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criti(}ues; Fart et la poésie supposent en on sens la morale; mm on ne saurait dire que le but de l'artiste et du poste soit le même que celui du moraliste. Aristophane et Sbakspeare nous présentent souyent dans toute sa nudité le côté le plus laid de la nature hu-^ maine* sans que pour cela personne, après avMr lu leurs écrits, se soit trouvé rapetissé ou penrerti» Le Sardanapale de lord Byron est noble encore dans sa débauche; le tableau de la rie des Borgia dans les récits du chapelain Burchard est beau comme une tempête, comme un abîme. Mais le vice égrillard, la coquet-* terie de l'immoralité, la gentillesse du mal, voilà le péché français par excellence, voilà la petitesse, voilà le ridicule dont le Français croit se laver par son air dégagé et son étemel sourire. Voilà ausâ ce qui ne fera jamais de grande poésie. Il n'y a pas de poésie des mauvaises mœurs. Prenez l'homme de génie à ses moments d^égarement, un Schiller à son début, vous verrez que c*est l'ivresse de quelque beau principe faussement appliqué qui l'égaré, et non le goût du grivois, la faafaronnade de la légèreté. Le jour où Beaumarchais se fit applaudir après Molière fut le jour où la bourgeoisie (je donne à ce mot un sens intellectuel et non un sens social) prit possession du parterre, et, en s'y installant, chassa de la sctoe le génie et le grand arti
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De toates les parties da système poétique de Bé^ rangert celle qui me surprit le plus, quand je le lus pour la première fois, ce fut sa théologie. Je connaissais peu alors l'esprit français ; je ne savais pas les singulières alternatives de légèreté et de pesan-» teur, de timidité étroite et de folle témérité, qui sont un des traits de son caractère. Toutes mes idées furent troublées quand je vis que ce joyeux convive, que je m'étais figuré mécréant au premier chef, par« lait de Dieu en langage fort arrêté, et engageait sa maltresse à
Lever les yeux Ters ce monde inyisible Où pour toujours nous nous réunissons.
Le vieux chansonnier, lui, n'avait pas de théologie; il était athée par essence. Non qu'il niât la Divinité, c'eût été là un effort de spéculation dont cette inoffensdve créature eût été incapable; mais, renfermé qu'il était dans sa bonne et patriarcale gaieté, toute sa religion consistait à ne faire de mal à personne. La chanson déiste était alors profondément inconnue. ^* La naïveté toute bourgeoise de cette théologie d'un genre nouveau, cette façon de s'incliner le verre en main devant le Dieu que je cherchais avec tremblement, furent pour moi un trait de lumière. A l'indignation que me causa l'idée d'une confraternité religieuse avec ceux qui adorent de la sorte se mêla le
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sentiment de ce qu'il y a de fatalement limité dans les manières de voir et de sentir de la France. L'inca* rable médiocrité religieuse de ce grand pays* ortho* doxe jusque dans sa gaieté, me fut révélée, et le Dieu des bonnes gens m*apparut comme l'éteme] dieu gaulois contre lequel lutterait en vain toute tentative de philosophie et de religion épurée.
Quand j'ai cherché depuis à me rendre compte du scandale que je souffris en cette circonstance, j'ai trouvé qu'il tenait à ce que rien n'est relatif comme nos jugements sur la pesanteur et la légèreté, quand il s'agit des choses de l'esprit. Une année, une ré* volution, un degré de latitude produisent à cet égard d'étranges déplacements. Ce railleur, que tous autre*^ fois trouvaient charmant, nous parait maintenant fernaé à toute nuance un peu déliée. D'un côté, nous sommes blessés de son rire : quand il raille Thuile sainte et Liesse, il nous offense ; car songez, disonsnous, à ceux que cette onction a consolés; songes combien de cœurs simples ont battu à la vue de ceâ tours, au récit de ces miracles*. De l'autre, son dieu de grisettes et de buveurs, ce dieu auquel on peut croire sans pureté de moeurs ni élévation d'esprit, nous semble le mythe du béotisme substitué à celui de l'antique sentiment. Nous sommes tentés de nous fsdre athées pour échapper à son déisme , et dévots
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pour n'être pas complices de sa platitude; si bien que le chansonnier orthodoxe de 1828 (tel est le chemin parcouru par l'esprit religieux en un quart de siècle) nous parait maintenant à la fois un impie et un philistin.
