P, nu, u
EN FRANCE. m
on a peine à distinguer ésuSa ce tonrbillon les formes belles et pures de l'idéal. Au contraire, ce nuage des petits intérêts étant tombé, le passé noas apparaît grave, sévère et désintéressé» Ne le voyant que dans ses livres et ses monuments^ dans sa pensée en un mot, nous sommes tentés de croire qu'on ne faisait autrefois que penser. Ce n'est pas le fracas de la rué qui passe à la postérité. Quand ravenir nous verra dégagés du tumulte qui nous étourdit, il notts jugera comme nous jugecms le passé. La race des égoïstes, qui n'ont le sens ni de l'art, ni de la science, ni de la morale, est de tous les temps. Mais ceux-là meurent tout entiers; ils n'ont pas leur place dans le grand tableau que l'humanité contemple derrière elle : ce ixmt les iotâ bruyants qui murmurent sous les roues dn pyroscaphe dans sa course, meus se tbisent derriètislui.
Quatre ans après H. Hahn, un autre Allemand, It. IlolzapfelS a repris lé même sujet que lui. L'au-
1. Mittheilungen uebêr Ersiehung und Unterricht in Frankreich, VDQ ïy R. HoUapfcl ; Ëcrliû, 1853.
leur, placé à la tête d'une des écoles les plus importantes de la Prusse, a fait un séjour assez prolongé parmi nous. Au milieu dç l'inconstance qui, en fait d'éducation plus encore qu'en toute autre chose, semble le caractère de la France, un exposé de notre système d'instruction devient bien vite arriéré. Une loi d'instruction publique a chez nous le temps d'éclore, de vivre et de mourir durant le temps qu'il faut à un Allemand pour s'en former une idée claire. Le système que nous trouvons exposé et apprécié dans le livre de M. Holzapfel est l'ancien système, constitué par vingt ans de tâtonnements et par l'effort combiné des hommes les plus éminents de ce siècle, système qui depuis a été profondément modifié. Hais, si les lois se succèdent chez nous avec une rapidité souvent fâcheuse, les habitudes d'esprit ne changent pas. Les idées françaises en fait d'éducation sont les pins arrêtées qu'il y ait. L'Université du xvm® siècle, les jésuites d'autrefois, la nouvelle Université, les msdsons ecclésiastiques de nos jours, n'ont au fond qu'un seul et même système, dont on pourrait montrer que les jésuites sont les vrais inventeurs, système fondé sur trois principes essentiels : l"" la séparation de l'enrant de sa famille; S"" la constitution de grands
internats, où les exercices se font comme dans un régiment; 3° une instruction pseudo-humaniste, ayant
EN FRANCE. i93
pour base une étude toute matérielle des langues anciennes, sans souci du fond des choses, sans critique, sans vraie philologie.
Les jugements de M. Holzapfel sur nos principes généraux en fait d'éducation (principes que l'organisation nouvelle est loin d'avoir atténués) ressemblent beaucoup à ceux de M. Hahn. M. Holzapfel ne trouve à signaler que des dlfTérences entre notre système et ce qui existe en Allemagne. La plupart des critiques qu'il nous adresse tiennent à la constitution même de notre société, et, si elles s'appliquent à des maux réels, ces maux peuvent être regardés comme à peu près incurables. Ainsi ce qui le blesse pardessus tout, c'est le manque presque absolu de l'éducation de famille, c'est cette séquestration de l'enfant, cette façon de le tenir loin des influences qui seules peuvent former en lui des habitudes de moralité douce. A la vue des étranges précautions prises contre l'action des parents les plus proches, à la vue de l'empressement avec lequel les parents se débarrassent de l'éducation de leurs enfants, comme d'une besogne embarrassante et difficile, H. Hahn et M. Holzapfel concluent qu'il faut que notre société soit entièrement corrompue et que les liens les plus sacrés y soient détruits sans retour. Le régime des internats, inconnu à l'Allemagne, leur semble plein
de gravesiacoavénients. Qu' eussent-ila dit, s'il avaient appris qu'il devait im jour être qpiestion de rendre ce régime presque obligatoire et de tout réduire k ce ({u'ils app^ent le régime de b caserne? Cette organidation miJîtaire, qui donne à nos collèges l'aspect d'un quartier de cavalerie , est ce qui blesse le plus Bl. Ek)bap&h 11 ne* comprend pas que dea caractères élevés eltdes esprits originaux pui3seiUi sortir de cetto vulgarité. U pense, du reste,, que tout ceU est conforme au caractère de notre nation, et qu'il ne faut pas chercher le développement libre de l'individu dans un pays qui n'a jamais compris que deux choses : ccMumander et obéir.
Quant à nos règlements d'instruction publ^ipie, envisagés en eux-mêmes et indépendamment du sysr tème qu'ils servent à réaliser. M, Holzapfel leur reproche d'être trop nombreux, trop uniformes,, et de ne rien laissa: à l'initiative personnelle du pro&ssesr. Deux Français qui ont reçu l'enseignement officiel de leur pays, l'un da^s l'extrême Nord, l'autre dans l'extrême Sud, se trouvent en face l'un de l'avtre comme deux condisciples, et, s'il s'agissait de réciter un mor-ceau, l'un pourrait continuer la phrase que l'antre laisserait interrompue. On se figure en ce paya <|ue la perfection est atteinte, quand l'adminidtratioft est en mesure de dire ce que fait, à une heure 4onn4e,
le professeur de telle classe à Lille et à Perpignan ; et cela, parce que toujours le régiment a été pris pour idéal. H. Holzapfel n'est pas moins choqué de la suspicion où les règlements semblent tenir les élèves et les professeurs» de cette perpétuelle attention à prévoir des abus dont la seule idée blesse l'imagination, comme si Ton supposait que la pensée des uns et des autres est toujours tournée vers le mal. L'institution des concours et nos moyens d'émulation trouvent aussi en lui un censeur bien rigide. A ses yeux, c'est là une suite de la tendance de l'esprit français à faire prévaloir le mobile de la gloire et de la vanité sur celui de la conscience et du devoir.
On voit que M. Holzapfel est, en général, un juge sévère de nos institutions et de notre caractère national. Hûs c'est un esprit éclairé et sans passion. Les hommes sérieux préfèrent les critiques de tels juges, fussent-elles exagérées, aux éloges trompeurs qu'on se décerne à sQi-^môme pour s'ayeugler sur ses défauts