‹ Questions contemporaines (volume 2)Chapitre 31 sur 52 · P. 370-376, 487 et suiv · texte numérisé non relu

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de nous dire par quoi il voudrait les rempli « Il est temps, dit-il, en terminant cette que, il est grand temps, dans l'intérêt de 1 cation classique, de réformer ces abus. En vince, encore plus qu'à Paris, on doit craindr les intérêts matériels ne prennent le dessus si système aussi insoutenable, aussi fautif; car en vince les résultats apparents du grand concou jettent pas de la poudre aux yeux. Puisse l'c gnement lui-même se laisser réformer; puiss admettre dans son sein les éléments d'un mouve original et indépendant, pour ne poîht provoque réaction radicale, qui détruirait sans ménage toute culture classique1! »

L'éducation française est jugée par M. Hahn sévèrement encore que l'instruction donnée par 1

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versité. L'éducation de famille lui paraît tout simplement impossible, puisqu'à l'entendre, il n'y a plus de famille en France. Voici à ce sujet ses paroles; inutile d'en relever l'exagération : « La France moderne ne connaît plus la famille. Pour que l'éducation paternelle fût désirable et féconde en résultats, il faudrait que les relations domestiques fussent rétablies dans leur état normal, et que, grâce à l'union intime et à l'amour sincère des époux, tous les germes de vertu et de sainteté pussent être l'objet d'une culture assidue. Mais qui oserait prétendre qu'il en est ainsi de nos jours en France? Qui ne sait que la vie conjugale est tombée si bas en ce pays, que c'est à peine si l'on y conserve encore la conscience des devoirs qu'elle impose, que c'est à peine si l'on y peut rendre l'individu responsable de ses égarements personnels, parce que, dans l'atmosphère empestée où chacun apprend à penser et à sentir, il respire avec le souffle vital la frivolité des sentiments et l'indifférence morale ? Si la vie domestique est ainsi attaquée des vers à sa base même, qui pourrait s'étonner que l'éducation de* famille soit devenue impossible ? Les parents ne voient dans les enfants, aussitôt qu'ils sont en âge de réfléchir, que des témoins incommodes de leurs infidélités réciproques, et n'ont rien de plus pressé que de s'en débarrasser. Ainsi les

collèges et les pensions s'enrichissent grâce à moralité des familles1.»

Gomment l'Université s'acquitte-t-elle de la 1 difficile de suppléer à l'éducation paternelle? crois, dit M. Hahn, qu'elle n'en a compris ni 1 rieux ni la grandeur. Dans l'enseignement, avons trouvé de fausses méthodes, un faux sys à critiquer, mais dans ce système beaucoup de f une action énergique et puissante ; quant à l'éd tion, elle est absolument nulle. L'éducation l'Université est une pure discipline. Au premier d'œil, tout est parfait ; l'ordre extérieur est irré chable ; la tenue des élèves, la ponctualité, la r larité des exercices ne laissent rien à désirer; di les heures de travail, le silence est maintenu rigueur ; durant les heures de récréation, les coi sations obscènes, la grossièreté de mœurs son nies; aucun symptôme de dépravation ne se mo Sous ce rapport, l'Université porte encore an d'hui l'empreinte de son origine* impériale. Napo qui voulait en toute chose unité, ordre et obéissi qui visait à ce que la France, comme un vaste c ne connût qu'une seule volonté, ne laissa ] échapper l'occasion de dresser militairement la

nesse; l'idéal de l'instruction publique fut à ses yeux une discipline sévère et presque rude, comme celle du soldat. Dans chaque exercice, il voulut l'exactitude de la caserne et du champ de bataille; le règlement d'un collège fut celui d'un régiment; les élèves eurent plutôt des supérieurs "que des éducateurs; ils trouvèrent même parmi leurs camarades des sous-officiers et des caporaux ; partout les règles de la subordination et la prérogative du commandement. Une éducation plus complète, conçue d'après des principes plus élevés, capable de développer les nobles facultés, de réveiller l'indépendance de la pensée et de donner à chacun la conscience de son droit, eût formé une génération comme le despotisme impérial n'en voulait pas. — Jamais la discipline ne remplacera l'éducation véritable : la discipline peut refréner les passions, mais non les diriger en les épurant ; la discipline surtout ne peut entretenir les inclinations vertueuses et les bons principes, qui seuls donnent à la vie morale une base solide, une direction assurée; elle ne fournit aucun contre-poids contre l'influence secrète des vices contagieux de la haute société. Aussitôt que la contrainte disparaît, aussitôt que le jeune homme jouit de sa liberté, il laisse un libre cours à ses premiers penchants, qui ne sont pas étouffés, et à ses

nouvelles passions, auxquelles nulle conviction raie ne met un frein1. »

