‹ Questions contemporainesChapitre 58 sur 77 · Too^i I*^, pages 90 et suivantes · texte numérisé non relu

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ne prêtent à aucune équivoque. Le judaïsme fournit le levain qui provoqua la fermentation, voilà tout. L'élément hellénique et romain d'abord, puis l'élément germanique et celtique prirent complètement le dessus» s'emparèrent exclusivement du christianisme, et lé développèrent dans un sens fort différent de ses origines premières. Schleiermacher et l'école catholique de Munich, M. Lassaulx par exemple, sont dans le vrai quand ils proclament que Socrate et Platon sont bien plus nos ancêtres et plus près de Jésus-Christ que les rudes bédouins du temps de Josué et de David, ou que les juifs de la ligne pharisaïque (les vrais juifs), étroits, haineux, animés d'un fort esprit d'exclusion. M. de Bunsen est dans le vrai quand il pense que le perfectionnement successif du christianisme doit consister à s'éloigner de plus en plus du judaïsme pour faire prédominer dans son sein le génie de la race indo-européenne» Il y aurait injustice à oublier le service de premier ordre que le peuple juif et le peuple arabe ont rendu à l'humanité en tranchant d'un coup de ciseau hardi l'écheveau inextricable des mythologies antiques ; mais c'est là un service négatif, qui n'a eu sa pleine valeur que grâce à l'excellence des races européennes. L'islamisme, qui n'est pas tombé sur une terre aussi bonne, a été en somme plus nui*

•ible qu'utile à l'espèce humaine ; il a tout étouffé par aa sécheresse et sa désolante simplicité. Le chrit* tianisme n'a échappé à ce danger que parce que l'élément sémitique a toujours été en lui trës-combattu et a fini par être à peu près éliminé.

Par suite de ses tendances plus juives que chré* tiennes, M. Salvador porte, dans sa manière de juger les questions religieuses, un esprit très-absolu. Il est injuste pour le protestantisme, parce qu'il ne le voit pas afficher de prétention au droit divin en toute chose; il ne comprend pas l'avenir du christianisme libre tel que les peuples germaniques le conçoivent; 11 ne tient pas assez de compte de l'Angleterre, des États-Unis; il ne s'aperçoit pas de l'envahissiement du monde par la race anglo-saxonne. La séparation du spirituel et du temporel, dont la société juive et la société musulmane n'eurent guère d'idée, et qui a été le salut de l'Europe chrétienne, H. Salvador ne l'admet qu'avec réserve. Il voudrait (ce dont Dieu nous préserve I) que ces deux pouvoirs pussent retrouver un jour leur unités Une certûne tendance théocratique se fait jour cà et là. En cela, M. Salvador se montre encore un vrai Sémite. Les deux grandes formes de la civilisation sémitique ont cela

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de propre qu'elles n'admettent pas le gouvernement civil dans le sens où nous l'entendons. Le pouvoirt pour le Juif comme pour l'Arabe^ vient toujours de Dieu : système déplorable, qui a livré les peuples musulmans au despotisme, sans une ombre de garan*» Ue ni de tempérament, et a créé cet affreux état de société qu'offre l'islam depuis six ou sept cents ans! La théocratie, en attribuant au pouvoir une origine spirituelle, plaît aux esprits élevés; mus elle renferme un poison caché, qui la rend toujours funeste : elle ne peut produire que des pouvoirs absolus. Le principe germanique, que le pouvoir, à ses différents degrés, est la propriété de celui qui l'exerce, en apparence si mesquin, est en réalité bien meilleur; car, selon cette manière de voir, tout devient droit personnel ; chacun a sa charte, chacun est roi dans sa forteresse. Il est certain du moins que c'est la notion de la souveraineté ainsi conçue qui a fondé dans le monde la liberté.

Là est la grande différence qui sépare H. Salvador de nous autres libéraux. M* Salvador veut unir et fonder; il songé à un pouvoir spirituel, il voudrait un symbole et un dogme établi. Nous autres, nous voudrions que chacun eût son symbole; nous crain* drions de trop fortes unions, car elles nuiraient à la liberté. Comme toutes les natures exaltées, M. Sal-

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vador aime l'unité. Pour nous, au contraire, la divi^ sion est la condition de la liberté. Il dépendrait de quelqu'un de fondre les nations en une seule nation, les Églises en une seule Église, les sectes, les écoles, en une seule secte, en une seule école, qu'il faudrait s'y opposer. Le vieux monde romain a péri par l'unité, le salut du monde moderne sera sa diversité. M. Salvador invite le siècle à regarder vers l'orient et le sud; nous autres, nous lui disons : Fuyez vers le nord et vers l'ouest. L'Orient n'a jamais rien produit d'aussi bon que nous. Qu'y a-t-il de juif dans notre christianisme germanique et celtique, dans saint François d'Assise, dans sainte Gertrude, saint Bernard, sainte Elisabeth, et plus récemment dans Vincent de Paul, Schleiermacher, Channing? Est-ce à ces fleurs écloses au souffle romantique et charmant de nos mers et de nos montagnes que vous comparerez vos Esther et vos Mardochée? Qu'y a-t-il de juif dans le livre àeY Imilationy dans la vie monastique, cet élément si capital du christianisme, dans la pauvreté, cette charmante vertu toute chrétienne, dans nos saints de l'époque mérovingienne, nos vrais saints? Restons Germains et Celtes; gardons notre « évangile éternel », le christianisme tel que l'a fait notre verte et froide nature. Tout ce qu'il y a de bon dans l'humanité s'y est greffé, tout progrès moral

s'est identifié avec lui. Une sorte de crudité native» et comme un péché originel» distingue les pays et les races sur lesquels cette excellente discipline n'a point passé. Remarquons, d'ailleurs, que le fait historique des origines est ici peu de chose, que la biographie est d'intérêt secondaire : l'idée est tout en pareille matière. Il sortirait de dessous terre un document qui montrerait que l'estime personnelle qu'on a faite jusqu'ici d'Aristote a été exagérée, qu'il n'est pas l'auteur des écrits ou des doctrines qu'on lui attribue, nous n'en resterions pas moins aristotéliciens. Le nom propre n'est ici qu'une marque d'origine, dont l'exactitude n'importe qu'à l'érudit.

La question religieuse de l'avenir se trouve ainsi fort limitée. Aucune grande création religieuse complètement originale ne naîtra dans notre civilisation. Les tentatives dans le genre du saint-simonisme reposent sur un malentendu; elles veulent appliquer le nom de religion à des choses qui n'ont rien de religieux, telles que le bien-être, l'industrie. Où trouver en tout cela la part de l'abnégation, du dévouement, le sacrifice du réel à l'idéal, qui est l'essence même de la religion? Les tentatives de l'école révolutionnaire ne sont pas moins entachées d'erreur. La Révolution est un fait tout profane; son dernier mot, c'est le code civil. Si l'Amérique renferme

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encore assez d'ignorance et d'énergie de nature pour qu'il puisse y éclore un de ces mouvements singuliers qui n'ont guère de titre à la créance que d'avoir résisté aux sai*casmes de deux ou trois générations, on peut affirmer que le rationalisme environnant sera néanmoins assez fort pour les empêcher de doubler le cap après lequel la foi aveugle devient tradition. Les religions, comme l'araignée, ont besoin d'un point d'attache pour suspendre leur toile. Ce point d'attache manquera aux essais nouveaux. Le christianisme seul reste donc en possession d'un avenhr. Seulement, le christianisme est tout un monde : il faut, pour se faire une idée de ses révolutions futures, étudier son état actllel et la proportion des partis qui se sont formés dans son sein.

De tout temps, le christianisme a été trës-divisé. Résultat de trois siècles d'efforts individuels, il trouva le principe de sa force dans cette division même et dans l'extrême activité qu'elle produisait. L'organisation primitive du christianisme fut en quelque sorts municipale, chaque Église existant par elle*même et

toutes les Églises communiquant entre elles par des épitres et des envoyés reconnus. Les Églises ne firent, à vrai dire, que continuer le vaste système de synagogues qui couvrait l'empire à l'époque d'Auguste,

et qui s'est continué chez les juifs jusqu'aux temps

modernes. La vie intime des communautés juives, au moyen âge et encore de nos jours dans les pays où le judaïsme a conservé son organisation originale, est le modèle de ce qui se passait dans les Églises du temps de saint Paul : mêmes rivalités, mêmes cabales, même éveil sur les questions de doctrine, de discipline, de hiérarchie. « Les Églises » ont devancé o l'Église », et même quand celle-ci, devenue officielle, cherche à reproduire dans son sein l'unité de l'empire, la division s'opère par un autre côté. Dn parti d'opposition rationnelle se fait jour sous le nom d'arianisme et balance pendant près d'un siècle la destinée de TÉglise orthodoxe. Quand ce type de christianisme , trop avancé pour le temps, disparait, sauf à revivre mille années après, une opposition bien plus profonde, celle qui tient aux races, commence à se manifester. L'Église se coupe selon la division des deux grandes familles du monde antique. Ce que Rome impériale n'avait pu faire, Rome chrétienne ne le put davantage. De même que la langue latine, à Theure où elle étendait ses conquêtes

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ju8qu*en Ecosse, s'arrêtait à Naples, devant la ligne grecque du midi de l'Italie; de même T Église romaine se trouva impuissante devant l'Église grecque. Photius ne fit qu'obéir à une nécessité historique; la séparation était faite depuis Constantin. Ces deux branches du christianisine continuent leur propagande durant tout le moyen ftge : l'une s'assimile les peuples germaniques, l'autre les peuples slaves; longtemps elles se disputent l'empire. L'Église grecque, supérieure en culture à l'Église latine jusqu'au X* ou xi"" siècle S lui devient très-vite inférieure du côté de la force morale : l'islamisme l'écrase; les Slaves, qu'elle s'est affiliés, se réveillent tard ; le latinisme, au xvi* siècle, prend une immense supériorité. Cette supériorité aboutit, comme toutes les renaissances, à une scission. Le grand réveil chrétien, le protestantisme, se produit dans l'Église latine. La force, la profondeur, la liberté du génie germanique éclatent. Ce génie, qui ne s'était assu-

1. La première moitié du moyen ftge latin n*a pas un homme d*ane aussi vaste lecture ni d'une aussi belle instruction que Photius. Au xir et au xiii* siècle, TOccident est supérieur; aucun Byzantin n'égale Abélard et Roger Bacon. Cependant, au iiv* et au &v* siècle, les Grecs sont encore nos maîtres; c'est à eux en grande partie qu'on doit la renaissance italienne. Pléthon, Manuel Paléologue et Bessarion étaient après tout les premiers hommes de leur temps pour la culture de l'esprit.

jettl qu'à regret au gouvernement spirituel de Rome, réclame ses droits et se crée un christianisme à sa manière, lequel, après beaucoup de tâtonnements, arrive, vers la fin du xviii* siècle et au xix% à une hauteur inconnue jusque-là. L'Allemagne à cette époque réalise la plus belle religion qui ait été professée, et cette religion s'appelle toujours christianisme. Ainsi, à côté des deux vieilles orthodoxies, grecque et latine, qui restent enchaînées dans leurs symboles, se produit une nouvelle forme de christianisme, dont la dernière conséquence, qui est le christianisme libre, ne s'aperçoit que de notre temps. Trois puissances destinées à toujours se combattre sans jamais s'anéantir ni même s'affaiblir, à plus forte raison sans pouvoir se réunir, divisent la chrétienté, et, en la préservant de toute domination exclusive, assurent son avenir, j'ose dire aussi l'avenir de la philosophie et de la liberté.

Cette triple division de la famille chrétienne, en effet, n'est pas, comme l'arianisme, le pélagianisme, une simple division de sectes : elle correspond à des divisions naturelles, à celles que trace dans* le monde civilisé la séparation des races latines, germaniques, gréco-slaves. L'Angleterre tout entière se laisserait séduire à la critique inintelligente du docteur Pusey, qu'elle ne se réconcilierait

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pas avec le pape. Les théologiens grecs et laUns s'entendraient sur filioquey que Rome pour cela ne régnerait pas à Moscou* L'inutilité des efforts que ces trois Égli3es ont faits pour s'absorber est désormais démontrée. Au moyen âge, l'Église latine pèse sur l'Église grecque et sur les petites Églises orientales, qu'on peut considérer comme des annexes de l'Église grecque, du poids de sa supériorité militaire r depuis le XTi^ siècle, elle pèse encore sur elles du poids de sa diplomatie et de toute l'importance que lui donne parmi les Slaves la possession de la Pologne. Elle détache du tronc oriental des branches entières, Arméniens unis^ Maronites, grecs unis. Les Turcs infligent à l'Église grecque un affront en apparence éternel. Mais voici qu'au bout de quatre ou cinq cents ans, l'Église grecque ressuscite. Une conquête qui pendant des siècles sembla de peu d'importance, celle des Russes, lui confère en un jour un principat égal à celui des Latins. La race Imaginative et résistante des Slaves se substitue à la race grecque affaiblie^ et, au bout de dix siècles , Tœuvre de Photius se retrouve comme un phénomène c^qiital de l'histoire du monde. Le protestantisme ne s'est pas montré moins obstiné : Philippe II, Pie V, le duc d'Âlbe, les jésuites, Louis XIV s'y sont brisés ; Thérésie, qu'on proclamait exterminée, est restée maîtresse des parties les plus

vivantes de l'Europe. Rien donc ne sortira de la lutte réciproque des trois familles chrétiennes : leur équilibre n'est pas moins assuré que celui des trois grandes races auxquelles le monde appartient; leur division préservera l'avenir contre les excès d'un pouvoir religieux trop fort, comme la division de l'Europe doit empêcher à jamais le retour de cet orbis ranumusy de ce cercle fermé, où nul recours n'était possible contre la redoutable tyrannie qu'engendre toujours l'unité.

