LES ÉTUDES SAVANTES
m ALLEMA6HB*
(Lettre aax directeurs de la Retme gêrmani^u^^.)
Péris, le 15 déoembre 1857.
Messieubs,
Votre projet d'une Bévue germanique réalise un des vœux que j'ai le plus souvent formés. Je n'ai point la prétention de vous suggérer des idées que vous n'ayez déjà eues. Cependanti afin de vous prouver quel intérêt je prends à votre noble des-* sein, je me permettrai de vous communiquer quel* ques réflexions sur la place que devra, ce me sem« ble, occuper dans votre recueil la partie des études allemandes dont je me suis plus particulièrement occupé.
1. Cette lettre panit dans le premier naméro de la Hwuê germer-
su LES ÉTUDES SAVANTES
Votre Bévue doit être un tableau complet des travaux intellectuels en Allemagne. Or, la partie de ces travaux qui mérite le plus, selon moi, d'attirer l'attention, ce sont les sciences historiques et philologiques. L'Allemagne, jusqu'à ces dernières années, a été égalée par la France dans le domaine des sciences physiques et mathématiques. La philosophie allemande est quelque chose de très-particulier, qui ne peut être comparé à quoi que ce soit et dont le temps seul permettra d'apprécier la valeur. Quant à l'ensemble de^ productions qu'on appelait autrefois les «ouvrages de l'esprit » et qu'on désigne maintenant du nom de « littérature », l'Allemagne n'a point échappé à la décadence générale dont les œuvres d'imagination sont frappées de nos jours : elle a eu, en ce genre, des hommes de génie ; à l'heure qu'il est, elle possède à peine quelques hommes de talent. La véritable excellence de l'Allemagne est, à mon avis, dans l'interprétation du passé. L'Allemagne a compris l'histoire bien plus comme une science que comme un art. Elle n'a pas de grands historiens dans le sens que nous attachons à ce mot ; il faut pour mériter ce nom un talent de composition qu'elle semble dédaigner; mais jamais race ne posséda une plus merveilleuse aptitude pour les recherches d'érudition. La science critique ethis-