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»d L'INSTRUCTION PUBLIQUE
santé et la plus développée. « L'Université, dit-il. en prenant l'antiquité classique pour l'objet principal et presque excluâf des études, a prétendu rendre un service inappréciable à la civilisation, ainsi qu'à la prépondérance imaginsdre de la culture française en Europe; elle insiste avec vanité sur ce bienfait, pour soutenir les intérêts de sa domination absolue ; et pourtant il est certain qu'au fond elle n'a pas la juste conscience des vraies études de l'humaniste. Elle entassé* avec surabondance la matière classique, mais sans la vivifier par l'esprit littéraire ; les formes antiques circulent journellement et passent de main en main ; mais le sens du beau antique manque profondément ; on rassemble laborieusement des pierres polies pour la construction, mais jamais elles ne s'élèvent en un édifice harmonieux; jamais on ne passe d'un aride exercice d'intelligence à une nourriture vitale de tout l'homme spirituel. Tout se borne à des applications étroites et mesquines : au lieu de fortifier les facultés intellectuelles, au lieu d'un développement où la beauté de la forme serait en harmonie avec les progrès de la rûson, on acquiert seulement une habileté singulière pour déguiser à soi-même et aux autres le vide de la pensée sous une forme creuse, éblouissante et pompeuse. On s'ima^ne conserver et continuer les tra-
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ditions philologiques de Port-Royal ; on promet à la nation des fruits comparables à ceux qu'a produits cette vigoureuse école, un nouveau siècle d'or en littérature; mais on ne s'aperçoit pas. que,. de toute cette culture classique, on a saisi l'écorce et non le fruit, en sorte qu'au lieu d'élever l'âme, cette culture n'aboutit qu'à. empirer le mal d'un siècle tout extérieur et profondément atteint de matérialisme. Un esprit étroit et formaliste est le trait caractéris* tique de l'enseignement en France; ce n'est pas une vraie culture de l'esprit; c'en est la caricar ture.
(( S*il faut conserver aux études classiques, dans l'éducation de la jeunesse, la prééminence que, durant des siècles, elles ont obtenue à bon droit et pour le salut des peuples; si elles doivent résister aux assauts d'un matérialisme impatient et uniquement attentif aux intérêts immédiats, elles dont l'action est presque entièrement désintéressée, il est absolument nécessaire que le vrai caractère, les avantages essentiels et profonds d'une telle éducation sortent d'abord pour les maîtres eux-mêmes du nuage d'un respect traditionnel et deviennent une conviction profonde. On n'entraînera pas la société sceptique avec de vaines phrases, contre lesquelles le premier argument palpable des réalistes aurait trop
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faoilement ruson. Il faut pardonner aux gens du monde de méconnaître le prix de Téducation clas* sique, de préférer pour la jeunesse l'étude des litté« ratures modernes à celle des langues mortes, de s'imaginer mieux connaître les cbefs^'œuvre de l'antiquité au moyen de bonnes traductions que par une étude de dix années ; tous ces faciles arguments ont gain de cause» si on ne leur oppose qu'une prétendue pédagog^Oi au fond tout ausa banale, qui ne traite pas les langues anciennes autrement que les langues modernes, qui fait moins pénétrer dans l'esprit des anciens, dans le développement harmonieux de leur pensée, que ne le ferait une traduction supportable, qui enûn ne repose sur aucune idée saine des lois de la gymnas-* tique intellectuelle, sur aucune étude approfondie du développement lent et graduel des facultés tel qu'il doit résulter des études littéraires.
« On entend répéter de toutes parts des phrases stéréotypées sur la beauté et la simplicité des études classiques et sur leurs avantages pour le développement intellectuel \ mais, au delà de ces phrases, au delà des lieux communs généralement répandus, on ne trouve dans la conscience et dans la pra«tique de la plupart des maîtres aucun principe, aucune étoile conductrice. L*étude des langues ao^
ciennes, de moyen qu'elle étaiti est devenue 1& fln de l'éducation ; d'œuvre patiente qu'elle devait être, elle est devenue un pur exercice mécanique pour acquérir une routine tout artificielle. Tan^ dis que l'avantage spécial de l'étude d'une langue morte est d'être une logique pratique, par l'analyse qu'elle exige des formes 'du langage, et que, par conséquent, il s'agit, dans ce premier travail, non d'écarter les difficultés, mais d'apprendre métliodiquement à les surmonter, qu'il ne s'agit point, dis-Je, d'abréger la route, puisque, en un sens, la route est elle-même la fin et le but, tout l'art de renseignement classique en France consiste à faire arriver le plus promptement possible à l'intelligence facile des auteurs, ou à un style agréable en latin ; et cela, en éludant toutes les difficultés grammaticales et logiques. La grammaire devient ainsi un recueil de procédés et d'artifices pratiques, fondés bien plutôt sur l'analogie extérieure que sut la nécessité rationnelle ; l'exemple, au lieu de ne faire qu'éclaircir la règle, devient le principal, la règle ne servant qu'à éclaircir l'exemple. La traduction en langue ancienne est bien moins une application intelligente des règles qu'une réunion machinale de phrases apprises par cœur, un travail tout aveugle. Dans l'explication des auteurs, on néglige le soin
de pénétrer le développement de la pensée, et on ne recherche qu'une élégance suspecte dans le style français. Envisageons en détail la nature de cet enseignement pseudo^humaniste ^ • . »
M. Hahn examine de ce point de vue toutes les branches de notre enseignement classique. Les études grammaticales sont*de toutes les plus maltraitées; l'auteur s'élève avec force (et ici, il faut l'avouer, avec quelque raison) contre le tour mécanique et la méthode extérieure de nos rudiments, contre l'usage du « mot à mot » et les « cahiers d'expressions ». Il se révolte contre les « que retranchés », les (i de qui peuvent se tourner par qui s* appelle », et autres recettes du même genre. Il voudrsdt une * méthode philologique, et la substitution d'un ouvrage élémentaire analogue à la Méthode latine de M.' Burnouf (plus conforme elle-même aux méthodes allemandes) à la grammaire artificielle et sans logique de Lhomond. Cette partie du travail de M. Hahn (p. 386-A02) est pleine d'observations plus ou moins sévères, mais toujours originales, et que l'habitude seule nous empêche de faire. L'usage des vers latins réveille sa verve et son antipathie contre les habitudes un peu extérieures de notre éducation