La propagande de ces trois grandes Églises sur les portions non encore chrétiennes du monde changera-t-elle quelque chose à leur situation respective ? En d'autres termes, quel est l'avenir des missions catholiques, gréco-russes et protestantes 7 Une constante expérience permet de s'exprimer sur ce point avec beaucoup de précision. Peu de dévouements sont aussi respectables que celui du missionnaire; peu d'institutions ont rendu et peuvent rendre aux sciences historiques et géographiques des services aussi grands que les établissements de propagande. Si de nos jours les missions protestantes remplissent presque seules ce noble rôle, par suite de la fâcheuse indifférence pour les sciences que montrent trop souvent les missionnaires catholiques, il ne faut pas oublier les belles missions

pas avec le pape. Les théologiens grecs et latins s'entendraient sur fiUoquCy que Rome pour cela ne régnerait pas à Moscou. L'inutilité des efforts que ces trois Égli3es ont faits pour s'absorber est désormais démontrée. Au moyen âge, l'Église latine pèse sur l'Église grecque et sur les petites Églises orientales, qu'on peut considérer comme des annexes de l'Église grecque» du poids de sa supériorité militaire ;* depuis le xvi^ siècle» elle pèse encore sur elles du poids de sa diplomatie et de toute l'importance que lui donne parmi les Slaves la possession de la Pologne. Elle détache du tronc oriental des branches entières, Arméniens unisi Maronites, grecs unis. Les Turcs infligent à l'Église grecque un affront en apparence éternel. Mais voici qu'au bout de quatre ou cinq cents ans, l'Église grecque ressuscite. Une conquête qui pendant des siècles sembla de peu d'importance, celle des Russes, lui confère en un jour un principat égal à celui des Latins. La race Imaginative et résistante des Slaves se substitue à la race grecque affaiblie, et, au bout de dix siècles , l'œuvre de Photius se retrouve comme un phénomène capital de l'histoire du monde. Le protestantisme ne s'est pas montré moins obstiné : Philippe II, Pie V, le duc d'Albe, les jésuites, Louis XIV s'y sont brisés ; Thérésie, qu'on proclamait exterminée, est restée maîtresse des parties les plas

vivantes de l'Europe. Rien donc ne sortira de la lutte réciproque des trois familles chrétiennes : leur équilibre n'est pas moins assuré que celui des trois grandes races auxquelles le monde appartient; leur division préservera l'avenir contre les excès d'un pouvoir religieux trop fort, comme la division de l'Europe doit empêcher à jamais le retour de cet orbù ramanusy de ce cercle fermée où nul recours n'était possible contre la redoutable tyrannie qu'engendre toujours l'unité.

La propagande de ces trois grandes Églises sur les portions non encore chrétiennes du monde cbangera-t-elle quelque chose à leur situation respective ? En d'autres termes, quel est l'avenir des missions catholiques, gréco-russes et protestantes 7 Une constante expérience permet de s'exprimer sur ce point avec beaucoup de précision. Peu de dévouements sont aussi respectables que celui du missionnaire; peu d'institutions ont rendu et peuvent rendre aux sciences historiques et géographiques des services aussi grands que les établissements de propagande. Si de nos jours les missions protestantes remplissent presque seules ce noble rôle, par suite de la fâcheuse indiiférence pour les sciences que montrent trop souvent les missionnaires catholiques, il ne faut pas oublier les belles missions

pas avec le pape. Les théologiens grecs et latins s'entendraient sur fiUoquCy que Rome pour cela ne régnerait pas à Moscou. L'inutilité des efforts que ces trois Églises ont faits pour s'absorber est désormais démontrée. Au moyen âge, l'Église latine pèse sur l'Église grecque et sur les petites Églises orientales, qu'on peut considérer comme des annexes de l'Église grecque, du poids de sa supériorité milit^ûre r depuis le XYi* siècle, elle pèse encore sur elles du poids de sa diplomatie et de toute l'importance que lui donne parmi les Slaves la possession de la Pologne. Elle détache du tronc oriental des branches entières, Arméniens unis^ Maronites, grecs unis. Les Turcs infligent à l'Église grecque un affront en apparence éternel. Mais voici qu'au bout de quatre ou cinq cents ans, l'Église grecque ressuscite. Une conquête qui pendant des siècles sembla de peu d'importance, celle des Russes, lui confère en un jour un principat égal à celui des Latins. La race Imaginative et résistante des Slaves se substitue à la race grecque affaiblie, et, au bout de dix siècles , l'œuvre de Photius se retrouve comme un phénomène capital de l'histoire du monde. Le protestantisme ne s'est pas montré moins obstiné : Philippe II, Pie V, le duc d'Albe, les jésuites, Louis XIV s'y sont brisés ; l'hérésie, qu'on proclamait exterminée, est restée maîtresse des parties les plus

vivantes de l'Europe. Rien donc ne sortira de la lutte réciproque des trois familles chrétiennes : leur équilibre n'est pas moins assuré que celui des trois grandes races auxquelles le monde appartient; leur division préservera l'avenir contre les excès d'un pouvoir religieux trop fort, comme la division de l'Europe doit empêcher à jamais le retour de cet orbis ramanusy de ce cercle fermé» où nul recours n'était possible contre la redoutable tyrannie qu'en* gendre toujours l'unité.

La propagande de ces trois grandes Églises sur les portions non encore chrétiennes du monde cbangera-t-elle quelque chose à leur situation respective ? En d'autres termes, quel est l'avenir des missions catholiques, gréco-russes et protestantes ? Une constante expérience permet de s'exprimer sur ce point avec beaucoup de précision. Peu de dévouements sont aussi respectables que celui du missionnaire; peu d'institutions ont rendu et peuvent rendre aux sciences historiques et géographiques des services aussi grands que les établissements de propagande. Si de nos jours les missions protestantes remplissent presque seules ce noble rôle, par suite de la fâcheuse indifférence pour les sciences que montrent trop souvent les missionnaires catholiques, il ne faut pas oublier les belles missions

pas avec le pape. Les théologiens grecs et latins s'entendraient sur filioque, que Rome pour cela ne régnerait pas à Moscou. L'inutilité des efforts que ces trois Églises ont faits pour s'absorber est désormais démontrée. Au moyen âge, l'Église latine pèse sur l'Église grecque et sur les petites Églises orientales, qu'on peut considérer comme des annexes de l'Église grecque, du poids de sa supériorité militaire ; depuis le XYi* siècle, elle pèse encore sur elles du poids de sa diplomatie et de toute l'importance que lui donne parmi les Slaves la possession de la Pologne. Elle détache du tronc oriental des branches entières, Arméniens unis^ Maronites, grecs unis. Les Turcs infligent à l'Église grecque un affront en apparence éternel. Mais voici qu'au bout de quatre ou cinq cents ans, l'Église grecque ressuscite. Une conquête qui pendant des siècles sembla de peu d'importance, celle des Busses, lui confère en un jour un principat égal à celui des Latins. La race imaginative et résistante des Slaves se substitue à la race grecque affaiblie, et, au bout de dix siècles , l'œuvre de Photius se retrouve comme un phénomène capital de l'histoire do monde» Le protestantisme ne s'est pas montré moins obstiné : Philippe II, Pie V, le duc d'Albe, les jésuites, Louis XIV s'y sont brisés ; l'hérésie, qu'on proclamait exterminée, est restée maîtresse des parties les plus

vivantes de l'Europe. Rien donc ne sortira de la latte réciproque des trois familles chrétiennes : leur équilibre n'est pas moins assuré que celui des trois grandes races auxquelles le monde appartient; leur division préservera l'avenir contre les excès d'un pouvoir religieux trop fort, comme la division de l'Europe doit empêcher à jamais le retour de cet orbis rofnanusy de ce cercle fermé, où nul recours n'était possible contre la redoutable tyrannie qu'engendre toujours l'unité.

La propagande de ces trois grandes Églises sur les portions non encore chrétiennes du monde cbangera-t-elle quelque chose à leur situation respective 7 En d'autres termes, quel est l'avenir des missions catholiques, gréco-russes et protestantes 7 Une constante expérience permet de s'exprimer sur ce point avec beaucoup de précision. Peu de dévouements sont aussi respectables que celui du missionnaire; peu d'institutions ont rendu et peuvent rendre aux sciences historiques et géographiques des services aussi grands que les établissements de propagande. Si de nos jours les missions protestantes remplissent presque seules ce noble rôle, par suite de la fâcheuse indifférence pour les sciences que montrent trop souvent les missionnaires catholiques, il ne faut pas oublier les belles missions

pas avec le pape. Les théologiens grecs et latins s'entendraient sur filioqu€y que Rome pour cela ne régnerait pas à Moscou. L'inutilité des efforts que ces trois ÉgU3es ont faits pour s'absorber est désormais démontrée. Au moyen âge, l'Église latine pèse sur l'Église grecque et sur les petites Églises orientales, qu'on peut considérer comme des annexes de l'Église grecque, du poids de sa supériorité militaire 7 depuis le XVI* siècle, elle pèse encore sur elles du poids de sa diplomatie et de toute l'importance que lui donne parmi les Slaves la possession de la Pologne. Elle détache du tronc oriental des branches entières. Arméniens unis^ Maronites, grecs unis. Les Turcs infligent à l'Église grecque un affront en apparence éternel. Mais voici qu'au bout de quatre ou cinq cents ans, l'Église grecque ressuscite. Une conquête qui pendant des siècles sembla de peu d'importance, celle des Russes, lui confère en un jour un principat égal à celui des Latins. La race Imaginative et résistante des Slaves se substitue à la race grecque affiaûblie^ et, au bout de dix siècles , l'œuvre de Photius se retrouve comme un phénomène capital de l'histoire du monde* Le protestantisme ne s'est pas montré moins obstiné : Philippe II, Pie V, le duc d'Albe, les jésuites, Louis XIV s'y sont brisés ; l'hérésie, qu'on proclamait exterminée, est restée maltresse des parties les plus

vivantes de l'Europe. Rien donc ne sortira de la lutte réciproque des trois familles chrétiennes : leur équilibre n'est pas moins assuré que celui des trois grandes races auxquelles le monde appartient; leur division préservera l'avenir contre les excès d'un pouvoir religieux trop fort, comme la division de l'Europe doit empêcher à jamais le retour de cet orbis romanusy de ce cercle fermé, où nul recours n'était possible contre la redoutable tyrannie qu'engendre toujours Funité.

La propagande de ces trois grandes Églises sur les portions non encore chrétiennes du monde cbangera-t-elle quelque chose à leur situation respective ? En d'autres termes, quel est l'avenir des missions catholiques, gréco-russes et protestantes 7 Une constante expérience permet de s'exprimer sur ce point avec beaucoup de précision. Peu de dévouements sont ausâ respectables que celui du missionnaire; peu d'institutions ont rendu et peuvent rendre aux sciences historiques et géographiques des services aussi grands que les établissements de propagande. Si de nos jours les missions protestantes remplissent presque seules ce noble r61e, par suite de la fâcheuse indifférence pour les sciences que montrent trop souvent les missionnaires catholiques, il ne faut pas oublier les belles missions

pas avec le pape. Les théologiens grecs et latins s'entendraient sur filioque, que Rome pour cela ne régnerait pas à Moscou. L'inutilité des efforts que ces trois ÉgU3es ont faits pour s'absorber est désormais démontrée. Au moyen âge» l'Église latine pèse sur l'Église grecque et sur les petites Églises orientales, qu'on peut considérer comme des annexes de l'Église grecque, du poids de sa supériorité militaire r depuis le xTi* siècle, elle pèse encore sur elles du poids de sa diplomatie et de toute l'importance que lui donne parmi les Slaves la possession de la Pologne. Elle détache du tronc oriental des branches entières, Arméniens unis^ Maronites, grecs unis. Les Turcs infligent à l'Église grecque un affront en apparence éternel. Mais voici qu'au bout de quatre ou cinq cents ans, l'Église grecque ressuscite. Une conquête qui pendant des siècles sembla de peu d'importance, celle des Russes, lui confère en un jour un principat égal à celui des Latins. La race Imaginative et résistante des Slaves se substitue à la race grecque affaiblie, et, au bout de dix siècles , l'œuvre de Photius se retrouve comme un phénomène capital de l'histoire du monde. Le protestantisme ne s'est pas montré moins obstiné : Philippe II, Pie V, le duc d'Albe, les jésuites, Louis XIV s'y sont brisés ; l'hérésie, qu'on proclamait exterminée, est restée maltresse des parties les plus

vivantes de r£urope. Rien donc ne sortira de la lutte réciproque des trois familles chrétiennes : leur équilibre n'est pas moins assuré que celui des trois grandes races auxquelles le monde appartient; leur division préservera Tavenir contre les excès d'un pouvoir religieux trop fort, comme la division de l'Europe doit empêcher à jamais le retour de cet orbis ramanusy de ce cercle fermé, où nul recours n'était possible contre la redoutable tyrannie qu'engendre toujours l'unité.

