IV PRÉFACE
non comme une chose morale, mais comme 1* équivalent d*une jouissance toujours appréciable en argent, un tel code, dis-je, ne peut engendrer que faiblesse et petitesse. On s'étonne souvent de la force que possèdent en province le clergé, l'épiscopat. Gela est bien simple ; la Révolution a tout désagrégé ; elle a brisé tous les corps excepté T Église; le clergé seul est resté organisé en dehors de TÉtat. Comme les villes, lors de la ruine de l'empire romain, choisirent pour représentant leur évéque, Tévéque sera bientôt, en province, seul debout au milieu d'une société démantelée. Avec leur mesquine conception de la famille et de la propriété, ceux qui liquidèrent si tristement la banqueroute de la Révolution , dans les dernières années du xvin* siècle, préparèrent un monde de pygmées et de révoltés. Ce n'est jamais impunément qu'on manque de philosophie, de science, de religion. Gomment des juristes, quelque habiles qu'on les suppose , comment de médiocres hommes politiques, échappés par leur lâcheté aux massacres de la Terreur, comment des esprits sans haute culture comme la plupart de ceux qui composaient la tête de la France en ces années déci-
PnÉFACE. Y
sives, eussent-ils résolu le problème qu'aucun génie n'a pu résoudre : créer artificiellement et par la réflexion l'atmosphère où une société peut vivre et porter tons ses fruits?
Les articles consacrés à Tinstruction publique for- ^ ment la plus grande partie de ce recueil. De tous les problèmes de notre temps, c'est là le plus important, celui où les comparaisons sont le plus nécessaires* J'ai pensé qu'on lirait avec intérêt l'analyse des jugements que les Allemands portent sur nos institutions et nos méthodes. Ce jugement est trop sévère, sans doute, mais on en peut tirer du profit. L'Université de France a trop imité les jésuites, leurs fades harangues, leurs vers latins ; elle rappelle trop • les rhéteurs anciens de la décadence. Le mal français, qui est le besoin de pérorer, la tendance à tout faire dégénérer en déclamation, une partie de l'ilniversité l'entretient par son obstination à mépriser le fond dès connaissances et à n'estimer que le style et le talent. Ai-jebesoui de dire qu'aucune critique des méthodes universitaires ne diminue mon estime ni mon respect pour un corps qui renferme dans son sein tant de savoir et de dévouement?