‹ Questions contemporainesChapitre 75 sur 77 · LA THÉOLOGIE · texte numérisé non relu

LA THÉOLOGIE

cation. Il n'en est rien. On m'apprend seulement gae^ « bien qu'il ait joui de sa jeunesse tant qu'il fut jeune, il fut par-dessus tout un homme de bien... ; que ce n'est pas seulement un grand poète, que c'est le patriarche de la France nouvelle ; qu'il nous a légué en même temps que ses vers l'exemple de son caractère et l'enseignement de ses vertus. » A Dieu ne plaise que je personnifie la France en M. Déranger 1 La France est par excellence le pays des dons variés et contraires, et on se trompe toutes les fois qu'on veut assigner une limite à sa nature. Mais une autorité presque indiscutable a proclamé M. Bé'^ ranger « poëte national »; l'opinion exprimée dans la préface que je citais tout à l'heure tend de plus en plus à devenir générale et presque oi&cieUe. On est par conséquent autorisé à réfléchir sur cette curieuâe adopUon et à rechercher par quel côté du génie fm-» çaîs elle a pu s'accomplir. ^

Je n'ai lu M. Bérang^ que fort tard et eomme on Ut un document historique. Je suis donc mal placé pour le bien comprendre* et je me défie d'une cer-^ taine injustice dans les sentiments qu'il m'inspire. Sa langue, qui me semble manquer de limpidité et de vrsdè légèreté, fait peut-être un meilleur effet quand on l'entend chanter. Plusieurs de ses motifs poétiques, qui sont pour nous d^ués de sens, en

DE BéRANGEA. 468

avaient sans doute lorsqu'ils furent accueillis avec tant de faveur. Un perpétuel malentendu, auquel il ne parait pas que le public ait été fort sensible* me gâte d'ailleurs ses chansons les mieux réussies et se mêle comme une dissonance à ses rhytbmes harmonieux. Je veux parler de cette prétention qui lui a fait si souvent payer tribut à un des défauts de notre temps, à la manie de confondre les genres et de transformer tout en déclamation. Chaque genre est bon, pourvu qu'il soit franc et tranché. Nos vieux chansonniers de l'école provençale sont des classiques à leur manière. Anacréon chanta le plaisir d'une façon qui fut presque une leçon de morale, puisqu'elle fut une leçon de simplicité, de grâce et de bon goût. Hafu surtout est un incomparable débauché. La profonde mélancolie de la condition humaine, l'instabilité du sort, la fatalité qui nous presse n'eurent jamais de plus profond interprète. La pensée de la moil est son compagnon d'ivresse; derrière le plaisir se cache pour lui, non la vulgaire gaieté, mais le repos dans l'infini, la vision de Dieu. Tout ce qui est vrai doit avoir sa place en esthétique. Le mauvais est ce qui est artificiel : c'est l'boonéte et pédant Chapelain, usurpant gauchement le rôle de l'aède et du trouvère; c'est le poëte du xviii* siècle, un J.-B. Rousseau, un Piron, faisant & volonté des can-

Page 1