La propagande de ces trois grandes Églises sur les portions non encore chrétiennes du monde cbangera-t-elle quelque chose à leur situation respective ? En d'autres termes, quel est l'avenir des missions catholiques, gréco-russes et protestantes 7 Une constante expérience permet de s'exprimer sur ce point avec beaucoup de précision. Peu de dévouements sont ausâ respectables que celui du missionnaire; peu d'institutions ont rendu et peuvent rendre aux sciences historiques et géographiques des services aussi grands que les établissements de propagande. Si de nos jours les missions protestantes remplissent presque seules ce noble rôle, par suite de la fâcheuse indifférence pour les sciences que montrent trop souvent les missionnaires catholiques, il ne faut pas oublier les belles missions

d04 L'ÉTAT DES ESPRITS

Nous voulons être libres de penser* et de fait on a pensé plus librement et plus hardiment il y a un demi-siècle à la cour de Weimar, sous un gouvernement absolu, qu'on ne le fait dans notre pays, après tant de combats livrés pour la liberté. Gœtbe, l'ami d'un grand-duc, aurait pu se voir en France poursuivi devant les tribunaux. Occupons-nous donc un peu plus de penser, et un peu moins d'avoir le droit d'exprimer notre pensée. L'homme qui a raison est toujours assez libre. D'ordinaire, ceux qui se plaignent le plus des entraves apportées à la pensée ne sont pas tant des gens possédés par le vrai et souffrant de ne pouvoir le divulguer, que des gens qui n'auraient rien à dire s'ils étaient autorisés à tout dire. Les novateurs à qui l'avenir a donné raison ont pu être persécutés; mais la persécution n'a pas retardé d'une année peut-être le triomphe de leurs idées, et leur a plus servi que n'eût fait un avènement immédiat.

Sans doute nous devons soigneusement maintenir les libertés que nos pères ont conquises par tant d'efforts; mais il importe bien plus encore de se coii* vaincre que ce n'est là qu'une condition, avantageuse si l'on a de fortes études, funeste si l'on n'en a pas. Car à quoi sert-il d'être libre de se réunir, si ou n'a

pas de bonnes choses à se communiqaer? A quoi sertil d^être libre de parler et d'écrire, si Ton n'a rien de vrai et de neuf à dire ?

Ce n'est donc ni le bien-être ni môme la liberté qui contribuent beaucoup à l'énergie du développement intellectuel ; c'est le spectacle des grandes choses, c'est l'activité universelle, c'est la passion développée par le combat. Le travail de l'esprit ne serait sérieusement menacé que le jour où l'humanité serait trop à l'aise. Grâce à Dieu, nous n'avons pas à craindre que ce jour soit près de nousl

Un journal sommait, il y a quelques semaines, l'Assemblée nationale de proclamer le « droit au repos » ; ingénieuse image dont le sens n'échappait à personne. Certes, s'il ne fallût voir dans la vie que le plaisir, on devrait maudire l'agitation de la pensée, et traiter de pervers ceux qui viennent, pour satisfaire leur inquiétude, troubler le doux sommeil des autres. Hais, s'il en était ainsi, si le bien-être était réellement la fin de l'humanité, Fourier et Gabet auraient raison. Il est horrible qu'un homme soit sacrifié à la jouissance d'un autre homme. L'inégalité n'est concevable et juste qu'aux yeux de celui qui prête à la société une signification morale. S'il ne s'agissait que de jouir, mieux vaudrait pour tous le brouet noir que

soi L*ÉTAT DES ESPRITS

Nous voulons être libres de penser, et de fait on a pensé plus librement et plus hardiment il y a un demi-siècle à la cour de Weimar, sous un gouvernement absolu, qu'on ne le fait dans notre pays, après tant de combats livrés pour la liberté. Goethe, Tami d'un grand-duc, aurait pu se voir en France poursuivi devant les tribunaux. Occupons-nous donc un peu plus de penser, et un peu moins d'avoir le droit d'exprimer notre pensée. L'homme qui a raison est toujours assez libre. D'ordinaire, ceux qui se plaignent le plus des entraves apportées à la pensée ne sont pas tant des gens possédés par le vrai et souffrant de ne pouvoir le divulguer, que des gens qui n'auraient rien à dire s'ils étaient autorisés à tout dire. Les novateurs à qui l'avenir a donné raison ont pu être persécutés; mais la persécution n'a pas retardé d'une année peut-être le triomphe de leurs idées, et leur a plus servi que n'eût fait un avènement immédiat.

Sans doute nous devons soigneusement maintenir les libertés que nos pères ont conquises par tant d'efforts ; mais il importe bien pluâ encore de se con* vaincre que ce n'est là qu'une condition, avantageuse si l'on a de fortes études, funeste si l'on n'en a pas. Car à quoi sert-il d'être libre de se réunir, si oû n'a

pas de bonnes choses à se communiqaer ? A quoi sertil d^étre libre de parler et d'écrire, si Ton n'a rien de vrai et de neuf à dire 7

Ce n'est donc ni le bien-être ni môme la liberté qui contribuent beaucoup à l'énergie du développement intellectuel ; c'est le spectacle des grandes choses, c'est l'activité universelle, c'est la passion développée par le combat. Le travail de l'esprit ne serait sérieusement menacé que le jour où l'humanité serait trop à l'aise. Grflce à Dieu, nous n'avons pas à craindre que ce jour soit près de nousl

Un journal sommdt, il y a quelques semaines, l'Assemblée nationale de proclamer le a droit au repos » ; ingénieuse image dont le sens n'échappait à personne. Certes, s'il ne fallait voir dans la vie que le plaisir, on devrait maudire l'agitation de la pensée, et traiter de pervers ceux qui viennent, pour satisfaire leur inquiétude, troubler le doux sommeil des autres. Hais, s'il en était ainsi, si le bien-être était réellement la fin de l'humanité, Fourier et Gabet auraient raison. Il est horrible qu'un homme soit sacrifié à la jouissance d'un autre homme. L'inégalité n'est concevable et juste qu'aux yeux de celui qui prête à la société une signification morale. S'il ne s'agissait que de jouir, mieux vaudrait pour tous le brouet noir que

d04 L'ÉTAT DES ESPRITS

Nous voulons être libres de penser* et de fait on a pensé plus librement et plus hardiment il y a un demi-siècle à la cour de Weimar, sous un gouvernement absolu, qu'on ne le fait dans notre pays, après tant de combats livrés pour la liberté. Gœtbe, l'ami d'un grand-duc, aurait pu se voir en France poursuivi devant les tribunaux. Occupons-nous donc un peu plus de penser, et un peu moins d'avoir le droit d'exprimer notre pensée. L'homme qui a raison est toujoura assez libre. D'ordinaire, ceux qui se plaignent le plus des entraves apportées à la pensée ne sont pas tant des gens possédés par le vrai et souffrant de ne pouvoir le divulguer, que des gens qui n'auraient rien à dire s'ils étaient autorisés à tout dire. Les novateurs à qui l'avenir a donné raison ont pu être persécutés; mais la persécution n'a pas retardé d'une année peut-être le triomphe de leurs idées, et leur a plus servi que n'eût fait un avènement immédiat.

Sans doute nous devons soigneusement maintenir les libertés que nos pères ont conquises par tant d'efforts ; mais il importe bien plub encore de se convaincre que ce n'est là qu'une condition, avantageuse si Ton a de fortes études, funeste si l'on n'en a pas. Car à quoi sert-il d'être libre de se réunir, si oq n'a

pas de bonnes choses à se communiquer 7 A quoi sertil d*étre libre de parler et d'écrire, si Ton n'a rien de vrai et de neuf à dire 7

Ce n'est donc ni le bien-être ni môme la liberté qui contribuent beaucoup à l'énergie du développement intellectuel ; c'est le spectacle des grandes choses, c'est l'activité universelle, c'est la passion développée par le combat. Le travail de l'esprit ne serait sérieusement menacé que le jour où l'humanité serait trop à l'use. Grâce à Dieu, nous n'avons pas à craindre que ce jour soit près de nousl

Un journal sonmiait, il y a quelques semaines, l'Assemblée nationale de proclamer le a droit au repos » ; ingénieuse image dont le sens n^échappait à personne. Certes, s'il ne fallait voir dans la vie que le plaisir, on devrait maudire l'agitation de la pensée, et traiter de pervers ceux qui viennent, pour satisfaire leur inquiétude, troubler le doux sommeil des autres. Hais, s'il en était ainsi, si le bien-être était réellement la fin de l'humanité, Fourier et Gabet auraient raison. Il est horrible qu'un homme soit sacrifié à la jouissance d'un autre homme. L'inégalité n'est concevable et juste qu'aux yeux de celui qui prête à la société une signification morale. S'U ne s'agissait que de jouir, mieux vaudrait pour tous le brouet noir que

d04 L'ÉTAT DES ESPRITS

Nous voulons être libres de penser, et de fait on a pensé plus librement et plus hardiment il y a un demi-siècle à la cour de Weimar, sous un gouvernement absolu, qu'on ne le fait dans notre pays, après tant de combats livrés pour la liberté. Gœtbe, l'ami d'un grand-duc, aurait pu se voir en France poursuivi devant les tribunaux. Occupons-nous donc un peu plus de penser, et un peu moins d'avoir le droit d'exprimer notre pensée. L'homme qui a raison est toujours assez libre. D'ordinaire, ceux qui se plaignent le plus des entraves apportées à la pensée ne sont pas tant des gens possédés par le vrai et souffrant de ne pouvoir le divulguer, que des gens qui n'auraient rien à dire s'ils étaient autorisés à tout dire. Les novateurs à qui l'avenir a donné raison ont pu être persécutés; mais la persécution n'a pas retardé d'une année peut-être le triomphe de leurs idées, et leur a plus servi que n'eût fait un avènement immédiat.

Sans doute nous devons soigneusement maintenir les libertés que nos pères ont conquises par tant d'efforts ; mais il importe bien plus» encore de se coii* vaincre que ce n'est là qu'une condition, avantageuse si Ton a de fortes études, funeste si l'on n'en a pas. Car à quoi sert-il d'être libre de se réunir, si où n'a

pas de bonnes choses à se communiquer ? A quoi sertil d^étre libre de parler et d'écrire, si Ton n'a rien de vrai et de neuf à dire 7

Ce n'est donc ni le bien-être ni môme la liberté qui contribuent beaucoup à l'énergie du développement intellectuel ; c'est le spectacle des grandes choses, c'est l'activité universelle, c'est la passion développée par le combat. Le travail de l'esprit ne serait sérieusement menacé que le jour où l'humanité serait trop à l'aise. Grflce à Dieu, nous n'avons pas à craindre que ce jour soit près de nousl

Un journal sonmiait, il y a quelques semaines, l'Assemblée nationale de proclamer le « droit au repos » ; mgénieuse image dont le sens n^échappait à personne. Certes, s'il ne fallait voir dans la vie que le plaisir, on devndt maudire l'agitation de la pensée, et traiter de pervers ceux qui viennent, pour satisfaire leur inquiétude, troubler le doux sommeil des autres. Hais, s'il en était ainsi, si le bien-être était réellement la fin de l'humanité, Fourier et Gabet auraient raison. Il est horrible qu'un homme soit sacrifié à la jouissance d'un autre homme. L'inégalité n'est concevable et juste qu'aux yeux de celui qui prête à la société une signification morale. S'il ne s'agissait que de jouir, mieux vaudrait pour tous le brouet noir que

so

358 L*AYENIR RELIGIEUX

pas avec le pape. Les théologiens grecs et latins s'entendraient sur filioque, que Rome pour cela ne régnerait pas à Moscou. L'inutilité des efforts que ces trois ÉgU3es ont faits pour s'absorber est désormais démontrée. Au moyen âge, l'Église latine pèse sur l'Église grecque et sur les petites Églises orientales, qu'on peut considérer comme des annexes de l'Église grecque, du poids de sa supériorité militaire 7 depuis le XVI* siècle, elle pèse encore sur elles du poids de sa diplomatie et de toute l'importance que lui donne parmi les Slaves la possession de la Pologne. Elle détache du tronc oriental des branches entières. Arméniens unis^ Maronites, grecs unis. Les Turcs infligent à l'Église grecque un affront en apparence éternel. Mais voici qu'au bout de quatre ou cinq cents ans, l'Église grecque ressuscite. Une conquête qui pendant des siècles sembla de peu d'importance, celle des Russes, lui confère en un jour un principat égal à celui des Latins. La race Imaginative et résistante des Slaves se substitue à la race grecque affaiblie, et, au bout de dix siècles , l'œuvre de Photius se retrouve comme un phénomène capital de l'histoire du monde. Le protestantisme ne s'est pas montré moins obstiné : Philippe II, Pie V, le duc d'Albe, les jésuites, Louis XIV s'y sont brisés ; l'hérésie, qu'on proclamait exterminée, est restée maltresse des parties les plus

vivantes de l'Europe. Rien donc ne sortira de la lutte réciproque des trois familles chrétiennes : leur équilibre n'est pas moins assuré que celui des trois grandes races auxquelles le monde appartient; leur division préservera l'avenir contre les excès d'un pouvoir religieux trop fort, comme la diviaon de l'Europe doit empêcher à jamais le retour de cet orbi$ romanusj de ce cercle fermé, où nul recours n'était possible contre la redoutable tyrannie qu'engendre toujours l'unité.