La vraie religion, en effet, est le fruit du silence et du recueillement. Elle est synonyme de distinction, d'élévation, de raffinement; elle naît avec la délicatesse morale, au moment où l'homme vertueux, rentrant en lui-même, écoute les voix qui s'y croisent. En ce silence, tous les sens étant apaisés, tous les bruits du dehors étant éteints, un murmure pé- \ nétrant et doux sort de l'âme,' et rappelle, comme le son d'une cloche lointaine de village, le mystère de l'infini. Semblable alors à un enfant égaré qui cherche vainement à démêler le secret de sa naissance inconnue, l'homme qui médite se sent dépaysé. Mille signes de la patrie provoquent chez lui de mélancoliques retours. Il s'élève au-dessus des terres fangeuses de la réalité vers des champs pénétrés de soleil ; il sent ces parfums des jours antiques que les mers du Sud conservaient encore quand les vaisseaux d'Alexandre les parcoururent pour la première fois. La mort, en habit de pèlerin revenant de teiTe sainte, frappe à la porte de l'ftme, qui commence à sentir, ce qu'elle ne voyait pas dans le trouble de U
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vie, qu'il loi sera doux de mourir. Elle est aasorèe alors que ses œuvres la suivront; la vérité lui apparaît comme la récompense de ses bonnes actions; elle voit l'insuffisance de toutes les formes passagères pour exprimer ridéal; les mots d' « être » et de « néant » perdent leur sens contradictoire ; elle s'envisage avec la Divinité dans les rapports d*un fils avec son père« et elle prie à peu près en ces termes : « Notre Père, qui êtes au del... »
Quel droit a l'bomme dissipé sur ces fugitives impressions? L'esprit superficiel, qiû ne vdt pas le sens divin de la vie, n'est-il pas l'athée par excellence 7 L'bomme est religieux au moment où le sentiment de l'infini prend cbez lui le dessus sur le caprice ou la passion. Le plaisir, essentiellement égobte, est par conséquent la négation du divin, l'inverse de la religion. Je comprends la fine ironie d'Horace, reléguant le plus loin possible les dieux dont il n'a nul besoin. Namque de09 didid ucurum agere œvum. Je comprends la religion parfois un peu baroque, mds jamais bourgeoise, de M. Alfired de Musset; sa joie n'est pas la gaieté; quand il veut rire, il se contraint ; aussi est-ce bien le vrai Dieu qu'il adore.
Je De puis,*- malgré moi Tinfini me tourmente. Je n'y saurais songer sans crainte et sans espoiri
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El| qool qu*6n en ait dit, ma niion tVpeQnntè •De ne pas le comprendre, et pourtant de le voir.
O toi que nul n'a pu connaître, Et n*a renié lans mentir, Réponds-moi, toi qui m*as fait naître Et demain me feras mourir !
Puisque tu te laisses comprendrai Pourquoi fais-tu douter de toi?
Quel triste plaisir peux-tu prendre ▲ tenter notre bonne fdî
Mais ce dieu de guinguette et de gens attablés, à qui Ton frappe sur l'épaule, qu'on traite en camarade et çn bon vivant, m'irrite comme une usurpation de (itre de noblesse. Non, ils ne peuvent te connattrot être saint qu'on n'entrevit jamais que dans la sérô-* nité d'un cœur pur. Tu n'appartiens qu'à nous qui savons te chercher. Les blasphèmes de l'homme de génie doivent plus te plaire que le vulgaire hom-> mage de la gaieté satisfaite. L'athée est bien plutôt celui qui te méconnaît à ce point que celui qui te nie. Le désespoir des Lucrèce et des Byron fut plus selon ton cœur que cette confiance effrontée de l'op* timisme superficiel qui t'insulte .en te bénissant.
