‹ Questions contemporaines (volume 3)Chapitre 40 sur 71 · p. 536 etsuiv · texte numérisé non relu

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Il est facile de montrer ainsi le côté faible et les inconvénients de toute institution. Mais on ne fait preuve de sagacité qu'en indiquant le remède. Le principe de l'administration française étant de se défier des libres choix faits par les supérieurs et de limiter autant que possible l'arbitraire des chefs, le concours, au moihâ pour l'enseignement secondaire, reste une nécessité. Le système de garantie, de lien réciproque et en quelque sorte d'inféodation des hommes les uns aux autres, qui fleurit en Angleterre et en Allemagne, ne saurait être appliqué en France. Le personnel de l'enseignement secondaire n'est pas chez nous, comme il l'est ailleurs, l'analogue d'une corporation religieuse : c'est une sorte d'armée ; il y faut un mode d'avancement régulier, ouïe caprice ne soit pour rien. On peut regretter que la France se soit attachée si fortement à un tel système ; mais, le système étant ce qu'il est, le concours pour les fonctions de l'enseignement secondaire en sort logiquement. Les observations de M. Hahn sont bien plus vraies en ce qui concerne l'enseignement supérieur. Ici, le concours est un moyen d'appréciation trop imparfait, et peut, d'ailleurs, être remplacé par des titres d'une autre nature. « Le concours, dit-il à ce sujet, est une des institutions les plus populaires de la France; il représente

Télément démocratique dans le domaine de l'enseignement, et répond surtout aux idées des jeunes étudiants et de ceux qui s'appellent libéraux. S'il n'était ainsi couronné de l'auréole du libéralisme, il y a longtemps qu'on aurait reconnu quels inconvénients il entraîne à côté de quelques avantages fort contestables, et, depuis quinze années, M. Cousin n'aurait pas en vain combattu ce mode de nomination avec toute la verve de sa cri-

tique*. )) (La centralis

centralisation et l'uniformité de l'instruction publique parmi nous sont pour M. Hahn l'objet de •reproches presque aussi acerbes que le système des \ concours y « On ne peut avoir qu'une seule opinion,

dit-il, sur l'organisation napoléonienne de l'Dniverî site. Il était impossible d'imaginer un système plus

I puissant et plus simple pour fonder l'unité de l'in-

struction nationale et pourvoir à la stabilité des traditions. Mais, d'un autre côté, une institution dirigée uniquement vers ce but portait en elle-même un danger immédiat, et ce danger ne s'est que trop révélé : c'était de sacrifier le progrès à la fixité, de faire dégénérer l'unité d'esprit en uniformité de méthode et de procédés, d'étouffer toutes les tenta-

tives nouvelles en fait d'éducation. En effet, la prétention hautement avouée des universitaires, c'est que, d'un bout du royaume jusqu'à l'autre, aucun changement ne survienne, soit dans la direction des études, soit dans le maintien de la discipline, qui ne soit prescrit par l'autorité centrale; c'est que, pour les méthodes d'enseignement et les livres classiques, pour la distribution des heures et les règlements disciplinaires, un collège du Nord corresponde dans les derniers détails à une école située sur la Méditerranée... Avant d'introduire quelque innovation, il faut en faire l'épreuve ; or, il est naturel que l'on hésite à tenter l'expérience sur la totalité des écoles; en sorte que, la sévère uniformité ne permettant pas de faire ces essais sur des établissements isolés, il devait en résulter que toute la corporation se trouvât enchaînée dans une complète immobilité. C'est, en effet, ce qui est arrivé. Le corps enseignant est devenu tellement stationnaire en France, que je ne connais aucune société qui, dans ce temps de progrès universel, et chez la nation la plus mobile du monde, persiste en ses voies avec autant d'aise et de satisfaction, qui repousse avec autant de dédain et de présomption toutes les méthodes étrangères, et qui soit si prompte à voir une révolution, même dans les changements les plus

însigiiifiants*... Cette uniformité me semble la cause principale de la faiblesse relative des études dans les collèges de province... Si les écoles de Paris, avec un système d'enseignement fort défectueux, produisent parfois de brillants résultats, ce sont là bien moins les fruits du système que les effets de mobiles extérieurs, qui entretiennent chez la jeunesse studieuse de la capitale une ardeur vraiment extraordinaire. Dans la province, au contraire, où ces motifs d'émulation manquent, les maîtres ne songent à rien changer ni à rien améliorer dans la méthode officielle ; souvent même ils se relâchent et se négligent à un point déplorable. La brillante routine de la capitale devient, dans le reste du pays, une besogne assoupissante, sans vie ni intérêt. Si les proviseurs et les professeurs des collèges de province pouvaient suivre leurs propres inspirations, on trouverait en plusieurs villes des centres d'instruction moins éclatants peut-être que les de Paris, mais tout aussi féconds. L'uniformité, au contraire, a étouffé la liberté et la vie ; l'égalité , absolue, c'est le souffle de la mort. . . Des deux devises de la révolution française, la liberté et l'égalité, Napoléon n'a eu égard, dans ses créations,

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