La propagande de ces trois grandes Églises sur les portions non encore chrétiennes du monde cbangera-t-elle quelque chose à leur situation respective ? En d'autres termes, quel est l'avenir des missions catholiques, gréco-russes et protestantes 7 Une constante expérience permet de s'exprimer sur ce point avec beaucoup de précision. Peu de dévouements sont ausâ respectables que celui du missionnaire ; peu d'institutions ont rendu et peuvent rendre aux sciences historiques et géographiques des services aussi grands que les établissements de propagande. Si de nos jours les missions protestantes remplissent presque seules ce noble rôle, par suite de la fâcheuse indiiférence pour les sciences que montrent trop souvent les missionnaires catholiques, il ne faut pas oublier les belles missions

pas avec le pape. Les théologiens grecs et latins s'entendraient sur fiHoquCy que Rome pour cela ne régnerait pas à Moscou. L'inutilité des efforts que ces trois Égli3es ont faits pour s'absorber est désormais démontrée* Au moyen âge, l'Église latine pèse sur l'Église grecque et sur les petites Églises orientales, qu'on peut considérer comme des annexes de l'Église grecque, du poids de sa supériorité militaire r depuis le XYi* siècle, elle pèse encore sur elles du poids de sa diplomatie et de toute l'importance que lui donne parmi les Slaves la possession de la Pologne. Elle détache du tronc oriental des branches entières. Arméniens unis^ Maronites, grecs unis. Les Turcs infligent à l'Église grecque un affront en apparence éternel. Mais voici qu'au bout de quatre ou cinq cents ans, l'Église grecque ressuscite. Une conquête qui pendant des siècles sembla de peu d'importance, celle des Russes, lui confère en un jour un principat égal à celui des Latins. La race Imaginative et résistante des Slaves se substitue à la race grecque affaiblie, et, au bout de dix siècles , l'œuvre de Photius se retrouve comme un phénomène capital de l'histoire du monde. Le protestantisme ne s'est pas montré moins obstiné : Philippe II, Pie V, le duc d'Albe, les jésuites, Louis XIV s'y sont brisés ; l'hérésie, qu'on proclamait exterminée, est restée maltresse des parties les plus

vivantes de l'Europe. Rien donc ne sortira de la lutte réciproque des trois familles chrétiennes : leur équilibre n'est pas moins assuré que celui des trois grandes races auxquelles le monde appartient; leur division préservera l'avenir contre les excès d'un pouvoir religieux trop fort, comme la division de l'Europe doit empêcher à jamais le retour de cet orhis romanusy de ce cercle fermé, où nul recours n'était possible contre la redoutable tyrannie qu'engendre toujours l'unité.

La propagande de ces trois grandes Églises sur les portions non encore chrétiennes du monde cbangera-t-elle quelque chose à leur situation respective ? En d'autres termes, quel est l'avenir des missions catholiques, gréco-russes et protestantes 7 Une constante expérience permet de s'exprimer sur ce point avec beaucoup de précision. Peu de dévouements sont aussi respectables que celui du mission«naire; peu d'institutions ont rendu et peuvent rendre aux sciences historiques et géographiques des services aussi grands que les établissements de propagande. Si de nos jours les missions protestantes remplissent presque seules ce noble r61e, par suite de la fâcheuse indifiërence pour les sciences que montrent trop souvent les missionnaires catholiques, il ne faut pas oublier les belles missions

pas avec le pape. Les théologiens grecs et latins s'entendraient sur filioque^ que Rome pour cela ne régnerait pas à Moscou. L'inutilité des efforts que ces trois Églises ont faits pour s'absorber est désormais démontrée* Au moyen âge, l'Église latine pèse sur l'Église grecque et sur les petites Églises orientales, qu'on peut considérer comme des annexes de l'Église grecque, du poids de sa supériorité militaire r depuis le XVI* siècle, elle pèse encore sur elles du poids de sa diplomatie et de toute l'importance que lui donne parmi les Slaves la possession de la Pologne. Elle détache du tronc oriental des branches entières. Arméniens unis^ Maronites, grecs unis. Les Turcs infligent à l'Église grecque un affront en apparence éternel. Mais voici qu'au bout de quatre ou cinq cents ans, l'Église grecque ressuscite. Une conquête qui pendant des siècles sembla de peu d'importance, celle des Russes, lui confère en un jour un principat égal à celui des Latins. La race Imaginative et résistante des Slaves se substitue à la race grecque affaiblie, et, au bout de dix siècles , l'œuvre de Photius se retrouve comme un phénomène capital de l'histoire du monde. Le protestantisme ne s'est pas montré moins obstiné : Philippe II, Pie V, le duc d'AIbe, les jésuites, Louis XIV s'y sont brisés; l'hérésie, qu'on proclamait exterminée, est restée maltresse des parties les plus

vivantes de l'Europe. lUen donc ne sortira de la lutte réciproque des trois familles chrétiennes : leur équilibre n'est pas moins assuré que celui des trois grandes races auxquelles le monde appartient; leur division préservera l'avenir contre les excès d'un pouvoir religieux trop fort» comme la division de l'Europe doit empêcher à jamais le retour de cet orbiê romanusy de ce cercle fermés où nul recours n'était possible contre la redoutable tyrannie qu'engendre toujours l'unité.

La propagande de ces trois grandes Églises sur les portions non encore chrétiennes du monde cbangera-t-elle quelque chose à leur situation respective 7 En d'autres termes, quel est l'avenir des missions catholiques, gréco-russes et protestantes 7 Une constante expérience permet de s'exprimer sur ce point avec beaucoup de précision. Peu de dévouements sont aussi respectables que celui du missionnaire; peu d'institutions ont rendu et peuvent rendre aux sciences historiques et géographiques des services aussi grands que les établissements de propagande. Si de nos jours les missions protestantes remplissent presque seules ce noble rôle, par suite de la fâcheuse indifférence pour les sciences que montrent trop souvent les missionnaires catholiques, il ne faut pas oublier les belles missions

catholiques du xviii" siècle, celles des jésuites eu Chine, celles des missionnaires italiens dans Tlnde et au Tbibet, les Horace délia Penna, les PauUn de Saint-Barthélémy, les TieSenthaler. Mais, une fois cet hommage rendu à un courage digne d'admiration et à de réels services, il faut reconnidtre que les missions modernes n'ont eu sur l'histoire rdigieuse du monde que des effets de second ordre. Cette façon d'agir en colporteur isolé de la vérité convient aux grands apostolats fondateurs qu'on trouve à l'origine de toutes les religions; elle est insuffisante quand le premier fea de la création est passé. Saint Paul de nos jours ne se ferait pas missionnaire. On ne citerait pas une communauté chrétienne sérieuse qui soit l'œuvre des missions modernes. Les Églises de la Chine et du Japon étaient bâties sur le sable. Ni l'héroïsme de François Xavier, ni l'habileté et parfois la largeur d'esprit des jésuites n'ont pu les empêcher de crouler. Les efforts pour attaquer les grandes religions de l'Asie, l'islamisme, le brahmanisme, le bouddhisme, la religion lettrée de la Chine, ont été impuissants. Ce n'est pas vers le christianisme que l'Afrique semble se tourner ; à l'heure qu'il est, par une coïncidence singulière, elle se convertit d'un bout à l'autre à l'islamisme. Quant aux races sauvages.

ces tristes survivants d*iin inonde en enrance, à qui Ton ne peut souhaiter qu'une douce mort» il y a presque dérision à leur appliquer nos formulaires dogmatiques. Avant d'en faire des chrétiens, il faudrait en faire des hommes, et il est douteux qu'on y réussisse. On style le pauvre Taîtien à aller à la messe ou au prêche ; on ne corrige pas Tirrémédiable mollesse de son cerveau, on le fait mourir de tristesse ou d'ennui. Oh ! laissez ces derniers fils de la nature s'éteindre sur le sein de leur mère; n'in* teiTompez pas de nos dogmes austères, fruit d'une réflexion de vingt siècles, leurs jeux d'enfants, leurs danses au clair de lune, leur douce ivresse d'une heure I La grande erreur des jésuites, cette idée que l'éducation de l'homme se fait par le dehors, au moyen de procédés artificiels et de machines pieuses, est au fond de toutes les missions. On crée des Paraguay, des joujoux d'enfant, et l'on croit faire revivre l'Éden !

Est-ce à dire que toute espérance d'agrandissement soit fermée pour le christianisme? Non certes. Si nous prenons l'état géographique du christianisme vers Tan 1500 et si nous le comparons à ce qu'il est de nos jours, nous sommes frappés de ses vastes accroissements; mais ces accroissements ne sont pas dus aux missions : ils sont dus à la propa-

catholiques du xtiu'' siècle, celles des jésuites en Chine, celles des missionnaires italiens dans Tlnde et au Thibet, les Horace délia Penna, les Paulin de Saint-Barthélémy, les Tieffenthaler. Mais, une fois cet hommage rendu à un courage digne d'admiration et à de réels services, il faut reconnaître que les missions modernes n'ont eu sur l'histoire religieuse du monde que des effets de second ordre. Cette façon d'agir en colporteur isolé de la vérité convient aux grands apostolats fondateurs qu'on trouve à l'origine de toutes les religions; elle est insuffisante quand le premier feu de la création est passé. Saint Paul de nos jours ne se ferait pas missionnaire. On ne citerait pas une communauté chré* tienne sérieuse qui soit l'œuvre des missions modernes. Les Églises de la Chine et du Japon étaient bâties sur le sable. Ni l'héroïsme de François Xavier, ni l'habileté et parfois la largeur d'esprit des jésuites n'ont pu les empêcher de crouler. Les efforts pour attaquer les grandes religions de l'Asie, l'islamisme, le brahmanisme, le bouddhisme, la religion lettrée de la Chine, ont été impuissants. Ce n'est pas vers le christianisme que l'Afrique semble se tourner ; à l'heure qu'il est, par une coïncidence singulière, elle se convertit d'un bout à Tautre à l'islamisme. Quant aux races sauvages.

