‹ Questions contemporainesChapitre 34 sur 77 · EN ALLEMAGNE. S · texte numérisé non relu

EN ALLEMAGNE. S

torique de l'esprit humain, la philologie, instrument nécessaire de cette science, voilà sa création. Certes, l'étude sérieuse et patiente des monuments antiques existait avant que l'Allemagne s'en fût emparée. Pour n'en citer qu'un seul exemple, quel admirable répertoire de solide érudition que l'ancien recueil de 'Académie des inscriptions et belles-lettres I Hais le service qu'a rendu l'Allemagne, c'est d'avoir élevé à la hauteur d'une science organisée ce qui n'avait été jusque-là qu'un délassement d'amateur, et d'avoir donné une valeur philosophique à des études qu'on envisageait comme un simple exercice de curiosité.

L'Allemagne, vous le savez, n'a pas de <c Revues » comme nous les entendons. Elle a des journaux spéciaux où chaque science dépose ses découvertes successives. Les Allemands n'écrivent pas ; ils cherchent et ils pensent. Le genre de critique difficile et brillant dont la Bévue des Deux Mondes a créé le modèle parmi nous ne va pas à la tournure de leur génie, plus soucieux du fond que de la forme. Môme différence dans l'enseignement. Les cours faits dans la manière éloquente que MM. Cousin, Yillemain, Guizot ont inaugurée en France, n'ont dans les universités allemandes aucun succès. Les enseignement) les plus spéciaux, au contraire, y ont des auditeurs,

IM LES ÉTUDBS BAVANTES

quand on est sûr d'y recueillir des idées nouTelles ou des faits nouveaux.

C'est donc dans les Journaux spéciaux que les rédacteurs d'une Revue germanique devraient, selon moi, chercher les éléments les plus considérables de leur travail. Le Journal de la Société orientale allemande est le plus abondant répertdre pour les travaux relatifs aux antiquités de l'Asie. On ferait une œuvre utile en traduisant le rapport qui parait dans chaque volume de ce recueil sur les progrès annuels des études orientales. Le journal de M. Haupt pour les antiquités germaniques, le Musée du Rhin pour l'antiquité classique, les Communications de l'institut de Perthes pour la géographie, sont aussi de précieux recueils, où notre insouciance des choses étrangères laisse s'enfotdr de véritables trésors. Le Journal pour la philologie comparée deMM.Kuhnet Aufrecht, enfin, est la publication périodique la plus intéressante que ]e connaisse, par la richesse, la variété, la finesse des découvertes qui y sont consignées. C'est là que s'est fondée la science capitale qui résume le travail philologique des dernières années, la mythologie comparée. C'est aux fines analyses de M. Kuhn et de ses collaborateurs qu'on doit la démonstration de ce résultat important, que la race indo^européemie n'a eti d'abord qu'un

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système de mythes, dont les Védas nous présentent la forme la plus ancienne, comme elle n'a eu d'abord qu'un seul vocabulaire, qui se trouve épars dans les rameaux divers de la grande famille depuis l'Islande jusqu'à Ceylan.

11 est certains hommes dont les livres se présentent avec une sorte de périodicité, et qui sont une école à eux seuls. Ce tour particulier d'esprit qui rend les Allemands impropres à composer des ouvrages, mais qui en fait d'excellents collecteurs de matériaux, devait amener quelques travailleurs au système, plus commode pour eux que pour le public, de donner leurs idées au fur et à mesure qu'elles leur viennent. En France, on s'impose de ne livrer son œuvre au public que quand elle est parfaitement mûrie et achevée ; en Allemagne, on la donne à l'état provisoire, non comme un enseignement doctrinal, mais comme une excitation à penser et comme un ferment pour les esprits. Il résulte de tout cela des livres moins bien faits que les nôtres, mais un mouvement fort supérieur au nôtre. Parmi ceux qui ont cédé à' cette tentation, indice au moins d'une très-grande activité, je citerai d'abord M. A. Weber, de l'académie et de l'université de Berlin. Je ne eonnals pas en Europe de chercbetir plus pénétrant et plus fécond. Ses Indische Studien

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