« Je ne pense pas, dit ailleurs M. Hahn, q plus grand nombre des élèves des internats y de nent profondément immoraux, ni qu'ils en se plus corrompus qu'ils ne l'eussent été dai maison paternelle; mais il est certain qu'ils rapportent dans le monde aucun principe, ai conviction qui puisse les mettre en garde c l'abus de la liberté dont ils vont jouir, et conl séduction des vices de la société. Dans un tel tème d'éducation publique, la moralité de l'ind n'a plus aucune base ; nous ne devons donc pas étonner que les mœurs publiques présentent toi jours en France un spectacle plus affligeant, ment l'égoïsme, la cupidité, la frivolité, ne de draient-ils pas le levier de toute chose, si aucun bile plus noble, plus désintéressé, n'est imp dans l'âme de la jeunesse? On dit que l'Oniv s'appuie sur le sentiment de l'honneur, et p développe un des ressorts les plus puissants qui] sent aux nobles actions; c'est là une erreur; 1 versité excite et surexcite, il est vrai, l'amb qu'elle dirige vers les résultats extérieurs,

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EN FRANGE. 2t»

non le véritable honneur, lequel considère la valeur interne et morale des actions en elles-mêmes1. »

L'injustice et la partialité de ce tableau ne doivent pas nous empêcher de reconnaître ce qu'il y a de vrai dans les principes théoriques de M. Hahn. Ses erreurs out leur cause dans l'incurable prévention qu il a conçue contre le caractère français. A l'en croire, l'instruction publique sera nulle parmi nous, tant que nous n'aurons pas adopté la science que l'Allemagne appelle pédagogique. Les Allemands se montrent en général très-fiers de cette science2. Au fond pourtant, il n'y a guère sous ce rapport, entre eux et nous, qu'une seule différence : c'est que nous ne réunissons pas sous un nom commun et technique les excellents écrits que nous possédons sur l'éducation, depuis le Traité des études de Rollin. Il est vrai que, l'enseignement de nos écoles étant assujetti, dans ses moindres détails, à une autorité supérieure, cette science a dû se traduire chez nous en ordonnances et en règlements; les nombreux arrêtés émanés du ministère de l'instruction publique composent notre vraie « pédagogique ».On peut dire, si Ton veut, que le problème de l'instruction publique a été posé chez nous dans des conditions où il est insoluble. On

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ne saurait dire qu'il n'a pas été agité avec si persévérance.

L'ouvrage de M. Hahn était achevé et preaqi

tièrement imprimé avant la fin du mois de i

1848. Dans une seconde préface, datée d'av

exprime sa pensée sur les changements qu'il su

devoir s'accomplir dans l'enseignement. Mais n<

flattons pas de le trouver ici plus indulgent.

par les défauts qu'il a le plus vivement crit;

par le principe d'égalité et de centralisation,

discipline extérieure, par le mécanisme sans

qu'il trouve l'Université en harmonie avec le no

régime, et qu'il veut bien lui accorder quelque c

de vie1. Évidemment M. Hahn, tandis qu'il a

parmi nous, a été sous l'empire d'une anti{

très- vive contre notre esprit, et il n'a pas

nous comprendre. Il tombe presque dans la niai

à force de répéter que l'on ne connaît en F

d'autre mobile que l'intérêt. Hélas ! l'égoïsme (

tous les temps et de tous les pays. Il y a dans

façon de déclamer contre des maux très-réeL

sorte d'illusion d'optique fort dangereuse en his

Le siècle présent n'apparaît qu'à travers un i

de poussière soulevé par le tumulte de la vie ré

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on a peine à distinguer dans ce tourbillon les formes belles et pures de l'idéal. Au contraire, ce nuage des petits intérêts étant tombé, le passé nous apparaît grave, sévère et désintéressé. Ne le voyant que dans ses livres et ses monuments, dans sa pensée en un mot,* nous sommes tentés de croire qu'on ne faisait autrefois que penser. Ce n'est pas le fracas de la rue qui passe à la postérité. Quand l'avenir nous verra dégagés du tumulte qui nous étourdit, il nous jugera comme nous jugeons le passé. La race des égoïstes, qui n'ont le sens ni de l'art, ni de la science, ni de la morale, est de tous les temps. Mais ceux-là meurent tout entiers; ils n'ont pas leur place dans le grand tableau que l'humanité contemple derrière elle : ce sont les flots bruyants qui murmurent sous les roues du pyroscaphe dans sa course, mais se taisent derrière lui.