DES SOCIÉTÉS MODERiNES. 361

ces tristes survivants d*iin inonde en enfance, à qui l'on ne peut souhaiter qu'une douce mort, il y a presque dérision à leur appliquer nos formulaires dogmatiques. Avant d'en faire des chrétiens, il faudrait en faire des hommes, et il est douteux qu'on

y réussisse. On style le pauvre Taîtien à aller à la messe ou au prêche ; on ne corrige pas l'irrémédiable mollesse de son cerveau, on le fait mourir de tristea*^ ou d'ennui. Oh! laissez ces derniers fils de la nature s'éteindre sur le sein de leur mère; n'interrompez pas de nos dogmes austères, fruit d'une réflexion de vingt siècles, leurs jeux d'enfants, leurs danses au clair de lune, leur douce ivresse d'une heure I La grande erreur des jésuites, cette idée que l'éducation de l'homme se fait par le dehors, au moyen de procédés artificiels et de machines pieuses, est au fond de toutes les missions. On crée des Paraguay, des joujoux d'enfant, et l'on croit faire revivre TÉden I

Est-ce à dire que toute espérance d'agrandissement soit fermée pour le christianisme? Non certes. Si nous prenons l'état géographique du christianisme vers Fan 1500 et si nous le comparons à ce qu'il est de nos jours, nous sommes frappés de ses vastes accroissements; mais ces accroissements ne sont pas dus aux missions : ils sont dus à la propa-

catholiques du xviii'' siècle, celles des jésuites en Chine, celles des missionnaires italiens dans l'Inde et au Thîbet, les Horace délia Penna, les Paulin de Saint-Barthélémy, les Tieffenthaler. Mais, une fois cet hommage rendu à un courage digne d'admiration et à de réels services, il faut reconnaître que les missions modernes n'ont eu sur Thistoire rdigieuse du monde que des effets de second ordre. Cette façon d*a^ en colporteur isolé de la vérité convient aux grands apostolats fondateurs qu'on trouve à l'origine de toutes les religions; elle est insuffisante quand le premier feu de la création est passé. Saint Paul de nos jours ne se ferait pas missionnaire. On ne citerait pas une communauté chrétienne sérieuse qui soit l'œuvre des missions modernes. Les Églises de la Chine et du Japon étaient bâties sur le sable. Ni l'héroïsme de François Xavier, ni l'habileté et parfois la largeur d'esprit des jésuites n'ont pu les empêcher de crouler. Les efforts pour attaquer les grandes religions de l'Asie, l'islamisme, le brahmanisme, le bouddhisme, la religion lettrée de la Chine, ont été impuissants. Ce n'est pas vers le christianisme que l'Afrique semble se tourner; à l'heure qu'il est, par une coïncidence singulière, elle se convertit d'un bout à l'autre à l'islamisme. Quant aux races sauvages.

ces tristes survivants d*un monde en enfance, à qui Ton ne peut souhaiter qu'une douce mort, iî y a presque dérision à leur appliquer nos formulaires dogmatiques. Avant d'en faire des chrétiens, il faudrait en faire des hommes, et il est douteux qu'on y réussisse. On style le pauvre Taïtien à aller à la messe ou au prêche ; on ne corrige pas l'irrémédiable mollesse de son cerveau, on le fait mourir de tristea^te ou d'ennui. Oh! laissez ces derniers fils de la nature s'éteindre sur le sein de leur mère; n'in* terrompez pas de nos dogmes austères, fruit d'une réflexion de vingt siècles, leurs jeux d'enfants, leurs danses au clair de lune, leur douce ivresse d'une heure I La grande erreur des jésuites, cette idée que l'éducation de l'homme se fait par le dehors, au moyen de procédés artificiels et de machines pieuses, est au fond de toutes les missions. On crée des Paraguay, des joujoux d'enfant, et l'on croit faire revivre TÉden !

Est-ce à dire que toute espérance d'agrandissement soit fermée pour le christianisme? Non certes. Si nous prenons l'état géographique du christianisme vers Tan lôOO et si nous le comparons à ce qu'il est de nos jours, nous sommes frappés de ses vastes accroissements; mais ces accroissements ne sont pas dus aux missions : ils sont dus à la propa-

catholiques du xviii* siècle, celles des jésuites en Chine, celles des missionnaires italiens dans Tlnde et au Thibet, les Horace délia Penna, les Paulin de Saint-Barthélémy, les TieflTenthaler. Mais, une fois cet hommage rendu à un courage digne d'admiration et à de réels services, il faut reconnsdtre que les missions modernes n'ont eu sur l'histoire rdigieuse du monde que des effets de second ordre. Cette façon d'agir en colporteur isolé de la vérité convient aux grands apostolats fondateurs qu'on trouve à l'origine de toutes les religions; elle est insuffisante quand le premier feu de la création est passé. Saint Paul de nos jours ne se ferait pas missionnaire. On ne citerût pas une communauté chrétienne sérieuse qui soit l'œuvre des missions modernes. Les Églises de la Chine et du Japon étaient bâUes sur le sable. Ni l'héroïsme de François Xavier, ni l'habileté et parfois la largeur d'esprit des jésuites n'ont pu les empêcher de crouler. Les efforts pour attaquer les grandes religions de l'Asie, l'islamisme, le brahmanisme, le bouddhisme, la reUgion lettrée de la Chine, ont été impuissants. Ce n'est pas vers le christianisme que l'Afrique 1 semble se tourner ; à l'heure qu'il est, par une coîn-

cidence singulière, elle se convertit d'un bout à Tautre à l'islamisme. Quant aux races sauvages.

ces tristes survivants d*iin monde en enfance, à qui l'on ne peut souhaiter qu'une douce mort, K y a presque dérision à leur appliquer nos formu* laires dogmatiques. Avant d'en faire des chrétiens, il faudrait en faire des hommes, et il est douteux qu'on y réussisse. On style le pauvre Taîtien à aller à la messe ou au prêche; on ne corrige pas l'irrémédiable mollesse de son cerveau, on le fait mourir de tristesse ou d'ennui. Oh ! laissez ces derniers fils de la nature s'éteindre sur le sein de leur mère ; n'interrompez pas de nos dogmes austères, fruit d'une réflexion de vingt siècles, leurs jeux d'enfants, leurs danses au clair de lune, leur douce ivresse d'une heure I La grande erreur des jésuites, cette idée que l'éducation de l'homme se fait par le dehors, au moyen de procédés artificiels et de machines pieuses, est au fond de toutes les missions. On crée des Paraguay, des joujoux d'enfant, et l'on croit faire revivre TÉden !

Est-ce à dire que toute espérance d'agrandissement soit fermée pour le christianisme? Non certes. Si nous prenons l'état géographique du christianisme vers l'an 1500 et si nous le comparons à ce qu'il est de nos jours, nous sommes frappés de ses vastes accroissements; mais ces accroissements ne sont pas dus aux missions : ils sont dus à la propa-

catholiques du xtiu" siècle, celles des jésuites en Chine, celles des missionnaires italiens dans Tlnde et au Tbibet, les Horace délia Penna, les Paulin de Saint-Barthélémy, les Tieffenthaler. Mais, une fois cet hommage rendu à tin courage digne d'admiration et à de réels services, il faut reconnaître que les missions modernes n'ont eu sur l'histoire rdigieuse du monde que des effets de second ordre. Cette façon d'agir en colporteur isolé de la vérité convient aux grands apostolats fondateurs qu'on trouve à l'origine de toutes les religions; elle est insuffisante quand le premier feu de la création est passé. Saint Paul de nos jours ne se ferait pas missionnaire. On ne citerait pas une communauté chrétienne sérieuse qui soit l'œuvre des missions modernes. Les Églises de la Chine et du Japon étdent bâties sur le sable. Ni l'héroïsme de François Xavier, ni l'habileté et parfois la largeur d'esprit des jésuites n'ont pu les empêcher de crouler. Les efforts pour attaquer les grandes religions de l'Asie, l'islamisme, le brahmanisme, le bouddhisme, la religion lettrée de la Chine, ont été impuissants. Ce n'est pas vers le christianisme que l'Afrique semble se tourner ; à l'heure qu'il est, par une coïncidence singulière, elle se convertit d'un bout à l'autre à l'islamisme. Quant aux races sauvages,

ces tristes survivants d'un monde en enfance, à qui l'on ne peut souhaiter qu'une douce mort, iî y a presque dérision à leur appliquer nos formu* laires dogmatiques. Avant d'en faire des chrétiens, il faudrait en faire des hommes, et il est douteux qu'on y réussisse. On style le pauvre Taîtien à aller à la messe ou au prêche ; on ne corrige pas Tirrémédiable mollesse de son cerveau, on le fait mourir de tri8tea<«e ou d'ennui. Oh ! laissez ces derniers fils de la nature s'éteindre sur le sein de leur mère ; n'interrompez pas de nos dogmes austères, fruit d'une réflexion de vingt siècles, leurs jeux d'enfants, leurs danses au clair de lune, leur douce ivresse d'une heure I La grande erreur des jésuites, cette idée que l'éducation de l'homme se fait par le dehors, au moyen de procédés artificiels et de machines pieuses, est au fond de toutes les missions. On crée des Paraguay, des joujoux d'enfant, et l'on croit faire revivre TÉden !

Est-ce à dire que toute espérance d'agrandissement soit fermée pour le christianisme? Non certes. Si nous prenons l'état géographique du christianisme vers l'an 1500 et si nous le comparons à ce qu'il est de nos jours, nous sommes frappés de ses vastes accroissements; mais ces accroissements ne sont pas dus aux missions : ils sont dus à la propa-

catholiques du xtiu'' siècle, celles des jésuites en Chine, celles des missionnaires italiens dans Tlnde et au Thibet, les Horace délia Penna, les Paulin de Saint-Barthélémy t les TieSenthaler. Hais, une fois cet hommage rendu à un courage digne d'admiration et à de réels services, il faut reconnaître que les missions modernes n'ont eu sur l'histoire religieuse du monde que des effets de second ordre. Cette façon d'agir en colporteur isolé de la vérité convient aux grands apostolats fondateurs qu'on trouve à l'origine de toutes les religions; elle est insuffisante quand le premier feu de la création est passé. Saint Paul de nos jours ne se ferait pas missionnaire. On ne citerait pas une communauté chrétienne sérieuse qui soit l'œuvre des missions modernes. Les Églises de la Chine et du Japon étaient bâties sur le sable. Ni l'héroïsme de François Xavier, ni l'habileté et parfois la largeur d'esprit des jésuites n'ont pu les empêcher de crouler. Les efforts pour attaquer les grandes religions de l'Asie, l'islamisme, le brahmanisme, le bouddhisme, la religion lettrée de la Chine, ont été impuissants. Ce n'est pas vers le christianisme que l'Afrique semble se tourner; à l'heure qu'il est, par une coïncidence singulière, elle se convertit d'un bout à Tautre à l'islamisme. Quant aux races sauvages.

ces tristes survivants d*un inonde en enfance, à qui Ton ne peut souhaiter qu'une douce mort, iî y a presque dérision à leur appliquer nos formulaires dogmatiques. Avant d'en faire des chrétiens, il faudrait en faire des hommes, et il est douteux qu'on y réussisse. On style le pauvre Taîtien à aller à la messe ou au prêche ; on ne corrige pas l'irrémédiable mollesse de son cerveau, on le fait mourir de tristesse ou d'ennui. Oh ! laissez ces derniers fils de la nature s'éteindre sur le sein de leur mère ; n'interrompez pas de nos dogmes austères, fruit d'une réflexion de vingt siècles, leurs jeux d'enfants, leurs danses au clair de lune, leur douce ivresse d'une heure ! La grande erreur des jésuites, cette idée que l'éducation de l'homme se fait par le dehors, au moyen de procédés artificiels et de machines pieuses, est au fond de toutes les missions. On crée des Paraguay, des joujoux d'enfant, et l'dti croit faire revivre TÉden !

Est-ce à dire que toute espérance d'agrandissement soit fermée pour le christianisme 7 Non certes. Si nous prenons l'état géographique du christianisme vers l'an 1500 et si nous le comparons à ce qu'il est de nos jours, nous sommes frappés de ses vastes accroissements; mais ces accroissements ne sont pas dus aux missions ; ils sont dus à la propa-

galion de la race européenne, en d'autres termes, à la conquête et à la colonisation. La conquête et la colonisation renferment tout le secret de Tavenir du christianisme ; il faut voir laquelle des trois communions chrétiennes peut se promettre sous ce rapport les plus grands avantages.

On ne peut nier que le protestantisme ne se présente ici avec une certaine supériorité. Les nations colonisatrices sont presque toutes protestantes; le protestantisme, par son esprit d'individualité, parla simplicité de son culte, par son peu de besoin de communier avec le reste de la chrétienté, semble par excellence la religion du colon. Avec sa bible, l'Anglais trouve au fond de l'Océanie l'aliment religieux que le catholique ne peut recevoir sans tout un établissement officiel d'évêques et de prêtres. « Sur dix hommes, (fit très-bien H. Prevost-Paradol, qui, la hache et le iusil à la main, s'avancent dans des solitudes inexplorées, y établissent leur demeure et bientôt une cité, y fondent une famille et bientôt un État, un seul à peme appartient à l'Église romame, et le plus souvent, s'il n'en sort pas lui-même, il n*} maintient pas ses enfants ^ » Aussi le protestantisme

i. On estime que, si les catholiques qui émigrent aux États-Uais étaient restés fidèles à leur culte, ils formeraient une population

a-t*il bénéficié des meilleures conquêtes que le christianisme ait faites, les États-Unis, l'Australie, les Indes hollandaises, le cap de Bonne-Espérance. L'Hindoustan et la Chine ont même reçu une forte semence protestante. Presque toute l'Océanie semble destinée à devenir protestante, et ce qu'il y a de plus grave, c'est que ces riches dépôts de race anglosaxonne jetés au bout du monde colonisent et fructifient à leur tour avec une admirable fécondité. Il y a là une sourde conquête dont les résultats sont incalculables. — On se tromperait cependant si l'on croyait que, dans ce partage de la terre par la race de Japhet, les deux Églises orthodoxes n'ont pas aussi, à la suite de la politique, d'importantes conquêtes à accomplir.

La Russie, en effet, gagne à l'Église grecque des tribus nombreuses dans le nord et le centre de l'Asie; les populations bouddhiques paraissent appelées à se souder à la branche orientale de la société chrétienne. Ces conquêtes se font sans violence et avec assez d'habileté. La Chine recevra pro' bablement du même côté l'apport chrétien le plus énergique. Enfin quelques petites chrétientés schis-

de 7,500,000 âmes; or, les États-Unis ne renferment que 2 millions de caUioliques, malgré l'anneiion du Texas et de la Californie,

gation de la race européenne, en d'autres termes, à la conquête et à la colonisation. La conquête et la colonisation renferment tout le secret de Tavenir do christianisme ; il faut voir laquelle des trob communions chrétiennes peut se promettre sous ce report les plus grands avantages.

