d'espérer qu'avec la nouvelle réglementation qui régit aujourd'hui la transportation, l'on obtiendra de meilleurs résultats. Mais avant d'étudier cette réglementation qui paraît marquer un réel progrès, je dois exposer succinctement les diverses phases par lesquelles a passé la colonisation de la Nouvelle Calédonie.

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