Quatre ans après M. Hahn, un autre Allemand, M. Holzapfel1, a repris le même sujet que lui. L'au-

1. Mittheilungen ueber Erziehung uni Unterricht in Frankrekh,, von Dr R. Holzapfel ; Berlin, 1853.

teur, placé à la tête d'une des écoles les plus in tantes de la Prusse, a fait un séjour assez pro parmi nous. Au milieu de l'inconstance qu fait d'éducation plus encore qu'en toute autre c semble le caractère de la France, un expos notre système d'instruction devient bien vite ar Une loi d'instruction publique a chez nous le t d'éclore, de vivre et de mourir durant le temps faut à un Allemand pour s'en former une idée c Le système que nous trouvons exposé et apprécié le livre de M. Holzapfel est l'ancien système, con par vingt ans de tâtonnements et parl'eiFort coi des hommes les plus éminents de ce siècle, sys qui depuis a été profondément modifié. Mais, lois se succèdent chez nous avec une rapidité so fâcheuse, les habitudes d'esprit ne changent Les idées françaises en fait d'éducation sont les arrêtées qu'il y ait. L'Université du xvme siècl jésuites d'autrefois, la nouvelle Université, les sons ecclésiastiques de nos jours, n'ont au fond < seul et même système, dont on pourrait montre les jésuites sont les vrais inventeurs, système sur trois principes essentiels : 1° la séparati< l'enfant de sa famille; 2° la constitution de g internats, où les exercices se font comme dai régiment; 3° une instruction pseudo-humaniste,

pour base une étude toute matérielle des langues anciennes, sans souci du fond des choséfe, sans critique, sans vraie philologie.

Les jugements de M. Holzapfel sur nos principes généraux en fait d'éducation (principes que l'organisation nouvelle est loin d'avoir atténués) ressemblent beaucoup à ceux de M. Hahn. M. Holzapfel ne trouve à signaler que des différences entre notre système et ce qui existe en Allemagne- La plupart des «riattiques qu'il nous adresse tiennent à la constitution même de notre société, et, si elles s'appliquent à des maux réels, ces mpux peuvent être regardés comme à peu près incurables. Ainsi ce qui le blesse pardessus tout, c'est le manque presque absolu de l'éducation de famille, c'eSt cette séquestration de l'enfant, cette façon de le tenir loin des influences qui seules peuvent former en lui des habitudes de moralité douce. A la vue des étranges'précautions prises contre l'action des parents les plus proches, à la vue de l'empressement avec lequel les parents se débarrassent de l'éducation de leurs enfants, comme d'une besogne embarrassante et difficile, M. Hahn et M. Holzapfel concluent qu'il faut que notre société soit entièrement corrompue et que les liens les plus sacrés y soient détruite sans retour* Le régime des internats, inconnu à l'Allemagne, leur semble plein

de graves inconvénients. Qu'eussent-ils dit, s'il avaî appris qu'il devait un jour être question de ren ce régime presque obligatoire et de tout réduire è qu'ils appellent le régime de la caserne? Cette ori nisation militaire, qui donne à nos collèges l'asp d'un quartier de cavalerie , est ce qui blesse le p M. Holzapfel. 11 ne comprend pas que des caractè élevés et des esprits originaux puissent sortir de ce vulgarité. Il pense, du reste, que tout cela est c< forme au caractère de notre nation, et qu'il ne f pas chercher le développement libre de l'indiv dans un pays qui n'a jamais compris que di choses : commander et obéir.

Quant à nos règlements d'instruction publiq envisagés en eux-mêmes et irfdépendamment du s tème qu'ils servent à réaliser, M. Holzapfel leur proche d'être trop nombreux, trop uniformes, et d( rien laisser à l'initiative personnelle du professe Deux Français qui ont reçu l'enseignement officiel leur pays, l'un dans l'extrême Nord, l'autre dansl' trême Sud, se trouvent en face l'un de l'autre con deux condisciples, et, s'il s'agissait de réciter un m ceau, l'un pourrait continuer la phrase que l'ai laisserait interrompue. On se figure en ce pays la perfection est atteinte, quand l'administration en mesure de dire ce que fait, à une heure doni

le professeur de telle classe à Lille et à Perpignan ; et cela, parce que toujours le régiment a été pria pour idéal. M. Holzapfel n'est pas moins choqué de la suspicion où les règlements semblent tenir les élèves et les professeurs, de cette perpétuelle attention à prévoir des abus dont la seule idée blesse l'imagination, comme si l'on supposait que la pensée des uns et des autres est toujours tournée vers le mal. L'institution des concours et nos moyens d'émulation trouvent aussi en lui un censeur bien rigide. A ses yeux, c'est là une suite de la tendance de l'esprit français à faire prévaloir le mobile de la gloire et de la vanité sur celui de la conscience et du dévoir.

On voit que M. Holzapfel est, en général, un juge sévère de nos institutions et de notre caractère national. Mais c'est un esprit éclairé et sans passion. Les hommes sérieux préfèrent les critiques de tels juges, fussent-elles exagérées, aux éloges trompeurs qu'on se décerne à soi-même pour s'aveugler sur ses défauts.

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