TI PRÉFACE
L'instructioD supérieure m*a pariicuIièremeQt préoccupé. L'enseignement supérieur est la source de l'enseignement primaire. Sacrifier le premier an second, c'est commettre une faute» c'est aller contre le bat qu'on se propose. Un million économisé sur la haute culture peut arrêter net le mouvement intelr lectuel d'un pays ; donné à l'instruction primaire, ce million sera de peu d'efiet. Il faut, pour innover en fait d'instruction populaire, de bien autres sacri* fices. L'instruction primaire n'est solide dans un pays que quand la partie éclairée delà nation la veut, la comprend, en voit l'utilité et la justice. Travailles i produire des classea supérieures qui soient animées d'un esprit libéral ; sans cela, vous bâtissez sur le sable; le caprice d'une Chambre malveillante ou peu éclairée emportera vos fondations. Pour créer une forêt, il ne suffit pas de planter ; il faut garantir que les plants ne seront pas arrachés. Tant qu'on n'aura pas détruit en France cette fausse idée que l'éducation ne sert qu'en vue de la position sociale, que cultiver et instruire le pauvre, c'est faire ns^tre en lut des besoins et une ambition impossibles à satisfaire, rien ne sera définitivement conquis. La
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force de Tinstruction populaire en rAllemagne vient de la force de l'enseignement supérieur en ce pays* C'est l'université qui fait l'école. On a dit que ce qui a vaincu à Sadowa, c'est l'instituteur primaire. Non ; ce qui a vaincu à Sadowa, c'est la science germanique, c'est la vertu germanique, c'est le protestant tisme, c'est la philosophie, c'est Luther, c'est Kant, c'est Fichte, c'est Hegel. L'instruction du peuple est un effet de la haute culture de certaines classes. Les pays qui, comme les États-Unis, ont créé un ensei^ gnement populaire considérable sans instruction 8u« périeure sérieuse expieront longtemps encore cette faute par leur médiocrité intellectuelle , leur gros* sièreté de mœurs, leur esprit superficiel, leur manque d'intelligence générale/
Il est traité longuement, en ce volume, du GoUégeT'^ de France, de sa nature, de son excellence. C'est là, pour moi, un sujet favori. J'y réfléchis beaucoup vers 1860, quand difiérents indices purent faire croire qu'il était permis d'espérer, pour les choses libérales, des jours meilleurs. Des cours oratoires comme ceux du temps de la Restauration ne me parurent ni possibles ni désirables. Ces sortes de
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cours , plus propres à montrer le talent du professeur qu'à former le jugement et le caractère de r auditeur, ont fait tort à l'esprit scientifique parmi nous. Continués timidement , ils ne peuvent aboutir qu'à une grande médiocrité. En outre , de pareilles leçons solennelles supposent la liberté politique et un état de l'esprit public qui (je le dis à regret) n'est pas de notre temps. On ne se concilie pas vite une jeunesse qu'on a froissée et à laquelle on n'a pas su inspirer le goût des choses sérieuses et des fortes études. La compression et l'hypocrisie officielle engendrent la turbulence : les universités allemandes, où la liberté de penser est absolue , ne connaissent pas les scènes de trouble. Je crus donc qu'à défaut des brillants exercices du temps de la Restauration , on pouvait songer à un enseignement plus scientifique que littéraire, plus spécial qu'oratoire, à un enseignement tirant sa force de sa sincérité absolue, éloigné de toute politique non par timidité, mais par respect de la vérité, ne cherchant pas le succès dans des allusions , ne faisant de concessions d'aucune sorte. Rêver de nos jours la Sorbonne du temps de MM. Guizot, Cousin,