On ne peut nier que le protestantisme ne se présente ici avec une certaine supériorité. Les nations colonisatrices sont presque toutes protestantes ; le protestantisme, par son esprit d'individualité, par la simplicité de son culte, par son peu de besoin de communier avec le reste de la chrétienté, semble par excellence là religion du colon. Avec sa bible, l'Anglais trouve au fond de TOcéanie l'aliment religieux que le catholique ne peut recevoir sans tout un établissement officiel d'évêques et de prêtres. « Sur dix hommes, (fit très-bien H. Prevost*Paradol, qui, la hache et le iusil à la main, s'avancent dans des solitudes inexplorées, y établissent leur demeure et bientôt une cité, y fondent une famille et bientôt un État, un seul à peine appartient à l'Église romaine, et le plus souvent, s'il n'en sort pas lui-même, il n*y msdntient pas ses enfants ^ » Aussi le protestantisme

1. On estime que, si les catholiques qui émigrent aux États-Unis étaient restés fidèles à leur culte, ils formeraient une population

a-t*il bénéficié des meilleures conquêtes quô le christianisme ait faites, les États-Unis, l'Australie, les Indes hollandaises, le cap de Bonne-Espérance. L'Hindoustan et la Chine ont même reçu une forte semence protestante. Presque toute l'Océanie semble destinée à devenir protestante, et ce qu'il y a de plus grave, c'est que ces riches dépôts de race anglosaxonne jetés au bout du monde colonisent et fructifient à leur tour avec une admirable fécondité. Il y a là une sourde conquête dont les résultats sont incalculables. — On se tromperût cependant si l'on croyait que, dans ce partage de la terre par la race de Japhet, les deux Églises orthodoxes n'ont pas aussi, à la suite de la politique, d'importantes conquêtes à accomplir.

La Russie, en effet, gagne à l'Église grecque des tribus nombreuses dans le nord et le centre de l'Aûe; les populations bouddhiques paraissent appelées à se souder à la branche orientale de la société chrétienne. Ces conquêtes se font sans violence et avec assez d'habileté. La Chine recevra prœ* bablement du même côté l'apport chrétien le plus énergique. Enfin quelques petites chrétientés schis-

de 7 f 500,000 âmes; or, les États-Unis ne renferment qiie 2 millions de catholiques, malgré i*annexion du Texas et de la Californie,

gation de la race européenne, en d'autres termes, à la conquête et à la colonisation. La conquête et la colonisation renferment tout le secret de Tavenir du christianisme ; il faut voir laquelle des trois communions chrétiennes peut se promettre sous ce rii^port les plus grands avantages.

On ne peut nier que le protestantisme ne se pré* sente ici avec une certsdne supériorité. Les nations colonisatrices sont presque toutes protestantes; le protestantisme, par son esprit d'individualité, parla simplicité de son culte, par son peu de besoin de communier avec le reste de la chrétienté, semble par excellence là religion du colon. Avec sa bible, l'Anglais trouve au fond de TOcéanie l'aliment religieux que le catholique ne peut recevoir sans tout un établissement oiBciel d'évêques et de prêtres. « Sur dix hommes, dit très-bien M. Prevost-Paradol, qui, la hache et le fusil à la main, s'avancent dans des solitudes inexplorées, y établissent leur demeure et bientôt une cité, y fondent une famille et bientôt un État, un seul à peine appartient à l'Église romaine, et le plus souvent, s'il n'en sort pas lui-même, il n'y maintient pas ses enfants ^ » Aussi le protestantisme

1. On estime que, si les catholiques qui émigrent aux États-Unis étaient restés fidèles à leur culte, ils formeraient une population

a-t-il bénéficié des meilleures conquêtes que le christianisme ait faites, les États-Unis, l'Australie, les . Indes hollandaises, le cap de Bonne-Espérance. L'Hindoustan et la Chine ont même reçu une forte semence protestante. Presque toute l'Océanie semble destinée à devenir protestante, et ce qu'il y a de plus grave, c'est que ces riches dépôts de race anglosaxonne jetés au bout du monde colonisent et fructifient à leur tour avec une admirable fécondité. Il y a là une sourde conquête dont les résultats sont incalculables. — On se tromperait cependant si l'on croyait que, dans ce partage de la terre par la race de Japhet, les deux Églises orthodoxes n'ont pas aussi, à la suite de la politique, d'importantes conquêtes à accomplir.

La Russie, en effet, gagne à l'Église grecque des tribus nombreuses dans le nord et le centre de l'Asie; les populations bouddhiques paraissent appelées à se souder & la branche orientale de la société chrétienne. Ces conquêtes se font sans violence et avec assez d'habileté. La Chine recevra pro« bablement du même côté l'apport chrétien le plus énergique. Enfin quelques petites chrétientés schis-

de 7,500,000 âmes; or, les États-Unis ne renferment qiie 2 million» de catholiques, malgré Tannexion du Texas et de la Californie.

gation de la race européenne, en d'autres termes, à la conquête et à la colonisation. La conquête et la colonisation renferment tout le secret de Favenir du christianisme ; il faut voir laquelle des trois communions chrétiennes peut se promettre sous ce rapport les plus grands avantages.

On ne peut nier que le protestantisme ne se présente ici avec une certaine supériorité. Les nations colonisatrices sont presque toutes protestantes; le protestantisme, par son esprit d'individualité, parla simplicité de son culte, par son peu de besoin de communier avec le reste de la chrétienté, semble par excellence là religion du colon. Avec sa bible, l'Anglais trouve au fond de TOcéanie l'aliment religieux que le catholique ne peut recevoir sans tout un établissement of&ciel d'évêques et de prêtres. « Sur dix hommes, (fit très-bien M. Prevost-Paradol, qui, la hache et le fusil à la main, s'avancent dans des solitudes inexplorées, y établissent leur demeure et bientôt une cité, y fondent une famille et bientôt un État, un seul à peine appartient à l'Église romaine, et le plus souvent, s'il n'en sort pas lui-même, il n*y maintient pas ses enfants ^ » Aussi le protestantisme

1. On estime que, si les catholiques qui émigrent aux États-Unis étaient restés fidèles à leur culte, ils formeraient une population

a-t*il bénéficié des meilleures conquêtes quô le christianisme ait faites, les États-Unis, l'Australie, les Indes hollandaises, le cap de Bonne-Espérance. L'Hindoustan et la Chine ont môme reçu une forte semence protestante. Presque toute l'Océanie semble destinée à devenir protestante, et ce qu'il y a de plus grave, c'est que ces riches dépôts de race anglosaxonne jetés au bout du monde colonisent et fructifient à leur tour avec une admirable fécondité. Il y a là une sourde conquête dont les résultats sont incalculables. — On se tromperait cependant si l'on croyait que, dans ce partage de la terre par la race de Japhet, les deux Églises orthodoxes n'ont pas aussi, à la suite de la politique, d'importantes conquêtes & accomplir.

La Russie, en effet, gagne à l'Église grecque des tribus nombreuses dans le nord et le centre de l'Asie; les populations bouddhiques p£u*aissent appelées à se souder & la branche orientale de la société chrétienne. Ces conquêtes se font sans violence et avec assez d'habileté. La Chine recevra pro« bablement du même côté l'apport chrétien le plus éner^que. Enfin quelques petites chrétientés schis-

de 7,500,000 âmes; or, les États-Unis ne renferment que 2 millione de catholiques, malgré Tannexion du Texas et de la Californie,

gation de la race européenne, en d'autres fermes» à la conquête et à la colonisation. La conquête et la colonisation renferment tout le secret de Tavenir du christianisme ; il faut voir laquelle des trois communions chrétiennes peut se promettre sous ce rapport les plus grands avantages.

On ne peut nier que le protestantisme ne se présente ici avec une certaine supériorité. Les nations colonisatrices sont presque toutes protestantes; le protestantisme, par son esprit d'individualité, par la simplicité de son culte, par son peu de besoin de communier avec le reste de la chrétienté, semble par excellence la religion du colon. Avec sa bible, l'Anglais trouve au fond de TOcéanie l'aliment religieux que le catholique ne peut recevoir sans tout un établissement officiel d'évêques et de prêtres. « Sur dix hommes, (fit très-bien M. Prevost-Paradol, qui, la hache et le fusil à la main, s'avancent dans des solitudes inexplorées, y établissent leur demeure et bientôt une cité, y fondent une famille et bientôt un État, un seul à peine appartient à l'Église romaine, et le plus souvent, s'il n'en sort pas lui-même, U n'y maintient pas ses enfants ^ » Aussi le protestantisme

1. On estime cpie, si les catholiques qui émigrent aux Ètats-^Unis étaient restés fidèles à leur culte, ils formeraient une population

a-t-il bénéficié des meilleures conquêtes que le christianisme ait faites, les États-Unis, l'Australie, les . Indes hollandaises, le cap de Bonne-Espérance. L'Hindoustan et la Chine ont même reçu une forte semence protestante* Presque toute TOcéanie semble destinée à devenir protestante, et ce qu'il y a de plus grave, c'est que ces riches dépôts de race anglo^ saxonne jetés au bout du monde colonisent et fructifient à leur tour avec une admirable fécondité. Il y a là une sourde conquête dont les résultats sont incalculables. — On se tromperait cependant si l'on croyait que, dans ce partage de la terre par la race de Japhet, les deux Églises orthodoxes n'ont pas aussi, à la suite de la politique, d'importantes conquêtes à accomplir.

La Russie, en effet, gagne à l'Église grecque des tribus nombreuses dans le nord et le centre de l'Aûe; les populations bouddhiques p£uaissent appelées à se souder & la branche orientale de la société chrétienne. Ces conquêtes se font sans violence et avec assez d'habileté. La Chine recevra pro« bablement du même côté l'apport chrétien le plus énergique. Enfin quelques petites chrétientés schis-

de 7,500,000 àmeft; or, les États-Unis ne renferment que 2 millions de catholiques, malgré l*annexion du Texas et de la Californie.

3C4 L'AVEiNIR RKLIGIEUX

matiques de 1* Orient, les Arméniens par exemple, semblent destinées à se rattacher à l'Église grécorusse, quand elles sortiront de leur isolement. On voit quel énorme domaine semble ainsi dévolu à la famille chrétienne qui un moment avait paru condamnée à périr.

Quant au catholicisme , si son avenir colonial est moins brillant que celui du protestantisme, il ne faut pas s'arrêter à cette vue partielle. Certes TAmërique espagnole et portugdse, le Canada, les Philippines, ne valent pas les États-Unis et l'Australie ; mais, sur tout le littoral de la Méditerranée, Rome peut faire d'importantes conquêtes. Une Église qui est celle de la majorité des Français ne peut manquer d'être réservée à bien des fortunes imprévues et de recevoir plus d'un glorieux reflet. Les écoles chrétiennes et les établissements charitables que le zèle du catholicisme français multiplie en Orient, comme pour combler l'effroyable lacune que l'islamisme porte au cœur, ont de l'avenir. Il est un élément, d'ailleurs, sur lequel le catholicisme a beaucoup plus de prise que le protestantisme, et même que l'Église gréco-russe : je veux parler des petites communautés chrétiennes déchirées ou flottantes que les désastres de l'Église grecque l'ont empêchée de s'assimiler, Abyssins, Coptes, Arméniens, jacobites et nestoriens

de Syrie. Rome, par ses apparences traditionnelles, a des avantages auprès de ces Églises, et les disputera souvent avec succès à la Russie. La fidélité qu'elle a su inspirer jusqu'à ces derniers temps aux Maronites est un fait très-caractéristique. La manière abstraite dont le protestantisme aborde ces populations n'est pas, en général (il faut faire une exception pour la belle mission américaine établie chez les nestoriens d'Ourmia), celle qui parait la plus propre à ' assurer auprès de chrétientés aussi abaissées un bien solide succès. Enfin, l'Église romaine, si elle n'avait perdu le secret de son habileté traditionnelle, aurait certainement une magnifique partie à jouer dans la crise que traversent les provinces de la Turquie d'Europe. La majorité chrétienne des provinces slaves et roumaines est en communion avec l'Église orthodoxe. Mais l'espèce d'hégémonie religieuse que la partie la plus corrompue de l'Églisegrecque (celle qui se traîne dans les fanges de Constantinople) a toujours exercée sur ces provinces a soulevé, surtout chez les Bulgares, une vive et légitime répulsion. Il est douteux qiie le patriarche de Constantinople, le jour où l'unité de l'empire ottoman sera détruite, reste le centre d'unité religieuse des provinces slaves et roumaines. L'Église latine, d'un autre cAté, a déployé en Orient, dans ces dernières années, une poli-

tique si aveugle, qu'il est peu probable que ce riche héritage doive lui échoir. Infidèle à son ancienne et sage habitude ^ de conserver aux petites Églises qui s'unissaient à elle, leurs usages, leur discipline et leur liturgie, l'Église catholique, depuis quelque temps, poursuit ou du moins laisse poursuivre par ses agents les plus actifs, les jésuites, un but tout à fait chimérique. Ce qu'elle veut, c'est de latiniser* complètement les petites Églises, jadis dissidentes, qui se sont réunies à elle; ce qu'elle veut, c'est qu'un seul bréviaire et un seul missel puissent servir d'un bout à l'autre du monde oriental. Il est possible que cette imprudence rompe le lien qui rattache à Rome les Maronites et les grecs unis. Il est sûr au moins qu'elle nuira beaucoup aux acquisitions que la papauté aurait pu faire au milieu de la débâcle terrible que va traverser l'Orient.

