‹ Questions coloniales de la transportation considérée comme moyen deChapitre 5 sur 40 · Eiadt sur la question des peines · texte numérisé non relu

Eiadt sur la question des peines

ville, un défenseur convaincu delà transportation, apprécie dans son intéressint ouvrage sur « La colonisation pénale de V Angleterre en Australie > à 5,^01,023 livres sterling (132,500,000 fr. environ) les frais d'administration, de surveillance et de transport occasionnés par les 33,150 condamnés arrivés à Sydney pendant une période de 33 ans, de 1788 à 182 1 ; dans ce chiflfre ne paraissent point comprises les avances faites pour la colonisation proprement dite, premières mises en nature ou en argent données aux convicts, travaux d'utilité publique, etc..

Comme nous le verrons, les colonies pénitentiaires de la Guyane et de la Nouvelle-Calédonie^ si elles n'ont pas toujours donné les résultats espérés, sont loin d'avoir coûté aussi cher à la France; cette vérité apparaît surtout si Ton tient compte des époques et de l'avilissement des valeurs qui s*e$t produit dans le courant du sfècle.

L'Angleterre sait faire grand, en matière coloniale^ J'expériencé lui a démontré que la réussite est à ce prix et qu'elle compense largement des dépenses qui tout d'abord peuvent paraître exagérées .

Les charges du gouvernement, pendant cette période de début, furent donc très lourdes.

Le Commodore Phillip et ses successeurs mirent tout en œuvre pour racoler des colons volontaires, ils étaient convaincus et prouvaient en cela un sens profond de la science pénitentiaire, que pour moraliser les gredins que leur envoyait la métropole, il fallait l'exemple des honnêtes gens ; ils voulaient, pour ainsi dire, encadrer les^ convicts avec des hommes nonflétrispar la justice. Ils offrirent des concessions de terre aux officiers, aux soldats et aux équipages des navires, leur donnant des avances, jamais remboursées, en vivres, en instruments, même en numéraire, et prenant à la charge de l'Etat l'entretien des convicts mis à leur disposition pour la culture.

Il en fut ainsi jusqu'au jour où la découverte des mines d'or amena un courant considérable d'immigrants qui firent souche dans le pays; ce fîit la répétition de ce qui s'était passé en Californie, les mêmes causes amenènent les même résultats; lorsque les mines furent à peu près épuisées, les travailleurs qui s'y étaient portés, trouvant un sol fertile, s'adonnèrent à l'agriculture. L'essor de la colonie fut alors complet et elle ne s'est plus arrêtée depuis dans sa marche ascendante.

Mais, quand la nouvelle société fut constituée sur des bases solides, elle eut pour la population d'origine pénale, qui lui avait cependant rendu

tant de services, des dédainà que le besoin avait longtemps fait taire, elle s'aperçut alors que ce contact la. souiliait.

De là, à demander la suppression de la transportation il n'y avait pas loin, et ce pas fut d'au-^ tant plus vite franchi que la prospérité allait tou-« jours: croissant. La métropole résista d'abord, elle eut recours à des demi-mesures qui ne firent qu'aigrir les esprits ; finalement, en présence d^ l'attitude menaçante de Vanti-transportation league qui parlait hautement de révolte, elle finit par céder.

. On ne peut s'empêcher de rapprocher ces faits de ce qui s'était passé aux Eiats-Unis. L'envoi des condamnés qui fut pendant longtemps accepté avec faveur ne fut-il pas une des principales eau* ses de la guerre de l'indépendance ? ,

Il me semble que de ce rapprochement ressort un enseignement précieux. Il révèle chez les sociétés de formation récente, mais déjà bien assises, un état d'âme particulier qui se traduit par un besoin impérieux de faire oublier ce que leurs origines peuvent avoir d'impur. La Nouvelle Calédonie, pour prendre un exemple» chez nous, dont la prospérité est encore naissante, ressent déjà les prodromes de ce malaise.

C'est là, pour les métropoles, une indicatioa

qu'elles ne sauraient négliger longtemps; car, si la colonie est puissante, elle arrivera facilement aux pires extrémités, si elle est peu importante par rétendue, son développement économique se ressentira d'une entrave apportée à ses légitimes aspirations.

