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Colonisation de V Australie par les convicts

L'émancipation des États-Unis où l'Angleterre avait pris l'habitude de rejeter ses malfaiteurs l'avait mise dans un grand embarras ; il était si

commode de s'en débarrasser en les envoyant au Maryland. Le Gouvernement britannique n'avait pas à s'occuper de prisons, de bagnes, de régime pénitentiaire; à partir du jour de rembarquement, il ne voulait plus entendre parler des condamnés, il advenait d'eux ce qu'il pouvait : ce n'était pas un système, mais l'absence de tout système.

Aussi, après bien des tâtonnements, et à la suite des découvertes du capitaine Cook, l'Angleterre, profitant des préoccupations de l'Europe continentale, mit-elle la main sur l'Australie, au mépris des droits des Hollandais, et résolut-elle d'en faire un lieu de transportation.

Fut-ce hasard heureux» fut ce calcul? le lieu était admirablement choisi; sous un climat tempéré, une île fertile, presqu'aussi grande qu'un continent, dont la population douce et peu dense n'offrait aucune résistance aux envahisseurs, tel était le champ d'action admirable qui s'offrait à la colonisation pénale.

Si l'on ajoute à ces premières conditions si éminemment favorables que les productions de l'Australie sont à peu près les mêmes que celles de l'Europe, on comprendra que c'était là une véritable terre d'élection pour la race caucasique et cela explique, en grande partie, le succès final.

Après huit mois de traversée, tin premier convoi de 800 convicts, hommes, femmes et enfants, sous le commandement du gouverneur Phillip,

.débarqua à Botany-Bay, le 18 janvier 1788. Ce

point aride fut vite abandonné pour Port- Jackson

où furent jetés les fondements de Sydney, la

future reine du Pacifique.

Le gouverneur Phillip n'avait avec lui que fort

- peu de troupe et point de personnel de surveillance, il fallut donc livrer, pour ainsi dire, les condamnés à eux-mêmes, c'était la continuation des pratiques commodes et peu coûteuses qui avaient prévalu aux Etats-Unis. La situation géographique s'y prêtait admirablement, point de voisins qui auraient pu souffrir de cet excès de liberté laissé aux pires gredins, partant pas de plaintes embarrassantes ; les îles les plus proches étaient désertes ou peuplées de sauvages souvent anthropophages. Les évasions n'étaient donc pas à craindre de longtemps.

D'autre part, les vivres et le matériel apportés d'Europe n'offraient que des ressources fort limitées dont le renouvellement était incertain, les convicts durent donc, par la force des choses, compter sur eux-mêmes, sur leur initiative propre, situation bien nouvelle pour des hommes habitués à vivre en rébellion contre la société,

préférant le vol du bien d'autniî au travail qui mène à la propriété, mais situation bien propre à régénérer le coupable, en le forçant au labeur intelligent et libre.

Sans doute, il y eut des excès, mais ces embarras ne troublèrent pas un instant la confiance des autorités anglaises dans le principe de liberté qui fait tout leur système de colonisation; le désordre qui vient du laisser faire leur paraissant moins redoutable que la stérilité qui sort souvent de l'excès de Tordre.

Cependant, les débuts ne furent pas brillants, quelle que iût l'énergie déployée par les nouveaux colons; il fallait attendre, après rense7 mencement, que la nature eût accompli son œuvre pour récolter. Cette attente fut longue et pénible.

Les approvisionnements apportés avaient été vite épuisés et la famine fut plusieurs fois aux portes de la colonie menaçant de tuer le poussin dans l'œuf; les arrivages d'Europe étaient rares, et ils accompagnaient de nouveaux convois qui grossissaient le nombre des consommateurs sans apporter une amélioration durable. Il fallut rationner tout le monde, l'état sanitaire s'en ressentit, le nombre des décès augmenta dans d'inquiétantes proportions ; pour comble de mal-

heur, la sécheresse de 1790 dévora les récoltes qui devaient affranchir la colonie des secours du dehors, et la misère continua penlant une nouvelle période de trois années.

Ce fut pendant cette époque dé véritables calamités publiques que se manifestèrent la persévérance, l'endurance de la race anglo-saxonne, qualités maîtresses qui en ont fait le peuple colonisateur par excellence.

Il est permis de se demander si, placés dans un e situation analogue, des Français ne se seraient pas laissés aller au découragement qui aurait entraîné la perte irrémédiable de la colonie, reculant, peut-être d'un siècle, Tavènenienf de la civilisation dans ces antipodes de l'Ejrope. Pour ma part, je n'hésite pas à admettre l'affirmative, je crois qu*il faut aux hommes de notre race caractérisée par*des dehors si séduisants, intelligence, courage, etc., un idéal ou, à défaut, un "but pour ainsi dire tangible h atteindre dans un délai déterminé. Question d'atavisme, c'est le caractère des Gaulois, nos ancêtres, qui se retrouve en nous, transmis à travers les générations, tel que César le dépeint dans ses commentaires.

Malgré tous ces malheurs du début et grâce au courage déployé par les convicts, à l'exemple

donné en toutes occasions par le gouverneur Phillip, à sa s?ge administration continuée avec uti esprit de suite admirable par ses successeurs, les Grose, les Paterson, les Hunter, les King, les* Macquarie, le travail finit par dompter la nature qui semble ne s'être montrée rebelle à l'égard des premiers pionniers que pour avoir le droit de lés récompenser ensuite en les comblant de ses faveurs, improbus labor omnia vincit.

Dès l'année 1793, les récoltes mettaient la colo-» nie à Tabri du besoin, les transactions avaient commencé avec l'extérieur et la découverte, quelques années après, d'importants troupeaux dé moutons vivant à l'état libre, produits d'animaux itnportés qui s'étaient enfuis, ouvrait â TAustralie sa véritable voie, l'élevage, qui en a fait un des premiers pays producteurs de laines et de viandes.

Mais, avant d'en arriver à la prospérité, que" d'efforts, que d'obstacles surmontés 1

Il faut bien le dire, lorsque l'Angleterre eut compris tout le parti qu'elle pouvait tirer, âU point de vue économique, de sa nouvelle possession, elle n'épargna point l'argent. C'est par centaines de millions, d'après M. Michaud (i), qu'il faut compter les dépenses faites, et M. dé Blosse-

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