Cette débâcle sera un événement religieux encore plus que politique. L'Église grecque et l'empire ottoman avûent contracté une alliance intime. En retour de l'argent qu'elle payait et des humiliations qu'elle acceptait, le sultan garantissait & l'Église

1. On. peut citer comme nn modèle de cette politique le concor* dat conclu en 1509 entre le légat Dandini et les Maronitiei.

3. « Latin », en Orient, n*est pas synonyme de « catholique •• Les Maronites, les grecs unis sont catholiques et non pas latins.

greccpie des provinces entières, dont les revenus dédommageaient le haut clergé fanariote des cadeaux simoniaques qu'il faisait au sultan et au grand vizir. Si la Russie n'avait pris depuis un siècle en Orient une attitude qui déjoue tous les calculs, on eût pu craindre que la ruine de l'empire turc ne fût en même temps la ruine de l'Église orthodoxe, l'unité de cette dernière étant en partie constituée par la Turquie. Mais la Russie conservera toujours à l'Église orthodoxe une position de premier ordre. La propagande catholique, trop souvent exercée sous le couvert de la France, a d'ailleurs excité, depuis quelques années, de fortes antipathies dans tout le Levant. Nous inclinons à croire que le protestantisme plutôt que l'Église de Rome héritera des populations orientales qui, comme les Bulgares, tiennent l'Église de Gonstantinople pour une marâtre et désirent s'en séparer.

Ldssons ces considérations d'un ordre profane, revenons à la conscience ; demandons à chacune des trois grandes communions chrétiennes par quel programme elle entend répondre aux exigences des sociétés modernes, et quel compromis elle peut offrir entre la tradition et les besoins nouveaux de l'esprit humain»

tique si aveugle, qu'il est peu probable que ce riche héritage doive lui échoir. Infidèle à son ancienne et sage habitude * de conserver aux petites Églises qui s'unissaient à elle, leurs usages, leur discipline et leur liturgie, l'Église catholique, depuis quelque temps, poursuit ou du moins laisse poursuivre par ses agents les plus actifs, les jésuites, un but tout à fait chimérique. Ce qu'elle veut, c'est de latiniser* complètement les petites Églises, jadis dissidentes, qui se sont réunies à elle; ce qu'elle veut, c'est qu*un seul bréviaire et un seul missel puissent servir d'un bout à l'autre du monde oriental. Il est posâble que cette imprudence rompe le lien qui rattache à Rome les Maronites et les grecs unis. Il est sûr au moins qu'elle nuira beaucoup aux acquisitions que la papauté aurait pu faire au milieu de la débâcle terrible que va traverser l'Orient.

Cette débâcle sera un événement religieux encore plus que politique. L'Église grecque et l'empire ottoman avaient contracté une alliance intime. En retour de l'argent qu'elle payait et des humiliations qu'elle acceptait, le sultan garantissait à l'Église

i. On. peut citer comme an modèle de cette politique le concor* dat conclu en 1509 entre le légat Dandini et les Maronitu.

2. « Latin », en Orient, n'ett pas synonyme de « catholique ». Les Maronites, les grecs unis sont catboliques et non pas latins.

grecque des provinces entières, dont les revenus dédommageaient le haut clergé fanariote des cadeaux simoniaques qu'il faisait au sultan et au grand vizir. Si la Russie n'avait pris depuis un siècle en Orient une attitude qui déjoue tous les calculs, on eût pu craindre que la ruine de l'empire turc ne fût en même temps la ruine de l'Église orthodoxe, l'unité de cette dernière étant en partie constituée par la Turquie. Hais la Russie conservera toujours à l'Église orthodoxe une position de premier ordre. La propagande catholique, trop souvent exercée sous le couvert de la France, a d'ailleurs excité, depuis quelques années, de fortes antipathies dans tout le Levant. Nous inclinons à croire que le protestantisme plutôt que l'Église de Rome héritera des populations orientales qui, comme les Bulgares, tiennent l'Église de Gonstantinople pour une marâtre et désirent s'en séparer.

Laissons ces considérations d'un ordre profane, revenons à la conscience ; demandons à chacune des trois grandes communions chrétiennes par quel programme elle entend répondre aux exigences des sociétés modernes, et quel compromis elle peut offrir entre la tradition et les besoins nouveaux de l'esprit humain»

tique si aveugle, qu'il est peu probable que ce riche héritage doive lui échoir. lufidële à son ancienne et sage habitude * de conserver aux petites Églises qui s'unissaient à elle, leurs usages, leur discipline et leur liturgie, l'Église catholique, depuis quelque temps, poursuit ou du moins laisse poursuivre par ses agents les plus actifs, les jésuites, un but tout à fait chimérique. Ce qu'elle veut, c'est de latiniser complètement les petites Églises, jadis dissidentes, qui se sont réunies à elle; ce qu'elle veut, c'est qu'un seul bréviaire et un seul missel puissent servir d'un bout à l'autre du monde oriental. Il est possible que cette imprudence rompe le lien qui rattache à Rome les Maronites et les grecs unis. Il est sûr au moins qu'elle nuira beaucoup aux acquisitions que la papauté aurait pu faire au milieu de la débâcle terrible que va traverser l'Orient.

Cette débâcle sera un événement religieux encore plus que politique. L'Église grecque et l'empire ottoman avaient contracté une alliance intime. En retour de l'argent qu'elle payait et des humiliations qu'elle acceptait, le sultan garantissait à l'Église

1. On^peat citer comme un modèle de cette politique le concordat conclu en 1509 entre le légat Dandini et les Maronites.

2. « Latin », en Orient, n^eat pas synonyme de « catholique •• Les Maronites, les grecs unis sont catholiques et non pas latins.

DES SOCIÉTËS MODERNES. 367

grecque des provinces entières, dont les revenus dédommageaient le haut clergé fanariote des cadeaux simoniaques qu'il faisait au sultan et au grand vizir. Si la Russie n'avait pris depuis un siècle en Orient une attitude qui déjoue tous les calculs, on eût pu craindre que la ruine de l'empire turc ne fût en même temps la ruine de l'Église orthodoxe, l'unité de cette dernière étant en partie constituée par la Turquie. Mais la Russie conservera toujours à l'Église orthodoxe une position de premier ordre. La propagande catholique, trop souvent exercée sous le couvert de la France, a d'ailleurs excité, depuis quelques années, de fortes antipathies dans tout le Levant, Nous inclinons à croire que le protestantisme plutôt que l'Église de Rome héritera des populations orientales qui, comme les Bulgares, tiennent l'Église de Gonstantinople pour une marâtre et désirent s'en séparer.

Laissons ces considérations d'un ordre profane, revenons à la conscience ; demandons à chacune des trois grandes communions chrétiennes par quel programme elle entend répondre aux exigences des sociétés modernes, et quel compromis elle peut offrir entre la tradition et les besoins nouveaux de l'esprit humain»

tique si aveugle, qu'il est peu probable que ce riche héritage doive lui échoir. Infidèle à son ancienne et sage habitude ^ de conserver aux petites Églises qui s'unissaient à elle, leurs usages, leur discipline et leur liturgie, l'Église catholique, depuis quelque temps, poursuit ou du moins laisse poursuivre par ses agents les plus actifs, les jésuites, un but tout à fait chimérique. Ce qu'elle veut, c'est de latiniser* complètement les petites Églises, jadis dissidentes, qui se sont réunies à elle; ce qu'elle veut, c'est qu'un seul bréviaire et un seul missel puissent servir d'un bout à l'autre du monde oriental. Il est possible que cette imprudence rompe le lien qui rattache à Rome les Maronites et les grecs unis. Il est sûr au moins qu'elle nuira beaucoup aux acquisitions que la papauté aurait pu faire au milieu de la débâcle terrible que va traverser l'Orient.

Cette débâcle sera un événement religieux encore plus que politique. L'Église grecque et l'empire ottoman avaient contracté une alliance intime. En retour de l'argent qu'elle payait et des humiliations qu'elle acceptait, le sultan garantissait à l'Église

1. On, peut citer comme un modèle de cette politique le concordat conclu en 1509 entre le légat Dandini et les Maronlt».

2. « Latin », en Orient, n'est pas synonyme de « catholique ». Les Maronites, les grecs unis sont catholiques et non pas latins.

grecque des provinces entières, dont les revenus dédommageaient le haut clergé fanariote des cadeaux simoniaques qu'il faisait au sultan et au grand vizir. Si la Russie n'avait pris depuis un siècle en Orient une attitude qui déjoue tous les calculs, on eût pu craindre que la ruine de l'empire turc ne fût en même temps la ruine de l'Église orthodoxe, l'unité de cette dernière étant en partie constituée par la Turquie. Mais la Russie conservera toujours à l'Église orthodoxe une position de premier ordre. La propagande catholique, trop souvent exercée sous le couvert de la France, a d'ailleurs excité, depuis quelques années, de fortes antipathies dans tout le Levant. Nous inclinons à croire que le protestantisme plutôt que l'Église de Rome héritera des populations orientales qui, comme les Bulgares, tiennent l'Église de Gonstantinople pour une marâtre et désirent s'en séparer.

Laissons ces considérations d'un ordre profane, revenons à la conscience ; demandons à chacune des trois grandes communions chrétiennes par quel programme elle entend répondre aux exigences des sociétés modernes, et quel compromis elle peut offrir entre la tradition et les besoins nouveaux de l'esprit humain»

tique si aveugle, qu'il est peu probable que ce riche héritage doive lui échoir. Infidèle à son ancienne et sage habitude ^ de conserver aux petites Églises qui s'unissaient à elle, leurs usages, leur discipline et leur liturgie, l'Église catholique, depuis quelque temps, poursuit ou du moins laisse poursuivre par ses agents les plus actifs, les jésuites, un but tout à fait chimérique. Ce qu'elle veut, c'est de latiniser complètement les petites Églises, jadis dissidentes, qui se sont réunies à elle; ce qu'elle veut, c'est qu'un seul bréviaire et un seul missel puissent servir d'un bout à l'autre du monde oriental. Il est possible que cette imprudence rompe le lien qui rattache à Rome les Maronites et les grecs unis. Il est sûr au moins qu'elle nuira beaucoup aux acquisitions que la papauté aurait pu faire au milieu de la débâcle terrible que va traverser l'Orient.

Cette débftcle sera un événement religieux encore plus que politique. L'Église grecque et l'empire ottoman avident contracté une alliance intime. En retour de l'argent qu'elle payait et des humiliations qu'elle acceptait, le sultan garantissait à l'Église

1. On, peut citer comme un modèle de cette politique le concordat conclu en 1509 entre le légat Dandini et les Maronitei.

2. « Latin », en Orient, n^eat pas synonyme de « catholique •. Les Maronites, les grecs unis sont catholiques et non pas latins.

DES SOCIÉTËS MODERNES. 367

grecque des provinces entières, dont les revenus dédommageaient le haut clergé fanariote des cadeaux simoniaques qu'il faisait au sultan et au grand vizir. Si la Russie n'avait pris depuis un siècle en Orient une attitude qui déjoue tous les calculs» on eût pu craindre que la ruine de l'empire turc ne fût en même temps la ruine de l'Église orthodoxe, l'unité de cette dernière étant en partie constituée par la Turquie. Hais la Russie conservera toujours à l'Église orthodoxe une position de premier ordre. La propagande catholique, trop souvent exercée sous le couvert de la France, a d'ailleurs excité, depuis quelques années, de fortes antipathies dans tout le Levant. Nous inclinons à croire que le protestantisme plutôt que l'Église de Rome héritera des populations orientales qui, comme les Bulgares, tiennent l'Église de Gonstantinople pour une marâtre et désirent s'en séparer.

