‹ Questions constitutionnellesChapitre 8 sur 22 · CHAP. II. DU SUFFRAGE UNIVERSEL · texte numérisé non relu

CHAP. II. DU SUFFRAGE UNIVERSEL

cbate soudaine de son gouvernement, découragé, incapable de porter un regard d'espérance sur un avenir quelconque, et ne sachant pas même regretter le bonheur du passé, lorsqu*il ne demandait rien de plus que le maintien du bon ordre dont il avait pris rbabitude, c'est alors qu'on a imaginé de repousser les chances de succès. Au lieu de chercher à fonder quelque établissement régulier et stable , les conquérants ont tout jeté au hasard et ont appelé une lutte que la nation demandait à éviter.

Le défi était porté, et le suffrage universel a dd être le champ de bataille. Les girondins, au moment où ils succombèrent, disaient : « Le suffrage universel est une révolution permanente. » Il fut pris comme tel. Ce combat n'était pas à armes égales : les influences de l'autorité, les ressources dont elle dispose, l'intimidation qu'elle a employée ou permise semblaient lui assurer le triomphe. Les hommes sages, les vrais amis du pays, les défenseurs de Tordre social ne désespérèrent point : ils comptèrent sur la raison publique, si bien avertie par les excès d'une opinion aveugle. Eux aussi furent actifs et zélés en proportion du danger qui menaçait la France. Dans ces circonstances difficiles, les esprits, affligés du présent, inquiets de l'avenir, cherchèrent avidement où placer leur espoir. La convocation d'une assemblée nationale, où la parole serait libre, où les opinions et les votes seraient indépendants,

%% (^JESTiONS CONSTITUTIONNELUS.

devint Tobjet 4e tous les vceux, la chance da sdut. On nes'airéta point aux mancravres pratiquées dans les Sections : les irrégalarités et les scandales pas» sèrent comme des faits de révolatton. Quel que soit, pensait-on , le mode qui réunisse des hommes diai^ gés de discuter à la fskce de la nation ses intérêts les plus chers et les plus sacrés» et d'aviser aux périls de la patrie, on peut être assuré que cette mis^on sera rraiplie. « On a vu, disait autreftns M. Bpyei^ Collard, des chambres généreuses s'échappa* des élections tourmentées par le pouvoir. »

Cependant une condition était indispensable pour que r indépendance et le courage de l'Assanblée prissent un libre essor : il foQait qu'elle fttt à Tabri de la violence , il Mlait qu'elle fût respectée.

A-t-elle donc trouvé une garantie dans cette grande et solennelle puissance attribuée au suffrage universel? A peine réunie, elle a vu mettre à exé^ cution les menaces répandues avant qu'elle f(A élue. Les hommes désignés par des millia^ de sufifrages souverains ont-ils été entourés du respect universel ? Leur aspect a-t-il imposé aux foules séditieuses? De nombreux détachements du su£fitige universel ne sont-ils pas vaius disperser les Sus du peuple et renverser le goùvemem^t qui se disait son dâégué? La représentation nationale a été pendant deux mois tenue sous la menace d'un assaut ; puis tine horrible guerre a éclaté, guerre sanglante, acharnée, souvrair qui opprœsera longtemps le cœur ites bons

CHAT. IL MI SerPRAGS !ZraVBB»L. 39

çSàHkyeo&y jowiiées qu'il fendrait Mésm^ de notre hîsteke.

Et mamtenADt «mbUerons-nous ee qui pourrait , à WBk mofloeiit éoosiéy sortir da suffrage universel? New nous refusons tous à croire que ces malheureux lecèlent dans leur &me une kaine profonde contre la soeî^ et le désir de k dissoudre : si tdle était leur iwaisée intime et otetinée, qiœls pourraient ^re toofs âus?N(»i. Ils se s<uit laissé abuser par des promeseea mens(mgères, par d'hypocrites déclamations, pur de per&tee flatteries : des hommes rongés de hAÎne et d'oi^^il les ont raipoisonnés du fiel qui tertuante dans leur cœisr. On tes a détournés de leurs YérilaUes intérêts^ de lews bons instioicts , de leur rûson naturelle. — Biais , si cela a été possible, leur suffrage m'étak duc pas à eux : ife n'ont dcmc pas YOté avec connaissauiee et liberté.

Avtms'-nous doue à conclure d'une façon absolue que, partout et toujours, le suffrage universel doit étremadmissible et rqpoussé comme funeste ?N'est41 pasi t^s cîreonstauces où cette épreuve hasardeuse pe«t avcÂr de salutaires résultats?^

Washington^ dans une lettre adressée à M. de La Fay^e , dit que le peuple est capable de seiMiir et non pas de juger. O, lorsqu'un pays est eoustitaié léguKèresEient , lorsque les institutions sont sanctionnées par rhàbitude et le respect, s^or gouvernanent exige le concours du jug^nent plutôt que Timpelsi<m du saitimett« Qui sent et m juge pas est si^^

40 QUESTIONS œNSTITUTIONNELLES.

à se tromper souvent. On d^ontre à celui qui juge; on rectifie son erreur ; on lui enseigne ce qu'il ignore. Pour que celui qui sent découvre la vérité et la raison ^ il faut qu'il les louche du doigt et de Toeil ; il faut qu'elles lui arrivent sous forme de sensation. Aussi Washington ajoute qu'il faut attendre que la conviction du peuple soit formée. Mais , si elle résulte seulement d^une sensation, elle est incapable de prévoyance ; elle suit l'événement , et ne peut employer sa force et son autorité à le prévenir. De là provient la méfiance qu'inspire à beaucoup d'esprits sages l'intervention directe des masses populaires dans les affaires de TËtat : ils redoutent soit une impétuosité aveugle et passionnée , soit une docilité servile aux infiuences de l'ambition et de Tintrigue, soit une sécurité inerte qui se refuse à avoir une opinion ou à donner ses suffrages.

Lorsqu'au contraire le suffrage universel est consulté après quelque grand événement qui a déjà produit son effet, lorsque l'épreuve en a manifesté le véritable caractère et les conséquences, le peuple, éclairé et entraîné par une conviction de sentiment, peut intervenir avec une merveilleuse autorité. Si, par un rare concours de circonstances ou par la forme même du gouvernement, la volonté nationale peut être signifiée d'une façon légale et régulière, si elle ne se heurte pas contre des pouvoirs qui lui résistent , son action présente un grand spectacle : c'est un véritable commandement de la souveraineté;

Page 1