Je n'insisterais pas sur la puérilité de cette théologie roturière, si elle ne nous faisait toucher du doigt un des phénomènes de la conscience religieuse les plus dignes d'ôtre étudiéSjje veux dire l'alliance sin-
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guliëre qui s'établit quelquefois entre le dogmatisme et la frivolité. Rien ne met à Taise comme les opinions arrêtées en fait de politique, de religion « de littérature. Ce qui fait la rhétorique en poésie fait en religion le besoin des formes rigoureusement déterminées. On ne songe pas que la tlarté est l'opposé de la poésie et de la religion, qui poursuivent un idéal obscur et mystérieux. La France, le seul pays où l'on s'amuse, est par excellence le pays des partis pris et des horizons bornés. La tendance qu'ont les gens du monde à prendre pour de l'orgueil le calme du philosophe, se passant de ce qu'ils regardent comme essentiel à la vie tranquiUe, la facilité avec laquelle les personnes qui ont mené une vie légère se prêtent sur le retour à des idées étroites se rattachent à la cause que nous indiquons ici. La Fontaine se convertit; Boccace et l'Arioste ne se convertirent pas. Gela est tout simple : les contes de La Fontaine sont licencieux ; les récits de Boccace et de l'Arioste ne sont que charmants. La grande pensée ne connaît pas de résipiscence, et le grand art n'a jamais à se repentir.
La gaucherie de l'esprit français, quand il s'agit de l'infini, cette timidité qui fait que, ne sachant ni le nâer ni le comprendre, il essaye de lui faire sa part, ne date pas, du reste, de nos jours. Voltaire offrit le premier
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la combinaison singulière d'un tour d'imagination fort irréligieux et même assez immoral avec une philosophie pesante et saine. Voltaire est un esprit léger; ce n'est pas un esprit hardi. Le rire de M. Béranger resta également fort éloigné de la vraie finesse; son air dégagé conserva toujours quelque chose de cette affectation de galanterie qui rend parfois le Français si ridicule à l'étranger. Sa façon de prendre les femmes ressemble à sa religion : elle manque non-seulement de toute distinction , mais même de tout atticisme et de toute urbanité. -Les familiarités choquantes qu'il se permettait avec son lecteur tendent au même principe, je veux dire à ce défaut de réserve qui l'empêcha de sortir jamais des limbes de la vulgarité. Recherchant la faveur d'un certain public qui aime à être traité sans façon, il l'enhardissait à se mettre en rapport avec lui, à le prendre en badinant. Aussi tomba-t-il plus lourdement que personne dans les pièges tendus à tous ceux qui n'ont pas horreur des opinions plates. Rien de plus fatal pour le développement de l'esprit qu'une haine dominante ou une sympathie dominante. Béranger n'eut qu'une haine, la Restauration dévote, l'association , très-folle en effet, du trône et de l'autel. Cette haine l'a perdu. 11 ne faut jamais tant désirer une chose que tout le reste soit indifférent ou
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m Ane j»oottdaire« La vie totalement désenchantée que le xvui* siècle avait créée, et dont la déplorable tradition régna exclusivement jusqu'en 1816, l'ex* tréme sécheresse de la société sortie des derniers temps de la Révolution, ne le révoltaient pas. Débar-rassé du noble et du prêtre, il se souciiût peu que les choses que ces deux classes représentent, souvent très-mal, je l'avoue, souffrissent quelque déchet.
Gomprend-on mdntenant pourquoi M. Béranger a obtenu son brevet d'orthodoxie, et comment le pays catholique par excellence a choisi pour son pofite national le railleur superficiel des dogmes du catholicisme, l'inconvenant détracteur de son culte et de ses pratiques? Son apparence de légèreté a été son excuse. Un grain de polissonnerie lui a fait tout pardonner. Qu'on examine les réputations devenues nationales, on verra qu'il n'en est presque aucune où n'entre ainsi un peu de la faveur qui s'attache à un certain mauvais goût. Les bonnes manières, au contraire, qui sont nécessairement aristocratiques, en ce sens qu'elles impliquent le respect de soi et des autres, déplaisent toujours et rendent impopulaire* Combien n'a-t-il pas servi à Henri IV d'être un libertin I Ce bon pays de France n'a pu résister à te séduction d'un roi bon camarade, ne respectant aucune femme et ayant des airs familiers.
