JUGÉE PAR LES ALLEMANDS
Rien de plus nuisible aux progrès de l'esprit humain que les jalousies nationales. On a pu autrefois accuser la France d'être, de toutes les nations, la plus dédaigneuse de l'étranger. C'est là un défaut dont elle s'est en partie corrigée. Dans l'ordre de l'instruction publique, du moins, une série de missions ont eu pour objet d'étudier le système d'éducation des peuples voisins. Nos voisins ne nous ont guère rendu la pareille, et on doit le regretter, car, si des ouvrages sur l'instruction publique en Allemagne, en Hollande, faits par des Français sont utiles, des ouvrages sur l'instruction publique en France faits par des Allemands, par des Hollandais, nous seraient bien plus utiles encore. La rareté de tels livres donne un grand prix au travail de M. Hahn1,
1. Das Unterrtchts-Wesen in Frankreich, miteiner Geschichte der Pariser Universitdt, von Ludwig Hahn; Breslau, 1848.
bien que ce travail n'ait rien d'officiel; MjHah&s' donné sa mission à lui-même, ou plutôt il/ Ta re^ du hasard, qui lui a fait passer quelques an» parmi nous.
Son livre prouve, du reste, mieux encore que Y différence de ses compatriotes, combien les univ< sites allemandes sont éloignées de goûter l'ens gnement français. 11 est difficile de pousser plus I la, sévérité. A peine est-il un point de notre systè d'enseignement qui obtienne un éloge de M. Hal et il n'en est pas un, seul auquel il n'adresse plus vives critiques. Souvent, d'ailleurs, il n'a i que puiser à l'arsenal des ennemis de l'Univers ses renseignements et ses appréciations.
L'ouvrage de M. Hahn renferme deux part distinctes : l'une consacrée à l'exposition, où il trace la législation et l'état de l'instruction put que en France; l'autre, consacrée à la critiqi où il juge d'après ses principes nos institutions nos règlements. La première partie est nécessai
«■• BN '"FAANCE. -î 26S
méat dénuée d'intérêt pour nous. Quant aux jugements de M. Hahn sur les mérites et les défauts de notre système d'éducation publique, comme ils sont évidemment ceux de la plupart de ses compatriotes, il est bon de les connaître, bien que parfois on puisse regretter qu'ils soient fondés sur une observation superficielle et sur des informations inexactes. M. Hahn a vu en passant un certain nombre de classes ; il a pris des notes avec précipitation, recueilli quelques anecdotes, et attaché de l'importance à des enfantillages. Sa critique rappelle trop souvent le trait du voyageur qui juge d'après le teint de son hôtesse celui de toutes les femmes du pays. Ainsi il raconte d'un ton scandalisé qu'un écolier de rhétorique, avec lequel il s'entretenait sur les difficultés du Phédon, lui a dit, pour se tirer d'embarras: « Ces bêtises-là, nous les passons1. » Ailleurs, il nous apprend que, quand un chef d'institution a besoin d'un maître d'études, il s'adresse à l'estaminet le plus voisin, et que les élèves appellent cela « aller à la foire aux pions » {auf den Pionsmarkt gehn)*.
Les critiques de M. Hahn qui s'adressent à l'ensemble de notre système d'instruction publique sont