GHÂP. U. DU SUFFRAGE UNIVERSEL
Mais, lorsque les populations d'un vaste territoire, lorsque des multitudes comptées par centaines de mille ont à élire, non pas un seul représentant, leur représentant à eux , mais une liste nombreuse, il est impossible que le suffrage soit libre et vrai. Ces listes sont nécessairement composées d'avance. L'obscur et tranquille électeur n'ira point de ville en ville, de canton en canton , proposer la transaction qui assurera au candidat présenté par lui des votes, en échange de la promesse que , de son côté , il fera donner les suffrages de sa localité aux autres candidats inscrits sur la liste colportée. Une opération si compliquée exige le zèle de l'esprit de parti , l'activité de l'intrigue ou le mécanisme de l'administration.
Il en est arrivé ce qui avait été prévu ; l'expérience est venue démontrer qu'aucun mode d'élection, parmi tant d'autres déjà essayés, n'avait jusqu'ici imposé aux électeurs une telle ignorance du devoir auquel ils étaient appelés.
Les listes étaient dressées par les commissaires envoyés dans les départements; quelquefois même ils les apportaient toutes faites ou bien ils les combinaient avec un comité réuni par leur choix ; ils commençaient par y placer leur propre nom. Là liste , ainsi convenue , était envoyée aux fonctionnaires ; leur activité était stimulée par des menaces de destitution ; des circulaires étaient destinées à répandre partout l'intimidation ; des menaces d'émeute
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étaîfôftt pK^ârée^ par les^ tMgtstraiks qiû awaîmt eu pour devoir de les réprima > \m bulletioa des âecK teurs Imx éHjùmi distribués tout imprimés et ite pcHSH Ydiast les mcïttre dans la boite sans les reoojpî^ ; la Uste de radimaistr«tioa était sur un pilier de coik* teur^ afin de recommltre si l'électeur ^ait décile ; souvent, à la porte de la satte, dans, la salle méai% les bullelius qui n'ayaieut point la couleur offîaietta étaient arrachés aux. électeurs avec ins^esM^e ou brutalité; des co^xununes rurales^ à qui était refusé le droit de voter à leur mairie » dit été^ lorsqu'on avait quelque doute sur leur ob^ssancc^ pa^ive f repoussées de Télection» parfais même avee vio* lence<, La sédition et le massacre oat ^é promis aux élus qui ne seraient pas selon le cœur des govtr vernants.
C'est avec cette cynique violence qu'a été traitée la souveraineté du peuple. Des lois eueore existant tes avaient déclaré inéligibles les agesats publics qui> par leur autorité , pouvaient exercer sur les élec^ teurs une influwce souvent semblable à la contrainte. Maintenant il s'agissait des premiers intérêts du pays y et pourtant on a supprimé les pré* cautions prescrites en &veur de la liberté et de la sincérité du vote. Ces précautions avaient s^nblé né« cessaires lorsque Télection se rapportait à une asseoir blée moins puissante, chargée de délibérer sur les aff aires courantes de la nation. Quand il était question de conférer une mission plus grande, les électeurs
CHAP. H. DtJ SUFraAÔÈ TMVEÏISXL. %
ont été livrés aox suggestions impéraitives des fonctkm&aiiH».
PbQr mieni: manifester qu^on ne fondait pas une tBf^tntîOn , mais qu'on essayait un expédient, V armée a été appdée à voter. Les soldats j habitués à la discipline et à la complète obéissance , étrangers, comme ils doivent Têtre , à la vie civile , aux opinions et aux mœurs de la cité et de la famille, ont eu à donner leurs suffrages , non point à des représentants de Tarmée, ce qui aurait été déraisonnable sans doute, mais plus conforme à îesprit du suffrage univer^ri : non ^ leurs votes sont venus de la terre d'Âftique pour être comptés dans un scrutin ouvert en Frtuice, lorsqu'ils ne pouvaient avoir aucun contact, aucun rapport avec leurs coélecteurs civils, Im-squ'ils ne pouvaient s'associer réellement à leur qpinion. Une liste était expédiée de Paris par un journal ou par un comité, sous contre-seing ministériel , et Ton savait d'avance dans le département qu'il anivwait à point nommé quinze ou dix-huit cents voix pour former l'appoint des amis du journaliste ou des favoris du comité. Vainement serait^il répondu que les chefs militaires ont respecté la liberté du soldat électeur : il le &ut croire ainsi ; mais qui ne sait la louable et indi^ensable déférence du soldat pour ses chefs ? Â qui peulril demander conseil et direction , sinon à oeux qu'il est accoutumé à respecter * T
^ Dans les premiers Jours d« septembre la Convention avait en-
Telle a été la première épreave complète du suffrage universel; cependant elle n'a été rq>ous8ée par personne, aucune voix ne s'est élevée contre le principe : le combat a été accepté. Les conditions d'une société régulière avaient disparu ; un pouvoir s'était imposé au pays par la force : autorité executive, puissance de faire et de défaire les lois politiques et civiles, de créer et d'abolir les impôts, de rompre les contrats, tout était dans sa main. Jamais nation n'a connu un despotisme si complet et tellement affranchi des règles de la justice ou des conseils de la prudence. Les principes sociaux, les droits naturels, la propriété, la famille, la liberté des transactions étaient menacés, et chaque jour ce gouvernement escomptait quelques-unes des promesses irréfléchies où il s'était engagé. Des agents étaient envoyés sur tous les points du territoire, avec la délégation du pouvoir arbitraire, pour protéger et propager le désordre. Étrange aveuglement! lorsque le pays se soumettait sans résistance, stupéfait de la
voyé pour être soumise à l'acceptation de Tarmée la nouvelle Ck>ndtitution, c'est-à-dire un de ces actes de fourberie politique avec lesquels les gouvernements de la République, du Consulat et de l'Empire ont leurré les Français et se sont joués de leur crédulité. Pichegrtt , voulant donner de l'éclat à cette dérémonie ( peutêtre pour mieux affecter un dévouement qu'il n'avait plus) , ordonna que l'armée prit les armes le 6. Après avoir entendu la lecture de cet acte qu'on adopta par acclamation , les procès-verbaux d'adhéhion furent rédigés par corps, signés individuellement, réunis ensuite et envoyés au gouvernement.
{Mémoires du maréchal Saint-Cifr),