D'ailleurs, le reclassement des transportés, un des principaux buts poursuivis, devient aussi irréalisable dans une possession lointaine qui fait preuve de pareils préjugés que dans la métropole elle-même.

Si le rapide développement de l'Australie commande l'admiration, on ne peut s'empêcher d'adresser un reproche grave au système pénitentiaire qui y fut suivi au début, par le Gouvernement britannique.

Il semble avoir perdu de vue que la transportation est une institution à double face; si c'est un moyen de colonisation, c'est aussi, c'est surtout un mode d'exécution des peines. Emportés par le côté pratique qui domine toujours pour eux, les Anglais ont négligé pendant longtemps d'oîganiser la répression.

Ainsi compris, le séjour de l'Australie perdait pour les natures dévoyées tout caractère d'intimidation, il devenait même à leurs yeux une sorte de terre pron^ise que leur imagination leur mon-

— ?o — trait encore plus hospitalière qu'elle ne l'était et bien des crimes furent commis pour obtenir une pénalité ardemment désirée.

Cette insuffisance des moyens de répression et l'importance des dépenses furent les principaux griefs invoqués devant le Parlement contre la transportation.

Néanmoins, il fallut les protestations énergiques des colons australiens pour modifier un état de choses qui avait toutes les sympathies du gouvernement.

Après bien des tergiversations et des réformes partielles, on aboutit au bill de 1847 qui divisait la peine en quatre périodes :

I® Emprisonnement cellulaire de courte durée;

2° Servitude pénale, temps d'épreuve passé dans les bagnes de la métropole, plus ou moins long suivant la conduite du condamné ;

3** Transportation en Australie avec le ticket of leave qui permettait au condamné de chercher un engagement, aussitôt arrivé; une part de son salaire était réservée pour lui faciliter le passage dans la quatrième catégorie;

4** Rachat de la liberté conditionnelle au moyen du pécule formé sous le régime du ticket.

Comme on le voit, la gradation était bien marquée; la prison cellulaire d'abord, le bagne avec

~ 31 — le travail forcé ensuite, formaient autant d'étapes successives, d'épreuves salutaires, avant la libération anticipée et à deux degrés qui était seule appliquée dans la colonie. L'Australie ne recevait donc que des individus mûrs pour la coloni^^ation.

Ce système était admirablement agencé et semblait appelé à donner d'excellents résultats. Malheureusement, les protestations incessantes et de plus en plus violentes des Australiens contre la transportation, même ainsi réorganisée, ne permirent pas à la réforme de porter tous ses fruits. Les bills de 1853, 1857 et 1864, restreignirent de plus en plus les envois de convicts, enfin, en 1868, le dernier convoi quitta l'Angleterre.

En résumé, si l'on doit admettre que les sacrifices financiers de la métropole et l'action gouvernementale caractérisée par la persévérance et l'unité de vue, ont été pour beaucoup dans le succès des Anglais en Australie, il faut aussi remarquer que les avantages naturels du pays si favorable à l'expansion de la race européenne, ont fait plus encore pour la prospérité de ce continent.

Faut-il en conclure que l'utilisation de la main d'œuvre pénale est impossible dans d'autres conditions, que, par exemple, elle ne saurait être employée dans la zone équatoriale ? Ce serait se

montrer trop exclusif ; la vérité, c'est que les moyens doivent varier suivant les milieux, les ress ources et les besoins.

Ceci me conduirait à examiner les procédés que la France a mis en application dans ses colonies de la Guyane et de la Nouvelle-Calédonie, mais il me paraît indispensable d'étudier auparavant la valeur de certaines critiques qui ont été dirigées contre le principe de la transportation, critiques qui ont paru assez fondées au congrès international pénitentiaire de Stockolm (1878) pour adopter la résolution suivante sur la proposition de M. Baltrani- Scalia, délégué de l'Italie : « La peine de la « transportation présente des difficultés qui ne « permettent pas de l'adopter dans tous les pays « ni d'espérer qu'elle y réalise toutes les condi- € tions d'une bonne justice. »

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