LA THÉOLOGIE
tiques pieux, des odes pindariques et des épigrammes obscènes; c*est le chansonnier respectable, chantant le vin par conscience et « célébrant les faveurs de Glycëre », comme le thème obligé de quiconque veut faire des vers. ^
Certes, il serait injuste de placer M. Béranger dans cette classe d'écrivains artificiels ou sans valeur. Mais on ne peut nier que son œuvre ne soulève aux yeux du critique une singulière difficulté. La légè* reté, chez lui, «st réfléchie et voulue. C'était, dit-on, un homme sobre, d'un jugement rare, plein de bons conseils, buvant peu, et beaucoup plus prévoyant qu'il ne voudrait le faire croire dans ses chansons. Quand on m'apprend tout cela, je suis presque tenté de m'écrier : « Tant pis I » Viveur, je l'eusse placé à côté de ses confrères, représentants de l'antique gûeté, fous de bon aloi, buveurs sincères, qui ne fusaient pas «de chansons sociales et philosophiques et ne voyaient rien au delà de leurs joyeux refrains. Hds, si l'on m'apprend que Lisette et le chambertin ne sont que des figures de rhétorique, que ce chanteur Insouciant, qui prétend n'avoir d'autre soin que les dîners du Caveau et sa maltresse, a une philosophie, une politique, et. Dieu me pardonne ! une théologie, toute mon esthétique est en désarroi. Je ne vois plus dans l'expression de cette gaieté menteuse qu'une
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amplification d'écolier, quelque chose d'analogue aux vers latins que, du temps de FEmpire, l'homme le plus rangé faisait sur le vin et l'amour, par système poétique et comme signe de son admiration pour Horace. En vérité, conçoit-on qu'en un siècle préoccupé de problèmes aussi sérieux que ceux qui nous obsèdent, un homme de sens ait accepté devant le public ce rôle de faux ivrogne et de faux libertin? Gomment choisir de sang-froid un genre de littéra-* ture où la condition essentielle pour rester dans le vrai est d'être un mauvais sujet? Désaugiers, si inférieur à Béranger en ce qui peut s'appeler portée d'esprit, me semble un bien meilleur chansonnier; car il n'a pas d'arrière-pensée; sa gaieté est bien la vieille gaieté sans conséquence; il n'aurait pu, quand il l'eût voulu, faire autre chose que des chansons. Mais M. Béranger a fait des épopées ; il a été à son jour poète solennel d'une école politique ; tout nous le montre comme un homme fort avisé, d'un esprit peu étendu, mais très-clairvoyant. Sa modestie est donc feinte, et en effet lui-même, sur la fin de ses jours,* laissa là cette poétique de convention pour chercher la popularité dans la chanson philanthropique et le socialisme sentimental*
L'art et la poésie ne sont pas la morale. Us n'en sont pas le contraire, comme le pensent quelques