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U y a quelques annéest le publie, raffola de la correspondance d'un homme célëbrei où celtti*ci sV Youait joueur, aventurier et mauvais sujet. Gela ne lui fit aucun tort, et, quand on raconta qu*il fit une fin chrétienne, tous en furent édifiés. J'imagine qu'il arrivera quelque chose de semblable pour M. Béran* ger. La légende le fera se confesser en échangeant un gros rire avec son curé. Lui-même s'était complu dans cet affreux type du curé rabelaisien, le Vicaire de Wakefiéld de la race gauloise, dont l'idéal a été caressé par tous nos chansonniers, et que M. Béran* ger nous a montré, dans une de ses plus piquantes chansons, buvant au cabaret et ne damnant per» sonne.
Voilà à quel prix tout lui a été permis. La France aime l'impiété grivoise; elle ne tolère pas la religion épurée. H. Déranger l'a enchantée en se moquant des croyances pour lesquelles elle a fait la Sainte Barthélémy, traversé un siècle de guerre civile, mis à l'ordre dû jour les tortures et les proscriptions. Le protestantisme a amassé contre lui des trésors de colère ; la France en a eu le vertige t elle a applaudi
ou hissé faire d'atroces persécuteurs, Foucault, Bi* ville, Saint-Florentin, dignes de la même exécration que l6D Carrier et les Fouquier-Tinville, à l'heure même où elle adorait Voltahre et lisdt dandestfaie-
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ment la Pucelle. Ah ! si les pasteurs du désert avaient voulu imiter le curé que devait chanter M. Bérangerr ils n'eussent pas été des séditieux. Mais ils étaient graves, indépendants et austères ; ils furent pendus ou roués, et ceux qui les pendirent, à leur retour à Paris, furent accueillis comme des hommes fort honorables. On est compromis dans ce pays si Ton y avoue des sentiments particuliers en religion ; on est perdu si l'on nomme Spinoza sans accompagner son nom d'un anathëme; mais le libertin y est sacré : le Gode le protège, et il a droit à de la considération. Que le penseur réclame les droits imprescriptibles de la science et du libre examen, c'est un novateur, et^ s'il a des lecteurs, un homme dangereux. Hais, s'il voulait bien, au lieu de cela, chanter Lisette et rire des choses saintes le verre en main, le clergé serait odieux, rétrograde, ennemi des lumières en s'opposant à lui, et l'ombre du poëte national se lèverait pour montrer à tous les joyeux convives de France la liberté menacée et les principes de 89 en danger. Il résulte de tout ceci une leçon pour les jeunes poètes qui, selon une prédiction vieille déjà de quelques années, ne pourront manquer d'illustrer la seconde moitié de notre siècle. Il ne faut pas être trop délicat. Au lieu de scruter avec crainte le problème que d'autres trouvent si clair, soyez vulgaires,
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riez, faites des chansons à boire, flattez les erreurs populaires, et il vous sera pardonné. Des éditions de vos œuvres légèrement expurgées vous mettront à la portée de tous. On fera des vignettes où les jeunes filles vous souriront. Vous serez à la fois le poète des cabarets et le poète des familles, des dîners bourgeois et des lectures du soir. Vous jouirez, pour me servir des paroles de l'éditeur du Déranger des fa--' milles^ « de cette immortalité fabuleuse que la reconnaissance des peuples accorde à ceux qui les ont sincèrement aimés, » Vous serez national. Cela est tout simple; chaque pays recherche la liberté qui lui convienté La liberté de penser et de croire n'a de prix que pour ceux qui sont capables de croire et de pen* ser : la liberté de Tépicuréisme bourgeois, au contraire, est d'importance majeure dans un pays oii la poursuite d'un certain bonheur vulgaire est devenue la cause des révolutions politiques, l'inspiratrice de la Huseï le souoii et| en un sens, la religion de tous.
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