Laissons ces considérations d'un ordre profane, revenons à la conscience ; demandons à chacune des trois grandes communions chrétiennes par quel programme elle entend répondre aux exigences des sociétés modernes, et quel compromis elle peut offrir entre la tradition et les besoins nouveaux de l'esprit humain»

tique si aveugle, qu'il est peu probable que ce riche héritage doive lui échoir. Infidèle à son ancienne et sage habitude ^ de conserver aux petites Églises qui s'unissaient à elle, leurs usages, leur discipline et leur liturgie, l'Église catholique, depuis quelque temps, poursuit ou du moins laisse poursuivre par ses agents les plus actifs, les jésuites, un but tout à fait chimérique. Ce qu'elle veut, c'est de latiniser* complètement les petites Églises, jadis dissidentes, qui se sont réunies à elle; ce qu'elle veut, c'est qu'un seul bréviaire et un seul missel puissent servir d'un bout à l'autre du monde oriental. Il est possible que cette imprudence rompe le lien qui rattache à Rome les Maronites et les grecs unis. Il est sûr au moins qu'elle nuira beaucoup aux acquisitions que la papauté aurait pu faire au milieu de la débâcle terrible que va traverser l'Orient.

Cette débâcle sera un événement religieux encore plus que politique. L'Église grecque et l'empire ottoman avaient contracté une alliance intime. En retour de l'argent qu'elle payait et des humiliations qu'elle acceptait, le sultan garantissait à l'Église

1. On^peut citer comme un modèle de cette politique le concordat conclu en 1509 entre le légat Dandini et les Maronites.

2. « Latin », en Orient, n*eat paa synonyme de « catholique >• Les Maronites, les grecs unis sont catholiques et non pas latins.

DBS SOCIÉTÉS MODERNES. 367

grecque des provinces entières, dont les revenus dédommageaient le haut clergé fanariote des cadeaux simoniaques qu'il faisait au sultan et au grand vizir. Si la Russie n'avait pris depuis un siècle en Orient une attitude qui déjoue tous les calculs» on eût pu craindre que la ruine de l'empire turc ne fût en même temps la ruine de l'Église orthodoxe» l'unité de cette dernière étant en partie constituée par la Turquie. Hais la Russie conservera toujours à l'Église orthodoxe une position de premier ordre. La propagande catholique, trop souvent exercée sous le couvert de la France, a d'ailleurs excité, depuis quelques années, de fortes antipathies dans tout le Levant, Nous inclinons à croire que le protestantisme plutôt que l'Église de Rome héritera des populations orientales qui, comme les Bulgares, tiennent l'Église de Gonstantinople pour une marâtre et désirent s'en séparer.

Laissons ces considérations d'un ordre profane, revenons à la conscience ; demandons à chacune des trois grandes communions chrétiennes par quel programme elle entend répondre aux exigences des sociétés modernes, et quel compromis elle peut offrir entre la tradition et les besoins nouveaux de l'esprit humain»

tique si aveugle, qu'il est peu probable que ce riche héritage doive lui échoir. Infidèle à sou ancienne et sage habitude ^ de conserver aux petites Églises qui s'unissaient à elle, leurs usages, leur discipline et leur liturgie, l'Église catholique, depuis quelque lemps, poursuit ou du moins laisse poursuivre par ses agents les plus actifs, les jésuites, un but tout à fût chimérique. Ce qu'elle veut, c'est de latiniser' complètement les petites Églises, jadis dissidentes, qui se sont réunies à elle; ce qu'elle veut, c'est qu*un seul bréviaire et un seul missel puissent servir d'un bout à l'autre du monde oriental. Il est possible que cette imprudence rompe le lien qui rattache à Rome les Maronites et les grecs unis. Il est sûr au moins qu'elle nuira beaucoup aux acquisitions que la papauté aurait pu faire au milieu de la débâcle terrible que va traverser l'Orient.

Cette débâcle sera un événement religieux encore plus que politique. L'Église grecque et l'empire ottoman avsdent contracté une alliance intime. En retour de l'argent qu'elle payait et des humiliations qu'elle acceptait, le sultan garantissait à l'Église

1. On^peat citer comme an modèle de cette politique le concordat conclu en 1509 entre le légat Dandini et les Maronit».

2. « Latin »« en Orient, n'est pas synonyme de « catholique »• Les Maronites, les grecs unis sont catholiques et non pas latins.

grecque des provinces entières, dont les revenus dédommageaient le haut clergé fanariote des cadeaux simoniaques qu'il faisait au sultan et au grand vizir. Si la Russie n'avait pris depuis un siècle en Orient une attitude qui déjoue tous les calculs» on eût pu craindre que la ruine de l'empire turc ne fût en même temps la ruine de l'Église orthodoxe, l'unité de cette dernière étant en partie constituée par la Turquie. Hais la Russie conservera toujours à l'Église orthodoxe une position de premier ordre. La propagande catholique, trop souvent exercée sous le couvert de la France , a d'ailleurs excité, depuis quelques années, de fortes antipathies dans tout le Levant. Nous inclinons à croire que le protestantisme plutôt que l'Église de Rome héritera des populations orientales qui, comme les Bulgares, tiennent l'Église de Gonstantinople pour une marâtre et désirent s'en séparer.

Laissons ces considérations d'un ordre profane, revenons à la conscience ; demandons à chacune des trois grandes communions chrétiennes par quel programme elle entend répondre aux exigences des sociétés modernes, et quel compromis elle peut offrir entre la tradition et les besoins nouveaux de l'esprit humain»

3CS LAVEMR RELIGIEUX

MU

Le christianisme a pris dans les sociétés humsdnes trois positions qui répondent à peu près aux trois familles que les races et l'histoire ont formées dans le sein du christianisme lui-même.

Pendant les trois cents ans de sa lutte première, le christianisme ne demanda naturellement rien à l'État ; il fit ses affaires à lui seul. Persécuté par l'État, il triompha à force de patience et força l'État à signer une paix qui, par un singulier retour, fut beaucoup plus onéreuse pour lui que pour l'État. Il semble qu'il soit dans la nature du christianisme de ne pouvoir être simplement libre et toléré. Dès qu'il n'est plus persécuté, il devient religion oflScielle. La machine romaine était si puissamment organisée, que devenir la religion de l'État, c'était devenir une fonction de l'État. En effet, depuis Constantin, dans toutes les parties du monde qui suivent le sort du vieil empire, l'Église est dominée par l'État. Les divisions épiscopales sont calquées sur les divisions de l'empire ; l'évéque de Constantinople, siège si mo-

derne, devient pape de l'Orient parce qu'il estrévèque de la cour, à peu près comme si l'évèque de Yersailles fût devenu primat des Gaules. L'Église grecque, qui représ^se c«te «1. .radWoo r.«.o.b,z«,a.e, en a gardé la trace ineffaçable ; la Russie en a hérité, l'empereur y est chef absolu de la religion. Dans les communautés ch retiennes soumises à la Turquie, par un phénomène inverse, mais très-logique, l'Église

est devenue l'état civil ; le patriarche est un admi* nistrateur civil autant que religieux nommé par le sultan. La religion est devenue la nationalité, ou, pour mieux dire, la formation de nationalités, dans le sens que nous -attachons à ce mot, a été rendue impossible en Orient.

L'Occident eût, j'imagine, suivi la même ligne si l'unité de l'empire s'y fût maintenue. Le monde byzantin, dans sa décrépitude, nous représente au fond ce qu'eût été l'empire d'Occident sans les barbares, un mande dénué de liberté et du sentiment dé l'infini. Mais les Germains, en brisant l'empire et en fondant des royaumes distincts, créèrent pour l'Église des conditions meilleures. Chacun de ces royaumes ne pouvant avoir la prétention de représenter à lui seul l'Église universelle, on fut amené à concevoir TÉglise et l'État comme deux choses distinctes, l'Église formant un ensemble plus étendu

m L'AVElftR RELIGIEUX

qoe l'État, savoir la oathoUcilé, avec le jMp^ pour chef ^. Le génie des grands papes italiMS des xi* , xa* et xio* siècles donna à ce système un cachet de nierveilleuse splendeur; TOccident Inî doit son irrévocable primatie. La distinction des deux pouvoirs est pendant font le moyen âge la condition du pro» grès, la garantie d'une certaine liberté. Pour en ap* précier la valeur, il faut jeter les yeux sur Tislaaiiame. L'islamisme ne connaît pas la distinction des deux pouvoirs; le monde musulman en a péri; fl n'a eu m Jean Ghrysostome, ni Grégoire YII, ni Thomas Bec* ket. On cite quelques belles résistances d^imams; mais jamais de tout cela ne s'est formé un clergé indépendant et jaloux de ses privilèges; jamais non plus ne s'est constitué, en opposition avec l'ordre religieux, un état civil bien défini. Si aujourd'hui la Turquie fait de vains efforts pour constituer une société fondée sur l'égalité des droits, c'est qu'elle lutte contre un principe séculaire et fatal. Héritier des khalifes, c'est-à-dire vice-prophète, le sultan ne peut pas plus présider un État mixte, où croyants et infidèles auraient les mêmes droits, que le pape ne pourrait, si la moitié de ses sujets

|. Sons Charlemftgne et les Othoni, qui ramènent une sorte d'unité pour l'empire d'Occident, l'Église latine offre un aspect peu diflérent de l'Église grecque.

étaient juifs ou protestants, leur faire une part dans les congrégations romaines ou le sacré collège. La lutte du sacerdoce et de Tempire a été de la sorte le fait générateur des temps modernes. La théocratie et le despotisme absolu ont été rendus impossibles. Si Tislamisme avait eu cette division féconde, un monstre comme le khalife Hakem n'eût pu se produire, et la science arabe n'eût pas été étouffée par le fanatisme laïque, le pire de tous les &natismes.

Certes il s'en faut que le régime de division en^e les deux pouvoirs qui régna en Occident durant tout le moyen âge fût un régime de liberté. L'Ëglise latine, bien plus indépendante que celle d'Orient, ne fut pas plus exempte que cette dernière d'un mal funeste, conséquence de l'extrême énergie avec laquelle le christianisme afBrmait sa vérité divine, je veux dire de rintolérance. En brisant la vieille « religion d'État 9 de l'empire romain, le christianisme mit à sa place la « religion absolue ». La dignité de la conscience y gagna ; mais des violences inconnues jusque-là furent la conséquence de ce dogmatisme exagéré, et, par un étrange renversement, cette religion, dont la victoire avait été le triomphe de la conscience, s'est trouvée être la religion qui a fait couler le plus de sting. La raison en est simple : le

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despotisme roroain se souciait peu des âmes ; sa re« ligion était un règlement de police , qui atteignait peu la liberté philosophique. Le christianisme veut les âmes, le dehors ne lui suffit pas ; c'est aux con* sciences qu'il porte le fer et le feu : de là un zèle de conversion dont la vivacité ne connaît pas de limites. L'empire romain n'a pas persécuté un seul philosophe pour sa philosophie abstraite ; le moyen âge chrétien a étouffé la liberté de la pensée par d'atroces supplices. Des souverains que l'Église a tenus pour des modèles apparaissent aux yeux de l'histoire impartiale comme d'impitoyables bourreaux. Je ne prendrai pas pour exemple Philippe II, qui fut à la fois un tyran religieux et un tyran politique, un vrai Domitien. Je^ prendrai le plus honnête homme peut-être qui ait régné, un vrû libéral, un souverain qui respecta tous les droits, et dont la bonté de cœur n'a pas été surpassée : sûnt Louis est en religion un terrible persécuteur. Il est si convaincu de la vérité de sa croyance, qu'il pose en principe que l'homme laïque ne doit répondre aux objections qu'il entend faire contre la foi qu'en perçant le ventre de celui qui les fait S et qu'il laisse

i. Voyez Join ville, dans le Recueil des BisUnres des Oaui$i êl de la France, t. XX, p. 108.

sans le moindre scrupule l'horrible inquisition dominicaine décimer ses sujets par « Timmuration » et le bûcher en permanence. Dioclétien n'a pas fait cela ; on n'a pas vu sous Dioclétien un tribunal suivre contre les chrétiens une procédure aussi odieuse que celle qui est prescrite dans le Directorium Inquisito^ rum de Nicolas Eymeric^. Aucun proconsul romain n'a écrit un poëme comme la Novelle de VHérétiquCy de l'inquisiteur Izarn, où chaque argument se termine par cette menace : « Et si tu ne le veux croire, vois le feu allumé où brûlent tes compagnons , » ou bien : « Mais déjà s'appareillent le feu et le tourment par lequel tu dois passer*. » C'est en ce sens qu'il est permis de dire que la persécution théologique est dans le monde l'œuvre du christianisme. L'islamisme, bien plus dur en un sens, ne chercha jamais à convertir. Son intolérance est celle du dé- • dain : il étouffe le chrétien, il le pille, le massacre dans ses moments de fureur ; mais il ne le prêche pas en lui offrant le choix jentre ses syllogismes et le

1. Les actes authentiques de ces horreurs, devant lesqueUes p&Usscnt celles du tribunal révolutionnaire, sont encore en partie inédits. On peut lire les procès-verbaux de Tinquisition de Toulouse publiés par Limborch. Ceux de Tinquisition de Garcassonne sont à la Bibliothèque impériale (Saint-Germain latin, n<"305 etsuiv.). Le Directonum a été publié.

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