férrier
qui a toujours rendu là liberté impossible en France, esprit d'intolérance et d'exclusion, qui fait que l'on ne se contente jamais de la liberté pour soi, si Ton n'opprime en même temps celle des autres, ne pouvaient supporter de voir l'explication de livres ] qu'elles tenaient pour sacrés, confiée à un professeur
] qui ne partageait pas leurs croyances surnaturalistes.
i D'autres, méconnaissant totalement mon caractère et
] me blâmant d'avoir accepté des rapports avec un
• gouvernement dont je n'approuve pas tous les principes, toutes les tendances et tous les actes, s'imaginèrent que je n'avais obtenu cette chaire qu'en faisant le sacrifice de mes idées. Certes, j'ai trop peu
* de souci de l'opinion passagère, et je l'ai trop souvent dédaignée pour que de tels malentendus m'eussent fait modifier en quelque chose la ligne que je m'étais tracée. Je ne crois pas à l'efficacité des calomnies ; je n'y réponds jamais; car je suis persuadé que, pour les esprits sérieux (les seuls dont l'opinion compte), la droiture de l'honnête homme se révèle
.toujours. Si l'usage du discours d'ouverture n'eût pas été établi, je ne l'eusse pas inventé. Mais, cet usage existant, y manquer, c'était reculer devant une menace, c'était donner raison à ceux qui soutenaient que je n'oserais pas avouer mes principes; c'était faire une concession à la pression du dehors ; car il
est bien certain que, si mon cours se fût ouvert dans des circonstances calmes, j'eusse débuté par une leçon inaugurale. Fidèle à mon principe de ne jamais provoquer, mais aussi de ne jamais reculer devant la provocation, je résolus de faire une première leçon dans les données ordinaires, de l'écrire, afin de bien constater que je n'accordais rien à l'imprévu, de la composer enfin comme si j'avais dû avoir pour auditoire quarante personnes déjà initiées à ces études et y prenant de l'intérêt.
Je mis le même scrupule à me conformer aux usages sur la publicité et le local. Les rédacteurs du Journal des Débats ont l'habitude d'y annoncer par une note l'ouverture de leur cours ; je fis comçie les autres, mais rien de plus. Ma première intention avait été de m'établir tout d'abord dans la salle de M. Quatremère, salle pouvant contenir une trentaine d'auditeurs, et qui semble devoir longtemps être suffisante pour réunir les personnes qui, à Paris, veulent sérieusement apprendre l'hébreu. Mais, quand il me fut démontré qu'un public considérable se présenterait, quand je me fus assuré que les derniers discours d'ouverture, en particulier celui de M. de Rougé, avaient été prononcés dans des amphithéâtres plus vastes que celui qui sert d'ordinaire au professeur, je me décidai à prendre la plus grande salle qui serait
vacante à l'heure marquée pour mon cours. Je ne fis aucun appel ; je laissai l'auditoire se former de luimême; je ne sus rien des mesures d'ordre que prit
$i-.| l'autorité.
Iv| Ce qu'on pouvait prévoir arriva. Le meilleur
moyen de dissiper les malentendus est d'être sincère. Les ligues et les cabales reposent presque toujours sur l'équivoque. Or, l'équivoque ne tient jamais devant la franchise et la droiture. Dès que j'eus mis un auditoire incertain en présence de deux ou trois phrases caractérisées, disant nettement ce qu'elles voulaient dire, toutes les coalitions cessèrent. II y eut une opposition, mais représentée par une faible minorité. Je remercie la jeunesse française du conl cours qu'elle me prêta ce jour-là. Le tact et la jus-